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25/03/2015

Le normand qui a découvert Neptune

C'est l'un des plus grands savants du XIXe siècle ! Né à Saint-Lô (Manche), le 11 mars 1811, véritable génie en mathématiques, diplômé de l’École polytechnique, passionné de mécanique céleste, Urbain Le Verrier découvre l'astronomie, non comme la plupart des astronomes, avec les yeux, derrière une lunette, mais la tête dans ses calculs...

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Car c'est bien grâce à ceux-ci que, le 23 septembre 1846, un astronome allemand de Berlin peut observer une huitième planète à laquelle notre savant normand aurait bien volontiers légué son nom. Elle sera baptisée Neptune, du nom d'une divinité, comme Jupiter, Mars ou Vénus avant elle. Maigre consolation cependant, un anneau portera son nom.

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 Urbain Le Verrier

Devenu directeur de l'Observatoire de Paris, on lui doit aussi les premiers pas de la météorologie moderne. À la suite de la terrible tempête du 14 novembre 1854 qui traversa l'Europe d'ouest en est, causant la perte de 41 navires dans la Mer Noire, il va mettre en place un premier réseau d'observatoires météorologies sur le territoire français. Destiné avant tout aux marins, pour les prévenir de l'arrivée des tempêtes, ce réseau regroupera 24 stations dont 13 reliées par télégraphe, puis s'étendra à 59 observatoires répartis sur l'ensemble de l'Europe en 1865.

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Fort de sa célébrité scientifique, Le Verrier devient député de la Manche en 1849, puis sénateur durant deux décennies. Élu Conseiller général du canton de Saint-Malo-de-la-Lande en 1852, cet homme au caractère difficile sera aussi président du conseil général de la Manche de 1858 à 1870.

Il décède à Paris, le 23 septembre 1877.

Photo et biblio : Illustres Normands 2ème édition - Ouest-France H-S 2012.

 

22/02/2015

L'entreprise normande de « l'élégant Marcel »

Il n'était pas normand de naissance mais a fait honneur à notre région ! Il s'appelait Marcel Berthet. Champion cycliste, c'est en 1907 qu'il entre dans la légende en remportant sur le vélodrome de Neuilly-sur-Seine (92) un premier record du monde de l'heure, 41 km 620, record qu'il remettra en jeu et battra à nouveau à deux reprises.

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Marcel Berthet (1888-1953)

Mais ce passionné de cyclisme est aussi à l'origine de l'évolution technique de la bicyclette. En 1913, en collaboration avec le pionnier de l'aviation Etienne Bunau-Varilla (1890-1961), il réalise un « vélo-torpille » doté d'un carénage destiné à améliorer l'écoulement de l'air autour du cycliste. Vingt ans plus tard, en collaboration cette fois avec l'ingénieur Marcel Riffard (1886-1981), il met au point le « Vélodyne », un vélo en aluminium, caréné de bois d'épicéa et de magnolia et revêtu d'une toile avec lequel, le 9 septembre 1933, il portera le « record du monde » de l'heure à 48km600.

 

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Après son mariage avec Jeanne, la fille de Jean-François Tron, le créateur à Paris en 1890 de la selle « Idéale », il se retrouve en 1931, à la mort de son beau-père, à la direction de l'entreprise. La marque est positionnée dans le haut de gamme et produit plus de 500 000 selles par an. En homme d'affaire avisé, profitant de sa notoriété, il choisit d'installer son atelier en 1900 dans une ancienne filature de Pont-Saint-Pierre, commune normande située dans la vallée de l'Andelle. Rebaptisée « Tron et Berthet S.A.3 », l'entreprise, déjà prospère, choisit de se développer maintenant à l'export. Employant une centaine d'employés, « l'élégant Marcel » vit très aisément avec sa famille près de là, dans un beau manoir d'une vingtaine de pièces, entouré d'un grand parc où coule l'Andelle.

 

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En 1942, il fait bien involontairement la une des faits divers. Depuis plusieurs années déjà, les médecins, plus de quarante-cinq consultés au total, le soignent pour une sorte de « maladie de langueur ». Malgré tous les traitements prescrits, les muscles de ce sportif continuent de s'atrophier. Il doit suivre un régime strict que sa cuisinière s'emploie à lui rendre agréable. Toutefois, très bizarrement, à chaque fois qu'il quitte sa propriété comme pour partir en vacances ou en cure, il reprend des forces. Mais il les reperd rapidement une fois rentré chez lui. Son fils William, soupçonnant un empoisonnement, demande au médecin de procéder à une analyse d'une mèche de cheveux de son père. Elle prouve immédiatement l’absorption d'une très grande quantité de poison de type « mort aux rats ». L'enquête de police finira par démontrer l'implication de Reine, la cuisinière. Depuis des années, elle l' empoisonnait petit à petit. Déclarée irresponsable, elle sera internée à l'hôpital psychiatrique de Navarre à Évreux où elle décédera sans avoir toutefois révélé la raison de son geste.

Le 7 avril 1953, Marcel Berthet s'éteint à Rouen à l'âge de 65 ans. Quant à son entreprise Pétripontaine, elle ferma définitivement ses portes en 1980.

25/01/2015

Quand le Père Alexandre racontait le Pays de Caux...

C'était un normand, un havrais. Bernard Alexandre est né au Havre le 26 juin 1918. Il était un gars de la ville, « un enfant de la rampe », comme il aimait à dire, le quartier du Havre où il passa toute son enfance. En 1945, après des études au petit séminaire de Rouen qu'il avait intégré à 13 ans, il est ordonné prêtre et nommé à Vattetot-sous-Beaumont, au cœur du pays de Caux. Il y trouve un presbytère humide et froid, des paroissiens repliés sur leurs habitudes et leurs traditions, qui considèrent ce tout nouveau jeune prêtre comme un « horsain ». En Normandie, ce terme péjoratif désigne "celui qui vient d'ailleurs", celui qui n'est pas d'ici, qui n'est pas « cheu nous ». .

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Homme de Dieu et homme de bien, le Père Alexandre va s'employer à les conquérir. Curieux d'esprit, le curé de campagne qu'il devient va porter un regard bienveillant mais réaliste, attentif, privilégié, plein d'humour et de bonté, sur ses ouailles cauchoises qu'il sait douées de bon sens et sachant compter (un sou est un sou), sur leur terre, sur leur vie, sur leur village. Doué d'un extraordinaire talent de conteur, chaque réflexion, chaque anecdote est l'occasion d'une nouvelle histoire qu'il aime raconter lors des veillées qu'il affectionne. En 1988 , il les rassemble toutes dans un livre devenu un best-seller, « Le Horsain – Vivre et survivre en Pays de Caux ».

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Pour le plaisir, écoutons le Père Alexande nous raconter son arrivée dans sa nouvelle paroisse* : « Je commençais à m'inquiéter (de ne pas trouver mon chemin), (…) Quand tout à coup aux quatre chemins, j'ai aperçu dans la plaine, planté au milieu de son troupeau de moutons, un « berquier ». Un berquier, c'est un berger. Il était là ; je me suis avancé vers lui, il n'a pas bougé. Un cauchois ne bouge jamais ; c'est pas lui qui viendrait au-devant de vous, il vous attend : c'est vous qui le dérangez.

 

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Je me suis approché, je lui ai dit : « Pardon mon brave, Vattetot-sous-Beaumont ? » Il n'a pas bougé, il n'a pas répondu. Je me suis dit, il est peut-être dur de la feuille. Je lui ai répété plus fort « Vattetot-sous-Beaumont ? » Il n'a pas bougé non plus ! Je me suis demandé pourquoi ? Maintenant je sais. Après 40 ans on sait beaucoup de choses. C'est que le cauchois avant de répondre, il réfléchit, il calcule. Il se dit « Combien de mots je vais dire pour ne pas en dire trop, pour ne pas m'engager ; voyez-vous ! » Alors il m'a dit simplement comme un juron : « Eune chaboteille ». Une « sabotée », c'est une marche en sabots, ça signifiait que c'était pas loin. Naturellement, je le remercie. (…) j'allais partir, quand le gars se « ravise » et me dit : Tiens ! Dis-donc vous, là, seriez-t-y point l'nouveau curé d'Vat'tot ? Oui mon brave, je suis bien le nouveau prêtre de la paroisse. Oh, ben, j'vas vous dit eun'bonne chose, « métier Cué, métier d'berquier, est deux métiers foutus ! »

* « Le Père Alexandre racontait... Recueil d'Histoires Cauchoises – Ed. Bertout 1991.