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23/02/2020

Quand le froid, la peur et la faim tuaient en Normandie...

Sainte-Marie du Mont est une petite commune normande du département de la Manche. Elle se niche au sud-est de la presqu'île du Cotentin, pas très loin de la ville de Carentan. Elle est bordée à l'est par la Manche et à l'ouest par la baie des Veys. "Veys" est une forme dialectale normande du mot "gué". Il s'agit là d'un large estuaire où se jettent pas moins de quatre fleuves côtiers: la Douve, la Taute, la Vire et l'Aure. Si la hauteur d'eau y est peu importante, à marée basse, c'est un désert de sable de 7 km2.

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Eglise Notre-Dame de l'Assomption de Ste-Marie du Mont (XIe siècle)

 

Nous sommes le 6 avril 1729. L'hiver passé a été long et rude sur tout le royaume de France. En ce début du mois d'avril, il gèle encore dans nombre d'endroits et le printemps si attendu, si espéré, qui a tant tardé à venir, se montre des plus capricieux. Il y a deux jours, une tempête particulièrement violente a eu raison d'une frêle embarcation de pêche et en ce triste jour, on enterre l'un des quatre marins.

Le vicaire de l'église Notre-Dame de l'Assomption, Louis Symon, ouvre le registre des baptêmes, mariages et sépultures et y écrit ceci :

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"Le sicième jour d'avril aud(it) an 1729, le corps de Nicolas Le Costé fils Jacques, aagé d'environ saize à dis sept ans, de la paroisse de Jobourg près Cherebourg, lequel étant décédé du jour d'avant hier dans un petit vaisseau qu'ils avoint été achepter aud(it) Cherbourg, et ayant été jettés par la tempeste dans la baye du Vay, led(it) Nicolas le Costé seroit décédé dans son vaisseau avant que d'ariver à terre par la force de la peure, du froy et de la faim, ce qui nous avoit été certifié par Etienne Delay, Jean Le Canu et Jean Richard, ses compagnons qui pnt avec nous signé au présent. Et suivant l'ordre et la permission accordez au S(ieu)r curé de ce lieu par Mr de Molion Brohier, lieutenant de la mireauté (sic), nous, Louis Symon, vicaire de ce lieu, l'avons inhumé dans le cimetière de cette église en présence des sus dénommez et Jacques Benoist et de Jean Legros de ce lieu."

ste marie du mont,plages de normandie,tempête du 4 avril 1729

Sainte-Marie du Mont sera, le 6 juin 1944, le premier village libéré de France. Les troupes américaines de la 4e division d'infanterie y débarquèrent ce jour là sur le plage de de la Madeleine, renommée pour l'occasion "Utah Beach".

 

Biblio. "Revue Généalogique Normande" n°123 -  2012.

08/12/2019

Epidémie de coqueluche à Valognes au XVIIIe siècle

Hiver 1733 en Normandie. A Valognes, petite cité de la Manche, une épidémie de coqueluche sévit. Le curé de l'église Saint-Malo, réédifiée au XVe siècle après la fin de la Guerre de Cent Ans dans le style gothique flamboyant, écrit ces quelques lignes sur le registre des actes de baptême, mariage et sépultures* :

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"Cette année 1733 il s'est repandu du gros rume non seulement dans cette ville de Valognes, mais à Paris Rouen, Caen villes vilages Angleterre Hollande Irlande et généralement partout, on l'appeloit Coqueluche, mais il a degeneré en fluxion de poitrine qui nous a enlevé noz personnes agez en cinq jours six jours. Dieu nous veuille moderer ce fléau."

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Église Saint-Malo de Valognes (Manche)

Considérée longtemps par erreur comme une maladie de la petite enfance, ce texte nous rappelle que la coqueluche peut être sévère pour l’homme à tout âge voire dramatique pour les personnes âgées. De nombreuses épidémies ont été décrites en Europe au cours des XVIIIe et XIXe siècles.

D'où vient le nom de cette maladie ? Peut être de «coqueluchon», un mot du XVe siècle désignant une sorte de capuche, mais peut être aussi de la toux qu'elle provoque chez le malade et qui rappelle le chant du coq.

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Guillaume de Baillou (1538-1616)

La première description clinique authentique de la maladie, sous le nom de "Tussis quintina", a été faite par le médecin français Guillaume de Baillou (1538-1616) en 1578. L'agent principal de la coqueluche, la bactérie "Bordetella pertussis", n'a été quant à lui découvert qu'en 1900 et isolé six ans plus tard. Il a fallu attendre 1959 pour qu'un vaccin coquelucheux efficace soit introduit en France et 1966 pour que la vaccination contre ce fléau soit généralisée sur tout le territoire.

 

 

* Archives Départementales de la Manche, Registres paroissiaux de Valognes - 1728-1733 - Actes en ligne, 5MI1380, vue 331/374.

06/10/2019

Une belle âme

Elle s'appelait Marie Anne Lesdo. Un âme bien née. Une noblesse de robe, avec, du côté paternel, un père, Premier Président en la Chambre des Comptes et un grand-père avocat au Parlement de Rouen et du côté maternel, un grand-père Correcteur en la Chambre des Comptes et un père Conseiller du Roi et Maître-Ordinaire en la Chambre des Comptes de Normandie. A l'âge de 20 ans, le mercredi 13 juin 1714, Marie Anne épouse en l’Église Saint-Patrice de Rouen un chevalier, son aîné de 25 ans. L'heureux élu, Messire Nicolas Charles Mouret (1669-1741) est Seigneur du Pont, du Grandcamp de la Prévôté de la Rivière, Seigneur et Patron Honoraire de la Paroisse d'Annevile (aujourd'hui Anneville-Ambourville).

La famille s'installera dans ladite paroisse d'un peu plus de 500 âmes à l'époque, située dans le Roumois, dans un méandre de la Seine, près de Barentin (Seine-Maritime) et dont, en son temps, son seigneur combattra aux côtés de Guillaume le Conquérant lors de la bataille d'Hastings.

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Chapelle Notre-Dame de Bon Port d'Anneville

En 1713, Nicolas Charles Mouret, alors Conseiller au Parlement de Rouen et Président en la Chambre des requêtes, y fondera, en mémoire de ses ancêtres, la Chapelle Notre-Dame de Bon Port.

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Anne Lesdo, Dame de la Rivière, va s'éteindre à 63 ans, le 31 mai 1758. Fait peu commun, sur le registre paroissial d'Anneville, après avoir rédigé l'acte de sépulture, le prêtre-curé Vallois lui dédiera cette "réflexion : si cette dame Dupont ci-dessus nommée n'est point au ciel je crois qu'il n'y en ira guère.C'était la dame la plus parfaite que j'aye jamais connue dans le monde elle scavait sa religion en théologienne et a toujours pu en servir de modèle.Sa vertu n'était point farouche mais solide et véritable. Sa charité était sansz bornes pour les défauts de son prochain, elle excusait même ceux qui lui avaient manqué, "ils n'ont peut être pas cru mal faire" disait-elle. Elle avait une bonne âme qui la portait à secourir toutes sortes de personnes. Elle était d'un abord doux et affable pour tout le monde. Tous ses vassaux allaient avec la même con fiance lui présenter leur requête ; ils en sortaient toujours contents et satisfaits. Son humeur était toujours égale, gaie et scavante dans la conversation, parlant bien sur toutes les sciences, exceptées les mathématiques qu'elle ignorait, scavante sans penser libre, je ne scais ce qui l'emportait ou de sa grande vertu ou des belles qualités de son cœur et de son esprit. Elle aurait mérité gouverner un royaume ; bien des gens d'esprit l'appellaient la reine des femmes. Elle est enfin morte cette illustre et aimable dame regretée et pleurée de tous ceux qui avaient l'honneur de la connaître.*"

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*Extrait du Registre paroissial d'Anneville-sur-Seine, Archives Départementales de Seine-Maritime, 4E 01430 1751-1759 vue 87/102

Biblio. Article de D. Carpentier, Revue Généalogique Normande n°126 - 2013 -