Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

15/09/2019

Art roman ou art normand ?

Saviez-vous que "l'architecture romane" est en Angleterre traditionnellement dénommée "architecture normande" ? Que ce terme désigne outre-Manche le style des constructions réalisées après l'invasion de leur pays en 1066 par le normand Guillaume le Conquérant (1027/1028-1087) et durant tout le XIIe siècle ?

Les Normands étaient des bâtisseurs exceptionnels ! Ces « Hommes du Nord », peuple de grands navigateurs originaires de Scandinavie, ont mené la dernière vague des grandes invasions qui ont façonné l’Europe médiévale avec la constitution de plusieurs « pays normands », en France mais aussi en Angleterre, en Sicile, dans l’Italie méridionale et de façon plus éphémère au Proche-Orient.

art normand cat de rouen.JPG

Cathédrale de Rouen (1030-1506) - Prototype de l'architecture romane normande

L'Abbaye Notre-Dame de Jumièges, l'Abbaye aux Hommes et l'Abbaye aux Dames de Caen, la Cathédrale de Bayeux ou celle de Rouen pour ne citer qu'elles en témoignent. Et ces mêmes normands, voyageurs et conquérants, ont exporté partout où ils sont allés, leur savoir et savoir-faire architectural. L'art normand ne s’exprime pas seulement à travers le caractère monumental de leurs constructions, mais aussi par la richesse des sculptures et la préciosité des peintures dont ils les ont dotées. En Angleterre, la très belle cathédrale de Winchester, la cathédrale de Bristol ou l'église du Village de Castel Rising en sont de magnifiques exemples.

art normand cat de durham.jpg

Cathédrale de Durham (Angleterre) - (1093-1133)

En France, cet "art normand" prend le nom "d'art roman". Ce nouveau concept, forgé en Normandie, distingue, en histoire de l'art, la période qui s'étend de 1030 à la moitié du XIIe siècle, plus précisément entre l'art préroman et l'art gothique. Ce qualificatif de "roman" date de 1818 et est passé dans l'usage courant à partir de 1835. On le doit au normand Charles Duhérissier de Gerville (1769-1853), un érudit, naturaliste et archéologue, originaire de Gerville-la-Forêt, une ancienne commune du département de la Manche.

art normand gerville.jpg

Charles Duhérissier de Gerville (1769-1853)

Issu d’un adverbe latin "romanice" signifiant « à la manière des romains », il qualifie à l'origine la langue romane, c'est-à-dire la « langue vulgaire », celle du peuple, la langue intermédiaire entre le « bas-latin » et le français du XIIIe siècle. Le choix du mot « roman » par Gerville implique une idée particulière du phénomène historique auquel on l'applique. l'historien établit ainsi un parallèle entre le développement artistique et l'évolution linguistique. De même que les langues romanes sont issues du latin, de même l'art roman a prolongé les traditions romaines jusqu'à la naissance du gothique.

Arcisse de Caumont (1801-1873), normand et lui aussi historien et archéologue, reprendra ledit terme de "roman" dans son "Essai sur l’architecture du Moyen Âge, particulièrement en Normandie" paru en 1824.

 

Biblio. "Normands célèbres" de J.-P. Pichard - Edilivre, 2013.

14/07/2019

Les racines normandes de Gustave Flaubert

"Normands, tous tant que nous sommes, nous avons quelque peu de cidre dans les veines. C'est une boisson aigre et fermentée et qui quelquefois fait sauter la bonde." Voilà comment le rouennais Gustave Flaubert (1821-1880) revendiquait son origine normande !

flaubert 0.JPG

Car, si sa famille paternelle était champenoise, ses ascendants maternels, qui s'étaient par la suite installés à Caen, étaient originaires du Pays d'Auge. Sa mère, Caroline Fleuriot (1793-1872), lui apporte ainsi une généalogie "de la ville et des champs" par ses plus anciens ancêtres, Nicolas Fleuriot et Philippe Bourdet qui travaillaient la terre de Boissey, un village situé près de Saint-Pierre-sur-Dives (Calvados).

 

flaubert_mere_jeune.jpg

Caroline Fleuriot (1793-1872), mère de Gustave Flaubert

La jeune femme appartenait, écrit Guy de Maupassant, "à une famille de Basse-Normandie, les Cambremer de Croix-Mare, et était alliée à Thouret (Jacques Guillaume (1746-1794), de la Constituante. La grand-mère de Gustave Flaubert, Charlotte Cambremer, fut une compagne d'enfance de Charlotte Corday (1768-1793)."

Parmi les aïeux du grand homme, citons son atypique arrière grand-père, Nicolas Guillaume Justin Cambremer, rapporteur référendaire en la chancellerie près le parlement de Normandie, avocat et Conseiller du roi, qui avait épousé sa propre nièce, la fille de sa sœur, de 18 ans sa cadette. Cette consanguinité est-elle à l'origine de la grave crise d'épilepsie que connaît le jeune Gustave en janvier 1844 et qui scellera à jamais son destin d'écrivain ?

Par fierté, ce Nicolas Guillaume Justin Cambremer, prétendant descendre par sa femme des seigneurs de Croixmare, une vieille famille noble fort connue en Normandie qui comptait des conseillers au parlement et un même archevêque, avait décidé d'ajouter ce quartier de noblesse à son patronyme, se faisant appeler "Cambremer de Croixmare".

flaubert croix.JPG

L'homme eut, malgré cette particule ronflante, plusieurs démêles avec la justice. Notamment accusé d'avoir engrossé une servante, il nia sa paternité alors que 63 témoins venant de tous les horizons, témoignent contre lui. Il s'en sortira en faisant ériger en 1767 une croix de pierre située sur la route de Lisieux et la commune du Torquesne, aujourd'hui remplacée par une croix de bois.

 

 

Biblio. "Guide Normand de généalogie" de Gilles Henri - Orep Ed., 2013.

21/04/2019

La généalogie : l'obsession de Malherbe

Le normand François de Malherbe, gentilhomme et poète, était aussi un généalogiste acharné. Toute sa vie, il travailla à prouver les origines nobles de sa famille.

malherbe 1.jpg

François de Malherbe (1555-1628)

Malherbe est né à Caen en 1555. Il est le fils de "Noble homme François de Malherbe, escuyer, sieur d'Igny ou Digny", Conseiller au bailliage et Présidial de Caen, et de Louise Le Vallois. Malheureusement, ni son acte de baptème ni l'acte de mariage de ses parents n'ont été retrouvés.

Il prétendait être de la lignée des Malherbe de Saint-Aignan-le-Malherbe, une localité située près de Caen, et assurait que c'était son parent, échevin de Caen en 1532, qui avait ouvert les portes de la ville à François Ier (1494-1547).

malherbe genealogie.jpg

A l'inverse, d'autres soutiennent que le poète descendait de paysans de Missy (Calvados), dont l'un s'établit à Caen et y fut tanneur. Pour eux, les Malherbe de Saint-Aignan-le-Malherbe s'étaient éteints en 1410 et leurs successeurs, les Malherbe du Bouillon, auraient obtenu, grâce à un arrêt remontant à 1519, un lien de parenté indu sur lequel le père du poète serait venu frauduleusement se greffer.

Prouver qu'il est d'authentique noblesse va devenir l'obsession du poète du roi. En 1605, il rédige à l'intention de son fils, une "instruction" dans laquelle il écrit : "Il y en a d'autres que nous qui portent le nom de Malherbe (= mauvaise herbe, peu glorieux) en Normandie mais à la distinction de ceux-là, nous nous appelons Malherbe de Saint-Aignan... Il se trouve force documents de notre maison en la chambre des comptes de Paris et en celle de Rouen, en plusieurs fondations d'églises, et ailleurs en beaucoup de maisons nobles avec lesquelles nous avons eu alliance par le passé. Mon grand-père était cadet de sa maison. Ma grand-mère maternelle était de la maison d'Elbeuf où il y avait alors cinq ou six terres nobles..."

malherbe 2.jpg

Sans héritier vivant à sa mort, le 16 octobre 1628, ses biens iront à son neveu, Vincent de Boyer d’Éguilles (1618-1659), conseiller au Parlement de Provence. Une des conditions que Malherbe lui avait imposée dans son testament était que les Boyer prendraient pendant trois générations le nom de Malherbe.

 

Biblio. Guide Normand de Généalogie d' Gilles Henry - Orep-Ed. 2013.