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28/04/2019

les "mais" en Normandie

Bien avant d'être la fête du travail, il y a très longtemps, en Normandie comme dans toutes les régions de France, la journée du 1er mai, celle du renouveau, était associée à l'amour.

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En France, c'est lors d'un Congrès international socialiste réuni à Paris, en juillet 1889, que cette date du 1er mai va s'inscrire comme "la" journée des travailleurs, celle durant laquelle la classe laborieuse du monde entier est appelée à exprimer ses revendications sur la place publique. En 1941, sous l'occupation allemande, le Maréchal Pétain (1856-1951) en fait officiellement une "Fête du Travail et de la Concorde sociale". L'initiative est bien sûr unanimement saluée par la presse et la radio... Il faut préciser qu'à l'époque la Saint-Philippe était fêtée le 1er mai... Supprimée à la Libération, la Fête du Travail renaît de ses cendres six ans plus tard, le 30 avril 1947, date à partir de laquelle le gouvernement en place déclare le Premier mai "chômé et payé" c'est-à-dire, avec une interdiction légale de travail sans réduction de salaire. A noter que, la jugeant "bien trop rouge", le pape Pie XII (1876-1958) tentera en vain en 1955 de la détourner au profit de l’Église en fixant au 1er mai la saint-Joseph, patron des travailleurs...

Dans des temps beaucoup plus lointains, un rite voulait que, durant la nuit du 30 avril au 1er mai, les jeunes gens des villages aillent en cachette planter ou déposer un "mai", un rameau fleuri, au pied de la maison familiale de la jeune fille de leur pensée. Une façon timide d'avouer ses sentiments à une époque où n'existait pas les S.M.S. Car, c'est bien connu, les fleurs ont un langage et les fleurs de "mai" le leur ! Bien sûr, le choix des espèces se faisait en fonction des régions, de la rareté de la fleur choisie, de son parfum et de sa couleur, mais aussi de son univers imaginaire.

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Épine blanche

Ainsi, si, au petit matin, une jeune seino-marine trouvait à sa porte une branche de sapin, porteuse d'amour et de respect, tout allait bien pour elle. Si de plus, au milieu du bouquet, son prétendant avait glissé une épine blanche, elle savait qu'il n'avait pas de doute sur son sérieux. Mais, le "mai" planté à une porte indiquait aussi à qui voulait le savoir défauts et secrets cachés de la belle. Gare au sureau dénonciateur de vertu douteuse, à la ronce, synonyme de mauvais caractère et à la branche de houx, de mépris et dédain !

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Fleur de sureau

Et si ne pas être fleurie était un véritable affront pour toute jeune fille en âge de convoler, le pire était de ne trouver à sa porte qu'une carotte assortie de deux pommes de terre, façon peu élégante de dénoncer une très mauvaise réputation...

 

 

Biblio. "Ces plantes qui ont marqué l'histoire" de H. Tierchant - Ed. Ulmer, 2016,

"Almanach de la mémoire et des coutumes de Normandie " de C. Tiévant - Ed. Hachette,1982

"Une histoire des fleurs" de R. De Ayala et M. Aycard - Ed. Perrin, 2001.

21/04/2019

La généalogie : l'obsession de Malherbe

Le normand François de Malherbe, gentilhomme et poète, était aussi un généalogiste acharné. Toute sa vie, il travailla à prouver les origines nobles de sa famille.

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François de Malherbe (1555-1628)

Malherbe est né à Caen en 1555. Il est le fils de "Noble homme François de Malherbe, escuyer, sieur d'Igny ou Digny", Conseiller au bailliage et Présidial de Caen, et de Louise Le Vallois. Malheureusement, ni son acte de baptème ni l'acte de mariage de ses parents n'ont été retrouvés.

Il prétendait être de la lignée des Malherbe de Saint-Aignan-le-Malherbe, une localité située près de Caen, et assurait que c'était son parent, échevin de Caen en 1532, qui avait ouvert les portes de la ville à François Ier (1494-1547).

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A l'inverse, d'autres soutiennent que le poète descendait de paysans de Missy (Calvados), dont l'un s'établit à Caen et y fut tanneur. Pour eux, les Malherbe de Saint-Aignan-le-Malherbe s'étaient éteints en 1410 et leurs successeurs, les Malherbe du Bouillon, auraient obtenu, grâce à un arrêt remontant à 1519, un lien de parenté indu sur lequel le père du poète serait venu frauduleusement se greffer.

Prouver qu'il est d'authentique noblesse va devenir l'obsession du poète du roi. En 1605, il rédige à l'intention de son fils, une "instruction" dans laquelle il écrit : "Il y en a d'autres que nous qui portent le nom de Malherbe (= mauvaise herbe, peu glorieux) en Normandie mais à la distinction de ceux-là, nous nous appelons Malherbe de Saint-Aignan... Il se trouve force documents de notre maison en la chambre des comptes de Paris et en celle de Rouen, en plusieurs fondations d'églises, et ailleurs en beaucoup de maisons nobles avec lesquelles nous avons eu alliance par le passé. Mon grand-père était cadet de sa maison. Ma grand-mère maternelle était de la maison d'Elbeuf où il y avait alors cinq ou six terres nobles..."

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Sans héritier vivant à sa mort, le 16 octobre 1628, ses biens iront à son neveu, Vincent de Boyer d’Éguilles (1618-1659), conseiller au Parlement de Provence. Une des conditions que Malherbe lui avait imposée dans son testament était que les Boyer prendraient pendant trois générations le nom de Malherbe.

 

Biblio. Guide Normand de Généalogie d' Gilles Henry - Orep-Ed. 2013.

14/04/2019

Au-delà de la signature...

Pour nous, généalogistes, se concentrer sur la signature d'un ancêtre a bien des avantages. Chaque signature est une empreinte manuscrite, la preuve indiscutable de la présence de la personne recherchée dans l'enregistrement de l'évènement auquel elle participe. En outre, une signature manuscrite concentre nombre d'informations utiles sur le niveau d'instruction et le rang dans l'échelle sociale de celui qui l'a écrite. Mais surtout, car c'est loin d'être négligeable, l'étude approfondie de l'évolution d'une signature tout au long de la vie de celui ou de celle à qui elle appartient, de celles de sa fratrie et plus encore de toute sa lignée, de la plus ancienne connue à la plus récente, permet de comprendre les évolutions et les variations orthographiques et phonétiques d'un patronyme. Comprendre comment, pourquoi et quand un nom de famille a muté et/ou s'est transformé.

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Exemple d'évolution d'un nom de famille

 

Ce n'est pas tout. Regardez la disposition des signatures au bas d'un acte de mariage. Bien souvent, il est le reflet à la fois du degré d'implication des individus dans l'évènement mais aussi du rang de chacun dans la société locale : d'abord les mariés s'ils savent signer, puis les notables, les parents, les membres proches de la famille, les témoins, les amis et enfin le curé.

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Acte de mariage de mes ancêtres François Cordonnier et Marie Duval - 1781

 

Examinez attentivement la signature. Elle peut révéler le prénom que cet aïeul utilisait au quotidien parmi tous ceux qu'il avait reçus lors de son baptême. Le prénom usuel n'est pas forcément le premier prénom ! Certains signataires ajoutent à leur nom un complément indiquant la place qui était la leur au sein de la famille comme "Père"ou "fils". Bien utile en cas d'homonymie ! Comme la mention "l'ainé"ou "le jeune" qui permet de situer le déclarant par rapport aux autres membres de la fratrie. Au décès du père, il était d'usage que le fils aîné, en référence à son nouveau rôle de chef de famille, signe désormais de son seul nom, abandonnant à la fois l'indication de son prénom et du complément...

S'agit-il de la signature d'une femme mariée ? Signe t'elle de son nom de naissance ? De son nom d'épouse ? D'une combinaison des deux ? Est-elle veuve ? A t'elle conservé le nom de son mari ou repris son nom de jeune fille ? Les réponses à ces questions permettent de cerner l'espace d'autonomie dont elle disposait au sein de son couple et de sa famille.

La signature d'un ancêtre revient souvent dans des actes qui ne concernent pas sa parenté ? Il est souvent cité en qualité de parrain-marraine ou de témoin ? C'est une indication précieuse qui montre l'insertion sociale, la notoriété, l'étendue des relations qu'il entretenait avec son voisinage amical ou professionnel.

Autre bonne raison de s’intéresser aux signatures de ses ancêtres : en l'absence de photographies, par leur aspect graphique, elles complètent et illustrent agréablement une généalogie ou la rédaction d'une histoire de famille.

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Enfin, et sans pour autant faire de graphologie, la signature fait parfois état de la personnalité du signataire notamment lorsqu'elle est tracée d'une main expérimentée.

 

 

Biblio. "Les signatures de nos ancêtres, ou l'apprentissage d'un geste" de Th. Sabot - Ed. Thisa, 2012,

"La trace de nos ancêtres" de M. Lequesne - RFG n°141,

"Les signatures, un objet d'étude à ne pas négliger !" de S. Roelandt - Votre Généalogie, n°22.

Merci au site : guide-genealogie.com