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NORMANDS CELEBRES

  • Rollon par le sculpteur rouennais Arsène Letellier

    24 août 1863. Les rouennais apprennent dans « Le Journal de Rouen » qu'une statue en plâtre de Rollon (v.850-v.932), fondateur du duché de Normandie, vient d'être dressée sur son piédestal dans les jardins de leur Hôtel-de-Ville. Il ne s'agit là que d'un projet « soumis à l'examen de l'Administration Municipale et au jugement de ses concitoyens ».

    L’œuvre a été commandée au sculpteur normand Arsène Letellier (Rouen 28/03/1833-Paris 14ème arrt. 05/02/1880). L'artiste a choisi de représenter le chef normand tel qu'il imagine qu'il était lorsqu'il prononça cette phrase que l'histoire lui attribue : « Nous ne voulons nous soumettre à personne, tout ce que nous acquerrons par les armes, nous en resterons maîtres et seigneurs. » Le viking est débout, la main gauche appuyée sur la garde de sa massive épée. Il montre de l'index de sa main droite étendue la terre qu'il a conquise et sur laquelle il va régner en souverain absolu mais équitable.

    Le test auprès des rouennais se révèle globalement positif (seulement quelques légers remaniements suggérés « par des personnes de goût »). La statue est donc acquise par la Ville qui demande au sculpteur de reproduire son œuvre en pierre de Chauvigny. Après avoir reçu une subvention de 4000 francs, Letellier se met au travail.

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    Reste à déterminer le lieu de son emplacement. Ce sera les jardins de l'Hôtel de Ville. Le Conseil Municipal vote la somme de 1394,96 francs pour les frais de pose de la statue finalement érigée en 1865.

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    En 1911, à l'occasion des fêtes du Millénaire normand, la ville passe commande à un autre sculpteur rouennais, Alphonse Guilloux (1852-1939), de deux moulages de ladite statue. L'un est destiné à la ville d'Alesund (Norvège), lieu de naissance supposé de Rollon, l'autre à la ville de Fargo (Etats-Unis). Elle fait également exécuter une reproduction en bronze pour Alesund.

    Outre les affres du temps, la statue a subi de nombreuses dégradations : index amputé, socle tagué, épée brisée,... Sa dernière restauration date de mai 2011.

    Arsène Letellier, issu de l’École de peinture et de dessin de Rouen, a fait ses études à l’École des beaux-arts de Paris où il fut l'élève du sculpteur Francisque Duret (1804-1865) avant d'enseigner lui-même à l’École des beaux-arts d'Amiens (Somme) où il eut pour élève Athanase Fossé (1851-1923). Outre la statue de Rollon, on lui doit le Portail occidental avec bas-relief du Christ en gloire de l'église Saint-Germain-l'Auxerrois de Presles (Val-d'Oise), 1876.

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    Arsène Letellier est mon cousin au 7ème degré. Nos ancêtres communs, Jean Bouillon (ca1610/1670) et son épouse Catherine Boucher (ca 1626/1694) étaient originaires de Quévreville-la-Milon, paroisse aujourd'hui rattachée à la commune de St-Jacques-sur-Darnétal (Seine-Maritime). Le couple eut 7 enfants. Arsène Letellier descend de leur fille aînée Catherine (ca 1645/1705) et de son union avec Jean Malheuvre (ca 1637-1693) célébrée à Roncherolles-sur-le-Vivier (Seine-Maritime) le 20 novembre 1663. Je descends quant à moi de leur troisième fille et quatrième enfant Marie (ca 1663-1726) et de son union avec Paul Blaiset (ca 1648-1728) célébrée à Quévreville-la-Milon, le 21 février 1676.

    Il cousine également avec les acteurs, metteurs en scène et homme de radio et de télévision normands Charles Granval (1882-1943), Alexis Desseaux, Laurent Ruquier et Philippe Torreton.

  • Le phare de la Hève du normand Colboc

    Au nord de la ville du Havre, le cap de la Hève, situé sur les hautes falaises crayeuses du Pays de Caux, marque l'extrémité sud de la Côte d'Albâtre et l'extrémité nord de la baie de Seine. Il culmine à 100 mètres au-dessus de la Manche et protège l'anse de Sainte-Adresse. Avançant autrefois beaucoup plus loin dans la mer, à son extrémité s'étaient regroupés les habitations du port de pèche de St-Denis-Chef-de-Caux emporté par la mer en 1370. A noter que le nom « hève » pourrait être une autre graphie du normand « havet » signifiant pic, crochet et, par ellipse, celui qui utilisait un tel outil.

    Réputé très dangereux pour la navigation, le cap de la Hève est, dès le XIVe siècle, équipé d'une « tour à feu » qui demeurera pendant quatre siècles la seule de la côte Normande. Sur les ordres du roi Charles V (1338-1380), elle est construite en 1364 sur le groin de Caux, langue de terre située en avant du cap  Cette tour dite « des Castillans » du nom d'une colonie espagnole très ancienne qui avait fait souche dans ce port, disposait à son sommet d'un foyer où l'on brûlait du bois.

    Détruite suite à un effondrement de la falaise, elle fait place le 1er novembre 1775 à deux phares identiques de 17 mètres de hauteur chacun bâtis à une centaine de mètres de la falaise. Électrifiés dès 1863, les premiers de France, des lampes à incandescence y sont installées en 1924 offrant ainsi une portée lumineuse de 26 milles, ce qui fait d'eux les plus puissants d’Europe. Le lieu devient aussi une promenade à la mode, des restaurants s'ouvrent et l'accès est facilité par le tramway. Ils furent détruits pendant la guerre en 1944.

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    L'actuel phare de la Hève est l’œuvre de l'architecte normand Henri Colboc (1917-1983). Culminant à 102 mètres au-dessus de la mer. Sa tour octogonale mesure plus de 32 mètres de hauteur. Un escalier de 161 marches mène à sa lanterne. Mis en service le 8 octobre 1951, son sommet est couronné en 1975 par un radar qui couvre les approches du port et le chenal. Automatisé en 1988, il a fait l'objet d'une inscription au titre des monuments historiques le 24 novembre 2010.

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    Henri Colboc est diplômé en 1942 de l’École nationale supérieure des beaux-arts de Paris et en 1943 de l'Institut d'urbanisme de Paris après soutenance d'une thèse sur « L'évolution du Havre de Grâce ». Second grand Prix de Rome en 1944, il reçoit quatre ans plus tard le prix Delano and Aldrich/Emerson Fellowship de l'American Institute of Architects et part travailler aux États-Unis. En 1954, il est nommé Architecte Conseil auprès du ministère de la Reconstruction et de l'Urbanisme. Parmi ses réalisation, outre sa participation à l'équipe d'architectes du Parc des Princes en 1972, on peut citer le Phare de la Hève, l’Église St-Michel du Havre (1964), l'église Notre-Dame de la Salette de Paris (1965), laquelle a été labellisée "Patrimoine du XXe siècle", l'église du Christ Ressuscité de Bondy (1965) et l'Hôpital Jean-Verdier de Bondy (1975).

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    L'Architecte Henri Colboc (1917-1983)

    Henri Colboc est mon cousin au 7ème degré. Notre ancêtre commun, Pierre Castelain (1642-1727), natif d'Houquetot (Seine-Maritime), vivait à Bornambusc (Seine-Maritime). Il s'était marié trois fois et avait eu 13 enfants. Henri Colboc descend de son avant-dernier enfant, Pierre Isaac Castellain (ca 1695-1773) et de son union le 26 novembre 1726 à Bornambusc avec Anne Blondel (1705-1785). Je descends quant à moi de sa fille aînée Marie Castelain (1673-1710) et de son union vers 1690 avec Pierre Dufrenne.

  • Quand un normand écrit la première musique de film de l'histoire du cinéma...

    17 novembre 1908. Paris, 9ème arrondissement, salle de cinéma de la rue Charras. Les spectateurs présents vont assister à la première mondiale d'un film muet produit et réalisé par la nouvelle société de production « Le film d'Art ». Une « pièce cinématographique » en noir et blanc d'une durée de 15 minutes. L’œuvre a pour titre : « L'assassinat du duc de Guise ».

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    L'affiche du film

    C'est un film d'André Calmettes (1861-1942) et de Charles Le Bargy (1858-1936), fondé sur un scénario d'Henri Lavedan (1859-1940), membre de l'Académie française. Il relate le célèbre épisode de l'histoire de France qu'a été la journée du 23 décembre 1588 au cours de laquelle Henri Ier de Lorraine (1550-1588), duc de Guise, rival du roi Henri III (1551-1589), est convoqué au château de Blois. A l'affiche, des acteurs, pour la majorité d'entre-eux sociétaires de la Comédie française : Charles Le Bargy (1858-1936), Albert Lambert (1865-1941),Gabrielle Robinne (1886-1980), Berthe Bovy (1887-1977)  et Albert Dieudonné (1889-1976) qui incarnera en 1935 le célèbre Napoléon d'Abel Gance (1889-1981).

     

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    André Calmettes (1861-1942)

    Pour couvrir le bruit des spectateurs, André Calmettes va avoir cette idée novatrice pour l'époque d'un accompagnement musical. Bien sûr, il ne s'agit pas encore d'enregistrement mais d'une musique jouée sur place soit par un orchestre, soit par un instrumentiste.

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    Portrait de Camille Saint-Saëns en 1903 par A. Rossi.

    Il fait appel au musicien de souche normande, Camille Saint-Saëns (1835-1921). Compositeur d'une douzaine d'opéras dont le plus connu, « Samson et Dalila », date de 1877. L'homme a aussi à son actif de nombreux oratorios, symphonies, et autres concertos. En cinq tableaux, la partition qu'il livre à Calmettes est tantôt d'allure martiale, tantôt proche de la musique de ballet. Le tout brosse un décor sonore tour à tour élégiaque, dramatique, profane et religieux.

    Avec cette création, Camille Saint-Saëns prend une place particulière dans l'histoire du Septième Art. A 76 ans, il devient le tout premier compositeur de renom à écrire pour le cinéma naissant

    Non seulement « L'Assassinat du duc de Guise » sera un immense succès populaire, mais grâce à ce film, le cinéma muet va se renouveler. Car, outre l'introduction d'une musique d'accompagnement, afin de donner plus « de vie » aux projections, les réalisateurs vont faire appel soit à des bonimenteurs soit encore à des synchronisations avec des acteurs ou des chanteurs cachés derrière l'écran.

    Quant à Camille Saint-Saëns, l'année de sa mort, il est en Normandie, au Casino de Dieppe où il donne le 6 août 1921 un concert de 7 œuvres marquant ses 75 ans de carrière de pianiste.  De retour à Alger où il réside le plus souvent, il meurt à l'hôtel de l'Oasis, en prononçant, selon la légende, ces derniers mots « Cette fois, je crois que c’est vraiment la fin. » Ses funérailles sont célébrées le 24 décembre 1921 à l’église parisienne de la Madeleine. Sa dépouille est inhumée le même jour au cimetière du Montparnasse.

     

     

    Biblio. « Études Normandes » - Revue n° 16 - Dec. 2020-Fev.2021