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18/12/2016

La Passe-Crassane, belle, généreuse et normande !

Parmi les nombreuses variétés de poires, ces « cadeaux des Dieux » comme les avait surnommées le poète  Homère (VIIIe siècle av. J-C.), vous connaissez certainement la Passe-Crassane. On la reconnaît notamment à la petite goutte de cire qui protège l’extrémité de son pédoncule et qui évite l’évaporation de l’eau qu’elle contient, ralentissant d'autant son mûrissage. Mais saviez-vous que ce fruit d’hiver, juteux, sucré, parfumé, légèrement acidulé et désaltérant est né à Rouen, précisément dans le quartier Jouvenet de notre belle capitale normande ? Car on doit ce fruit à la peau épaisse, qui offre une chair à la fois douce, granuleuse, ferme et fondante, à un pépiniériste rouennais de génie, Louis Michel Boisbunel (1783-1856).

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" Nous sommes le 6 février 1855. L’arboriculteur normand presse le pas. D'une main, il tient son chapeau plissant sous le vent froid et sec et de l'autre un panier d'osier qu'il couve des yeux comme un trésor. Il pousse une porte où luit  une plaque "Société centrale d’horticulture de la Seine-Inférieure". Un sociétaire l'accueille : "Ah Boisbunel ! Quoi de neuf mon vieil ami ?" Le pépiniériste pose 6 poires sur le bureau : une seule est sans défaut avec sa peau jaune marbrée de brun. Elle fait l'admiration. C'est la Passe-Crassane !" Quelle patience, quelle science il a fallu pour en arriver là ! Née d’un croisement d’une poire et d’un coing, elle est le résultat de dix années d’efforts et de recherche, de semis et de boutures.

Pourquoi l’avoir baptisée de ce nom ? Tout simplement parce que notre homme estimait que sa poire dépassait en taille (certaines peuvent peser jusqu'à 1 kg) comme en qualité une variété ancienne nommée "Crassane". Passe-Crassane !

Il faut savoir que si la culture de la poire a commencé il y a très longtemps en Chine, elle n’arriva en France qu’au XVIe siècle. Particulièrement appréciée du roi Louis XIV (1638-1715), la tradition rapporte cependant que les souverains venant se faire sacrer à Reims recevaient en cadeau une poire et une coupe de champagne. Ce fut le cas lors du sacre du roi Charles X (1757-1836) en 1825. C'est avec ces simples mots que  le maire de Reims les remis au nouveau souverain : « Nous vous offrons ce que nous avons de meilleur : nos vins, nos poires et nos cœurs. »

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Grâce à sa maturité tardive, la Passe-Crassane se récolte de décembre à avril et se déguste de l’hiver et au printemps. Hélas, très sensible au feu bactérien, maladie qui ravage les arbres fruitiers, elle est aujourd’hui menacée et fait l’objet de soins constants notamment du verger conservateur Boisbunel du Jardin des plantes de la ville de Rouen.

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Et comme d’habitude, pour tous les gourmands aux babines alléchées, je vous propose la recette d’un Gratin de poires flambées au calvados*

Pour 6 personnes, il vous faut 6 belles poires, 80 g de sucre semoule, 80 g de sucre glace, 30 g de beurre, 2 blancs d’œufs, 50 g d’amandes effilées, 15 cl de calvados, 1 pincée de sel.

Éplucher les poires, les couper en lamelles. Placer dans une poêle où le beurre aura fondu. Saupoudrer de sucre semoule et faire revenir 5 minutes. Arroser de calvados et flamber. Disposer les poires dans un plat à gratin non métallique. Dans un saladier, verser le sucre glace, le sel et les blancs d’œufs. Placer dans une casserole d’eau frémissante et monter en neige. On doit obtenir une belle meringue brillante. Verser sur les poires, égaliser et saupoudrer d’amandes effilées. Passer sous le gril environ 5 minutes. Servir chaud !

Bon appétit !

 

* Recette issue de « La bonne cuisine normande » de Josette Boudou - Illustrations de J-M. Boudou – Libris 2008

Merci à l’article de Bernard Cousin « Histoire de la Passe-Crassane » paru dans le « Jouvenet Pages » n° 40 – Nov ; 2011 -  http://www.asso-jouvenet-rouen.fr/

14/12/2016

L'église Sainte-Catherine d'Honfleur, la plus grande église en bois de France !

Dédiée à Sainte-Catherine d'Alexandrie, c'est la plus grande église en bois de France et l'une des principales curiosités de la ville normande d'Honfleur  ! Elle a été classée monument historique en 1879.

 

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Datant de la deuxième moitié du XVe siècle, l’église Sainte-Catherine d'Honfleur remplace en fait une ancienne église de pierre brûlée pendant la Guerre de Cent ans. En 1450, la paix enfin revenue, afin de remercier Dieu du départ des Anglais, les Honfleurais décident de reconstruire une église « provisoire » en bois (la pierre étant réservée en priorité à la reconstruction des fortifications), tout en se promettant de la réédifier en pierre dans des temps meilleurs. Disposant de peu de moyens, les charpentiers de marine de la ville, les fameux « maîtres de hache » utilisent le bois provenant de la forêt toute proche de Touques et mettent à profit leurs connaissances en construction navale. Sans jamais avoir recours à la scie, à l'image de ce que faisaient avant eux leurs ancêtres Vikings, ils vont bâtir cet édifice sur le modèle d'une halle de marché donnant l'aspect d'une coque de bateau renversée. Pour les soubassements, ils emploient de la brique et du mortier de chaux, matériaux utilisés traditionnellement à cette époque dans le Pays d'Auge.

 

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Le bâtiment fera l'objet de plusieurs “campagnes” de construction. En 1468 est achevée la première nef, celle du Nord. Mais avec l’essor démographique, en 1496, une église plus grande s'avère nécessaire. Une seconde nef est donc ajoutée après destruction des bas-côtés de la première. Plus tard, la construction est recouverte de bardeaux en bois de châtaignier. Au XVIe siècle, deux porches, magnifiquement sculptés dans un style Renaissance, sont intégrés à l'entrée de l'église. Enfin, au début du XIXe siècle, l'intérieur de l'église reçoit un habillage en plâtre et un porche néoclassique à colonnes grecques remplaçant le porche primitif.

 

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L'autre particularité de cette église est d'être séparée de son robuste clocher de chêne qui lui fait face. Reposant sur un large soubassement abritant la maison du sonneur, ce dernier a été élevé à bonne distance afin d'éviter que les paroissiens présents dans les nefs ne soient la proie des flammes en cas d'incendie  ! Car, en raison de son élévation et de sa position à flanc de colline, il attire volontiers la foudre...

 

Biblio. « Normandie - 500 coups de cœur » de M. Le Goaziou et M-C. Colignon – Ed. Ouest-France 2011.

11/12/2016

Une sacristie trnsformée en mairie...

La Normandie détiendrait-elle le record des mairies insolites ? Je vous ai déjà parlé de celles de Saint-Germain de Pasquier et de Saint-Sulpice de Grimbouville, toutes deux situées dans le département de l'Eure, mais pas encore de celle de Reigneville-Bocage !

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Reigneville-Bocage, c'est un petit village bucolique à souhait. Situé au sud de la péninsule du Cotentin, il compte aujourd'hui moins de 30 âmes, ce qui fait de lui la plus petite commune du département de la Manche. Les Reignevillais y mènent une vie calme et tranquille dans de vieilles maisons en pierre, dispersées dans le bocage ou nichées derrière les talus boisés, qui se comptent sur les doigts d’une seule main.

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Un petit coin de paradis dont la superficie est de 2.27 km2 et qui ne compte que 250 mètres de routes communales. N'allez surtout pas chercher à Reigneville-Bocage un bistrot, une boulangerie, une boucherie ou aucun autre magasins. Il n'y en a pas. Comme il n'y a pas non plus d'école, ni de monument aux morts, ni même de cimetière ! Pas plus que de place du village. Non, rien de tout cela !

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Mais bien sûr, comme en application de la loi du 5 avril 1884, chaque commune doit disposer d'une mairie, c'est-à-dire d'un lieu où peuvent siéger les élus et l’administration communale, à Reigneville-Bocage, elle a  été installée dans la sacristie d'une ancienne église dont il ne reste plus que quelques pierres. L'édifice n'est pas facile à trouver. Il faut suivre les indications d'un panneau en bois et emprunter un petit chemin de terre qui mène au beau milieu d’une cour de ferme. À l’arrière d’un ancien portique, se cache un bâtiment à la porte blanche au-dessus de laquelle est écrit "Mairie". C'est là, au beau milieu du champs, que le premier magistrat du village réunit régulièrement les 6 membres de son conseil municipal !

 

Biblio."Normandie insolite et secrète" de J-C Collet et A. Joubert - Ed. Jonglez, 2013.