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28/09/2016

Tous cousins !

"En Bretagne comme en Normandie, écrivait la Comtesse de Ségur (1799-1874) dans son roman "Les deux nigauds" paru en 1863, on est cousin et cousine à trois lieues à la ronde, vu que les parentés ne se perdent jamais et que vingt générations ne détruisent pas le lien primitif du vingtième ancêtre." Simples cousins, cousins consanguins, cousins utérins, cousins germains, cousins issus de germains, petits cousins, doubles cousins... comment s'y retrouver ?

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Il faut savoir que le cousin "de base" est un descendant d'un frère ou d'une sœur de ses parents. C'est l'enfant de l'oncle ou de la tante d'une personne, quelle que soit la génération. Dans un sens plus général, « cousin » désigne tout individu avec lequel on possède au moins un ancêtre commun, sachant que le cousin consanguin est le cousin paternel et le cousin utérin, le cousin maternel.

Des cousins "germains" sont des personnes ayant au moins un grand père ou une grand-mère en commun, soit une parenté au deuxième degré.

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Les Deux Cousines - Antoine Watteau (1716)

Les cousins "issus de germains", aussi familièrement appelés "cousins à la mode de Bretagne", sont des personnes ayant un arrière-grand-père ou une arrière-grand-mère en parenté, c'est-à-dire une parenté au troisième degré, comme le sont par exemple vos enfants et ceux de vos cousins germains. On utilise cette expression pour désigner tout descendant issu de son cousin germain mais, pour plus de précisions, on utilise aussi le qualificatif de « cousin germain éloigné au premier degré » pour désigner un enfant de son cousin germain (cinquième degré), « éloigné au deuxième degré » pour un petit-enfant de son cousin germain (sixième degré), etc.

Ce qualificatif de "germain" existe depuis le XIe siècle. Il est issu du latin "germanus" qui veut dire "qui est du même germe" ou, autrement dit "qui est du même sang". Si, aujourd'hui, dans le langage courant, on n'évoque plus que les "cousins germains", le lien de sang s'exprime aussi dans les appellations juridiques "frère germain" ou "sœur germaine" pour désigner de véritables frères ou sœurs, issus des deux mêmes parents, excluant donc les demi-frères ou demi-sœurs.

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Les "Petits cousins" ou "petits cousins issus de germains" sont les enfants de deux cousins issus de germains. Ils ont au moins un de leurs arrière-arrière-grands-parents en commun. De même, les enfants de deux "petits-cousins" seront "arrière-petits-cousins" et ainsi de suite…

Enfin, on appelle "doubles cousins" des cousins paternel et maternel en même temps.

 

Biblio. "1001 expressions préférées des Français" - Le Point H-S Sept-Nov. 2016.

Merci aux pages Wikipédia sur le sujet et au site peckalex.perso.neuf.fr

31/08/2016

Des aïeux et des arbres

"D'où vient l'idée de cette figure végétale pour figurer la succession des générations ? C'est à la fin du XVe siècle que la représentation de l'arbre généalogique entre dans les mœurs. Elle s'est alors répandue dans les milieux religieux, puis dans les cours princières et chez les élites. Pour comprendre comment ce modèle s'est impose, l'historienne C. Klapisch-Zuber a analysé l'ensemble des images symbolisant la lignée en occident, entre Xe et XVIe siècle. Or on constate que la diffusion de la forme de l'arbre généalogique s'inscrit au confluent de deux histoires imbriquées : celle de la perception du monde et celle de la légitimation d'une autorité politique.

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Arbre généalogique extrait de la "Somme rurale" de Jean Boutillier - XVe siècle (Paris, BNF)

 

Imaginer le temps incite à le spatialiser. Certes, l'Antiquité lègue en ce domaine un riche outillage. Mais le Moyen-âge fournit une floraison d'images. Cette multiplicité aboutit à un langage graphique unifié autour de la figure de l'arbre qui colle à l'idée de famille : un être unissant la terre et le ciel, dont la sève irrigue les branches mortes comme les branches vivantes... Cette invention démontre aussi une rationalité en marche : mes discours savants font appel, à la fin du Moyen-âge, à des arbres de classification ou de démonstration.

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Arbre de Jessé - Arsenal, manuscrit 416 f° 7.

 

Pour les moines, l'histoire s'identifie à la généalogie. On assiste ainsi à la fin du XIIe siècle à une synthèse de l'ordre généalogique et de l'ordre de la chronique : il s'agit, pour les clercs, de construire l'outil capable de rendre compte des filiations décrites dans la Bible. Le motif végétal s'est d'abord appliqué au Christ et à sa famille, avec l'arbre de Jessé : depuis le corps de Jessé, personnage biblique, endormi, surgit le tronc de la famille de Marie, qui fait de la Vierge une descendante de David. Du sang royal coule donc dans les veines de Jésus. C'est là que la généalogie rencontre le pouvoir. Elle peut servir à étayer une thèse politique et affirmer le caractère sacré de la monarchie.

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Arbre Généalogique rois Mérovingiens de France

 

Le principe est d'établir les maillons généalogiques par lesquels une famille princière se rattache à une lignée mythologique, celle des Troyens par exemple. Montrer de qui on descend revient à imposer son pouvoir."

 

 

Extrait de l'article d'Olivier Faron - Revue L'Histoire n°250, janvier 2001 publié dans la revue "La famille dans tous ses états - De la Bible au mariage pour tous" - L'Histoire - Les Collection H.S. -Juil-Sept. 2016.

17/08/2016

L'arbre de consanguinité, ancêtre de l'arbre généalogique

L’arbre généalogique a pour antécédent le motif clérical de l’arbre de consanguinité, qui représente concrètement les différents membres de la famille afin de mieux expliquer aux fidèles les interdictions de mariages entre membres trop rapprochés. En effet, la crainte de l’inceste est alors au cœur des préoccupations des clercs médiévaux. Cette représentation de la famille virtuelle idéale, où ce sont les degrés de parenté qui apparaissent, et non des personnes réelles figurant sous leur nom, est également pour beaucoup dans la naissance et l’affirmation du motif de l’arbre généalogique.

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Arbre de consanguinité - Amiens, Bibliothèque municipale

 

Tout généalogiste s'est un jour trouvé, au cours de ses recherches, en présence d'une acte de mariage qui indiquait : "sans avoir découvert d'autre empêchement que celui d'un quatrième degré de consanguinité duquel les parties ont obtenu dispense". Il faut savoir que dès le IVe siècle et jusqu'au VIe siècle, le mariage n'est interdit qu'entre cousins et cousins germains, c'est-à-dire au quatrième degré de parenté. Par la suite, l’Église va étendre l'empêchement jusqu'au septième degré. Il est dès lors interdit d'épouser quelqu'un avec qui on a un ancêtre commun jusqu'au "sept aïeul".

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Cette interdiction est illustrée par l’arbre de consanguinité ci-dessus peint dans un manuscrit juridique français du XVe siècle. Il présente quatre branches évoquant aux yeux des contemporains l’interdiction à la quatrième génération (un couple originel et trois générations de collatéraux), mais il figure surtout l’ancienne interdiction à la septième génération. En effet, sept personnages se succèdent entre le couple originel et les derniers-nés au berceau.

Au VIIIe siècle, quand l’Église adopte la computation germanique, l'empêchement est étendu jusqu'aux treizième et quatorzième degrés romains. Pour calculer le nombre de degrés, il suffit de calculer le nombre d'intermédiaires existant entre le défunt et son parent, et d'y ajouter le nombre 1. Ainsi, si l'on suppose que chaque couple a élevé et marié un garçon et une fille, cette parenté représente 10 687 personnes, dont 2731 cousins et 2731 cousines de la même génération que l'individu.

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Le pape Innocent III (1160-1216)

On comprend la difficulté pour nos ancêtres de trouver dans l'espace géographique restreint qu'était le leur, un futur conjoint non apparenté. Et bien sûr, l'interdit est souvent transgressé. Ce sont les abus qui vont amener le concile du Latran IV, réuni en 1215 sur l'initiative du pape Innocent III (1160-1216), à restreindre l'empêchement au quatrième degré du comput germanique, ce qui, avec les mêmes conditions, représente encore 188 consanguins, dont 88 de la génération de l'individu. Et à ces interdits, s'ajoutent encore ceux de parenté spirituelle (parrains et marraines).

 

Biblio. "La famille dans tous ses états - De la Bible au mariage pour tous" - Les Collection de l'Histoire - HS - Juil.-Sept. 2016.