30/03/2014

Errare humanum est !

En cette année 1743, l’abbé Le Roy est le vicaire de l’église Notre-Dame d’Etalondes, un village normand situé au nord du département de la Seine-Maritime, sur les hauteurs de la ville d’Eu. 

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Nous sommes en avril. Le cardinal André Hercule Fleury (1653-1743), principal ministre du jeune roi Louis XV (1710-1774) vient de rendre son âme à Dieu. Après sa mort, sa majesté décide de gouverner seul, simplement assisté du « conseil d’en haut » appelé ainsi parce qu'il se trouvait à l'abri des oreilles indiscrètes, dans une petite mezzanine, au premier étage du château de Versailles, à proximité de la chambre royale...

Mais revenons à Etalondes. En ce lundi 29 avril, le vicaire inscrit sur le registre paroissial le baptême qu’il vient de célébrer, celui de Roch Halot, un petit garçon né le jour même, du mariage de deux de ses paroissiens, Jacques Halot et Françoise Delattre. Selon la tradition, l’enfant va porter le prénom de son parrain, Roch Lambard, un manouvrier de la paroisse. 

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« Ce lundy vingt neufvième jour d’avril a été baptisé par moi vicaire soussigné Roch Halot né d’aujourd’huy du légitime mariage de Jacques Halot et Françoise Delattre tous deux de cette paroisse, le parrain Roch Lambard manouvrier qui a signé avec nous, la marraine Françoise De La Rocque qui a déclaré ne savoir écrire touts deux de cette paroisse. »

 

Mais voilà que le lendemain, le curé de la paroisse en personne cette fois reprend la plume car, méprise, en fait de garçon, Roch est une fille… Les parents se sont trompés !... Qu’importe, Roch s’appellera tout simplement Marie Françoise comme sa marraine… 

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« Ce Mardy 30 avril 1743 après lerreur reconnüe de la part des père et mère de Roch Halot, baptisé la veille de ce jour sous ce nom comme le porte l’acte en l’autre page, ledit enfant rapporté à l’église devant nous, curé soussigné en présence des mêmes parrein et marreine déclaré par ses pères mère parrein et marreine être fille au lieu de garçon comme ils l’avoient assuré la veille, il a reçu le nom de Marie Françoise en place de celuy de Roch, laditte fille née du légitime mariage de Jacques Hallot et de Françoise De Lattre, Roch Lambard son parrein à signé. Françoise De La Rocque sa mareine a dit ne savoir écrire. »

 

Sources : BMS d’Etalondes (Seine-Maritime). 

 

28/01/2014

A chacun selon ses mérites…

                                                   « Nobles, fortune, un rang, des places, tout cela rend si fier !

Qu’avez-vous fait pour tant de biens ?

Vous vous êtes donné la peine de naître, et rien de plus ! »

(Le valet Figaro au sujet de son maître - La Folle Journée par Beaumarchais – 1784)

 

En cette année 1781, au sud du département de la Manche et au cœur du canton de Villedieu-les-Poêles, la paroisse de La Lande d’Airou compte un peu plus de 1100 âmes sur lesquelles est chargé de veiller le père Alexis Pierre Gouïn, curé du village.  

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L’Eglise Saint-Martin de La Lande d’Airou (Manche)

 

Alors que pour endiguer le déficit public, le roi Louis XVI (1754-1783) ne cesse d’augmenter les taxes et de créer de nouveaux impôts, en mai, Jacques Necker (1732-1804) dénonce dans son « Compte rendu au roi sur les finances de la nation » le poids disproportionné des dépenses ! Il y fait notamment état des pensions exorbitantes accordées aux courtisans ! Partout le mécontentement monte et la colère gronde…   

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Le Tiers Etat supportant la noblesse et le clergé, caricature de 1789

 

Dans le registre paroissial des baptêmes, mariages et sépultures, l’abbé Gouïn, particulièrement soucieux d’étique sociale chrétienne, rappelle ses paroissiens à plus d’humilité. Pour étayer son propos, il fait référence non seulement à un arrêt du parlement de Rouen sur les inhumations dans les cimetières mais aussi à une décision de l’assemblée de sa propre église.  

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« Arrêt en règlement du parlement de Rouen en datte du 23 juillet présente année 1781, qui ordonne que les sépultures seront faites dans les cimetières à six pieds de profondeur et de suite sans distinction. Il est naturellement équitable que l’ordre de naître étant le même pour le Riche et pour le Pauvre, celui d’être inhumé fut égal pour l’un et pour l’autre.

Il ne falloit rien moins que l’autorité de notre Parlement pour dissiper la vanité de certains gros-coqs de Paroisse qui poussoient leur sot orgueil jusqu’à vouloir se faire choix de la poussière de son tombeau, comme si de toute place nos corps ne pourroient pas attendre en paix la Bienheureuse résurrection. Ce sage règlement a été publié par toute la province, et mis en pratique ici le 23 août à commencer par Anne Trianon enterrée en bas du cimetière à la partie du levant et ainsi de suite.

Dans l’année 1780 mois d’août, fut tenue dans le chœur de cette église une grande et solennelle assemblée (…) Il fut décidé que personne excepté le curé et le Sgn, n’ayant droit de séance distinguée dans l’église, un chacun prendroit la place ou il la trouveroit sur des bans uniformes : pouvoit-on mieux célébrer ici l’anniversaire de cette célèbre délibération, qu’en publiant et en exécutant la Loy qui ordonne que les corps morts seront couchés en terre comme l’acte de sépulture est couché sur le registre… »

 

Biblio. Registre Paroissial de La Lande d’Airou (Manche) – Revue Généalogique Normande n°104 – 4ème trimestre 2007

11/12/2013

Ce jour-là, 11 décembre 1740...

... Les Bréolins sont privés d'offices ! Située en Normandie, au sein du département de l’Eure dans le pays de Verneuil, traversée par l’Avre, sous affluent de la Seine, la petite cité de Breux-sur-Avre tire son nom de « Bréolium », bois en romain, ce qui signifie qu’elle devait à l’origine en être entourée. 

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Eglise St-Germain de Breux

 

Son église, bâtie au XVIe siècle et dédiée à Saint-Germain, renferme une statue de Saint-Fiacre, patron des jardiniers. Il faut dire qu’au siècle dernier, nombreux encore étaient les   maraîchers de la commune.

 

L’hiver 1740 a été sans aucun doute l’un des plus longs, froids et humides qu'est connu notre pays depuis celui de 1709.

 

L’abbé Georges Voisin, curé de la paroisse de Breux, prend soin de consigner sur son registre paroissial des baptêmes, mariages et sépulture, au début de l’année 1740, le texte suivant : 

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« Les eaux ont été si grandes du dixième à l’onzième jour du mois de xbre (décembre) de l’an présent 1740, qu’elles ont monté dans l’Eglise et sacristie de ce lieu et dans le presbytère et tous autres bastiments qui en dépendent, à l’exception du seul cabinet proche la cuisine où il y a une petite cheminée à la mode, et cependant il s’en fallut peu puis qu’elles étoient à la hauteur du pavé, et que sans la feuillure du seuil, elles y auraient entré.  Le sus onzième jour du mois de xbre 1740 et 3e dimanche de l’avent, il n’y eut point de messe et de vespres dites dans la sus Eglise à cause des susdites grandes eaux. »

 

Biblio. Revue Généalogique Normande n° 83 - Juillet/septembre 2002