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14/07/2019

Les racines normandes de Gustave Flaubert

"Normands, tous tant que nous sommes, nous avons quelque peu de cidre dans les veines. C'est une boisson aigre et fermentée et qui quelquefois fait sauter la bonde." Voilà comment le rouennais Gustave Flaubert (1821-1880) revendiquait son origine normande !

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Car, si sa famille paternelle était champenoise, ses ascendants maternels, qui s'étaient par la suite installés à Caen, étaient originaires du Pays d'Auge. Sa mère, Caroline Fleuriot (1793-1872), lui apporte ainsi une généalogie "de la ville et des champs" par ses plus anciens ancêtres, Nicolas Fleuriot et Philippe Bourdet qui travaillaient la terre de Boissey, un village situé près de Saint-Pierre-sur-Dives (Calvados).

 

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Caroline Fleuriot (1793-1872), mère de Gustave Flaubert

La jeune femme appartenait, écrit Guy de Maupassant, "à une famille de Basse-Normandie, les Cambremer de Croix-Mare, et était alliée à Thouret (Jacques Guillaume (1746-1794), de la Constituante. La grand-mère de Gustave Flaubert, Charlotte Cambremer, fut une compagne d'enfance de Charlotte Corday (1768-1793)."

Parmi les aïeux du grand homme, citons son atypique arrière grand-père, Nicolas Guillaume Justin Cambremer, rapporteur référendaire en la chancellerie près le parlement de Normandie, avocat et Conseiller du roi, qui avait épousé sa propre nièce, la fille de sa sœur, de 18 ans sa cadette. Cette consanguinité est-elle à l'origine de la grave crise d'épilepsie que connaît le jeune Gustave en janvier 1844 et qui scellera à jamais son destin d'écrivain ?

Par fierté, ce Nicolas Guillaume Justin Cambremer, prétendant descendre par sa femme des seigneurs de Croixmare, une vieille famille noble fort connue en Normandie qui comptait des conseillers au parlement et un même archevêque, avait décidé d'ajouter ce quartier de noblesse à son patronyme, se faisant appeler "Cambremer de Croixmare".

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L'homme eut, malgré cette particule ronflante, plusieurs démêles avec la justice. Notamment accusé d'avoir engrossé une servante, il nia sa paternité alors que 63 témoins venant de tous les horizons, témoignent contre lui. Il s'en sortira en faisant ériger en 1767 une croix de pierre située sur la route de Lisieux et la commune du Torquesne, aujourd'hui remplacée par une croix de bois.

 

 

Biblio. "Guide Normand de généalogie" de Gilles Henri - Orep Ed., 2013.

07/07/2019

"Sans grâce ni merci" mais parfaitement loyal !

10 juillet 1547. Dans un champ clos de bataille dans le pré au-devant du château de Saint-Germain-en-Laye (Yvelines), le Roi Henri II (1519-1559), accompagné de toute sa cour, attend, à la fois confiant et fébrile. Devant lui, lors d'un duel qui entrera dans l'histoire, François de Vivonne, seigneur de La Châtaigneraie (1520-1547) et Guy Ier Chabot de Saint-Gelais (1514 - 1584), vont s'affronter.

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Guy Chabot, baron de Jarnac

Chabot de Saint-Gelais, futur baron de Jarnac, avait épousé en 540 Louise de Pisseleu, sœur de la duchesse d’Étampes, maîtresse de François Ier (1494-1547). Celle-ci était en constante rivalité avec Diane de Poitiers (1499-1566), maîtresse du Dauphin, le futur Henri II. Un jour qu'on demandait à Guy Chabot d'où lui venait la richesse de ses vêtements, il répondit qu'il la devait à la générosité de sa belle-mère, Madeleine de Puyguyon, seconde épouse de son père, le baron Charles Chabot. Ces propos, tenus devant Diane de Poitiers et le Dauphin, sont opportunément déformés par eux pour le ridiculiser. Ils font courir le bruit que cette générosité cache des faveurs bien spéciales... Bien sûr, quand ces rumeurs parviennent aux oreilles de l'intéressé, non seulement il oppose un fort démenti mais demande réparation.

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François Ier , opposé aux duels et surtout conscient qu’il ne s’agit là que de « querelles de femmes jalouses » interdit l'affrontement. Mais, au lendemain de sa mort, Henri II, devenu roi, s'empresse de l'autoriser. Comme le dauphin ne peut se battre, il va choisir de se faire remplacer par La Châtaigneraie, un jeune homme robuste, connu pour sa force physique et son adresse aux armes, une des plus fines lames du royaume. Connaissant la force et les qualités de son adversaire, Jarnac prend le soin de se former auprès d'un spadassin, un maître d'escrime italien qui va lui enseigner une botte secrète.

Le combat a lieu " sans grâce ni merci", à l'épée à deux mains. A la surprise générale, Jarnac l'emporte ! Il a mis en application ce qu'il a appris de l'italien, un fameux coup qui consiste à couper le jarret de l'adversaire par un coup de revers. Il frappe donc la jambe gauche de La Châtaigneraie qui s'écroule dans une mare de sang et meurt le lendemain.

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Quant au public, le roi et sa cour, pour se remettre de son émotion, il se régale du festin que La Châtaigneraie avait imprudemment préparé pour fêter son triomphe. Il ne faut jamais vendre la peau de l'ours avant de l'avoir tué ! Le jeune roi, touché de la mort de la Châtaigneraie, décidera sur l'heure, de ne plus jamais autoriser de duels publics. Ce duel est donc le dernier exemple, en France, de duel judiciaire autorisé par la magistrature

L’expression " coup de Jarnac", synonyme à l'origine d’habileté, a pris, à partir de la fin du XVIIIe siècle, le sens péjoratif qu'on lui connaît aujourd’hui, une attaque imprévue et déloyale. C'est à tort car le coup de Jarnac était parfaitement correct !

 

30/06/2019

Particule ne rime pas toujours avec noblesse !

Qu'on se le dise : les particules nobiliaires, ces "de", "d'", "de la", "des" et "du", écrits en minuscules et précédant un patronyme, ne sont que très rarement synonymes de noblesse ! Bien des familles nobles n'en n'ont jamais eu, à commencer par la plupart des quelque trois mille anoblies sous l'Empire, comme les Murat ou les Suchet.

Si au XVIIIe siècle, on comptait 17 000 noms de famille authentiquement nobles, il n'en subsiste plus aujourd'hui qu'à peine 4 000 dont moins de 10 remontent à l'an 1400. Sous l'Ancien Régime, la noblesse représentait à peine 1 % de la population totale. Leurs membres se distinguaient dans les actes officiels non pas par une particule mais par des qualificatifs propres comme "écuyer", "chevalier", "noble", "noble homme"ou "noble dame", "Damoiselle".

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Bans de Mariage en date du 15 février 1611-Eglise Saint-Paul de Rouen- de Noble homme Guillaume Blanchard, seigneur de Mesnil-Raoul, mon sosa 2514

Les plus anciennes familles nobles sont nées bien avant que ne s'imposent les noms de famille. Elles étaient connues sous le nom de leurs terres ou de leur château, on parlait alors de "Maison", comme celle d'Harcourt en Normandie. A partir des XIIe et XIIIe siècles, lorsque les patronymes roturiers, nos noms de famille actuels, sont apparus, les nouveaux anoblis ont tout simplement ajouté ce nom à celui de leurs terres. C'est le cas de la famille Le Fevre d'Ormesson, une famille de la noblesse subsistante, originaire d'Île-de-France, anoblie en 1553 et propriétaire du Château d'Ormesson sur Marne.

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Le château d'Ormesson-sur-Marne

Mais voilà, très vite, dans l'esprit des gens, la particule, synonyme de patrimoine donc de richesse, est interprétée comme "signe extérieur de noblesse". Les bourgeois vont s'empresser d'allonger leur nom en y ajoutant, à l'aide d'une préposition, celui de leur propriété. Leurs "obligés", en marque de respect, les doteront en outre d'une "particule de courtoisie". Résultat : Monsieur Dupont deviendra Monsieur de Du Pont du Château du Val. D'autres, plus fortunés, n'hésiteront pas à acquérir à prix d'or ce titre de noblesse si convoité et qui fera d'eux de simples "faux nobles", une noblesse d'apparence uniquement...

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Pour conclure, il ne faut pas oublier ces officiants, curés et secrétaires de Mairie, qui, involontairement, vont maltraiter les patronymes, transformant nombre de Lachaussée en De La Chaussée, La chaussée ou bien encore Chaussée...

 

 

Biblio. "Qui étaient nos ancêtres ?" de Jean-Louis Beaucarnot - Ed. J.-C. Lattès, 2002.