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12/03/2014

Une expression bien normande : mettre au rancart

Saviez-vous que l’expression « mettre au rancart », signifiant mettre de côté voire au rebut, serait issue de notre patois normand ?

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A noter que l'orthographe exacte du mot est bien "rancart" avec un « t » final. Il ne faut pas le confondre avec l’argotique "rancard", son homonyme, peut être issu du verbe « rencarrer », qui désigne un "renseignement confidentiel" ou bien encore avec l'expression populaire "filer un rancard", c’est-à-dire un rendez-vous...

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En Normandie, on disait « mettre au récart ». Dans notre patois, le verbe "récarter" voulait dire, au milieu du XVIIIe siècle, « épandre » en parlant du fumier. 

De ce verbe, et toujours en Normandie, est ensuite né le mot "récart". Il désignait bien évidemment le lieu où l’on met les objets au "rebut" comme un fumier pour les denrées avariées...

Et c’est ce mot qui, au fil du temps, s’est déformé en "rancart"….Cqfd !

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11/02/2014

Qui qu’oppose ? Qui qui catouille ? Qui pignote ? Qui vivote ?

Voici quatre expressions « ben t’cheu nous », c'est-à-dire bien Normandes !

« Qui qu’oppose ? » C’est l’équivalent du français courant  « pourquoi  pas ? » L’emploi du verbe « opposer » pour « empêcher » se retrouve fréquemment dans le patois normand. Jadis, on utilisait volontiers le verbe « opposer » dans le sens « on ne peut pas l’opposer de s’en aller si c’est son idée » comme dans celui de  « son mal l’oppose de dormir ». Ou bien encore comme dans cette expression plus courante en Basse-Normandie, « y a d’tché qu’oppose ».

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 « Qui qui catouille ?» signifie « qu’est-ce qu’il fait ? ». En Normandie, « Catouille » désigne également un homme efféminé, un peu tatillon, qui aime s’occuper du ménage par exemple. On disait aussi de lui qu’il était un « tâte minette » ou un « tâteux de poules ». Mais « catouiller » est aussi synonyme de « chatouiller » dans le Pays de Caux.

« Qui pignote vivote ! » En patois normand, grignoter, manger peu, par petits morceaux, parfois même avec dégoût, se dit « pignoter », « pignocher » ou « pingnoler ». C’est d’ailleurs le sens qu’avait le verbe « pignocher » en français du XVIIe siècle.

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Le dicton « Qui pignote vivote » signifie " qui mange peu, par nécessité ou par choix, ne peut être que « de petite vie »" : il n’a pas d’accès à « la grande vie » que permet l’opulence.

A contrario, le verbe « vivoter » ou « vieilloter », dérivé de l’adjectif de l’ancien français « vieil » devenu « vieux », se retrouve dans l’expression « Qui vivote vieillote » : celui qui mène une vie sans excès a des chances de vivre longtemps ! Sages sont les normands !

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Biblio et illustrations « Expressions familières de Normandie » de R. Lepelley et C. Bougy – Ed. Bonneton  1998 – « Boujou – Dictionnaire humoureux et savoureux de Normandie » de Miniac – Orep Ed. 2012 et « Bienvenue chez les Normands » de N. Sterin – Ed. De Borée 2011

12/01/2014

Le norrois dans le patois normand

 « Pour s’emplli la goule

I faut d’la teurgoule,

I faut d’la falue itou,

Ch’est cha qui fait bère eun coup ! »*

A partir du IXème siècle, les Vikings ayant lancé sur notre pays, essentiellement depuis la Norvège et le Danemark, leurs expéditions guerrières, ont introduit leur langue, le norrois, dans la future Normandie. On en retrouve trace aujourd’hui, dans notre patois local.

Ainsi, le mot scandinave « falr » a donné  la « fale » ou « falle » qui désigne la poitrine ou la gorge. D’où l’expression normande « être tout défalé », c’est-à-dire se promener la gorge à l’air, en décolleté.

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Mais ce mot a donné également la « falue », sorte de brioche. D’ailleurs le mot « fallu » est aussi synonyme de ventru ou d’orgueilleux. Quant à  l’expression normande « avei la fale basse », cela veut dire tout simplement être affamé !

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Pour désigner l’appétit, les anciens normands utilisaient volontiers l’expression « Vaut muus l’vei passaer qué d’le nouorri » (vaut mieux le voir passer que de le nourrir). Ou bien encore « Ch’est eun sac à tout grain ! » (C’est un sac à tout grain : il mangerait n’importe quoi !)

De celui qui avale goulûment, ils disaient « Il a eune bouonne avalouère » ou bien « il a l’gosier chaussant ! » et même « I f’rait eune lieue la goule ouverte pour mouogi d’la galette ! »

 

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*Pour s’emplir la goule, il faut de la teurgoule – Il faut de la falue (de la brioche), c’est ça qui fait boire un coup !

Biblio et dessins de Minias issus de« Boujou de Normandie – Dictionnaire humoureux et savoureux » et « Normandises – savoureuses expressions normandes – N°2" – Orep Ed.

« Les Vikings et les Patois de Normandie et îles Anglo-Normandes » de J. Renaud – Orep Ed. 2008