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25/01/2015

Quand le Père Alexandre racontait le Pays de Caux...

C'était un normand, un havrais. Bernard Alexandre est né au Havre le 26 juin 1918. Il était un gars de la ville, « un enfant de la rampe », comme il aimait à dire, le quartier du Havre où il passa toute son enfance. En 1945, après des études au petit séminaire de Rouen qu'il avait intégré à 13 ans, il est ordonné prêtre et nommé à Vattetot-sous-Beaumont, au cœur du pays de Caux. Il y trouve un presbytère humide et froid, des paroissiens repliés sur leurs habitudes et leurs traditions, qui considèrent ce tout nouveau jeune prêtre comme un « horsain ». En Normandie, ce terme péjoratif désigne "celui qui vient d'ailleurs", celui qui n'est pas d'ici, qui n'est pas « cheu nous ». .

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Homme de Dieu et homme de bien, le Père Alexandre va s'employer à les conquérir. Curieux d'esprit, le curé de campagne qu'il devient va porter un regard bienveillant mais réaliste, attentif, privilégié, plein d'humour et de bonté, sur ses ouailles cauchoises qu'il sait douées de bon sens et sachant compter (un sou est un sou), sur leur terre, sur leur vie, sur leur village. Doué d'un extraordinaire talent de conteur, chaque réflexion, chaque anecdote est l'occasion d'une nouvelle histoire qu'il aime raconter lors des veillées qu'il affectionne. En 1988 , il les rassemble toutes dans un livre devenu un best-seller, « Le Horsain – Vivre et survivre en Pays de Caux ».

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Pour le plaisir, écoutons le Père Alexande nous raconter son arrivée dans sa nouvelle paroisse* : « Je commençais à m'inquiéter (de ne pas trouver mon chemin), (…) Quand tout à coup aux quatre chemins, j'ai aperçu dans la plaine, planté au milieu de son troupeau de moutons, un « berquier ». Un berquier, c'est un berger. Il était là ; je me suis avancé vers lui, il n'a pas bougé. Un cauchois ne bouge jamais ; c'est pas lui qui viendrait au-devant de vous, il vous attend : c'est vous qui le dérangez.

 

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Je me suis approché, je lui ai dit : « Pardon mon brave, Vattetot-sous-Beaumont ? » Il n'a pas bougé, il n'a pas répondu. Je me suis dit, il est peut-être dur de la feuille. Je lui ai répété plus fort « Vattetot-sous-Beaumont ? » Il n'a pas bougé non plus ! Je me suis demandé pourquoi ? Maintenant je sais. Après 40 ans on sait beaucoup de choses. C'est que le cauchois avant de répondre, il réfléchit, il calcule. Il se dit « Combien de mots je vais dire pour ne pas en dire trop, pour ne pas m'engager ; voyez-vous ! » Alors il m'a dit simplement comme un juron : « Eune chaboteille ». Une « sabotée », c'est une marche en sabots, ça signifiait que c'était pas loin. Naturellement, je le remercie. (…) j'allais partir, quand le gars se « ravise » et me dit : Tiens ! Dis-donc vous, là, seriez-t-y point l'nouveau curé d'Vat'tot ? Oui mon brave, je suis bien le nouveau prêtre de la paroisse. Oh, ben, j'vas vous dit eun'bonne chose, « métier Cué, métier d'berquier, est deux métiers foutus ! »

* « Le Père Alexandre racontait... Recueil d'Histoires Cauchoises – Ed. Bertout 1991.

11/01/2015

Un normand, père du congé de maternité

Saviez-vous que c'est sous l'impulsion d'un député conservateur du Calvados qu'a été institué en France le congé de maternité ? Cela se passait au début du siècle dernier. Et cet homme politique normand s'appelait Fernand Engerand (1867-1938).

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C'est en effet en 1906 qu'il dépose pour la première fois sur le bureau de l'Assemblée Nationale une proposition de loi sur la protection des femmes avant et après l’accouchement. Il faudra tout de même pas moins de trois ans et l'impulsion d'un autre député normand, Henry Chéron (1867-1936), pour que sa loi, qui portera son nom, soit votée.

 

Elle est donc définitivement adoptée le 27 novembre 1909 et le progrès social qu'elle porte est considérable. Elle accorde aux femmes enceintes un congé facultatif, sans rémunération, de 8 semaines avec en outre la garantie de travail. Deux ans plus tard, en 1910, les institutrices vont être les premières à obtenir le maintien total de leur traitement. En 1913, nouvelle avancée sociale : le congé de maternité passe de facultatif à obligatoire. En 1929, le maintien du salaire est étendu à tous les fonctionnaires et enfin, en 1970, aux salariées du secteur privé dès lors indemnisées à hauteur de 90% du salaire brut.

 

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Fernand Engerand (1867-1938)

 

Fernand Engerand est né le 15 avril 1867 à Caen. Fils du député Auguste Engerand (1541-1899), il étudie le droit et il exerce tout d'abord la profession d'avocat. Mais il est très vite choisi pour occuper les fonctions de secrétaire général du Musée social, organisme créé par une élite éclairée réunie autour du comte de Chambrun qui était désireux de favoriser études et travaux, afin de développer un droit social alors presque inexistant en France. D'ailleurs, à l'époque où Fernand Engerand en assure le secrétariat général, soit de 1898 à1902, le principal thème de réflexion de ses membres était celui des assurances sociales, sujet qui inspirera certains des projets de loi que le futur député du Calvados présentera et fera parfois voter. Élu député du Calvados en 1902, il le restera jusqu'en 1932. Siégeant à droite, Fernand Engerand s'intéresse non seulement aux questions sociales mais aussi aux sujets de relations de l'église et de l’État. Il dépose régulièrement des demandes d'abrogation de la loi d'exil qui frappe les anciennes familles régnantes depuis 1886. Collaborateur à l'"Illustration", au "Correspondant" et à l'"Écho de Paris", il est en outre l'auteur d'ouvrages historiques et d'essais d'actualité.

 

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 Les quintuplées Dionne nés en 1934

Aujourd'hui, la durée légale du congé maternité est fixée par le code de la sécurité sociale et le code du travail. Il varie entre 16 et 46 semaines selon le nombre d'enfants attendus et le nombre d'enfants déjà eus. En la matière, la France se situe en-dessous du Chili (18 semaines, 100% de salaire) et juste au-dessus du Mali (14 semaines et 100% de salaire versé). Les mamans les mieux loties seraient les Suédoises avec 56 semaines de congés maternité et un revenu équivalent de leur salaire.

 

17/12/2014

Quand « l'Amiral de Normandie » traitait d'égal à égal avec le roi d'Espagne...

Quelle destinée extraordinaire que celle du normand Jehan Ango, grand écumeur d'océans au service de son roi ! Ce Vicomte de Dieppe, habile marchand doublé d'un corsaire redoutable avide d'argent et d'or, doté d'un fort esprit d'aventure, féru de découvertes et de pouvoirs, n'en négligeait pas pour autant les arts. 

 

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 Jean Ango (1480-1551)

Quand il y naquit, en 1480, la ville de Dieppe était « dans tout l'éclat de sa puissance, remuante, industrielle, agitée, maritime, par excellente, et guerroyante s'il en fut. » Faut dire que c'était bien avant que sa rivale, la ville du Havre, ne soit créé...

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 Jean Guérard, Plan de la ville de Dieppe (cartouche du Planisphère), 1625

Descendant d'une vieille famille rouennaise anoblie dès 1408 par le roi Charles VI, qui s'était enrichie grâce à la pèche de la morue de Terre-Neuve, le jeune Johan, apprend, après de solides études, la navigation. Il l'abandonnera cependant très vite au profit des livres de comptes en s'employant avec succès à conquérir renommée, puissance et richesse.

Audacieux, avisé, âpre au gain, il arme une quantité de nefs et de galions, qui arborent son pavillon sur toutes les mers du monde. Sa flotte défie sans vergogne Charles Quint, le puissant roi d'Espagne et ses capitaines s'illustrent sur toutes les mers. En 1522, le Honfleurais Jehan Fleury, l'un des plus célèbres, intercepte sans ménagement trois caravelles espagnoles. A bord de celles-ci, les richesses de l'empereur du Mexique : un fabuleux trésor aztèque confisqué et ramené à Normandie. Quant au florentin Verrazano, il découvre pour lui la rivière Hudson (v. ma note du ) , qu'il nomme terre d’Angoulême et qui deviendra la future New York.

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 Le manoir de Jehan Ango à Varengeville

A partir de 1525, son prestige grandissant sans cesse, « L'amiral de Normandie » se laisse dévorer par l'ambition. Il se fait construire deux superbes bâtisses. Une luxueuse maison de chêne sculpté rehaussé d'or qu'il baptise « La Pensée », et qui, située à Dieppe sur le « Grand Quay , disparaîtra dans la « grande bombarderie » des Anglais en 1694.

Et puis, à peu de lieues de là, sur la terre de Varengeville, un majestueux manoir qui sera l'un des premiers édifices à être classé « monument historique » par Prosper Mérimée. Sorte de palais florentin, il est dominé en son cœur, par l'un des plus importants pigeonniers de France. En 1534, c'est sur ce domaine qu'il recevra avec faste le roi François Ier et sa cour. Cette visite marquera à la fois l'apothéose de la puissance d'Ango, son couronnement mais aussi malheureusement le début de son déclin.

Car Ango ne sait rien refuser à son souverain. En 1544, alors qu'un nouveau conflit oppose le royaume de France aux Anglais, l'armateur mettra gracieusement à la disposition de son roi de nombreux et coûteux vaisseaux de guerre avec équipages. Trois ans plus tard, en 1547, après la mort du roi, comme le pays est en faillite, son successeur ne pourra ou ne voudra rembourser notre Dieppois lequel, harcelé par de nombreux créanciers, s'éteindra en 1551 quasiment ruiné.

 

Biblio. « Illustres normands » de J.-J. Lerosier et Chaunu -H.-S.- O uest-France – 2012/2013 et « Rouen Lecture Normandie » n°77 – Juin 2003.