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13/09/2020

L'inventaire après décès d'une courtisane

C'est là un document qui comble à coup sûr tout généalogiste. Une clef servant à ouvrir la porte d'un ancêtre. Grâce à elle, on pénètre dans sa maison, dans son décor, dans son quotidien. Car les inventaires après décès donnent des listes précises des biens du défunt et de leur valeur, jusqu'à sa garde-robe, les étoffes et les tissus qui la composent.

En la présence d'enfants mineurs, ce qui était fréquemment le cas eu égard de l'âge de la majorité (25 ans) et à l'espérance de vie d'alors, il appartenait au notaire de l'établir mais cette démarche pouvait n'être réalisée que plusieurs années plus tard, lorsque notamment le conjoint survivant envisageait de se remarier. D'une façon générale, l'objectif était de protéger les ayants droits du défunt, à commencer par son conjoint survivant, ses enfants et ses héritiers collatéraux mais aussi, le cas échéant, ses créanciers.

C'est pourquoi, outre le préambule destiné à exposer la situation ayant amené à cet inventaire et nommant les intervenants et témoins, on y trouve répertoriés l'ensemble des biens mobiliers et immobiliers proprement dit avec énumération et prisée de chaque objet, les déclarations d'argent liquide, la liste des biens extérieurs (prêtés ou confiés), l'état des travaux faits sur les terres, les dettes et créances et un descriptif exhaustif des papiers de famille comme les contrats de mariage, les baux, les obligations, les ventes,... La formule de clôture "clos et affirmé" atteste que les parties s'engagent à n'avoir rien omis ni caché.

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Marie Duplessis, peinte par Jean-Charles Olivier vers 1840

Le 3 février 1847, celle qui inspira Alexandre Dumas (1824-1895) fils pour son roman "La Dame aux Camélia" et Guiseppe Verdi (1813-1901) pour "La Traviata", une jeune normande de 23 ans, Rose Alphonsine Plessis dite Marie Duplessis, devenue comtesse de Perregaux (1824-1847) s'éteint dans son logement parisien situé 11 Boulevard de la Madeleine. Cette petite paysanne née pauvre en Normandie, à Nonant-le-Pin (Orne), était arrivée à Paris comme servante à l'âge de 14 ans. Sa beauté singulière, son intelligence et sa vivacité d'esprit, la conduiront, après avoir corrigé son nom en y ajoutant un "du" sonnant plus noble et abandonné son prénom d'Alphonsine pour celui de Marie, a devenir deux ans plus tard, l'une des courtisanes les plus convoitées et aussi les plus onéreuses de la capitale.

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Extrait de l'inventaire après décès concernant Marie Duplessis - Archives Nationales - Côte ET/XXVI/1125 (RS/023)

Quelques jours après son décès, le notaire s'était rendu à son domicile pour dresser l'inventaire de ses biens*. Pour le mobilier, des meubles en bois de rose, des fauteuils et rideaux en "satin cerisé, un petit jeu de billard et même "un perroquet et son bâton" et un piano "carré en palissandre sculpté du nom d'Ignace Pleyel". Pour sa garde-robe, quelques 30 paires de bas blancs, des corsets en satin rose ou blanc, 14 paires de chaussures, des dizaines de robes, un châle cachemire à palmes et un "mantelet en soie rose garni en dentelle noire. Parmi les 212 volumes qui garnissent sa bibliothèque figurent Rabelais, Marivaux, Hugo, Walter Scott, Cervantès, Rousseau et Alexandre Dumas. Complétement ruinée à sa mort, les bijoux et l'argenterie, de manière générale, ne se trouvent plus dans l'appartement, mais sont détaillés dans 19 reconnaissances du mont-de-piété établies l'année précédant sa disparition. Parmi les notes non acquittées, on découvre celles des médecins et pharmaciens sollicités pour traiter la tuberculose qui l'a emportée.

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L’appartement de Marie Duplessis, au 1er étage du 11, bd de la Madeleine

 

Deux semaines plus tard, on vendait aux enchères l'ensemble de ses possessions que tout Paris s'arracha jusqu'à la moindre épingle à cheveux.

 

* Publié dans le magazine Historia - Mai 2014. Cf. article de Mélisa Locatelli, - Minutier central des notaires de Paris.

14/06/2020

Du sang bleu dans les veines

On ne descend pas tous en ligne directe d'une famille noble. Et pour être honnête, on a souvent dans sa généalogie plus d'ancêtres roturiers que de seigneurs. Cependant, il est tout à fait possible de compter un peu de sang bleu dans ses veines.

 

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Charlemagne (742-814)

En 1986, la revue "Nos ancêtres et Nous" a étudié la descendance de Charlemagne et a conclu que "depuis au moins 5 générations, tout français de souche descend de cet empereur." Ce "père de l'Europe" mérite bien son surnom car il se retrouve inlassablement dans la plupart des généalogies ancrées au-delà du XVIIe siècle. Les descendants des Carolingiens se compteraient donc par dizaines de milliers et 9 français sur 10 descendraient d'un roi !

Alors, pensez-vous, comment faire ? D'abord, remonter le temps. C'est mathématique, plus le nombre de ses ancêtres augmente et plus grande est la chance de retrouver des nobles dans son ascendance. Sur 10 générations, l'un de ses 1024 ancêtres est forcément issu d'un autre milieu social. Pour la plupart des familles "ordinaires", l'étude des registres paroissiaux permet de remonter sa généalogie jusqu'aux années 1650. On peut quelquefois gagner quelques décennies supplémentaires en "chassant" les contrats passés chez les notaires.

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Ensuite, on va surtout s'intéresser aux femmes ! Un épithète d’honneur placé devant son patronyme comme « damoiselle », fille de « noble homme » ou de « noble dame », de « hault et puissant seigneur » ou « haulte et puissante dame », de « dame douairiere » ou bien encore de « sieur de » comme un titre d'écuyer ou de chevalier, l'occupation d'une charge, un patronyme suivi d'un nom de terre,... sont autant d'indices à vérifier.

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Les merlettes

Il ne reste plus qu'à creuser, fouiller, chercher, se documenter et s'armer de patience et de courage. Pour nous aider dans notre quête, les associations généalogiques et les services d'archives mettent à disposition de nombreux ouvrages et documents traitant de la généalogie particulière de la noblesse. Leurs conseils avisés évitent les pièges des "vendeurs de merlettes", ce petit oiseau que l'on trouve fréquemment dessiné sur les blasons, et leurs généalogies de complaisance dans lesquelles il n'ont pas hésité à "valider" les fausses prétentions de ceux désirant "s'ensoucher" sur d'autres tiges que celles qui les avaient portés."

 

Biblio. "Généalogie facile - réaliser son arbre" - Hachette Collections, 2008 - "Larousse de la Généalogie" 2002 -"Revue française de Généalogie" n° 163 - Avril-Mai 2006 - "Votre généalogie" n° 76, 77, 78 - 2017 - "Gé-Magazine" n° 218.

19/04/2020

Quand l'habit ne fait pas le moine, ni la particule le noble

Car non, mille fois non : la particule n'est pas systématiquement synonyme de noblesse. De nombreuses familles nobles n'en portent pas et de nombreuses familles non nobles en ont une. Parmi celles-ci, on peut citer la famille de Gaulle, une famille subsistante d'ancienne bourgeoisie française originaire de Châlons-en-Champagne.

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Charles de Gaulle (1890-1970)

Jusque vers la fin du XIXe siècle et la mise en place des livrets de famille, les patronymes n'ont pas d'orthographe. Au fil du temps, l'écriture des noms va varier. Des habitudes vont être prises, Ainsi, si, par exemple, une famille La Place réussi à acquérir une terre à Manneville, elle va ajouter ce nom à son patronyme, s'appelant dès lors "La Place de Manneville". Un simple "signe extérieur de richesse"qui va engendrer cette "particule de courtoisie", utilisée autrefois à foison par les curés envers leurs paroissiens les plus influents, faisant de Jacques Dupré, Jacques de Dupré.

Nombre de familles avec un patronyme composé d'un nom de terre n'ont jamais été anoblies et, pour certaines, n'ont jamais ni prétendu, ni revendiqué de l'être. C'est le cas de la famille de Dominique de Villepin, une famille subsistante d'ancienne bourgeoisie française, originaire de Bourgogne, puis établie en Lorraine.

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Château d'Estaing (Aveyron)

D'autres familles de "fausse noblesse ont "aménagé" ou "rallongé" leur patronyme au cours des XIXe ou XXe siècle. C'est le cas des Giscard, devenus Giscard d'Estaing en 1922. Sa famille, une famille de la bourgeoisie est originaire de Lozère.

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Jacques et Bernadette Chirac née Chodon de Courcel

Enfin, même doté d'une particule, depuis la Révolution française, et la suppression de la Noblesse décidée le 23 juin 1790, on ne peut se qualifier de noble mais seulement de descendant de noble. Encore faut-il, pour être considéré comme issu de la noblesse, descendre "en ligne directe" d'une famille autrefois anoblie et non grâce à une branche collatérale. Pour exemple, Alphonse Chodron de Courcel a été anobli en 1867 par Napoléon III. Madame Chirac, née Chodron de Courcel, descendante d'un frère de l'anobli, ne saurait se dire noble.

 

 

A suivre

Biblio. "Généalogie facile - réaliser son arbre" - Hachette Collections, 2008 - "Larousse de la Généalogie" 2002 -"Revue française de Généalogie" n° 163 - Avril-Mai 2006 - "Votre généalogie" n° 76, 77, 78 - 2017 - "Gé-Magazine" n° 218.