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02/10/2013

Ce jour-là, 1er octobre 1550...

... Le roi Henri II est à Rouen. Le début du règne du second fils de François Ier (1494-1547), roi de France depuis le 26 juillet 1547,  avait pourtant mal commencé pour les Rouennais. Pour faire face à une levée de 50 000 hommes en 1548,  le roi avait en effet taxé la ville à 85 000 livres tournois, somme énorme que les échevins avaient tenté en vain de faire réduire.  

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Le roi Henri II de France (1519-1559)

 

Mais tout semble oublié, quand, le dimanche 1er octobre 1550, venus de Saint-Germain-en-Laye, après une long voyage et de nombreuses étapes, le roi, accompagné de son épouse, la Reine Catherine de Médicis (1519-1589), de sa maîtresse Diane de Poitiers (1499-1566), de ses ambassadeurs en mission dans le royaume, et de toute la cour, fait une entrée solennelle dans la capitale normande.  

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  Miniaturiste français, "Entrée de Henri II à Rouen", (1550)

Rouen, Bibliothèque Municipale (source : WGA)

 

Quand il visite l’une de ses bonnes villes, le roi se plaît aux « joyeuses entrées » qui doivent marquer sa puissance et le faste royal. Aussi, la ville s’est-elle couverte de tapisseries, d’obélisques, de temple et autres arcs de triomphe.

Pour sa bienvenue, la ville lui remet une Minerve d’or tenant à la main une branche d’olivier. A Catherine de Médicis sera offert une statue d’or de la vierge Astrée et à Diane de Poitiers des aiguières et des bassins en argent doré.

Le roi est vêtu d’une casaque de velours aux broderies parsemées de pierres précieuses. Son trône, recouvert de drap d’or, a été installé sur une estrade à deux niveaux en forme de temple couvert d’un dais. Sa femme, sa favorite et les grands du royaume sont à ses côtés.   

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L’impressionnant défilé en leur honneur est ouvert par des archers vêtus de satin jaune suivis des hommes d’Eglise, les gens des métiers, les grands bourgeois et marchands de la ville à cheval, tous somptueusement habillés, trois chars tirés par des chevaux blancs et toute l’infanterie de la cité. Mais ce qui va être le clou du spectacle reste à venir : un cortège exotique avec défilé d’éléphants et surtout exhibition de sauvages du Brésil, 300 Indiens Tupinambas nus. Sur les rives de la Seine, dans une forêt reconstituée, ils vont reproduire des scènes pittoresques de la vie des populations brésiliennes que nos matelots normands, qui commercent activement avec elles, connaissent bien : la vie guerrière des indiens,  les incidents qu’amène le trafic des bois du Brésil, les stratagèmes employés à la chasse, les danses rituelles qui succèdent au travail et aux combats. Et sur le fleuve, dieux marins, sirènes, tritons et baleines évoluent pendant que des navires français et portugais s’affrontent. Tout y est naïvement et naturellement dépeint pour le seul plaisir du roi !

La cour est stupéfaite ! Bien sûr, ici ou là, on entend bien quelques réflexions sur ces « sauvages voisins de la brute » qui ne « portent point de hauts-de-chausses ». Seule, Catherine de Médicis ne boude pas son plaisir. Elle franchit même la barrière pour mieux prendre « délectation aux jolis esbattements des sauvages ».

Les fêtes vont se succéder jusqu’au départ du souverain le 11 octobre suivant. Henri II ne reviendra jamais à Rouen.

 

 

Biblio. Le grand bêtisier de l’Histoire de France de A. Dag’Naud – Larousse 2012

« Histoire de Rouen » d’A. Lefort – le Livre d’histoire – Paris 2002

09/12/2012

Rouen, ville thermale

Saviez-vous qu’au XVIIe et au début du XVIIIe siècle, nombreux étaient les curistes qui venaient en carrosses ou bateaux « prendre les eaux » chez nous, à ROUEN ? Celles-ci, très chargées en fer, d’une qualité égale à ce qu’il paraît aux eaux de Forges, « la concurrente régionale » étaient réputées salutaires aux malades souffrant d’anémies ou d’asthénies, des voies urinaires, aux femmes stériles et aux convalescents !

Si, dès 1601, est édité un ouvrage spécialisé intitulé « Hydrothérapeutique des fontaines médicinales nouvellement découvertes aux environs de Rouen très utiles et profitables à chacun », la véritable consécration, la consécration scientifique, viendra de la faculté de médecine de Paris qui reconnaît officiellement en 1716 la grande qualité des sources rouennaises.

Trois sites se partagent la clientèle des buveurs, la Maréquerie, rue Martainville dont les eaux proviennent de la Vallée de Darnétal, la fontaine Jouvence à Déville-lès-Rouen, dans la proche banlieue de la capitale normande et les établissements de Saint-Paul ou d’Eauplet situés sur l’actuel quai du Pré aux Loups, face aux Iles Lacroix et Brouilly.

Ces derniers, dont les eaux sortent du versant méridional de la Côte Sainte-Catherine, compteront jusqu’à 4 fontaines dont 2 vont connaître un véritable succès : la fontaine Saint-Paul connue également sous le nom de Fontaine de Fer, aujourd’hui disparue et la fontaine Voisin.

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 Au pied de la Côte Sainte-Catherine, de Darnétal à Rouen, sourdent 18 sources !

Les terres de Saint-Paul appartiennent au prieuré dépendant de l’abbaye de Montivilliers et comportent outre le prieuré des religieuses (dont on peut toujours admirer l’abside romaine devenue sacristie de l’église actuelle), la ferme de Saint-Paul louée de 1609 à 1790. 

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L'Eglise Saint-Paul aujourd'hui

C’est ce lieu de prière avant le XVIIe siècle qui va devenir lieu de santé au XVIIe siècle, puis lieu de plaisir au XVIIIe siècle et enfin lieu de travail à partir du XIXe siècle.

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 Le Manoir de Saint-Paul aujourd'hui

Pour permettre un accès plus commode, on aménage en 1709 un sentier, « le chemin neuf » qui part de la Porte Guillaume Lion et traverse le « Pré aux Loups ». Il deviendra « Cours Dauphin » en 1729, puis « Cours de Paris » et enfin « RN 13bis ».

Au « Manoir de Saint-Paul », on adjoint ensuite un petit pavillon dans lequel on « chauffe les eaux »  avant de les boire. Et pour finir, en 1713, on embelli le tout par l'adjonction d'une terrasse. On prend soin également des buveurs. Les fontaines, situées à l’extérieur et dont les cuvettes reposent sur des socles taillés dans de la pierre de Caumont, sont protégées à l’aide de toiles tendues.  

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 Une des fontaines aujourd'hui disparues

A partir de 1770, on se préoccupe de distraire les curistes. L’établissement se transforme alors en un véritable cabaret avec restaurant et salle de jeux (billard, boules, raquettes, cartes…). Les artistes locaux s’y produisent régulièrement. On vient les écouter, danser et s’amuser. On y boit aussi… et pas seulement de l’eau, au grand dam des religieuses de Montivilliers !

Le déclin s’amorce à la fin du XVIIIe siècle. En 1791, la station thermale fait l’objet d’une décision de rejet de la part des médecins. Le site, qualifié de lieu de débauche, est fermé et les curistes dirigés vers les eaux de la Maréquerie. En 1957, le domaine est vendu à l’association Saint-Paul qui accueille les jeunes isolés en situation difficile.

Biblio. « Quand Rouen était station thermale - Prendre les eaux… » de Daniel Caillet Côté Rouen 2012

04/07/2012

Merry Delabost : l'hygiène en prison

Son nom ne vous dit sûrement rien ! Même si j’ajoute qu’il est normand et que son invention, en 1872, fait partie de celles qui ont bouleversé notre vie quotidienne ! Qu’une rue de notre bonne ville de Rouen porte aujourd’hui son nom ! Non, vraiment, son nom ne vous dit rien, et pourtant…

Le docteur Merry Delabost est né à Saint-Saire, petite commune du canton de Neufchâtel-en-Bray, en Seine-Maritime, le 29 août 1836.   

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François Merry Delabost (1836-1918)

 

Chirurgien de formation, il assure à l’Hôtel-Dieu de Rouen, dès 1878, la suppléance du Docteur Achille Flaubert (1813-1882), le frère aîné de Gustave.

Mais comme les missions qu’il exerce parallèlement au sein des prisons de Rouen lui tiennent particulièrement à cœur, il va, pour raison de santé, dès 1883, démissionner de son poste à l’Hôtel Dieu pour ne se consacrer qu’à celles-ci et ce jusqu’à sa retraite.  

Et c’est en cette qualité, Médecin-Chef des prisons de Rouen, qu’il va se faire connaître comme l’inventeur de la douche !

Bien sûr, la douche existait bien avant lui ! Pourtant, cette pratique antique qui tente de faire son entrée à la cour du roi Henri III (1551-1589) se heurte à la méfiance du corps médical à l’égard de l’eau, considérée alors comme facteur de propagation des maladies. Cette crainte va perdurer durant tout le XVIIe siècle où le bain, toujours exceptionnel, reste entouré de mille précautions. A l’eau, on préfère la toilette sèche et l’utilisation du parfum pour masquer les odeurs corporelles… A se laver, on préfère changer de linge… Ce que ne font malheureusement seulement que ceux qui en ont les moyens !

Ce n’est qu’au milieu du XVIIIe siècle que les mentalités vont changer. Le bain devient une pratique de santé encouragée par les hygiénistes qui mettent pour cela en avant le rôle respiratoire de la peau.

A partir du siècle suivant, la France décide de soutenir politiquement le développement des  bains publics sur le territoire national et plus particulièrement celui des bains à prix réduits pour la classe ouvrière, la plus démunie en la matière. Rouen montre l’exemple en ouvrant dès 1849 un premier établissement de bains et lavoirs publics pour les hommes suivi, en 1850, d’un second réservé aux femmes. 3 autres établissements de bains chauds viendront ensuite compléter le dispositif.  

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La prison Bonne-Nouvelle de Rouen

 

C’est dans ce contexte qu’intervient en 1872 l’initiative de notre normand Merry Delabost, médecin-chef de la prison Bonne-Nouvelle de Rouen. La maison d’arrêt de Rouen compte alors 900 détenus, déjà bien plus qu’elle ne peut en recevoir ! Tous vivent dans une grande promiscuité et sont d’une saleté repoussante. Les interventions hygiéniques du Docteur Delabost visent à faire de ce véritable mouroir une prison saine. Officiellement pour améliorer l’hygiène des détenus, officieusement aussi pour faire des économies d’eau, il propose et obtient de remplacer le bain en baignoire toujours exceptionnel, trop long et trop cher, par un système de douche collective avec des jets d’eau individuels. « Il ne s’agit point, dit-il, de procurer aux prisonniers une satisfaction de bien-être. La santé du détenu permet d’exiger de lui un travail dont le produit diminue d’autant les frais de l’emprisonnement. » En ajoutant que pour eux, la propreté est « une vertu presque inconnue et en tous cas une pratique désagréable. »  Aussi,  les contraindre à la propreté, c’est en quelque sorte les condamner à une peine supplémentaire !  

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Mis en place en 1873, puis reprise par d’autres établissements pénitentiaires comme par des casernes militaires, son invention va mettre du temps à parvenir au grand public. Le premier établissement public de bains-douches voit le jour à Vienne, en Autriche, en 1887. En France, Bordeaux inaugurera le sien en 1893 et Paris en 1899. Rouen devra attendre 1897. Le Docteur Delabost ironisait en expliquant que son procédé « n’est pas à la portée de tout le monde. Il faut avoir tué ou volé, ou du moins avoir brisé une lanterne de bec de gaz ! »

Le docteur Merry Delabost s’est éteint à Rouen le 11 mars 1918.

 

Biblio. « Le Docteur Merry Delabost, inventeur de la douche » - Dr Feltgen – Gpe Histoire des Hôpitaux de Rouen – www.chu-rouen.fr et « La douche, une invention d’un médecin des prisons, le docteur Merry delabost » - H. Dajon – http://criminocorpus.in2p3.fr

Merci aux pages Wikipédia sur le sujet.