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21/08/2016

Le normand Charlus, "Roi du phono"

 "Viens, Poupoule !, Viens, Poupoule ! viens !
Souviens-toi que c'est comme ça
Que je suis devenu papa."

(Paroles d'Adolf Spahn adaptées par Henri Christiné et Alexandre Trébitsch,

musique d'Adolf Spahn )

 

Cette chanson faisait partie de son répertoire en 1903 ! Que de chemin parcouru par celui qui nait à Aumale, au cœur de la vallée de la Bresle, dans le département de la Seine-Maritime, un matin du 6 septembre 1860 ! Louis Napoléon Defer se fera connaître sous le pseudonyme de Charlus, prononcez "Charlusse". Très tôt attiré par la chanson, il monte à Paris dès l'âge de 17 ans. Après toutes sortes de petits boulots et un passage obligatoire sous les drapeaux, après une audition, il est engagé en 1886 au café-concert "L'Époque". Trois ans plus tard, il est à l'affiche du Concert Parisien aux côtés d'Yvette Guilbert (1865-1944) C'est grâce aux conseils de celle-ci qu'il va se créer un personnage bien à lui. Habillé en "romantiques", il se lance dans la création de chansons dans le style "diseur". Sa voix est douce, forte, posée, agréable. Une vie d’artiste fort honorable l'attend et il va chanter dans les plus grandes salles parisiennes de l'époque comme l’Alcazar, l'Empire ou Bobino.

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Charlus ( 1860-1951)

Incarnant la joie de vivre, il excelle également dans le comique et le grivois et passe aisément du répertoire-troupier aux chansons de charme. Il interprète celles des autres et "emprunte" notamment volontiers le répertoire de Paulus (1845-1908), alors au sommet de sa gloire et auquel il ressemble un peu physiquement. C'est lui aussi qui lui inspire son nom de scène, un jour de Saint-Charles, il prend le nom de Charlus.

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Doté d'une diction impeccable, Charlus est aussi l'un des premiers chanteurs français à avoir effectué des enregistrements sur cylindres. Il en aurait enregistré pas moins de 80 000 chansons pendant sa carrière ce qui lui vaut le surnom de « forçat du gramophone » Entré en 1896 chez Pathé Frères, il est nommé en 1901 directeur artistique des enregistrements du répertoire caf' conc' , puis directeur de la succursale Pathé à Marseille de 1914 à 1925. Promu chef de l'enregistrement du café-concert, il grave ainsi pour la postérité les voix d'Yvette Guilbert et des chanteurs de l'époque comme Anna Thibaud, Dranem, Fragson ou Polin.

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Vers 1930, il se retire dans l'Oise pour rédiger ses mémoires. Publiées dans les années 1950, on y lit notamment ceci : "J'ai chanté : « Je gagnais des haricots, comme nous disons dans notre argot d'artistes. Mais comment aurait-il pu en être autrement ? Quand il fallait fabriquer de la façon que je viens de dire les cylindres destinés à la vente, et que le prix unitaire de ceux-ci était de 1fr.25 et de 2 francs, […], un chanteur ne pouvait raisonnablement demander plus de cinquante centimes par audition. Mais au moins, je chantais ! [...] J'étais au boulot dès huit heures du matin. Je me débarrassais de mes vêtements… superflus, retirais col et cravate, et je chantais. […]. Vous auriez ri de la posture que nous étions obligés de prendre pour chanter nos duos. Nous ne pouvions rester dans l'axe du pavillon, qui n'avait guère que 25 cm de diamètre, qu'en nous serrant l'un contre l'autre. Elle me tenait par le cou, moi je la tenais par la taille. Il ne fallait pas bouger…»

Le clap de fin sonne pour Charlus le 21 février 1951 à Verberie (Oise). Salut l'artiste !

 

Biblio. Merci notamment aux pages Wikipédia.

10/07/2016

La retraite normande de Maigret

10 juillet 1972 : les lecteurs du Figaro découvrent en avant-première le premier épisode de "Maigret et Monsieur Charles", l'ultime roman policier de la série des Maigret, amorcée par l'écrivain belge Georges Simenon (1903-1989) en 1930 avec "Pietr-le-Letton".

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Saviez-vous que Georges Simenon a reconnu s'être inspiré très librement du policier Marcel Guillaume (1872-1963) pour créer son célèbre personnage du Commissaire Maigret ? Entré dans la police parisienne en 1900 comme enquêteur-stagiaire, après de nombreux concours administratifs, ce sparnaciens de naissance gravira tous les échelons et deviendra commissaire en 1913. 15 ans plus tard, il est nommé commissaire-divisionnaire au Quai des Orfèvres. Il va y diriger la célèbre brigade criminelle, appelée alors Brigade Spéciale. Surnommé par la presse populaire "l'as de la PJ", son nom est associé à la plupart des grandes affaires criminelles de l'époque, celles de la bande à Bonnot, de Landru, de Stavisky, de Violette Nozière et même de Gorgulov, l'assassin du Président Paul Doumer (1857-1932).

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Marcel Guillaume (1872-1963)

L'homme prend sa retraite en 1937 et choisit d'aller s'installer en Normandie, dans une petite commune du département de la Manche, au cœur du parc naturel régional des Marais du Cotentin et du Bessin, celle de Tribehou. Là, en toute tranquillité, il pêche à la ligne et rédige ses mémoires qu'il publiera sous la forme d'un feuilleton dans le quotidien "Paris-Soir". En 1945, il intègrera le groupe d'investigateurs chargés de l'enquête sur la mort d'Adolf Hitler à Berlin. Il s'éteint à Bayeux (Calvados), le 10 février 1963 et sera inhumé dans le cimetière de son village.

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Georges Simenon (1903-1989)

Le commissaire Jules Maigret, protagoniste et héros de 75 romans policiers et 28 nouvelles de Georges Simenon, choisira pour sa part d'aller finir ses jours à Meung-sur-Loire dans le département du Loiret. Quant à Georges Simenon, l'auteur de 193 romans, 158 nouvelles, plusieurs œuvres autobiographiques et de nombreux articles et reportages publiés sous son propre nom, ainsi que 176 romans, des dizaines de nouvelles, contes galants et articles parus sous 27 pseudonymes, à la fin de sa vie, il élira domicile en Suisse et les bords du lac Léman.

 

Biblio. Merci aux pages Wikipédia sur le sujet.

08/06/2016

Rouen a abrité le premier grand maître faïencier français !

C'est le plus inconnu des faïenciers français et pourtant ce n'est pas n'importe qui ! Artiste de génie, le normand Masséot Abaquesne est reconnu comme étant, et dès 1542, c'est-à-dire 20 ans avant Bernard Palissy (1510-1590) dont la renommée l'éclipsera pourtant, le premier grand maître faïencier de France ! Sa production de faïences est proche des majoliques italiennes. Il a à son actif la fabrication de magnifiques carreaux de céramique représentant des scènes historiées, des motifs d’arabesque, des emblèmes et des armoiries dans ce style italien prépondérant à la Renaissance.

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Le Déluge, embarquement sur l'Arche, de Masséot Abaquesne (1550)

Exposé au musée national de la Renaissance d'Écouen.

 

Né à Cherbourg (Manche) vers l'an 1500, on ne sait en réalité que peu de choses de lui si ce n'est qu'il aurait complété sa formation auprès des maîtres italiens de Faenza, la petite ville d’Italie qui a donné son nom à la « faïence ». Son identité apparaît pour la première fois dans un acte notarié de rouennais daté d'octobre 1526 où il est cité comme « emballeur » habitant de la paroisse Saint-Vincent. On sait qu'il dirigea une importante entreprise sise rue d'Elbeuf, au faubourg Saint-Sever, le quartier des potiers et qu'il prit part au développement de la manufacture de faïence de Rouen dont il devint même directeur.

Son œuvre la plus connue est le pavement exécuté entre 1540 et 1548 pour le château du connétable de France Anne de Montmorency (1493-1557), à Écouen (Val-d'Oise). Expression d'une technique très maîtrisée, il s'agit là d'un véritable tapis de faïence dont une partie est toujours visible in situ et en très bon état.

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Colombier de Boos (Seine-Maritime)

 

A son actif également, le pavement, aujourd'hui dispersé, de la chapelle du Château de la Bastie d'Urfé daté de 1557 et réalisé pour Claude d'Urfé (1501-1558), ambassadeur à Rome puis gouverneur des enfants de Henri II (1519-1559). Le musée du Louvre expose la partie la plus belle, c'est-à-dire le pavement de la marche de l'autel. Abaquesne est aussi l'auteur des carreaux de faïences qui ornaient le magnifique colombier de Boos (Seine-Maritime) construit par  l'abbesse Guillemette d'Assy en 1520.

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ALBAREL en faïence de grand feu,  décor polychrome dit " AU BUSTE de PROFIL" -

Partie de la commande de pots de pharmacie de l'apothicaire rouennais Pierre DUBOSC.

 

Il n’a pas limité sa production aux seuls revêtements faïencés. Comme le développement de la faïence a aussi accompagné celui de la médecine, il a également réalisé en 1545 pour l'apothicaire rouennais Pierre Dubosc 4152 pots émaillés destinés à confiner poudres, sirops, pilules et onguents et dont de nombreux éléments nous sont parvenus.

À sa mort vers 1564 à Sotteville-lès-Rouen (Seine-Maritime), son fils Laurent continuera son œuvre aux châteaux d'Écouen et de Chantilly. Mais, à la fin du XVIIIe siècle, la porcelaine de Sèvres ou de Limoges entraînera le déclin de la faïence rouennaise.

 

Biblio. "L'Almanach de la Normandie" de B. et Cl. Quétel - Larousse 2002.