03/08/2014

Descendre de Noé : une généalogie digne d'un roi !

Et si François Ier (1494-1547) descendait de Noé ? Comme leurs majestés aimaient à s'inventer des origines prestigieuses, ils s'entouraient d'érudits qui avaient pour mission de leur chercher des ancêtres de qualité et pas n'importe lesquels !...

C'est ce qu'à fait un normand, Guillaume Postel, né le 25 mars 1510 dans le hameau de la Dolerie sur la paroisse de Barenton, dépendant du diocèse d'Avranches, dans l'actuel département de la Manche. Orientaliste, philologue et théosophe français de confession catholique, personnalité originale à tous égards, ses grandes connaissances linguistiques et sa connaissance de l'Orient vont le faire admettre dans le cercle des humanistes qui entourent le roi. En 1538, il est nommé lecteur royal pour les langues orientales.

 

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 Guillaume Postel (1510-1581)

 

Auteur d'« une soixantaine d'ouvrages en latin, français et italien sur l'histoire, la géographie, la politique, l'astronomie, les langues », il publie notamment en 1552, une « Histoire mémorable des expéditions, depuis le déluge, faites par les Gauloys ou Françoys, jusqu'en Asie ».

 

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François Ier (1494-1547)

 

En 1543, il prétend avoir reconstitué l'arbre généalogique du roi François Ier à l'aide de documents antiques. En lisant les prophéties, il commence par annoncer que le roi a été donné par le ciel à Louise de Savoie (1476-1531), sa mère, grâce aux prières de François de Paule (1416-1507). Ensuite, d'après ses recherches, il annonce que le souverain descend de Noé ! Il explique que le Patriarche aurait été le véritable fondateur de la Gaule. Il l'aurait léguée, après le déluge, à sont arrière-petit-fils Samothès. Les rois gaulois auraient ensuite transmis leur sang biblique aux dynasties mérovingienne, carolingienne puis capétienne ! Cqfd !

 

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Noé fait sortir une colombe de l'arche, mosaïque de la basilique Saint-Marc de Venise (XIIe siècle)

 

Suspecté d'hérésie et déclaré fou, Postel est emprisonné durant quatre ans. Libéré en 1559, après une période d'errance, il est finalement interné en 1562 au cloître de Saint-Martin-des-Champs de Paris, l'actuel Conservatoire National des Arts et Métiers. Il décède le 6 septembre 1581.

Biblio. Merci aux pages Wikipédia sur le sujet.

09/07/2014

La « Marie-Rose », une normande efficace !

La « Marie-Rose », vous connaissez bien sûr, l'expert anti-poux crée en 1934 et toujours d'actualité quatre-vingts ans plus tard ! Mais savez-vous qu'on la doit à un normand !

A dire vrai, si son nom est aujourd'hui connu, c'est plutôt grâce à son fils, le rouennais Armand Salacrou,  premier auteur joué à la Comédie Française de son vivant après Molière !

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 Armand Salacrou (1899-1989)

Armand Salacrou est né à Rouen le 9 août 1899. Son père, Camille Salacrou, fils d’une famille pauvre de onze enfants originaire de la région d'Yvetôt en Seine-Maritime, était préparateur en pharmacie. A force de travail, diplômé herboriste, il ouvrit en 1902 sa première officine au Havre et c'est là qu'il met au point la « Marie-Rose », un insecticide destiné à débarrasser des poux les têtes enfantines !

Et c'est son fils Armand qui va « lancer » le produit grâce à un génie certain du slogan et de la publicité, qu'on appelait encore « réclame ».

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Des textes, insérés dans différents journaux, apprenaient : « Suicide d’un roi. Le roi des poux se donne la mort à cause de la Marie-Rose. Une mort parfumée, c’est la mort des poux dans les nuages odorants de la Marie-Rose ». Et c’est « La mort parfumée des poux » qui, en trois semaines, va assurer le triomphe du produit paternel. C’est aussi le début d'Armand Salacrou en qualité de chef d’entreprise publicitaire. Et cette activité là, va lui assurer la fortune !

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Car à la «  Marie-Rose » succéderont « Le Vermifuge Lune », « La Jouvence de l’Abbé Soury », « Le Vin de Frileuse » et « Le Thé des familles ». A tel point qu'il écrira plus tard : « Si j’ai créé des affaires commerciales, c’est pour que mon théâtre n’en soit pas une ». Trois ans plus tard il est vrai, son agence de publicité est l'une des premières de France.

Il n'en oublia pas moins l'écriture et le théâtre : Sa première pièce, Le Casseur d'assiettes (1925) sera suivie de beaucoup d'autres comme Une femme libre (1934) et L'Inconnue d'Arras (1935), pour ne citer qu'elles.

Président de l'Académie Goncourt, Salacrou fut également le dialoguiste de « La Beauté du diable », filmé en 1950 par René Clair.

Il s'est éteint au Havre le 23 novembre 1989.

Biblio. Merci aux pages Wikipédia et aux nombreux sites consacrés à A. Salacrou.

28/05/2014

La Dame de Tournebut ou l’âme de la chouannerie normande

Aujourd’hui démoli, le château de Tournebut était situé en Normandie, dans le département de l’Eure, sur la commune d’Aubevoye, proche de Gaillon. En 1804, il était la propriété de la marquise de Combray qui l’avait hérité de sa mère. Cette Dame de Tournebut s’appelait en réalité Geneviève de Brunelles (1742-1823). Rouennaise, fille d’un président en la Cour des comptes, aides et finances de Normandie, elle avait épousé Monsieur de Combray de Donnay qui lui avait fait quatre enfants, deux garçons et deux filles.

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Le château de Tournebut

Madame de Combray était une royaliste ardente, voire fanatique, farouchement opposée au Premier Empire. Elle prit une part importante aux mouvements de chouannerie normande dont elle fut l’une des pièces maîtresses. Dans son château de Tournebut, elle logea nombre de royalistes et fomenta multiples complots !  

Sa plus jeune fille, Caroline, née en  1773, avait épousé un des chefs chouans, Acquet de Férolles. Agée de 22 ans et fort jolie, elle était aussi la maîtresse d’Armand Victor le Chevalier. Cet homme là, à la tête de huit autres hommes, tous déterminés et lourdement armés, attaqua sur la route de Falaise à Caen, dans le bois du Quesnai à l’Engannerie, le soir du dimanche 7 juin 1807, la voiture des contributions d’Alençon. L’affaire fit grand bruit. Après s’être emparés de l’important butin, soit 63 000 francs, ils abandonnèrent blessés et cadavres et partirent trouver refuge au château de Donney, propriété de Caroline, où ils finirent par être tous arrêtés, jugés et condamnés à mort.

Pour avoir repéré les lieux de l’embuscade et ceux de l’attaque, pour avoir caché et nourri les neuf membres de la bande, par arrêt du 30 décembre 1808, la cour de justice criminelle de la Seine Inférieure condamna également Caroline à la peine de mort. Enceinte, son exécution fut repoussée au 7 octobre 1809.

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Chouans capturés en Normandie

Quant à sa mère, la Marquise de Combray, jugée receleuse d’une partie de l’argent dérobé, elle fut condamnée au pilori et à 22 ans de fers. Elle purgea sa peine au bagne jusqu’à ce que sa condamnation soit annulée en août 1814 avec le retour des Bourbons sur le trône de France. Elle eut même l’honneur d’être présentée au tout nouveau roi Louis XVIII (1755-1824) et à la famille royale, avant de décéder dans son château de Tournebut le 23 octobre 1823.

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Acte de décès de la marquise de Combray

Honoré de Balzac (1799-1850) s’inspira de sa vie pour son personnage de Madame de la Chanterie dans son livre « L’Envers de l’histoire contemporaine » paru en 1848.

 

Biblio : Mémoires de Madame la Duchesse d’Abrantès – Vol. 3 – Google Books

- Histoire de la Normandie  de R. Jouet et C. Quétel - Orep Ed. 2009