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23/06/2019

Montebourg, l'histoire d'un patronyme

Montebourg : une petite commune normande du département de la Manche. Située à l'est de la péninsule du Cotentin, à une dizaine de kilomètres de Sainte-Mère-Église, « le bourg vers lequel on monte » s'élève à environ 70 mètres au-dessus du niveau de la mer. Une petite commune normande qui a, bien involontairement, donné son nom à un enfant trouvé...

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31 janvier 1842*, loin de là, aux portes du Morvan, à Autun, sous-préfecture du département de la Saône et Loire. L'adjoint au maire rédige le procès-verbal qui servira d'acte de naissance à un enfant placé la veille au soir dans la tour d'abandon de l'hospice de la ville.

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Il s'agit déjà du septième enfant abandonné de l'année. C'est un petit garçon âgé de 2 jours vêtu d'une chemise de coton qui a été déposé là sur un mauvais oreiller de coton bleu garni de plumes. Récupéré par les sœurs hospitalières qui lui ont prodigué les premiers soins, il s'agit maintenant de lui donner une identité.

Il aurait été inconcevable et inconvenant d'attribuer à ces enfants, "nés d'amours coupables", considérés comme des parias, un patronyme déjà existant. La famille le portant ressentirait cette homonymie comme particulièrement déshonorante. Il fallait donc leur "fabriquer" un nom de famille. Cette année-là, il avait été décidé que les enfants trouvés d'Autun recevraient des noms de lieux, notamment normands. C'est ainsi que de jeunes Autunois et Autunoises vont s'appeler Hyvetot, Vallery, Damville ou Harcourt...

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Le petit garçon, recueilli en cette fin janvier par les sœurs de l'hospice, s'appellera quant à lui "Justin Montebourg". Une vraie chance car un des enfants qui l'a précédé dans le registre des enfants trouvés de l'année 1842 a quant à lui reçu le patronyme de "Letocart", "un nom sous lequel il n'aurait sans doute pas été facile de percer en politique..." Car Justin Montebourg n'est autre que l'ancêtre direct de l'homme politique et ancien Ministre, Arnaud Montebourg.

 

* Autun, naissances, procès-verbaux d'enfants trouvés 1842-p6/55

Biblio. "Le tout politique" de Jean-Louis Beaucarnot - Ed. L'Archipel, 2011.

 

16/06/2019

L'appel du 18 juin !

"Quoi qu'il arrive, la flamme de la résistance française ne doit pas s'éteindre

et ne s'éteindra pas".

Charles De Gaulle

 

18 juin ! 18 juin 1940 ! Comment oublier cette date inscrite à jamais dans notre histoire ? Comment ne pas se souvenir que c'est à la suite de son célèbre "appel" sur les ondes de la BBC de Londres, un appel à la résistance invitant les Français à refuser la défaite et à lutter, que De Gaulle (1890-1970) va poser la première pierre de l’aventure de la France Libre ?

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La veille, à la radio, les auditeurs ont entendu un tout autre discours. Celui du Maréchal Pétain, nouveau chef du Gouvernement français, annonçant officiellement et le "cœur serré" qu'il faut "cesser le combat" face à l'Allemagne et demander à l'ennemi la signature d'un armistice.

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C'est en réaction à ce discours défaitiste que De Gaulle va lancer son célèbre appel aux armes où il incite la population à refuser la capitulation et à poursuivre le combat face aux nazis. Il va alors prédire la mondialisation de la guerre. Pourtant, très peu de français vont l'entendre sur le moment. De Gaulle, alors âgé de 49 ans, est encore inconnu du grand public et la population comme les soldats en pleine débâcle ont bien d'autres choses à faire que de se brancher sur la radio britannique ! Seulement quelques journaux de la presse régionale reprendront son discours le lendemain.

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Pour la petite histoire, cet appel a la résistance vaudra a de Gaulle d'être condamné une première fois par la France à 4 ans de prison et 100 francs d'amende pour "incitation à la désobéissance". Estimant ledit jugement "coupable d'indulgence", les autorités de Vichy vont faire  appel et, le 2 août 1940, obtenir du tribunal militaire siégeant à Clermont-Ferrand sa condamnation à mort, sa dégradation militaire et la confiscation de ses biens. Le condamné à mort fera savoir fièrement et simplement qu'il considère ces jugements comme " nuls et non avenus".

 

Biblio. "Petites histoires des Grands de France" de J-P. Rodrigue -Jourdan Éd. 2005.

09/06/2019

Mes ancêtres Boulangé et leurs signatures

L'aîné de tous les "Boulangé" en l'état de mes recherches généalogiques, Joseph, originaire d'Epreville-sur-Ry, une paroisse de Seine-Maritime en Normandie, qui a épousé vers 1581 une jolie Marguerite, n'a malheureusement laissé aucune trace écrite... Comme son fils Daniel (ca1606-1688), et après lui son fils Alexandre (1644-1693), et après lui encore son petit-fils Jean (ca 1666-1741), son arrière petit-fils Louys (1703-1769) et son arrière-arrière petit-fils Jean Baptiste (1736-1798), tous signaient d'une croix, témoignage de leur analphabétisme.

Ceux qui veulent que le paysan ne sache ni lire ni écrire, disait Mirabeau (1749-1791), se sont fait sans doute un patrimoine de son ignorance, et leurs motifs ne sont pas difficiles à apprécier. Mais ils ne savent pas que lorsqu’on fait de l’homme une bête brute, l’on s’expose à le voir à chaque instant se transformer en bête féroce. Sans lumières, point de morale." L'Assemblée constituante de 1789 passe par là. Elle transfère aux autorités administratives les pouvoirs de l’église sur l’école et proclame que l'instruction élémentaire est nécessaire à tous.

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Le résultat ne se fait pas attendre : le premier de la lignée a savoir écrire son nom orthographié "Boullenger" se nomme Pierre Nicolas (1769-1852). Nicolas exerce au Mesnil-Esnard (Seine-Maritime) la profession de Beaugeur-Couvreur en paille. L'examen de la qualité graphique de sa signature montre toutefois une approche très réduite de l'écriture qui se limite peut être au seul traçage de son nom. Les lettres, qui se chevauchent, sont irrégulières et même inversées, l'écriture semble lente et laborieuse et au final, la signature est informe et maladroite.

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La signature de son fils Constant Nicolas (1817-1889), Plâtrier de son état, prouve qu'il est quant à lui le premier de la lignée à avoir appris à lire et à écrire. D'une écriture cursive, arrondie, lisible et appliquée, il trace son nom "boulangé". Si toutes les lettres sont liées entre-elles, on peut noter seulement une absence de majuscule à l'initiale du patronyme. En 1814, Lazare Carnot (1753-1823) avait tenu ces propos à l'Empereur (1769-1821) : « il y a en France, deux millions d’enfants qui réclament l’éducation primaire, et, sur ces deux millions, les uns en reçoivent une très imparfaite, tandis que les autres en sont complètement privés ». Deux ans plus tard, l'ordonnance du 29 février 1816, première charte de l'école primaire, demande aux communes de se doter d'une école et d'assurer l'instruction gratuite des enfants indigents. Aucune sanction n'est prévue contre les communes défaillantes : l'obligation est simplement morale... Mais le jeune Constant, c'est certain, a dû fréquenter l'école de Mesnil-Esnard.

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Il faut attendre 1833 pour qu'en France, l'enseignement primaire public voit le jour. En application de la loi Guizot (1787-1874), il est créé dans chaque commune une école primaire de garçons. Mais cette instruction reste ni obligatoire ni gratuite, jusqu'à la parution de la loi Falloux (1811-1886) en 1850. A cette date, le jeune Constant Étienne (1842-1918) a déjà 8 ans et l'âge minimal d'embauche est à 10 ans. La calligraphie de sa signature témoigne d'une alphabétisation très moyenne. L'écriture est lisible mais laborieuse. Les lettres ne sont pas toutes reliées entre-elles, le tracé est épais voire, à certains endroits, excessif.

A l'inverse, le tracé fin et léger, avec une utilisation pertinente de la majuscule est signe d'une réelle capacité d'écriture de son fils Paul Fernand (1877-1950), mon grand-père paternel. Son aisance à écrire témoigne d'une familiarité ancienne acquise au cours des études. Mon grand-père a bénéficié sans doute possible des lois Jules Ferry de 1882 qui rendait l'école primaire gratuite et obligatoire de 6 à 13 ans.

 

 

Biblio. "Les signatures de nos ancêtres, ou l'apprentissage d'un geste" de Th. Sabot - Ed. Thisa, 2012.