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10/03/2019

L'arbre des vices et des vertus du Calendrier des Bergers

"La pédagogie et l'apprentissage ont depuis toujours appel à la mémoire visuelle. Au XIIe siècle, considéré comme une période de véritable renaissance intellectuelle, alors que l'enseignement connaît un renouveau avec le développement des écoles urbaines, l'arbre devient un outil efficace de diffusion des connaissances.

Racines, tronc, branches, feuilles... sont utilisés comme supports aux subdivisions de la connaissance. C'est là, plus qu'ailleurs, que se trouve l'origine de la prédilection de l'Occident pour la figure de l'arbre étendue à la généalogie.

Le classement des vices et des vertus est l'un des sujets les plus plus précocement mis en arbre, dès la fin du VIe siècle.

Au XVe siècle, paraît "Le Calendrier des bergers", l'almanach le plus célèbre de la fin du Moyen-âge. Édité pour "enseigner la science des bergers qui est science de l’âme, du corps, des astres, de la vie et de la mort", ils sont en fait des compilations à usage pratique et moral destinées à un public laïc. Le premier compost des bergers fut imprimé à Paris par Guy Marchant en 1491 avant d’être réédité à de nombreuses reprises dans les décennies suivantes. Sur un double page, il offre un petit traité de morale.

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A gauche, l'arbre sec et mort des vices qui s'enracine dans "l'Orgueil" et culmine en "Luxure". il se ramifie en chacun des sept péchés capitaux qui donnent chacun naissance à sept défauts secondaires aux extrémités de petits rameaux. Les branches de vices pendent tristement, sans feuille, vers le sol.

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A droite, fleurit l'arbre des vertus, fécond et feuillu. "L'Humilité" est sa racine. Son tronc se développe avec quatre branches de vertus cardinales ("Justice et Force", "Prudence" et "Tempérance") avant de culminer dans les vertus théologales en deux branches "Foi "et "Espérance" et dans la cime "Charité". De chacune des branches des sept vertus sort un bouquet de sept vertus secondaires.

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A la fin du même traité de moral, une autre image classe les vertus. La tour de la sapience ou de sagesse, à laquelle on accède par un escalier de vertus, est portée par les puissantes colonnes des vertus principales. Chaque pierre, fenêtre et créneau de l'édifice porte le nom d'une vertu.

 

 

Biblio - Texte et images : "Mille ans d'histoire de l'Arbre Généalogique en France" de M.-E. Gautier - Ed. Ouest-France, 2008.

23/12/2018

Arbre généalogique et légitimité du pouvoir capétien

Au XIIIe siècle, le caractère utilitaire de la généalogie s'affirme tant dans le domaine du droit que des prétentions politiques. Prouver le bien fondé de possessions de domaines ou de rentes donne lieu à l'établissement de généalogies. Nombre d'entre-elles sont réalisées dans des contextes de crise successorale ou de légitimité du pouvoir.

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L'abbaye de Saint-Denis et ses dépendances

Parmi ces œuvres de légitimation, on peut citer les efforts des Capétiens pour faire taire les doutes qui persistent sur les conditions de leur accession au trône. De grandes familles, comme les comtes de Flandres, de Hainaut ou de Champagne, insistent sur leurs origines carolingiennes pour contester le pouvoir capétien. Dès lors, les clercs de l'entourage de ces derniers vont développer différents discours généalogiques insistant sur le fait connu des généalogistes du XIIe siècle qu'Hugues Capet descend par sa mère, Hawide, de Charlemagne.

Pour imposer visuellement cette légitimité d'Hugues Capet à succéder aux Carolingiens, et répondre ainsi aux attentes de Philippe IV le Bel (1285-1314), les abbés de l'abbaye royale de Saint-Denis vont faire réaliser pour les rois de France un manuscrit enluminé "La vie de Saint-Denis", saint patron des monarques capétiens, réalisé par un des moines de l'abbaye appelé Yves. C'est ce religieux qui va composer cette image remarquable, bien plus efficace que bien des discours.

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Yves de Saint-Denis - "Vie et miracles de saint Denis" (1317) - B.N.F.

"La colonne de gauche donne la succession des rois, de Charlemagne (en haut) à Hugues Capet (en bas). Les portraits des rois sur leur trône, peints par Jean Pucelle ou un proche apparaissent dans des quadrilobes sertis dans un cadre commun au décor d'orfèvrerie. Seul un discret lierre ou rinceau feuillage qui court d'un médaillon à l'autre dans ce cadre doré exprime les filiations et révèle l'absence de lien entre le premier Capétien et son prédécesseur. Mais ainsi figurée, cette rupture ne paraît qu'un détail secondaire en comparaison de la parenté par les femmes d'Hugues avec Charlemagne que manifeste nettement la colonne de droite."

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Gilles de Pontoise fait don du manuscrit au roi Philippe V le Long

 

"La Vie de saint Denis" sera achevé en 1317 et présenté par l'abbé Gilles de Pontoise au roi Philippe V le Long (1293-1322). Il restera en possession des rois de France jusqu'à Charles VI (1368-1422) avant d'entrer à la bibliothèque royale en 1662. Il est aujourd'hui conservé à la Bibliothèque nationale de France.

 

Biblio et image n° 2 : "Mille ans d'histoire de l'Arbre Généalogique en France" de M.-E. Gautier - Ed. Ouest-France, 2008.

21/10/2018

Les enluminures du Maître de l'échevinage de Rouen

Cet autre arbre de Jessé, sur lequel douze rois se dispersent sans aucune rigueur généalogique autour de la Vierge et de l'Enfant, on le doit au Maître de l'échevinage de Rouen, un maître enlumineur anonyme qui à travaillé dans la capitale normande entre 1450 et 1485. Il est nommé ainsi d'après les cinq manuscrits qu'il enlumina, entre 1457 et 1480, pour la librairie des échevins de Rouen. Rappelons que l'échevin était un magistrat municipal dont la charge était de représenter les pouvoirs fondamentaux du souverain sur ses terres, d’y faire appliquer le droit, d’y organiser la police et de percevoir les taxes.

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 Arbre de Jessé peint par le Maître de l'échevinage de Rouen

(Bréviaire à l'usage de Besançon - fin XVe siècle)

Après le départ des Anglais, Rouen connaît un essor économique sans précédent qui s'accompagne d'une intense activité artistique. Ville marchande prospère et archevêché important, la cité possède une grande clientèle livresque potentielle, laïque comme ecclésiastique. C'est dans ce contexte qu'elle devient un centre de production de manuscrits enluminés de premier rang dans lequel se détache, la personnalité du maître de l'échevinage. Il puise ses sources notamment dans l'enluminure parisienne pratiquée dans cette première moitié du XVe siècle, par le Maître de Bedford, autre maître anonyme enlumineur actif quant à lui à Paris.

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« Couronnement de Charles VI », par le Maître de l'échevinage de Rouen

(Chroniques de Charles VI -1480)

Durant au moins une vingtaine d'années, l'échevinage de Rouen, par un mécénat, soutien activement des ateliers d'enluminure installés à Rouen pour rivaliser avec la production parisienne. Figure dominante, le Maître de l'Échevinage va susciter de nombreux imitateurs qui vont contribuer à donner à la production de la cité normande un style inhabituellement unifié. Ses illustrations se caractérisent notamment par l’inscription systématique en lettres d’or des noms des personnages et des villes, un procédé d’une utilité pratique indéniable et fort bien venue.

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"Roue de la Fortune et assassinat d'Alexandre II de Macédoine" par le Maître de l'échevinage de Rouen

(La Bouquechardière - 1457)

 

On doit à cet artiste l'illustration de cinq manuscrits commandés par les échevins et conservés par la Bibliothèque nationale de France dont "La Bouquechardière", commandé en 1457, une chronique universelle de Jean de Courcy, seigneur de Bourg-Achard en Normandie, qui tire son nom de ce lieu.

 

Biblio et image n°1 : "Mille ans d'histoire de l'Arbre Généalogique en France" de M.-E. Gautier - Ed. Ouest-France, 2008.