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17/05/2020

La tarte au Rhum de Toulouse-Lautrec

C'est au petit matin d'une nuit d'automne orageuse que nait à Albi (Tarn) le 24 novembre 1864 Henri Marie Raymond, fils du Comte Alphonse Charles Jean Marie de Toulouse-Lautrec-Montfa et de son épouse Adèle de Tapié de Céleyran. La famille de Lautrec est l'une des plus vieilles familles nobles de France.

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Acte de naissance de Henri de Toulouse-Lautrec - Archives Départementales du Tarn

En 1874, le terrible diagnostic tombe : Henri est atteint de pycnodysostose, une maladie rare des os attribuée à la consanguinité de ses parents (ses deux grands-mères sont sœurs). Ses membres resteront courts. Il ne dépassera pas 1,52m.

Dix ans plus tard, l'artiste-peintre qu'il a décidé d'être s'installe au cœur du quartier parisien de Montmartre, 19bis, rue Fontaine. En digne dandy de son temps, il ne sort jamais sans sa canne. Une canne à secret, laquelle en France prendra son nom, et où sont dissimulés dans le fût une longue fiole de verre et dans le pommeau un petit verre. Car l'homme n'aime pas l'eau. Chez lui, les carafes sont le domaine exclusif des poissons rouges...

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Henri de Toulouse-Lautrec ( 1864-1901)

Gascon par tempérament, gourmand de nature, Henri est un aristocrate-gastronome et un bon vivant. Pour lui, la cuisine est un art au même titre que la peinture. Qualifié de "gourmet émérite et maître queux tyrannique" par son ami Maurice Joyant (1864-1930), il régale ses hôtes au milieu du fatras de ses toiles et de ses pinceaux, dans son atelier-appartement qu'il va jusqu'à aménager comme un vrai restaurant.

Mélangeant les genres, après l’entrée et le plat, ses convives sont souvent invités par un "Et voilà le dessert" à admirer sa dernière toile d’atelier.

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Approvisionné régulièrement en bons produits girondins, c'est installé derrière ses fourneaux, debout sur un tabouret, qu'il mitonne pour les grands classiques de la gastronomie comme la bouillabaisse, le homard à l’américaine, le veau marengo... Il invente aussi toutes sortes de plats originaux chargés d'humour. Parmi ceux-ci, le "pâté de lapin artificiel", sans lapin mais composé de veau mariné aux épices ou les moules en brochette, ou bien encore cette tarte au rhum*, facile à réaliser. Seulement un pâte feuilletée, du beurre demi-sel, du sucre et du Rhum. On étend la première dans un plat bien beurré. On la parsème copieusement de petits morceaux de beurre. On recouvre le tout de sucre cassonade. On arrose de Rhum et on met à cuire à four chaud (200°) avant de servir tiède.

 

* Recette extraite de « La cuisine des Terroirs » de R.J. Courtine.

10/05/2020

Fatale journée pour deux rois de France

Palais du Louvre. 14 mai 1610. La reine Marie de Médicis (1575-1642) accourt dans la chambre de son époux. "Est-ce possible ? Le roi est-il donc mort ?" "Excusez-moi, Majesté, lui répond le chancelier de Sillery, mais en France, les rois ne meurent point ! Voici le roi, Madame" désignant du geste le jeune dauphin de 9 ans qui vient d'entrer, futur Louis XIII.

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Henri IV, Marie de Médicis et leurs enfants le futur Louis XIII, né en 1601, ses sœurs Élisabeth et Christine et son frère, Monsieur d'Orléans.

 

A 14h15, ce vendredi là, une journée ensoleillée de printemps, le poignard de son assassin n'a laissé aucune chance au roi de France âgé de 57 ans. Après déjeuner, vers 15 heures, sa majesté avait décidé de quitter le palais du Louvre, encore tout bourdonnant des festivités du sacre officiel de la reine Marie de Médicis qui ont eu lieu la veille à la basilique Saint-Denis.

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Couronnement de Marie de Médicis le 13 mai 1610 par Pierre-Paul Rubens (1577-1640)

Pour l'épouse du roi depuis dix ans déjà, c'était là son jour de gloire, celui qu'elle attendait avec impatience et depuis si longtemps ! Henri IV a enfin cédé, ou plutôt la raison d’État. Car, avant de partir en guerre vers les Pays-Bas espagnols, il sait qu'il doit assurer la stabilité du royaume et qu'il lui faut accepter ce sacre afin qu'en cas de malheur son épouse puisse assurer la régence. A son ministre et confident Sully, il avait confié : "Mon ami, que ce sacre me déplaît ! Je ne sais ce que c'est, mais le cœur me dit qu'il m'arrivera malheur... Pour ne rien vous celer, on m'a prédit que je devais être tué à la première grande magnificence que je ferai et que je mourrai dans un carrosse."

Pensait-il encore à cette prophétie quand, le lendemain, pour se rendre chez Sully, il a refusé l'escorte qui se proposait de l'accompagner ? Dans sa voiture, à ses côtés, ont pris place les ducs d'Epernon, de La Force et de Montbazon et le maréchal de Lavardin. Il fait beau et on a relevé les mantelets de cuir des portes afin de pouvoir admirer les arcs de triomphe et les décorations érigés la veille pour l'entrée solennelle de la Reine. Il est tout juste 16 heures quand le carrosse royal est immobilisé devant l'auberge à l'enseigne "D'un cœur couronné percé d'une flèche". C'est là que Ravaillac va frapper le roi de deux coups de couteau en pleine poitrine... L'aorte rompue, la mort est quasi immédiate. C'était là la 18ème tentative d'assassinat du roi qui, depuis la promulgation de l'édit de Nantes, était devenu une cible privilégiée...

mort de henri iv,mort de louis xiii,14 mai

Registre paroissial - St-germain-en-Laye -1637 - p280/339

Ironie du destin, son fils, le roi Louis XIII, mourra comme son père dans l'après-midi d'un 14 mai, le 14 mai 1643, 33 ans plus tard. Quant à Ravaillac, il est sans nul doute l'assassin le plus ancré dans la mémoire des écoliers français !

 

Biblio. "De quoi sont-ils vraiment morts" du Dr J. Deblauwe, Texto, 2019.

01/05/2020

Le muguet, emblème de Christian Dior

Le grand couturier Christian Dior (1905-1957), "Dior, entre Dieu et Or" pour paraphraser Jean Cocteau (1889-1963), l'ambassadeur de l'élégance française, qui a bouleversé la mode d'après-guerre, avait pour fleur fétiche, une petite fleur d'apparence humble et discrète, qui annonce le retour des beaux jours et s’offre comme un porte-bonheur : le muguet.

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Son parfum intense mais audacieux lui rappelait disait-il l'odeur du jardin de son enfance, quand, les matins de printemps, il ouvrait la fenêtre de la maison familiale de Normandie, "Les Rhumbs", située au bord de la falaise de Granville (Manche). C'est là, dans le jardin qui entoure la villa que, dès son plus jeune âge, il va s'initier au jardinage avec la plus avisée des amatrices, sa mère Madeleine. Elle connaissait petits et grands secrets des plantes et des fleurs et savait si bien les sélectionner et les soigner ! Ensemble, ils vont choisir l'endroit le mieux protégé du jardin pour y faire pousser leur muguet : sous les Arums, au pied du mur qui mène à la mer. Et c'est toujours là qu'il prospère encore aujourd'hui.

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Villa "Les Rhumbs" de Granville - Aujourd'hui Musée Christian Dior

Passionné par la nature, le jeune garçon va dévorer les catalogues horticoles. A l'âge de 20 ans, se croyant une vocation d'architecte, il redessine entièrement le jardin en y ajoutant pergolas, bassins et roseraie. Et quand, bien plus tard, après la crise de 1929, la maison de ses parents sera vendue, le célèbre couturier n'aura de cesse que de reconstituer ailleurs ce paradis perdu.

Ailleurs : ça sera aussi dans ses créations de mode. Ses modèles vont emprunter aux fleurs formes et couleurs. Et parmi elles, le muguet aura la place du roi. Non seulement, il lui inspirera des parfums célèbres, comme "Miss-Dior" ou "Diorissimo", mais il sera présent dans toutes ses collections.

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Henri Verneuil, Christian Dior et Françoise Arnoul dans la Robe "Muguet" de Christian Dior - Bustier en soie crème, brodée de brins de muguets et de strass (1956)

Pour en disposer en toute saison, il avait demandé à sa fleuriste de faire pousser du muguet toute l'année dans une serre spécialement aménagée à cet effet ! Ainsi, été comme hiver, il pouvait en glisser quelques brins à sa boutonnière ou les garder précieusement au fond de sa poche dans une petite boîte ouvragée. Superstitieux, lors des défilés, tels des gris-gris pour enrayer le mauvais sort, ordre était donné aux couturières d'en glisser dans l’ourlet d’une manche ou d’une robe ou d'en épingler au revers du col des tailleurs.

Fidèle à la tradition, chaque Premier Mai, ce génie de la haute-couture, n'oubliait d'en offrir un brin à toutes ses petites mains et clientes.

"Les femmes, avec leur instinct si sûr, ont dû comprendre que je rêvais de les rendre non seulement plus belles, mais plus heureuses" a-t'il écrit en 1956 dans son autobiographie. Le 29 octobre 1957, des milliers de brins de muguet viendront couvrir son cercueil.