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04/02/2015

L’Écuyer, entre le Gentilhomme et le Chevalier

Dans la hiérarchie des titres de noblesse français, au-dessus du Gentilhomme et en dessous du Chevalier, se trouve l’Écuyer. "Le nom de Noble homme étant le genre, celui d'écuyer n'en étant que l'espèce". Le titre d’Écuyer marque la qualité de Gentilhomme. « Tout Escuyer est gentil-homme. C'est le plus bas et premier degre de noblesse, et par ce que les Notaires en France donnent ce tiltre d'Escuyer à tout gentil- homme n'ayant tiltre plus signalé …  Il est defendu de prendre la qualité d'Escuyer, si on n'est Gentilhomme ou noble ! » "La possession immémoriale du titre d'écuyer suffit en Normandie pour que l'on ait droit de se dire noble. (...) L'écuyer (...) s'appelloit que Sire, du lieu auquel son fief donnoit le nom et n'avoit que des éperons blancs. (...). Il est souvent désigné dans les actes notamment notariés "M de... ou "le Sr de..." suivi du nom du fief ou de la terre.

 

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Du bas latin « scutarius », soldat de la garde impériale qui portait un bouclier, l’Écuyer était à l'origine un Gentilhomme ou un anobli accompagnant un Chevalier et portant son écu. En effet, à l'époque des tournois, chaque Chevalier devait présenter ses armes afin de s'identifier. C'était la mission de l’Écuyer que de tenir l'écu armorié. Ensuite, le titre d'Écuyer a été employé pour désigner un jeune noble, qui, après avoir été page, valet et damoiseau, se préparait à devenir Chevalier par adoubement. Au Moyen Âge, l'adoubement était une cérémonie officielle à laquelle de nombreux nobles assistaient et qui consistait à consacrer un homme comme chevalier du roi. Tout homme de bonne naissance, autrement dit riche et descendant de seigneurs, après avoir été écuyer pouvait devenir chevalier.

 

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Jean II adoubant des chevaliers, enluminure des XIVe / XVe siècle

À partir du XIVe siècle apparaissent, dans les cours princières, des charges ou offices d’Écuyer dont certaines d'ailleurs sans rapport avec la chevalerie.

Parmi celles-ci, le Grand écuyer de France, responsable des écuries, communément appelé « Monsieur le Grand » avait la charge des chevaux de selle de la Cour. Son adjoint, le Premier écuyer, « Monsieur le premier », commande la Petite Écurie du roi, c'est-à-dire les chevaux dont sa majesté se sert le plus ordinairement, les carrosses, les calèches, les chaises à porteurs. C'est lui aussi qui donne la main à sa majesté, si elle a besoin d'aide, pour monter en carrosse ou en chaise

L’Écuyer de main, appelé aussi Écuyer d'honneur, est celui qui, chez les Princesses & grandes Dames, non seulement commande leur écurie, mais encore leur donne la main pour leur aider à marcher. « Ce mot s'est estendu à tous ceux qui donnent la main aux Dames, soit qu'ils soient leurs domestiques, soit qu'ils soient leurs galants, soit qu'ils le facent par pure civilité ou rencontre. Cette partie étoit bien assortie, chaque Dame avoit son escuyer

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 Henri Coiffier De Ruzé, Marquis De Cinq-Mars Grand Écuyer De France

Créé en 1306 par une ordonnance royale de Philippe le Bel, le premier « valet tranchant », qui prendra par la suite le nom de « Premier écuyer tranchant », avait la garde de l'étendard royal. Il devait dans cette fonction marcher à l'armée « le plus prochain derrière le roi, portant son fanon qui doit aller çà et là partout où le roi ira, afin que chacun connaisse où le roi est». En temps de paix, l’écuyer tranchant se transforme en officier de bouche. A la table royale, il découpe les aliments, notamment la viande. On distingue le Grand écuyer tranchant qui appartient à la maison du Roi, et l'« écuyer de cuisine » qui désigne le maître cuisinier d'un Prince ou d'un grand Seigneur.

 

Biblio. :"Titres, préséances et honneurs en Normandie sous l'Ancien Régime" de G. Grandpierre  - Revue Généalogie Normande - 2008 et "Trésor de la langue française" (1606) - Nicot.

07/01/2015

Du Gentilhomme au Gentleman...

C'est le premier des titres de noblesse français. Prononcé au XVIIe siècle « genteilhomme », « homme de race », le mot viendrait du latin « gentis homines », qui se traduit par « les gens dévoués au service de l'État », tels qu'étaient autrefois les Francs, d'où est venue la première noblesse d'extraction.

Avant les ordonnances de 1579 et de 1600 qui supprimèrent la noblesse acquise par l'exercice constant des armes ou par la possession de fiefs, « gentilhomme » désignait indifféremment le noble de race, Gentilhomme de nom et d'armes, et celui qui l'avait acquise.

Par la suite, le titre de Gentilhomme ne concerna plus que le « légitimement noble », c'est-à-dire celui né de race noble, dont la noblesse n'avait été ni donnée, ni achetée. D'ailleurs, une déclaration royale du 4 septembre 1696 fait défense "d'usurper les titres de noble homme, d'écuyer, de messire et de chevalier."*  L'anobli par charge ou par lettres patentes du roi était noble mais pas gentilhomme. Il communiquait cependant la noblesse à ses enfants, lesquels devenaient gentilshommes puisqu'ils possédaient dès lors la « gentillesse », c'est-à-dire la noblesse légale.

 

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La qualité de gentilhomme se perdait par dérogeance, en commettant des actes jugés indignes d’une personne noble. Vivre en gentilhomme, c'était vivre sans rien faire. Un gentilhomme se devait donc de rester pauvre plutôt que de s'avilir en travaillant. Ainsi, l’exercice de certaines professions dérogeait. C'était le cas des métiers de marchand, hors négoce sur mer et commerce de gros, d'artisan, de domestique, d'officiers subalternes comme huissier, sergent, procureurs et notaires…. De même, à l’exception des terres des princes de sang, la prise de terres en ferme, fermage fiscal, dérogeait également.

À la différence de la déchéance, qui consistait à ramener une famille noble à l’état roturier, ce qui pouvait arriver, par exemple, lors des nombreuses révocations de noblesses concédées, la dérogeance ne supprimait pas la noblesse mais ne faisait qu’en interdire les privilèges. Concrètement, le noble était alors assujetti à la taille. Seule une lettre de réhabilitation permettait de recouvrer la noblesse pleine.

 

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Gentilhomme était également le titre de certains officiers attachés au service du roi ou des princes. Ainsi les Gentilshommes de la chambre servaient le roi lorsqu'il mangeait en chambre et lui donnaient sa chemise en l'absence du premier chambellan. Les Gentilshommes ordinaires du roi se trouvaient auprès de lui, recevaient ses ordres et le servaient par quartiers. Les Gentilshommes de la manche se trouvaient continuellement auprès d'un jeune prince. De même, le Gentilhomme servant, l'épée au côté, accompagnait les têtes couronnées et les princes du sang. Quant aux Gentilshommes d'artillerie, c'étaient des officiers qui n'avaient gardaient les pièces et les empêchaient de s'altérer.

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La qualité de Gentilhomme était autrefois si honorable que les rois juraient « foi de Gentilhomme » « parce que cette qualité semble renfermer toutes les vertus qui rendent la loi inviolable». En 1527, devant une assemblée de notables, le roi François Ier (1494-1547) alla jusqu'à dire « qu'il était né Gentilhomme et non Roi, qu'il parlait à gentilshommes et qu'il en voulait garder les privilèges».

Dans son dictionnaire sur la France, l'abbé d'Expilly (1719-1793),explique ainsi la différence entre un homme de qualité et un homme de condition. « Le fils d'un homme anobli est Gentilhomme, et sa fille demoiselle ; les enfants de la haute noblesse sont gens de qualité. Ceux qui comptent plusieurs degrés sans illustration extraordinaire, forment l'homme et la femme de condition. »

C'est de gentilhomme qu'est né le « gentleman » anglais, une francisation tardive due à l'admiration portée par nos voisins britanniques sur les gentilshommes français.

Biblio. "Titres, préséances et honneurs en Normandie sous l'Ancien Régime" de F. Grandpierre et "Les titres de noblesse" de J-P. Portelette - Revue Généalogique Normande 2008 et 2004.

08/02/2012

On tire un trait sur le double tiret !

Le 25 octobre dernier a été publiée une circulaire relative aux modalités de transmission du double nom, celui du père et de la mère, à leur enfant : le double tiret est définitivement aboli et remplacé par un simple espace.

 

« Art. 311-21. - Lorsque la filiation d'un enfant est établie à l'égard de ses deux parents au plus tard le jour de la déclaration de sa naissance ou par la suite mais simultanément, ces derniers choisissent le nom de famille qui lui est dévolu : soit le nom du père, soit le nom de la mère, soit leurs deux noms accolés dans l'ordre choisi par eux dans la limite d'un nom de famille pour chacun d'eux. En l'absence de déclaration conjointe à l'officier de l'état civil mentionnant le choix du nom de l'enfant, celui-ci prend le nom du père.
« Le nom dévolu au premier enfant vaut pour les autres enfants communs.
« Lorsque les parents ou l'un d'entre eux portent un double nom de famille, ils peuvent, par une déclaration écrite conjointe, ne transmettre qu'un seul nom à leurs enfants. »

 

Petit rappel : depuis le 4 mars 2002, en application de l’article 311-21 ci-dessus, le père et la mère d'un enfant peuvent choisir de donner à celui-ci soit le nom du père, soit le nom de la mère, soit un double nom issu de l’accolement du nom de chacun des deux dans l’ordre qu’ils souhaitent (celui du père en premier ou l’inverse).  

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Cependant, pour éviter l’allongement des identités à chaque génération, quand l’enfant au double nom devient parent, il ne peut transmettre à sa descendance qu’un seul nom de ce double nom que la loi a prévu sécable.

Afin de distinguer le double nom des anciens noms composés qui eux se transmettent intégralement, une circulaire du 6 décembre 2004 avait imposé aux Officiers d’Etat Civil  une solution saugrenue et jusque là inédite : séparer les noms des parents par un double tiret sur tous les actes d’état civil. Ainsi, si le nom de famille du père est Dupont-Durand et celui de la mère Martin, le double nom enregistré était « Dupont-Durand - - Martin ».

Jugeant la solution trop difficile à appliquer et donc source d’erreurs multiples, le 4 décembre 2009, le Conseil d’Etat a exigé du législateur qu’il revoie sa copie. 

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 Première page de la circulaire du 25 octobre 2011 relative à la modification des modalités d'indication des "double noms" issus de la loi n°2002-304 du 4 mars 2002 dans les actes de l'état civil : suppression du double tiret.

 

C’est maintenant chose faite ! D'une part, un simple espace remplace le double tiret initialement prévu et d'autre part, afin que nul doute ne subsiste, une mention des deux parties est ajoutée tant sur les actes d’état civil que sur le livret de famille. L’enregistrement de l’enfant de notre couple Dupont-Durand et Martin sera maintenant rédigé : "Dupont-Durand Martin (1ère partie Dupont-Durand et 2ème partie Martin)".

Le cas des enfants nés après l'entrée en vigueur de la circulaire du 6 décembre 2004 et dont le nom figure sur l'acte de naissance avec un double tiret a été prévu : une rectification administrative de l'acte concerné est possible.