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16/02/2020

Lereffait, député de l'Assemblée Constituante

Dans la série "ce n'est sûrement pas facile de faire carrière en politique quand on porte un tel nom", voici pourtant l'histoire de mon lointain cousin !

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Jean Hubert Lereffait (1733-1812)

Il s'appelait Jean Hubert Lereffait et était né le 28 mai 1733 à Rougemontiers, une petite paroisse normande du futur département de l'Eure, comme y étaient nés avant lui son père, son grand-père et aussi le père de ce dernier... Attesté pour la première fois au début du XIIe siècle sous la forme latinisée de "Rubrum monasterium" que l'on peut traduire par "rouge-église", ce nom de "Rougemontiers" désigne un territoire au centre duquel s'élevait un édifice aisément identifiable par sa couleur.

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Signature de Jean Hubert Lereffait sur son acte de mariage

Selon le droit canon, pour être autorisés à se marier, ses parents, cousins issus de germains, avaient dû obtenir du Pape Benoït XIII, une dispense de consanguinité 3ème au 3ème degré. Le précieux sésame obtenu, Pierre, laboureur de son état, et Margueritte Hardel se sont dit "oui" à l’église de leur village le 13 août 1729. Leur fils Jean Hubert, baptisé le 31 mai 1733 en la même église, est leur troisième enfant et leur deuxième fils.

Et le temps s'écoule... Jean Hubert grandit et s'instruit. Il a plus de 43 ans, fait déjà partie de la bourgeoisie locale, quand il se marie le 29 avril 1777 à Froberville avec sa cousine germaine Marie-Madeleine Hardel dont le père est marchand-laboureur propriétaire.

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Stèle de Jean Hubert Lereffait au cimetière de Rougemontiers (Eure)

Selon le "Dictionnaire Révolutionnaire", le 22 avril 1789, il est élu par le Bailliage de Rouen député de l'Assemblée nationale, représentant du Tiers. Convoqué par le roi aux États généraux pour régler la crise financière, il rejoindra Versailles le 5 mai 1789 pour siéger au sein de cette assemblée proclamée Constituante le 9 juillet suivant. Jusqu'au bout, soit le 30 septembre 1791, il y votera avec la gauche. A son retour en Normandie, il présidera le 15 novembre 1791 à Évreux la première session du conseil général du département de l'Eure. Sous le Consulat, le 14 floréal an VIII (4 mai 1800), il est élu conseiller général de l'Eure. De 1801 à 1812, il sera maire de la commune de Rougemontiers. C'est ici qu'il décède, âgé de 78 ans, le 13 janvier 1812 .

Généalogie simplifiée de Jean Hubert Lereffait, descendant de la famille Vauquelin de Rougemontier :

- Leur fils aîné Jacques Vauquelin (mon sosa 8950) x le 30 janvier 1572 à Rougemontiers (27) à Marie Mellin (mon sosa 8951) ˃ Sainte Vauquelin (1577-1641) x 1598 Michel Mustel (mon sosa 4474) (1575-1641) ˃ Magdeleine Mustel (1600-?) x 1620 Jehan Dubosc (mon sosa 2236) (1592-1649) ˃ Jacques Dubosc (mon sosa 1118) (1625-1688) x Jeanne Mustel (1623-?) ˃ Susanne Dubosc (1653-1691) x 1682 Jean Gourney (mon sosa 558) (1658-?) ˃ Marie Gourney (1682-1761) x 1703 à Charles Trotier (mon sosa 278) (1677-1752) ˃ Marie Louise Trotier (mon sosa 139) (1722-1750) ˃ Henrierre Trotier (1745-1812) x Pierre Regnier (mon sosa 68) (1738-1815) ˃ Pierre Reignier (mon sosa 34) (1782-1848) x 1806 Félicité Caron (1782-1848) ˃ Geneviève Eloïse Reignier (1815-1902) x Constant Boulangé (mon sosa 16) (1817-1889) ˃ Constant Boulangé (mon sosa) (1842-1918) x 1869 Lucie Pellerin (1844-1926) ˃ Paul Boulangé (mon sosa 4 et mon grand-père) (1877-1950).

- Leur second fils Pierre Vauquelin ( + 1618) x vers 1585 à Barbe Née (+1620) ˃ Geuffin Vauquelin (1587-1641) x 1609 à Jacqueline Roussel (+ 1641) ˃ François Vauquelin (1613-1650) x 1636 à Marie De Corneville (+ 1639) ˃ Charlotte Vauquelin ( 1637-?) x à Romain Gervais ˃ Jeanne Gervais ( + 1730) x 1688 à Nicolas Lereffait (1665-1720) ˃ Pierre Lereffait (1698-1735) x 1729 à Marguerite Hardel (1705-1735) ˃ Jean Hubert Lereffait (1733-1812).

 

09/02/2020

Le dernier voyage de la Damoyselle de Beaulté

C'est chez nous, en Normandie, en vallée de Seine, au Manoir de la Vigne du Mesnil-Sous-Jumièges (Seine-Maritime), que la Damoyselle de Beaulté s'est éteinte le 9 février 1450.

"La Vierge à l'Enfant" de Jean Fouquet a ses traits. Agnès Seurelle (1422-1450), "la plus belle dame du royaume de France", se permet toutes les audaces vestimentaires. Elle sera la première à montrer ses épaules nues et inaugurera l'une des armes de l'élégance féminine, le décolleté. Le roi Charles VII (1403-1461), âgé de 41 ans, en tombe amoureux au printemps 1443. 6 mois plus tard, elle est sa maîtresse, une position qui fait d'elle la première "favorite officielle" d'un roi de France.

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"La Vierge à l'Enfant", tableau de J. Fouquet entre 1452 et 1458

Pour faciliter leur liaison, le roi la nomme dame de compagnie de sa femme, la reine Marie d'Anjou (1404-1463). Fou amoureux, il couvre son aimée de cadeaux. Parmi eux, le château de Béauté-sur-Marne près de Vincennes, auquel elle devra son surnom, "le plus bel chastel et le mieux assis qui fut dans toute lisle de France", les seigneuries de Rocquecezières, d'Issoudun, de Vernon et d'Anneville, une pension annuelle de 3 000 livres, somme considérable pour l'époque, mais aussi des parures, bijoux et autres joyaux dont le tout premier diamant taillé connu à ce jour.

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Château de Beauté, demeure royale proche de Vincennes

Au printemps de 1449, la Normandie, alors aux mains des Anglais, se révolte et en appelle au roi de France. Charles VII prend donc la tête d'une campagne de reconquête triomphale. Pont-Audemer, Pont l'Evêque, Lisieux, Verneuil, Louviers,... même l'imprenable Château-Gaillard tombent sans résistance au mois d'août. A Rouen, la population ouvre les portes aux troupes françaises, forçant ainsi la capitulation de l'ennemi le 29 octobre. Le 10 novembre, le roi entre dans la capitale normande en liesse : la province est enfin libérée après 30 années d'occupation !

En janvier 1450, l'élue du cœur de Charles VII, âgée de 28 ans, attend son quatrième enfant. Elle se morfond au château de Loches en Touraine et décide de rejoindre son royal amant en Normandie. En plein hiver, enceinte d'environ 7 mois, ce long voyage de plus de 350 km est rude ! Elle arrive toutefois à bon port et le roi l'installe aussitôt dans ce manoir où il a établi ses quartiers.

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Manoir de la Vigne du Mesnil-Sous-Jumièges

Quelques jours plus tard, le 3 ou 5 février, elle met au monde une petite fille prématurée qui ne survivra pas. Mais le 9 février, la favorite est prise "d'un flux de ventre" qui va l'emporter dans la journée. Très vite, la rumeur d'un empoisonnement circule. On sait aujourd'hui qu'Agnès Sorel a été victime d'une intoxication massive au mercure, à l'époque prescrit lors des accouchements longs et difficiles. Cependant, le taux de concentration de ce produit retrouvé dans ses cheveux sont bien bien supérieures aux doses thérapeutiques habituellement utilisées à cette époque. Erreur de dosage ? Tentative de meurtre ? L'énigme reste entière.

Conformément aux usages du temps pour les personnes de l'entourage royal, le cœur de la Dame de Beauté est prélevé et inhumé dans la collégiale de Jumièges. Le reste est embaumé, mené jusqu'à Loches et inhumé dans la Collégiale Saint-Ours.

 

Biblio. "De quoi sont-ils vraiment morts ?" de J. Deblauwe - Col. Texto - Ed. Tallandier, 2019.

02/02/2020

Mais qui était Rollon, le fondateur de la Normandie ?

Scandinave, certes, mais Danois ou Norvégien ? Dace ou Hrólfr le Marcheur ? Une interrogation toujours d'actualité.

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Statue de Rollon, Jardins de l'Hôtel de ville de Rouen, par Arsène Letellier

Les Danois, qui s'appuient essentiellement sur la tradition normande, le présentent dès le XIe siècle comme le fils d'un vénérable noble "dace", terme commodément traduit par "danois". A la mort de son père, Rollon et son frère Gurim, auraient été persécutés par le roi de leur pays, à tel point que, après la mort de Gurim, Rollon n'aurait eu d'autre choix que de prendre la mer. Il finira pas accoster sur les bords de la Seine en 876.

Pour les Norvégiens, Hrólfr est le fils d'un duc ou d'un "Jarl" du nom de Röngvaldr de Mre. Son histoire, telle qu'elle a été écrite au XIIIe siècle, repose sur une très ancienne tradition orale. Ayant commis des pillages dans la baie d'Oslo, l'homme aurait été chassé de son pays par le roi Haraldr à la Belle Chevelure. A la tête d'une troupe composée en majorité de Danois auxquels seraient venus s'ajouter des Anglo-Saxons, par la mer, il aurait atteint le "Valland", c'est-à-dire la Gaule pour s'y forger une principauté.

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Baptême de Rollon par l'archevêque de Rouen - Bibliothèque municipale de Toulouse

A la question de sa nationalité, s'ajoute celle de son identité, toute aussi incertaine. Bien sûr, pour les auteurs anciens du royaume des Francs, il est le "pyratorum dux" c'est-à-dire le "chef des pirates", un point c'est tout ! Pourtant, si son nom de baptème est bien Robert, Dudon de Saint-Quentin (960-1043), l'historien au service des ducs de Normandie, qui écrit en latin, le nomme "Roll" et les Anglo-Normands "Rhou" ou "Rou". Pour les Scandinaves, il est "Rolf" ou "Gӧngu-Hrólfr", c'est-à-dire "le marcheur" ou "le vagabond". Un surnom qui lui aurait été donné parce qu'aucune monture n'aurait été capable de porter son imposante stature de plus de deux mètres pour plus de cent quarante kilogrammes ? Ou simplement en référence à son extraordinaire périple ?

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A ces énigmes, s'ajoute celle de la date et des circonstances de son décès. Pour certains historiens, Rollon est mort en 925 lors du siège du château d'Eu. Pour d'autres, après avoir abdiqué en faveur de son fils, il serait mort quelques années plus tard, vers 932-933. La cathédrale de Rouen abrite le gisant de Rollon sur le socle duquel on peut lire cette épitaphe :

« IN.SINU.TEMPLI.ROLLO.QUIESCIT A.SE.VASTATAE.CONDITAE.NORMANNIAE.PATER.AC.PRIMUS.DUX

LABORE.QUI.FRACTUS.OCCUBUIT.OCTOGENARIO.MAIOR.AN.CM.XXXIII »

( Au sein de ce temple, repose Rollon,

père et premier duc de la Normandie, dévastée et relevée par lui.

À bout de force de ce labeur, il succomba en 933, âgé de plus de 80 ans.)

 

 

Biblio. "Histoires normandes - Au temps des Vikings et des Ducs de Normandie (820-1204)"de S.-W. Gondoin - Ed. Inquarto 2011.

"Histoire secrète de la Normandie" de I. Bournier - Ed. Ouest-France, 2019.