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19/08/2015

Delamare-Deboutteville, l'inventeur normand de la première voiture à essence

1884 : cette année-là, le monde entre dans l'ère du pétrole ! Et le croirez-vous, l'on doit cet événement à un normand, lequel, sur une petite route de campagne qui mène de Fontaine-le-Bourg à Cailly, deux villages du canton de Clères en Seine-Maritime, pétarade dans la toute première voiture actionnée par un moteur bicylindre horizontal fonctionnant au gaz de pétrole ?

 

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  La « Delamare-Deboutteville », première voiture automobile

 actionnée par un moteur  à explosion (1884)

Le carburant y est admis par un tiroir, l’évacuation se fait par des soupapes et la transmission aux roues arrière motrices s’opère par chaînes. Pourvu d'une banquette avant et d'une plate-forme arrière, le véhicule est équipé de quatre roues, d'une transmission aux roues arrières par chaîne, d'un arbre de transmission et d'un différentiel.

Ce normand se nomme Edouard Delamare-Deboutteville. Le 12 février 1884, en déposant le brevet 160.267 pour « un moteur à gaz perfectionné et ses applications » il a signé l’acte de naissance de la première voiture française mue par un moteur à pétrole à 4 temps !

 

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 Édouard Delamare-Deboutteville (1856-1901)

 

Rouennais, né Édouard, Napoléon, François Delamare le 8 février 1856 d'un père propriétaire de l'une des premières filatures de coton de la région, c'est une fois son diplôme de l’École Supérieure de Commerce et d’Industrie de Rouen en poche, qu'il entre à l'âge de 23 ans dans l'entreprise familiale dirigée par son frère François. La filature souffre alors de se trouver à l'écart du réseau des chemins de fer de la capitale normande. C'est pour cette raison que le jeune inventeur passionné de mécanique va s'intéresser à la problématique des transports sur route et se mettre à étudier avec ardeur les moteurs à gaz.

Il entreprend  ses premières expériences sur les terres du château familial de Montgrimont, situé près de Fontaine-le-Bourg. Avec son chef mécanicien Léon Malandin, un ancien de la marine nationale, ils vont construire ensemble un premier moteur quatre temps de 2,5 chevaux, fonctionnant au gaz de ville.  En 1883, ils en équipe un tricycle alimenté cette fois d’essence légère de pétrole. Et, l’année suivante, ils mettent enfin au point un moteur 2 cylindres de 4 CV qu'ils installent sur un break de chasse hippomobile à 4 roues appartenant à François, le frère d’Edouard. La "Delamare-Deboutteville" est née ! 

 

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  Le château de Montgrimont près de Fontaine-le-Bourg (Seine-Maritime)

 

L'homme est « un touche-à-tout » de génie, un passionné « multi-cartes » qui déposera plus de 80 brevets ! « Parleur charmant, penseur épris de plus beaux problèmes et lettré érudit », ses centres d'intérêt sont principalement la linguistique, la mytiliculture, l’ostréiculture et l’histoire naturelle. Mais il va aussi publier un grammaire du sanscrit en 1884 comme créer le parc à huîtres de Prat-Ar-Coum (Finistère), toujours exploité de nos jours et faire don au Muséum de Rouen de sa grande collection d’oiseaux normands et bretons...

En 1897, à l’exposition de Rouen, le Président de la République Félix Faure, impressionné par ses travaux, le fait officier de la Légion d’honneur. C'est cette année-là qu'il sera autorisé par jugement à adjoindre à son nom patronymique celui de Deboutteville, le nom de jeune fille de sa mère Lucile. Trois ans plus tard, il obtient le grand prix de l'Exposition universelle pour le développement d'un moteur de 7 000 chevaux, avec de s'éteindre prématurément le 16 février 1901 dans son château en Normandie, victime des suites d’une maladie foudroyante.

 

Biblio. : Merci aux pages Wikipédia sur le sujet.

29/07/2015

Jean Fleury, le corsaire normand

Quel grand navigateur, quel marin averti de la Baie de Seine et quel grand corsaire exceptionnel ce normand Jean Fleury ! Il est né à la fin du XVe siècle, sur les bords de Seine, à Vatteville-la-Rue. A cette époque, c'était là un port à l'activité maritime importante, notamment grâce à la pêche vers Terre Neuve et au commerce des épices avec l’Afrique.

 

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 Blason de Vatteville-la-Rue

 

En ce début du XVIe siècle, le marin travaille au service du riche armateur normand Jehan Ango (1480-1551). En qualité de capitaine major, l'homme à la belle prestance, splendidement vêtu, portant une barbe rousse soigneusement taillée, assure la défense du littoral, escorte les terre-neuviers et convoie des navires amis. Mais il écume aussi l’océan, du Cap Vert aux Antilles, enlève nefs et galions ennemis aussi bien prés des côtes des Indes occidentales que sous celles du Portugal et de l'Espagne. Il faut dire que cette dernière vient de conquérir le Mexique et que le Nouveau Monde semble devoir lui appartenir.

 

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 Jehan Ango, sculpture de Jean-Marc de Pas

 

En l'an de grâce 1522, Fleury, à bord de sa « Salamandre », sait que la prise qui s'annonce est de taille. Les trois caravelles espagnoles lourdement chargées du conquistador Cortès (1485-1547) qui vont passer devant lui et les Iles des Açores portent vers le port de Cadix et l'empereur romain germanique et roi de Castille, Charles Quint (1500-1558), l'ennemi du roi de France François Ier (1494-1547), le trésor des rois du Mexique, arraché au palais de Cuauhtémoc (1497-1525), le dernier empereur aztèque. Avec trois nefs et cinq galions de Dieppe, qui passent pour être les meilleurs du monde, aux pavillons frappés de la croix blanche des marchands de la cité normande, Fleury s'empare sans ménagement des trois caravelles fortunées parties de Veracruz. Cette première attaque réussie de piraterie contre les espagnols encouragera les corsaires français, les gueux de la mer hollandais et les chiens de mer anglais à attaquer les bateaux espagnols dans les Caraïbes.

Mais pour l'heure, le normand fait main basse sur un trésor fabuleux : des bijoux, de la vaisselle en or et en argent, un râtelier en ivoire, des idoles et sarbacanes en métaux précieux, des pierres rares, des rubis, des diamants, une émeraude pyramidale « dont la base couvrait la paume de la main » mais aussi des cartes qui lui livrent les secrets de la route de Antilles et qui vont faire sa fortune, celle aussi d'Ango et du roi de France. Le tout est rapidement chargé sur deux caravelles et un galion qui prennent aussitôt la route du retour. Le 12 décembre 1522, les trois navires de Jean Fleury s’engagent dans les eaux froides de la Manche, vers la passe du Four entre le plateau des Minquiers et les îles Chausey. Ils remontent au plus près de la côte de la presqu’île du Cotentin afin  d’éviter  les mauvaises rencontres... Mais, à cette époque de l'année, la visibilité y est déplorable et l'un des trois navires, une caravelle, heurte un banc rocheux et coule, emportant avec elle l'intégralité de sa cargaison. C'est ainsi qu'une partie du trésor des Aztèques restera à jamais prisonnier des sables...  

Malgré cette perte, l'accueil des Dieppois sera fastueux. Afin de remercier Dieu de sa bonne fortune, Jean Fleury offrira aux deux églises de Villequier et de Vatteville de magnifiques vitraux comme ex-voto.

 

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 Vitrail de l'église de Villequier

 

Mais l'aventure du pirate normand va bientôt prendre fin. Sur ordre de Charles Quint, Jean Fleury et ses hommes sont arrêtés et faits prisonnier en 1527 alors qu'ils naviguent au large du Cap Saint-Vincent. Malgré l'importante rançon de 30 000 ducats proposée par Ango, le normand sera exécuté le 13 octobre de cette année-là près de Tolède, à Colmenar de Arenas et ses marins tous condamnés aux galères.

 

Biblio. « Pirates et Corsaires » d'O. et P. Poivre d'Arvor – Menges 2004.

28/06/2015

La sauce du Marquis de Béchameil

De ce normand, un « homme d'esprit » d'après Saint-Simon (1675-1755), on ne sait en vérité que peu de choses, si ce n'est qu'il « inventa » la sauce qui porte encore aujourd'hui son nom : la sauce béchamel.

 

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Marquis de Nointel, Louis de Béchameil naît à Rouen (Seine-Maritime) vers l'an 1630. Fin financier, il profite des troubles de la Fronde (1648-1653) pour s'enrichir. De fermier général, il devient Surintendant de la maison du Duc d'Orléans avant d'acquérir la charge de maître d'hôtel du roi Louis XIV (1638-1715). C'est alors que son nom entra dans la postérité !

 

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Favori du roi, connaissant sa passion pour un certain art de vivre, étant tout comme lui gourmand autant que gourmet, Béchameil, qui aime cuisiner, va s'employer à perfectionner une sauce ancienne, peut être rapportée en son temps à la cour de France par la reine Catherine de Médicis (1519-1589). Si l'on en croit le marquis normand, il aurait eu la bonne idée d'ajouter au roux, mélange de farine et de beurre, un simple jus de viande. Le résultat est divin : une sauce succulente, à la fois riche et subtile, qui méritera de figurer dans ce que Carême (1784-1833) appela « les sauces mères ». Et c'est un fait qu'à partir de la sauce Béchameil d'autres sauces vont naître comme la sauce Nantua ou la Mornay.

 

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« La sauce de Béchameil » est mise pour la première fois à l'honneur sous ce nom par François Pierre de La Varenne (1615-1678), cuisinier de Nicolas Chalon du Blé, dans son livre-monument de la cuisine française « Le Cuisinier François » publié en 1651. Le maître queux du marquis d'Uxelles a t'il dédié sa propre sauce au marquis en reconnaissance ou pour lui faire plaisir ? Ou bien, ce dernier, par prétention, a t'il exigé que sa "création" porte son nom ?

Mais voilà, au fil du temps, la particule comme l'avant-dernière lettre du nom du marquis disparurent proprement. Ne reste plus aujourd'hui que la béchamel, sans même une majuscule ! Quant à la recette, elle a bien évolué elle-aussi ! Fini le jus de viande initialement prévu, il a été remplacé par du lait ou de la crème pour gagner en onctuosité. Quant à Louis de Béchameil, il mourut à Paris le 4 mai 1703.

 

Biblio. « 100 merveilles de la cuisine française » de La Reynière – Ed. Courtine 1971 - « Un marquis en cuisine chez le roi » - Revue Historia – Dec. 2009 - « Louis de Béchameil » - Rouen-Lecture n° 3 – Oct.-Nov. 1992.