10.12.2009
Quand les normandes potinaient...
Encore une expression de notre terroir, à l’origine anodine et nullement méchante !
Car la « potine » était au XVIIème siècle en Normandie un simple petit pot de terre cuite qui servait à se chauffer les pieds, une sorte de bouillotte.

Bouillotte de 1925
Autrefois, lors des veillées d’hiver, lorsque les femmes se réunissaient autour du foyer pour tricoter ou filer, elles apportaient leur potine garnie de braises. Comme seuls leurs doigts étaient occupés, les langues de ces « potinières » allaient bon train : elles « potinaient ».
Allumer un petit feu,
L’entourer de quelques potinières,
Laisser potiner à feu doux,
Ne rien remuer,
Laisser mijoter jusqu’à ébullition de vos oreilles »,
C’est tout, le potinage a pris… et le potin est là ! »
Le verbe « potiner » signifiait donc simplement « se réunir autour des potines pour bavarder ».
Au fil du temps, le potinage, petit commérage d’antan, a laissé la place au « potin » qui a pris le sens de « commérages », puis de « ragots », et enfin de « bruit ».
« Faire du potin » aujourd’hui, c’est faire beaucoup de bruit…

Madame Tintamarre de R. Hargreaves
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24.10.2009
Micmacs à tire-larigot
Le 28 octobre prochain sort en salles le nouveau film de Jean-Pierre JEUNET « Micmacs à Tire-Larigot » avec Dany Boon dans le rôle principal.

Belle occasion pour moi de vous parler de cette expression « à tire-larigot », peut être pas typiquement normande mais qui, en Normandie, a cependant une signification particulière.
L’expression « Tire larigot », signifiant « en grande quantité, énormément voire excessivement », est née au XVe siècle et n’était à l’époque associée qu’au verbe « boire ».
Si « Tirer » veut dire « faire sortir un liquide de son contenant » (comme le vin ou le cidre de son fût, par exemple), « à tire » correspond à « sans arrêt, d’un seul coup ».
Quant au « larigot », il s’agit en fait d’un jeu d’orgue dont les tuyaux appartiennent à la famille des flûtes. L’expression populaire imagée de « tire-larigot » représente quelqu’un qui boit sans s’arrêter avec la même posture que quelqu’un qui jouerait de la flûte. D’ailleurs, l’expression « flûter » signifie également « boire » !
Mais les normands ont une autre interprétation de cette expression. Pour eux, elle viendrait du nom d’une des cloches de la Cathédrale de Rouen, la « Rigaude », d’une grandeur et d’une grosseur telle que, pour la mouvoir, la mettre en branle, il fallait aux sonneurs une force peu commune.

Cathédrale de Rouen - C. Monet - 1893/94
Très vite assoiffés par l’effort intense à fournir sur les cordes, ils devaient pour se donner des forces, boire beaucoup, boire "comme un sonneur", boire "à tire la Rigaude", expression qui se serait transformée ensuite en « tire –larigot ».
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03.10.2009
Net comme torchette !
Voilà une expression que l’on entendait autrefois en Normandie et qu’on entend encore !
"Net comme torchette" signifie "clair, franc, sans ambiguïté". Cela se dit, par exemple, d’une opinion ou d’une réponse qui peut est « claire et nette », comme on dit souvent.
Ce qu’on appelait naguère « torchette » ou « teurquette » en patois, c’était une poignée de paille dont on se servait, au moment de la moisson, afin de constituer le lien d’une botte.
Pour que ce lien soit efficace et qu’on puisse en faire un nœud, il fallait que la paille soit bien tirée ou étirée, qu’aucun brin ne dépasse et qu’aucune plante étrangère ne vienne s’y mêler. Autrement dit, elle devait être très nette. C’est alors qu’on pouvait la tordre (la « teurquer » en patois, du latin « torquere » signifiant tordre).
Biblio. : « Expressions familières de Normandie » de R. Lepelley et C. Bougy – Editions Bonneton- Mai 1998
13:44 Publié dans LE PARLER NORMAND | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
29.08.2009
Quand on se levait dès potron-jacquet...
« Il avançait pays, monté sur un criquet,
Se levait tous les jours dès potron-jacquet ».
(Grandval, « Poèmes de Cartouche », Chant VII,97)
Voilà une charmante expression tombée en désuétude. A l’origine, au XVIIe siècle, cela signifiait se lever tôt, dès l’aube.
Le « potron » est une déformation de « poitron », qui vient de « poistron », du latin vulgaire « posterio » dans lequel vous aurez reconnu « postérieur ».
Quant au « jacquet », dérivé du prénom Jacques, c'est le nom que porte traditionnellement en Normandie l'écureuil.

Le « potron du jacquet », c’était donc… le derrière de l’écureuil.
« Se lever dès potron-jacquet » signifiait littéralement « dès que l’on voit poindre le derrière de l’écureuil ». En effet, ce petit animal est fort matinal et montre son derrière empanaché « dans la fraîcheur de l’aube naissante ».
A partir de 1835, lorsque les citadins ont remplacé les ruraux, les écureuils se faisant rares dans les villes, on a remplacé le « jacquet » par le « minet », plus familier mais tout aussi matinal.

« Potron-jacquet » est donc devenu tout naturellement « potron-minet », qui avait l’avantage considérable d’avoir la même consonance.
Ainsi va notre langue …
07:05 Publié dans LE PARLER NORMAND | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
02.08.2009
A chacun sa marotte !
Vous connaissez bien sûr l’expression, mais saviez-vous que le mot « marotte » vient du dialecte normand ? Il était à l’origine le diminutif du prénom Marie et c'est par déformation qu'il désigna par la suite une sorte de spectre de fantaisie coiffé d’une tête encapuchonnée et décorée de grelots, attribut du fou à la cour des rois et des grands seigneurs.

Antoine Furetière, poète (1619-1688)
Furetière disait « A chaque fou sa marotte » et c’est curieusement le roi Charles V, surnommé Le Sage, qui prit l’habitude de s’attacher les services d’un fou chargé de le distraire.

Le roi Charles V Le Sage
Ce personnage n’était d’ailleurs pas si fou que cela car même s’il était le seul autorisé à raconter au roi tout ce qui lui passait par la tête, encore fallait-il qu’il mesure bien ses paroles... Toute vérité n’est pas toujours bonne à dire… surtout chez les rois !
Le fou donc avait comme le roi, son sceptre : c’était la fameuse marotte. Et donc, chaque roi eut un fou et sa marotte.

Le bouffon Triboulet - Gravure du XIXe
Le plus célèbre est sans doute Triboulet, fou de Louis XII puis de François Ier, immortalisé par Victor Hugo dans « Le roi s’amuse ».

C’est ainsi que la marotte est devenue, en Normandie comme ailleurs, un passe-temps, un hobby ou une manie.
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07.07.2009
Français régional ou patois normand ?
| Nombreux sont ceux qui pensent que le patois normand n’est qu’une simple déformation du français. Il leur suffit d’entendre "siau" ou "viau" pour "seau" et "veau" pour en être convaincus. Erreur !!! Faut-il rappeler que le dialecte normand formait, avec le poitevin, le bourguignon, le picard et le parler de l’Ile-de-France, la langue d’oïl, oïl signifiant "oui". Au Moyen-Age, ces différents dialectes sont les seuls parlés dans leur région. Le dialecte normand est donc la langue "officielle" de la Normandie. ![]() A l’époque où les rois capétiens ont fait la France, en agrandissant le domaine royal de différentes provinces, dont celles citées plus haut, le parler d’Ile-de-France s’est étendu à ces régions devenues françaises pour former le Français. Dans cette langue nouvelle, il subsistait bien sûr des vieux mots d’origine normande. A ce sujet, il est utile de faire la différence entre patois et français régional. Contrairement au français standard, qui se parle et se comprend partout en France, le français régional est celui qui se parle et se comprend uniquement dans une région donnée. Ainsi, quant un normand parle de son "bésot bien vésillant", il faut savoir que ces deux mots qui signifient "un petit bonhomme plein de vie" ne sont utilisés principalement qu’en Haute-Normandie. ![]() Ce qui caractérise cette fois le patois normand, c’est la différence qui existe dans la prononciation des mots. C’est ce que les experts nomment un "grignotement" ou un "escamotage" des syllabes. Par exemple, dans l’expression française "Peut-être bien, Monsieur ", six syllabes sont perçues alors que prononcé en patois "P’têt bin, M’sieu"», il n’en reste plus que trois ! On constate également que les finales en "eux" remplacent celles en "eur" ("la peux", "un chasseux", "un péqueux"), de même que la lettre "r" tombe souvent à la fin des mots ("la mé", "l’pé", "mouri", "v’ni"). De même, l’association du pronom singulier "je" avec une forme verbale du pluriel est également caractéristique ("j’avons bien ri", "j’aurions bin voulu"). Enfin, le patois conjugue le passé simple des verbes du 1er groupe comme s’ils appartenaient au second ("j’mangis", "je m’sauvis" ou mieux, "j’mécapis").
Le patois normand compterait environ 8000 mots, mais tout comme le français régional, il en disparait un peu chaque jour. Heureusement certains dictons et expressions perdurent encore aujourd’hui et ce pour notre plus grand plaisir comme l'emblématique "P'têt ben qu'oui, p'têt ben qu'non". ![]() Pour clore mon propos et pour vous encore cette histoire « ben cheu nous » : « Un voyageur cheminait sur la route poudreuse qui le menait à Bolbec. Avisant un paysan qui « bouinait » dans son champ, il lui demanda : - « Mon ami, pouvez-vous me dire combien de temps il faut pour atteindre Bolbec ? - Oh mais ! Vos n’y êtes pas cô ! Marchez don ! - Evidemment que je n’y suis pas encore ! Je vous demande combien de temps il me faut pour y arriver. - Pisque j’vos dis d’marcher cô !... Décidément, se dit notre voyageur, les Normands ne sont guère avenants !... Il continua donc son chemin en maugréant. Lorsqu’il eut parcouru une centaine de mètres, il entendit une voix dans son dos. - J’cré ben qu’vos en avez pour une heure !... - Tiens ! fit le voyageur en se retournant, vous avez enfin réfléchi ?... Pourquoi ne me l’avez-vous pas dit plus tôt ? - Dame ! Est-ce que j’pouvions le savoir si je ne savais pas de quel pas vous marchez ? Si vous alliez plus vite, eh ben vos n’metteriez que trois quarts d’heure !... Mais si vous marchiez plus lentement, vous metteriez ben une heure et quart, même une heure et demie… Vous admettrez que ça change tout ! » |
18:15 Publié dans LE PARLER NORMAND | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note





