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04/02/2018

Vous m’aviez conseillé de me garder du froid...

En ce 5 février 1766, en Lorraine, il fait très froid. Dans sa chambre, en son château de Lunéville, le maitre des lieux, Stanislas Leszczynski (1677-1737), 88 ans, grelotte de froid. Ce prince "par la grâce de Dieu, Roi de Pologne, Grand-Duc de Lituanie, Russie, Prusse, Mazovie: Samogirle, Kiovie, Volhinie, Podlachie, Livonie, Smolensko, Sévérie, Czernichovie, Duc de Lorraine et de Bar, Marquis de Pont-à-Mousson et de Nomeny, Comte de Vaudemont, de Blamont, de Sarwerden, et de Salm" est aussi et surtout le beau-père de Louis XV (1710-1774) depuis que sa fille Marie (1703-1768) est devenue Reine en épousant le roi de France le 4 septembre 1725.

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Château de Lunéville

Mais voilà, aucun de ces prestigieux titres n'empêche aujourd'hui l'aristocrate affaibli par l'âge et qui n'y voit plus très bien, d'être transi de froid. Il s'est enveloppé dans sa plus confortable robe de chambre, cadeau de sa fille et s'est assis devant le bon feu qui tente vainement de réchauffer la pièce. Pour profiter de la chaleur des braises, le vieil homme se tient au plus près du foyer. Tellement près que son vêtement s'enflamme. Alors qu'il se baisse pour tenter d'éteindre de la main le feu qui gagne, il perd l'équilibre et tombe dans l'âtre, se blessant dans sa chute sur la pointe d'un chenet. Comme sa main gauche s'appuie sur des charbons ardents, victime d'horribles douleurs, il est incapable de se relever.

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Stanislas Leszczynski (1677-1737)

A l'extérieur de la pièce, un garde veille bien sûr mais celui-ci à ordre de ne pas entrer dans la chambre de son maitre sans y avoir été invité. Bien sûr, une acre odeur de brûlé vient chatouiller les narines de ce serviteur qui s'interroge longuement sur l'opportunité ou pas d'enfreindre le protocole...

Et quand enfin on ouvre la porte, il est trop tard. Stanislas Leszczynski est profondément brûlé. Les doigts de sa main gauche sont calcinés et, du même côté, son corps, de la joue au genou, n'est plus qu'une plaie. Lui qui restera dans l'Histoire comme l'arrière-grand-père de trois rois de France, Louis XVI, Louis XVIII et Charles X, meurt le dimanche 23 février suivant à 4 heures du matin, après 18 jours d'affreuses souffrances.

5 février 1766,stanislas leszczynski,château de lunéville

La Reine Marie Leszczynski - 1725

Avant de mourir, il aurait eu ses derniers mots pour sa fille : « Vous m’aviez conseillé de me garder du froid, vous auriez mieux fait de me dire de me préserver du chaud. »

Le malheur de l'un faisant le bonheur des autres, son décès permit le rattachement des duchés de Lorraine et de Bar, stratégiquement situés entre Paris et le Rhin, au Royaume de France. Il .

 

Biblio. "le grand Bêtisier de l'Histoire de France" d'A. Dag'Naud - Ed. Larousse, 2012.

Merci au nombreux sites sur le sujet et particulièrement au pages chrisagde.free.fr et Wikipédia.

 

28/01/2018

Avis aux futurs parents à la recherche de prénoms originaux...

Le calendrier républicain, entré en vigueur le 15 vendémiaire an II (6 octobre 1793), mais débutant le 1er vendémiaire an I (22 septembre 1792), jour de proclamation de la République, déclaré premier jour de l'« ère des Français », a révolutionné le quotidien de nos ancêtres durant 13 ans, jusqu'à son abolition le 31 décembre 1805.

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Les noms des mois et des jours furent conçus par le poète Fabre d'Églantine (1750-1794) avec l'aide d'André Thouin (1747-1824), jardinier du jardin des plantes du muséum national d’histoire naturelle.

calendrier républicain,usage de nouveaux prénoms issus de noms communs

Fabre d'Églantine (1750-1794)

 

L'année était découpée en douze mois de trente jours chacun, plus cinq jours complémentaires. Chaque nom de mois rappelait soit un aspect du climat français, comme "nivôse" (décembre-janvier) en rapport avec le thème de la neige, soit des moments importants de la vie paysanne comme "vendémiaire" (septembre-octobre) le mois des vendanges. Exit également les prénoms des saints du calendrier traditionnel, remplacés par des noms essentiellement du monde agricole. Ainsi, les mois de 30 jours étaient divisés en 3 décades et chaque jour portait le nom d'une plante, sauf les 5, 15 et 25 qui évoquaient un animal et les 10, 20 et 30 un outil.

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Extrait de la table décennale de l'an 2 de la Commune de Brive-la-Gaillarde (Corrèze)

 

Dans certaines régions, ces noms communs ont réellement été utilisés pour prénommer les nouveaux-nés. La Revue Française de Généalogie n°226 d'octobre-novembre 2016 a publié l'exemple de la table décennale de l'an 2 de la Commune de Brive-la-Gaillarde (Corrèze) où l'on constate le strict respect du nouveau calendrier avec la naissance de "Plantoir" Lavergne le 30 ventôse (jour du plantoir), celle de "Fougère" Laroumé le 4 floréal, de "Carpe" Lasfargue le 26 du même mois, de "Concombre Lafon" le 8 messidor et même d'"Ecrevisse" Lapradelle le 25 fructidor.

Pierre-Valéry Archassal, l'auteur de l'article, précise "qu'une recherche généalogique sur ces enfants nous montre que la grande majorité d'entre-eux avait changé de prénom au moment de leur mariage pour retrouver une identité plus classique..."

 

21/01/2018

Une recette médicinale contre la peste

Dernièrement, certaines vaccinations ont été rendues obligatoires. L'occasion de se souvenir que nous sommes tous des "survivants" compte tenu des dangers qui ont, au cours des siècles, menacé et décimé nos ancêtres. Il est peu de familles, en effet, qui n'aient eu à payer quelque tribut aux grandes "contagions" des siècles passés. Choléra, diphtérie, grippe espagnole,... sans oublier bien sûr la peste. Disparue de l'Europe depuis le VIe siècle, elle réapparaît brutalement en 1340. Cette épidémie, appelée "peste noire", va envahir rapidement toute l'Europe continentale, empruntant les voies maritimes et fluviales.

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Elle arrive en Normandie, dans le port de de Rouen, le 25 juillet 1348. En deux ans, elle va emporter avec elle la moitié de la population de la ville qui compte alors entre 30 000 et 40 000 âmes. Témoin de cette époque, l'aître Saint-Maclou, ce cimetière charnier constituant un des rares exemples d'ossuaire de ce type subsistant en Europe. La peste va continuer ensuite à frapper périodiquement notre province. En quatre siècles, la Ville de Rouen connaîtra 35 années de pics épidémiques d'une terrible violence.

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Aître Saint-Maclou de Rouen

La médecine de l'époque se révèle bien impuissante. Pour examiner les malades, les "médecins", affublés du costume de "corbeau", utilisent une baguette dite "canne de Saint Roch" ou des pinces à long manche avec lesquelles ils ouvrent et cautérisent à distance les ganglions infectés. Ils pratiquent aussi des saignées et ont également recours à des pratiques frôlant soit la sorcellerie, comme placer des grenouilles sur les bubons afin de « rééquilibrer les humeurs », soit la magie, comme la confection des breuvages "miraculeux" .

Ainsi, cette recette médicinale de "prévention de peste" datant du XVIIe siècle et publiée par l'Académie Paléographie de l'Eure.*.

 

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"Remède contre la peste esprouvé par tout / ceux qui gouvernent les mallades de Sainct / Louis à Paris envoyé par un médecin de la / santé, par la vertu duquel ceux qui en ont / usé ont esté préservéz quoy qu'ilz ayent beu et / mengé avec les pestiféréz.

Il fauct prendre quatre pincés d'herbes, / auttant de l'un que de l'aultre cy-après déclaréz. / Scavoir une peincée de foeuille de roses, / auttant de foeuilles de sauge franche, / auttant de foeuilles de rue, / auttant de foeuilles de sureau et les / broiés toutes ensemble, puis les destremper / avec du vin blanc et après les fecte très / bien bouillir ensemble puis les couller à travers / un linge blanc dans un pot net et aprais / mettre de la poudre de gingemvre dedans / le breuvage. Sela faict, beuvez-en au mattin / devant desjeuner par l'espace de neuf jours, / environ un pouce ou deux doigtz dedans un / verre et cela prins, il ne fault boire / ny manger de deux heures après et au / bout des neuf jours serez affranchy, préservé / pour toutte l'année dans que rien vous puisse / faire mal."

 

* "L'Eure et son passé - 2- " Recettes médicinales du XVIe au XIXe siècle - Evreux, 1986.