Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

16/12/2018

Comment interpréter les signatures de ses ancêtres ?

Enfin c'est fait, on vient de trouver l'acte que l'on cherchait depuis si longtemps et, cerise sur le gâteau, il est signé ! Une, deux ou trois signatures... De simples marques bien souvent ou, avec un peu de chance, un patronyme écrits de façon malhabile. Quoi qu'il en soit, à nous maintenant d'interpréter cet héritage !

signature volet 4 im 0.jpg

Quelquefois de simples initiales en guise de signature

Parmi nos aïeux, il y a ceux qui ne savent pas signer leur nom et apposent en remplacement leurs initiales en capitales d'imprimerie ou plus simplement encore, une croix, un signe, une marque. Peut-on en déduire qu'ils ne savaient ni lire, ni écrire ? Pas si sûr ! D'une part, certaines personnes à l'époque refusent volontairement de signer les actes d'état-civil alors qu'elles signent couramment les actes notariés, accordant par ce geste plus d'importance à ces derniers. Il n'est pas rare non plus qu'un ancêtre ne sachant signer lors de son propre mariage, le fasse au mariage de l'un de ses enfants. Impatience du premier curé devant un futur époux qui ne sait pas à l'évidence tenir une plume ? Témoignage d'une progression sociale ?

signature volet 4 im2.jpg

Exemples de signatures maladroites...

Deuxième cas de figure, le patronyme est écrit mais à peine compréhensible. L'écriture est tremblotante , les caractères qui la composent se présentent sous la forme de lettres-bâtons et pas toujours dans le bon ordre. Trois déductions sont possibles. Soit, l'individu est totalement analphabète mais utilise un modèle qu'il s'efforce de reproduire au mieux, soit, sans savoir lire, il a seulement appris à signer son nom, soit enfin, il sait écrire mais "pratique" la plume trop peu souvent pour la maîtriser ou bien encore il est victime d'une infirmité qui le gène pour écrire.

signature volet 4 im 1.jpg

...ou informes

 

Troisième cas : l'acte n'est signé d'aucune des personnes intéressées et la mention de leur incapacité à signer n'est pas précisée. On ne peut, là non plus, parler systématiquement d'analphabétisme. Il peut s'agir d'une simple négligence du prêtre. Nombre d'entre-eux ne respectaient pas toujours l'obligation qu'il leur était faite de faire signer les témoins, parrains/marraines ou époux.

C'est pourquoi, il ne faut surtout pas se limiter à l'examen d'une seule signature. Au contraire, il faut s'efforcer de suivre les signatures de chaque individu à travers chaque étape de sa vie. Par comparaison, on pourra mesurer son évolution personnelle, sociale et professionnelle. On ne signe pas à l'identique à 20 ans comme à 80 ans. Avec le temps, l'écriture peut ou pas se fluidifier, les lettres apparaître plus ou moins bien formées. On peut avoir appris à lire et à écrire, et, faute de pratique, avec le temps, avoir oublié jusqu'à la calligraphie des lettres...

 

A suivre...

 

 

Biblio. "Les signatures de nos ancêtres, ou l'apprentissage d'un geste" de Th. Sabot - Ed. Thisa, 2012,

"La trace de nos ancêtres" de M. Lequesne - RFG n°141,

"Les signatures, un objet d'étude à ne pas négliger !" de S. Roelandt - Votre Généalogie, n°22.

14/10/2018

Mais où se cachent les signatures de nos ancêtres ?

C'est sûrement la première question qu'on se pose lorsque, après des heures et des heures de travail, on vient de dénicher l'acte qu'on recherchait depuis longtemps, celui qui va combler notre âme d'enquêteur, qui va faire, on en est certain, avancer d'un pas de géant nos précieuses recherches généalogiques ! Cette question, c'est "Est-ce qu'il est signé ?"

signature volet 3 im 0.jpg

Signatures sur l'acte de sépulture de mon ancêtre Jean Le Coq - 1684 -

C'est le cas généralement en ce qui concerne les registres paroissiaux. En effet, à partir du règne de Louis XIV (1643-1715) et la mise en place du Code Louis en 1667, les actes des sacrements sont signés. Lors du baptême, par le père de l'enfant, ses parrains et marraines ; Lors du mariage, par les conjoints, leurs témoins et parfois leurs parents et quelquefois mais plus rarement, s'agissant des actes de sépulture, par le ou les déclarants et témoins. En outre, en vertu de l'article 10, "si aucun d'eux ne savent signer, ils le déclareront, et seront de ce fait interpellés par le curé ou vicaire, dont il sera fait mention".

signature volet 3 im 1.jpg

Signatures de l'acte de mariage de mes ancêtres maternels Marin Jullien et Marie Anne Le Cocq - 1733 -

Cependant, dans les fait et dans de nombreuses régions, il faut savoir qu'on peut trouver des signatures sur les actes bien avant la règlementation de 1667, comme en Loire-Atlantique, où les plus anciennes datent de 1550.

Enfin, jusqu'à 1736, la plupart des registres de la série départementale, celle qu'on appelle la "grosse", qui n'est qu'une copie des originaux déposée au bailliage, ne sont pas signés.

signature volet 3 im 2.jpg

Signatures sur contrat de mariage de mes arrières grands parents Constant Boulangé et Lucie Pellerin - 1842 -

Autre "source" de signatures : la consultation des actes notariés. Autrefois, le recours au service d'un notaire, pour divers actes de la vie quotidienne était courant. Depuis le XVIe siècle et l'ordonnance de 1554, contrats de mariage, testaments, inventaires, reconnaissances et terriers, contrats de vente et de location, quittances, contrats d'affermage, baux de métayage, redevances seigneuriales, contrats d'apprentissage... sont généralement paraphés par les témoins comme par les contractants.

Enfin,on trouve également des signatures sur les cahiers de doléances, les délibérations et procès-verbaux des assemblées, passeports intérieurs, cartes de sûreté, permis de séjour, permis de port d'arme, minutes des commissaires de police, pétitions, cartes postales,... A vous de jouer !

A suivre...

 

 

Biblio. "Les signatures de nos ancêtres, ou l'apprentissage d'un geste" de Th. Sabot - Ed. Thisa, 2012,

"La trace de nos ancêtres" de M. Lequesne - RFG n°141,

"Les signatures, un objet d'étude à ne pas négliger !" de S. Roelandt - Votre Généalogie, n°22.

26/08/2018

Le niveau d'alphabétisation de nos aïeux

Retour aux signatures de nos ancêtres sur les registres paroissiaux et d'état civil. Malgré l'invention de l'imprimerie, la société française des XVIe et XVIIe siècles est toujours majoritairement analphabète. Bien souvent, dans les villages, il n'y a pas d'école, et quand elle existe, rares sont ceux qui la fréquentent, plus souvent malgré tout les garçons que les filles, et encore moins de façon assidue. A cela s'ajoute le fait que l'enseignement de la lecture et de l'écriture sont à l'époque dissociés. L'apprentissage de l'écriture ne se fait qu'une fois la lecture assimilée. Si bien qu'il était fréquent qu'une personne sache plus ou moins lire sans savoir écrire.

signature volet 2 im 3.jpg

Comment cerner le degré d'alphabétisation de nos aïeux ? En 1877, un inspecteur d'académie à la retraite, Louis Maggiolo (1811-1895) se sert des actes de mariage, pour réaliser une grande enquête sur l'alphabétisation des français. Il demande à près de 16 000 instituteurs bénévoles de relever les signatures sur les registres paroissiaux de mariage pour quatre périodes quinquennales : 1686-1690, 1786-1790, 1816-1820 et 1872-1876.

signature volet 2 im 01.jpg

Pourcentage de conjoints d'après l'enquête de Maggiolo sachant signer leur nom

Le résultat est sans appel ! D'après cette enquête, en France, à la fin du XVIIe siècle, 2/3 des hommes et 7/8ème des femmes sont dans l'incapacité de signer leur nom. Un siècle plus tard, 63% des mariés ne savent toujours pas signer. Entre la fin du XVIIIe et la première moitié du XIXe siècles, le taux d'alphabétisation des hommes passe de 47,4% en 1786-1790 à 54,4% et celui des femmes dans le même temps de 26,8% à 34,5%. A cela s'ajoute une différence "géographique" : l'alphabétisation est nettement plus forte chez les français situés au nord d'une ligne fictive "St-Malo/Genève", chez les urbains que les ruraux. L'enquête témoigne également d'un lien très fort entre la richesse, l'éducation et le milieu social et la capacité à signer.

signature volet 2 im 1_LI.jpg

Enfin, en dépit de tout cela, les femmes reste plus analphabètes que les hommes ! Cela s'explique par le moindre nombre d'écoles de filles dans les campagne pour elles, et surtout par leur statut même de femmes juridiquement incapables. Entre 1686 et 1690, les homme signent à 28% contre 14% pour les femmes. Un siècle plus tard, le taux est de 47% et 26%.

A suivre...

 

Biblio. "Les signatures de nos ancêtres, ou l'apprentissage d'un geste" de Th. Sabot - Ed. Thisa, 2012,

"La trace de nos ancêtres" de M. Lequesne - RFG n°141,

"Les signatures, un objet d'étude à ne pas négliger !" de S. Roelandt - Votre Généalogie, n°22.