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28/10/2015

« Tué sous son harnois » ou la mort d'un homme d'armes

  « Sire, ainsi ces cheveux blanchis sous le harnois,

Ce sang pour vous servir prodigué tant de fois.... » 

 (Corneille, Cid, II, 9)

Il n'y a pas de bonne ou d'agréable façon de perdre la vie. En ce 6 juillet 1733, Valognes, pompeusement qualifiée de « Versailles normand », est une riche cité, la principale du Cotentin. Prospère, « fertile en beaux esprits », on y conçoit de grands projets et parmi eux celui de la construction d'une place royale sur lequel planchent déjà les ingénieurs du Roi.

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 Vue en élévation du château de Valognes avant destruction, conservé à la 

Bibliothèque de Pont-Audemer

Mais c'est en ce jour d'été, sur la place du château, que Jacques Bourguaise, un normand de la paroisse voisine de Bricquebec est tué « sous son harnois ». Comment est-il mort ? De qui ou de quoi a t'il été victime ?

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 Acte de sépulture – Valognes

Était-ce un simple accident comme inscrit en marge par le vicaire ou un crime comme le laisse supposer le «  tué sous son harnois » indiqué dans l'acte ? A cette époque, le harnois ou harnais, (« harnois » correspond à l'ancienne prononciation de Paris et de la Picardie et « harnais » à celle de la Normandie et de l'Ouest) désignait l'armure complète d'un homme d'armes, d'un chevalier, son uniforme en quelque sorte.

 

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 État de la place du château et du logis du gouverneur vers le milieu du XVIIIe siècle

 

C'est de là qu'est née l'expression « blanchir sous le harnois » que nous traduisons aujourd'hui par «exercer longtemps le même métier et donc acquérir une expérience reconnue dans le domaine ».  Mais le sens premier de cette expression, née au XVIIe siècle, était simplement "vieillir dans le métier des armes" puisqu'elle signifiait mot à mot, "passer un long moment sous l'armure". Par extension, le métier est devenu quelconque et le vieillissement a été assimilé à l'acquisition d'expérience.

 

 

Merci au CGRSM et aux membres de l'atelier de paléographie moderne qui m'ont fait découvrir ce texte.

Merci au site closducotentin.over-blog.fr pour les images du château.

24/05/2015

Montgomery et Rommel : deux ennemis aux racines normandes

 La généalogie peut se montrer malicieuse et révéler des surprises étonnantes. Comme celle qui « relie » deux soldats de la Seconde Guerre Mondiale, deux ennemis, qui se sont combattus loyalement mais férocement.

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 Bernard Montgomery (1887-1976)

Le premier, l'anglais Bernard Montgomery (1887-1976), le célèbre « Monty ». Le 13 août 1942, il prend le commandement de la 8ème armée de son pays en Afrique du Nord. En novembre de la même année, il livre à l'ennemi l'une des plus grandes batailles de la Seconde guerre mondiale, celle d'El-Alamein. L'offensive décisive qu'il va mener, repoussant l'Afrika Korps et les forces italiennes jusqu'en Libye, est considérée aujourd'hui par beaucoup d'historiens comme un des tournants de la Seconde Guerre mondiale.

 

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 Erwin Rommel (1891-1944)

Face à lui, le second, Erwin Rommel (1891-1944). Surnommé « « le renard du désert », il dirige l'Afrika Korps ce corps expéditionnaire allemand d'Afrique du Nord. 

Mais saviez-vous que les ancêtres de ces deux hommes sont originaires de Normandie ?

L'anglais descend d'une branche irlando-normande de Roger II de Montgomery (1030-1094) dit « Roger le grand ». Ce Sire d'Alençon (Orne) était l'un des plus puissants barons anglo-normand et l'un des proches collaborateurs de Guillaume le Conquérant (1027-1087), duc de Normandie et roi d'Angleterre. En tant que compagnon de Rollon, son père, Roger Ier de Montgommery a reçu les terres de Ste-Foy et de Germain auxquelles il donnera les noms de Ste-Foy-de-Montgommery et St-Germain de-Montgommery, deux communes situées à proximité de Vimoutiers dans le département du Calvados.

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« Montgommery » signifie « le mont de Gommery ou Gomery », un nom de personne germanique basé sur les éléments « guma » signifiant « homme » et « rik » signifiant « puissance ».

C'est grâce à la puissante famille de Montgomery que ce nom va passer en Grande-Bretagne au moment de la conquête normande.

Quant à l'allemand, l'un des rares généraux de son pays à n'avoir commis ni crime de guerre, ni crime contre l'humanité, il serait issu d'une famille ornaise protestante qui aurait émigré en Prusse après la Révocation de l’Édit de Nantes en octobre 1685. Un drame pour tout le royaume de France et pour la Normandie que cette décision d'un roi mal conseillé ! Son royaume va perdre d'un coup une large partie de ses habitants, parmi les plus instruits, les plus dynamiques et les plus industrieux.

Ironie du sort, le 17 juillet 1944, la voiture de Rommel sera mitraillée par deux avions alliés sur la route menant de Sainte-Foy-de-Montgomery à Vimoutiers. Sérieusement atteint, le blessé sera transporté dans le coma dans une pharmacie à Livarot, puis soigné à l'hôpital de campagne allemand de Bernay.

 

Biblio. « L'Almanach du Normand 2001 ».

03/12/2014

Fils mis sous le voile pendant la bénédiction du mariage...

Le 7 janvier 1722, dans l'église de Saint-Ouen de Longpaon, une des deux paroisses de la commune de Darnétal située près de Rouen en Seine-Maritime, le prêtre uni un jeune couple. Sur le registre paroissial, il note* :

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« ai conjoint ensemble par le sacrement de mariage, Pierre Renier, âgé de 20 ans, fils de Jean et de Marie Buquet de cette paroisse et Catherine Dumesnil, âgée de 25 ans, fille de la paroisse du Trongué, qui ont reconnu pour leur fils légitime Nicolas Renier, âgé d'environ un mois, lequel a été mis sous le voile pendant la bénédiction du mariage... »

 

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Sous l'ancien régime, les enfants naturels étaient légitimés lors du mariage des parents. Cette légitimation prenait la forme symbolique de la « mise sous le voile » de l'enfant lors de la cérémonie du mariage. « Avant l'Agnus Dei, on étend un voile sur les nouveaux époux (... ) un lien qui attache et joint ensemble les nouveaux mariés (…) Dans son origine, ce voile ou poile comme on l'appelle communément (du mot latin « pallium » désignant une pièce de tissu rectangulaire), n'était autre chose qu'une espèce de bandelette, vitta, un ruban large, qui servait à unir et lier ensemble les deux époux, qu'on mettait ainsi en quelque sorte sous le même joug (…) Dans la suite l'étole prit la place de la bandelette. Enfin, le voile ou poile a été à son tour substitué à l' étole (…) Dans quelques diocèses, on est même dans l'usage de mettre avec les nouveaux époux sous le drap (…) des enfants qu'ils ont eu ensemble avant la célébration du mariage pour marque qu'ils les reconnaissent. Cette pratique vient de l'ancienne coutume des Romains, qui enveloppaient de leur robe ou leur manteau ceux qu'ils adoptaient **».

 

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 Mariage de Monsieur le duc de Bourbon et de Mademoiselle de Nantes

dans la chapelle royale de Versailles le 24 juillet 1685.

L'expression, qui varie suivant les régions : mise sous le drap, sous la parelle, sous l'abrisseau, sous le poêle,... trouve ainsi son origine dans l'histoire des règles liturgiques du mariage. Il faut rappeler que le mariage chrétien est une invention du Moyen-âge. Jusqu'au XIe siècle, deux grands rites de mariage cohabitent. Le premier, le rite romain prend place au cours d'une messe, dont l'essentiel est la bénédiction des époux sous un même voile, souvent drapé sur la tête de l'épouse et les épaules du mari. Le second, le rite gaulois et wisigothique de la bénédiction des époux dans la chambre nuptiale est quant à lui précédé de certains rites familiaux comme l'engagement de l'époux et la remise de l'épouse par son père à l'époux en échange de cadeaux de la part de celui-ci. Progressivement, dès la fin du XIe siècle, dans les pays anglo-normands tout d'abord, les rites domestiques vont s’accomplir devant l’église, au sens propre physique. Un siècle plus tard, le mariage relève juridiquement du seul droit canon qui va peu à peu imposer un certain nombre de gestes et de mots pour le rendre valide. C'est ainsi que l’Église propose une synthèse des coutumes des mariages romain et germain qui se greffe sur un fonds populaire riche de comportements rituels comme l'échange des anneaux, la couronne et le voile.

 

* Extrait du registre paroissial de St-Ouen de Longpaon - 1720/1722 - Archives départ. de Seine-Mme.

** Extrait d' « Histoire générale des cérémonies, moeurs, et coutumes religieuses de tous les peuples du monde » de Bernard Picart avec les explications historiques et curieuses par Monsieur l'abbé Banier