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17/12/2014

Quand « l'Amiral de Normandie » traitait d'égal à égal avec le roi d'Espagne...

Quelle destinée extraordinaire que celle du normand Jehan Ango, grand écumeur d'océans au service de son roi ! Ce Vicomte de Dieppe, habile marchand doublé d'un corsaire redoutable avide d'argent et d'or, doté d'un fort esprit d'aventure, féru de découvertes et de pouvoirs, n'en négligeait pas pour autant les arts. 

 

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 Jean Ango (1480-1551)

Quand il y naquit, en 1480, la ville de Dieppe était « dans tout l'éclat de sa puissance, remuante, industrielle, agitée, maritime, par excellente, et guerroyante s'il en fut. » Faut dire que c'était bien avant que sa rivale, la ville du Havre, ne soit créé...

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 Jean Guérard, Plan de la ville de Dieppe (cartouche du Planisphère), 1625

Descendant d'une vieille famille rouennaise anoblie dès 1408 par le roi Charles VI, qui s'était enrichie grâce à la pèche de la morue de Terre-Neuve, le jeune Johan, apprend, après de solides études, la navigation. Il l'abandonnera cependant très vite au profit des livres de comptes en s'employant avec succès à conquérir renommée, puissance et richesse.

Audacieux, avisé, âpre au gain, il arme une quantité de nefs et de galions, qui arborent son pavillon sur toutes les mers du monde. Sa flotte défie sans vergogne Charles Quint, le puissant roi d'Espagne et ses capitaines s'illustrent sur toutes les mers. En 1522, le Honfleurais Jehan Fleury, l'un des plus célèbres, intercepte sans ménagement trois caravelles espagnoles. A bord de celles-ci, les richesses de l'empereur du Mexique : un fabuleux trésor aztèque confisqué et ramené à Normandie. Quant au florentin Verrazano, il découvre pour lui la rivière Hudson (v. ma note du ) , qu'il nomme terre d’Angoulême et qui deviendra la future New York.

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 Le manoir de Jehan Ango à Varengeville

A partir de 1525, son prestige grandissant sans cesse, « L'amiral de Normandie » se laisse dévorer par l'ambition. Il se fait construire deux superbes bâtisses. Une luxueuse maison de chêne sculpté rehaussé d'or qu'il baptise « La Pensée », et qui, située à Dieppe sur le « Grand Quay , disparaîtra dans la « grande bombarderie » des Anglais en 1694.

Et puis, à peu de lieues de là, sur la terre de Varengeville, un majestueux manoir qui sera l'un des premiers édifices à être classé « monument historique » par Prosper Mérimée. Sorte de palais florentin, il est dominé en son cœur, par l'un des plus importants pigeonniers de France. En 1534, c'est sur ce domaine qu'il recevra avec faste le roi François Ier et sa cour. Cette visite marquera à la fois l'apothéose de la puissance d'Ango, son couronnement mais aussi malheureusement le début de son déclin.

Car Ango ne sait rien refuser à son souverain. En 1544, alors qu'un nouveau conflit oppose le royaume de France aux Anglais, l'armateur mettra gracieusement à la disposition de son roi de nombreux et coûteux vaisseaux de guerre avec équipages. Trois ans plus tard, en 1547, après la mort du roi, comme le pays est en faillite, son successeur ne pourra ou ne voudra rembourser notre Dieppois lequel, harcelé par de nombreux créanciers, s'éteindra en 1551 quasiment ruiné.

 

Biblio. « Illustres normands » de J.-J. Lerosier et Chaunu -H.-S.- O uest-France – 2012/2013 et « Rouen Lecture Normandie » n°77 – Juin 2003.

19/11/2014

Monsieur Havas ou le génie d'un normand

Personne plus que lui ne peut symboliser la vitalité du journalisme en Normandie sous la Monarchie de Juillet (1830-1848) ! L'agence de presse qu'il fonde le 22 octobre 1832, sous le nom d' « Agence des feuilles politiques, correspondance générale », portera par la suite son nom et le fera connaître internationalement. Place de la Haute-Vieille Tour à Rouen, proche de sa maison natale, une inscription désigne d'ailleurs notre homme comme « le créateur de l'information moderne ».

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La famille paternelle du rouennais Charles Louis Havas (1783-1858) est originaire de Pont-Audemer (Eure). Il grandit dans un milieu affairiste et polyglotte tout à fait propice aux entreprises novatrices. Son père, conseiller juridique, gère la fortune foncière des grandes familles de la noblesse normande. Il s'est d'ailleurs enrichi sous la Révolution avec la vente des biens nationaux.

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 Charles Louis Havas (1783-1858)

Le jeune Havas suit d'abord les traces de son père en devenant négociant international puis banquier. Ce n'est qu'après de sévères revers de fortune, qu'à l'âge de 40 ans, il entame une carrière de journaliste et de traducteur. Pour ce faire, il ouvre à Paris le « Bureau de traduction des journaux étrangers » qui deviendra en 1832, le « Bureau de nouvelles ». Au départ, son activité consiste à traduire et importer les nouvelles données par les journaux étrangers et à compiler celles données par les journaux français. C'est d'ailleurs ainsi que naît le métier d'« agencier papier ». Mais, en 1838, coup de pouce du destin, afin de tenir informés les agents de l'État, le gouvernement lui demande de mettre en place une « correspondance ministérielle ». Traduites dès leur arrivée à Paris, les informations en provenance des journaux étrangers sont ensuite envoyées par pigeons voyageurs. Ils ne seront remplacés par le télégraphe électrique qu'à partir de 1850.

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Très vite, l'agence se rend indispensable à l'ensemble de la presse parisienne. Charles Havas, en se construit un vaste réseau de correspondants étrangers, s'assure alors le quasi-monopole de l'information, Balzac le lui reprochera en l'accusant d'uniformiser le contenu des journaux : « Le public peut croire qu'il existe plusieurs journaux, mais il n'y a en définitif, qu'un seul journal... Monsieur Havas. » .

L'agence Havas, cotée à la Bourse de Paris, est aujourd’hui le premier groupe publicitaire de France, et le sixième mondialement. Elle subsiste encore actuellement sous le nom de son fondateur pour la branche publicité, laquelle a été fondée en 1855 par ses deux fils. Quant à la branche information, elle est devenue l'AFP.

 

Biblio. « Les hommes de presse de l'agglomération rouennaise » de C-A Sibout. - Collection Histoire(s) d'agglo - n°11

19/10/2014

Le normand Géricault, « Peintre des chevaux »

Le lieu-dit « Hôtel Géricault » existe toujours à Saint-Cyr-du-Bailleul, dans le sud du département de la Manche.

 

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 « Hôtel Géricault »de Saint-Cyr-du-Bailleul,

Enfant, le jeune Théodore Géricault, né à ROUEN, au numéro 13 de la rue de l'Avalasse, le 26 septembre 1791 dans une famille royaliste, aime fréquenter cette petite commune du Mortainais. Il y séjourne chez son oncle, l'avocat et homme politique Siméon-Jacques Bonnesoeur-Bourginière. Chez l'un des voisins, maréchal-ferrant de son état, Théodore scrute les chevaux, les dessine. Il les monte aussi. Son amour du cheval lui sera fatal : l'ancien mousquetaire au port altier mourra à 33 ans prématurément du mal de Pott qu'avait accéléré une mauvaise chute de cheval.

 

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Théodore Géricault par Alexandre Colin, 1816.

Il n'a que 20 ans quand il se fait remarquer au Salon avec son tableau « Officier de chasseurs à cheval de la garde impériale chargeant ».

 

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 Le Radeau de la Méduse

Comme Flaubert avec Madame Bovary, Théodore Géricault, s'inspire d'une fait réel pour réaliser son chef-d’œuvre, « Le Radeau de la Méduse », une très grande toile exposée au musée du Louvre à Paris en 1819. C'est l'histoire du naufrage de la frégate « La Méduse » qui sombre, en 1816, près des côtes du Sénégal. Cent cinquante hommes prennent place sur un radeau qui dérive une dizaine de jours. La situation se dégrade vite. Géricault se fait raconter la tragédie par les rescapés, suspectés de cannibalisme. Lors de sa présentation en 1819, le tableau fait polémique en France, mais soulève l'enthousiasme en Angleterre ou Géricault part vivre. Il peint « Le Derby » en 1821 à Epsom. Le cheval devient alors le thème central de son œuvre.

A sa mort, ses cousins bas-normands gardent précieusement de nombreux tableaux et lithographie du peintre. Et entament un procès pour être reconnus comme héritiers. Malheureusement, les œuvres récupérées sont détruites lors des bombardements de l'été 1944.