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26/07/2020

De la naissance d'une académie

Les frères Goncourt, Edmond (1822-1896) et Jules (1830-1870) aimaient la Normandie. Ils eurent l’occasion d'y séjourner, notamment à Sainte-Adresse (Seine-Maritime) où ils ne se lassaient pas de contempler le panorama sur le Havre qui s'offrait à eux.

Mais en cette nuit du 16 juillet 1896, à Champrosay (Essonne), c'est chez ses vieux amis Alphonse et Julia Daudet, qu'Edmond de Goncourt (1822-1896) va rendre son dernier soupir.

Deux jours plus tard, le 18 juillet, son testament est ouvert. Quelques années plus tôt, en 1862, en accord avec son frère Jules, les deux hommes avaient décidé qu’après leur mort, leurs biens seraient vendus aux enchères et le produit de la vente affecté à la création d'une académie. Grâce aux intérêts obtenus, une fois le capital placé, chacun des dix académiciens qui la composerait recevrait la somme de 6 000 francs or, une somme qui leur permettraient de vivre aisément de leur plume. A charge pour eux d'organiser chaque année un concours littéraire. Ce "prix Goncourt" récompenserait « le meilleur ouvrage d'imagination en prose paru dans l'année" et son auteur gratifié d'une somme de 5000 francs or.

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Les frères Edmond et Jules Goncourt

Huit des dix premiers académiciens sont expressément cités dans le testament. Il s'agit d'Alphonse Daudet (1840-1897), Joris-Karl Huysmans (1848-1907), Octave Mirbeau (1848-1917), Rosny l'aîné (1856-1940) et Jeune (1859-1948), Léon Hennique (1850-1935), Paul Margueritte (1860-1918) et Gustave Geffroy (1855-1926). Ils vont élire les deux derniers, Elémir Bourges (1852-1925) et Lucien Descaves (1861-1949) qui vont venir ainsi les rejoindre.

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Les huit premiers membres de l'académie Goncourt 

La famille, dépossédée, décidera de plaider en vain contre ce testament. Un arrêt, confirmé en appel le 1er mars 1900, la déboutera.

Le 19 janvier 1903, les représentants de Société littéraire des Goncourt, dite « Académie Goncourt » obtiennent, sur avis favorable du conseil d’État, le décret de reconnaissance d'utilité publique signé Emile Combes (1835-1921). L'académie est alors habilitée à recevoir d'autres legs et à décerner le premier prix de son histoire. Il est attribué le 21 décembre 1903 à John-Antoine Nau (1860-1918) pour son romain "Force ennemie".

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Le premier auteur normand a obtenir le Prix Goncourt fut le havrais Guy Mazeline (1900-1996) en 1932 pour son roman "Les Loups".

Si aujourd'hui, du fait de l'inflation, le montant du chèque reçu par les auteurs mis à l'honneur n'est plus que symbolique, environ 10 euros, le prix Goncourt reste le prix littéraire le plus convoité en France, en particulier parce qu'il assure de fait à son récipiendaire une promotion et des tirages importants.

12/07/2020

Les confitures de Nostradamus

Nostradamus ne intéressait pas qu'à l'astrologie, loin s'en faut ! En 1555, il publia un "Traité des fardements et confitures". Cet opuscule de recettes agencé en deux parties, la première traitant de la cosmétique (fards, lotions et parfums), la seconde du culinaire (confitures, gelées et vin cuit) connut un tel succès dès sa parution qu'il fut d'emblée réédité à plusieurs reprises !

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Nostradamus, 1555 - Bibliothèque Municipale de Lyon

Surtout connu pour ses prophéties sur la marche du monde, Michel de Nostredame, dit Nostradamus (1503-1566), originaire de Saint-Rémy-de-Provence, était avant tout un apothicaire, botaniste et médecin de qualité, à une époque où la confiture faisait partie de la pharmacopée traditionnelle.

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"Portrait véritable et remarquable du fameux Michel Nostradamus, astrologue célèbre"

par Jean, éditeur à Paris, avant 1837

 

Bien avant de parler de confiture, on parlait de "lectuaire" ou "d'élécutaire", un mot dérivé du latin "eleucterium" se traduisant par "médicament à lécher". Le mot "confiture" vient du latin "conficere" qui signifie "préparer". A partir du Moyen-âge, la confiture désigne des aliments, principalement des fruits, cuits dans du miel ou du sucre, deux denrées tenues pour avoir des vertus thérapeutiques.

Si la première recette de confiture connue est citée dans "L'histoire naturelle" du romain Pline l'Ancien (23-79), elles ont longtemps été réservées aux tables princières avant de se populariser dans le royaume de France seulement à la fin du XVIe siècle, au moment même où Nostradamus publie son fameux traité. Il y propose des recettes de confitures et de gelées, à base de miel et de sucre, qu'il remplace quelquefois par du "defrutum", un vin cuit au pouvoir sucrant, auquel il ajoute à son gré des épices comme la cannelle et le clou de girofle. Pour chacune de ses compositions, il n'omet pas de préciser le type d'ustensiles et les gestes culinaires nécessaires à leur élaboration et, le cas échéant, d'ajouter un précieux conseil médical. C'est le cas pour la recette de confiture de courges qui, souligne t'il, permet de tempérer la chaleur exubérante du coeur et du foie, ou dans celle élaborée avec des écorces de bublosse, plante bisannuelle à fleurs, qui éloigne la mélancolie et provoque le rajeunissement.

 

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Parmi ces recettes, celle de la confiture de miel et de gingembre que le docteur Nostradamus recommandait particulièrement à "celles dont la froideur de la matrice rend impropre à concevoir et satisfaire légitimes appétits."

Prévoir 1 kg de miel des montagnes et 300 g de gingembre frais.

"Éplucher le gingembre, le couper en bâtonnets fins, les laver. Déposer dans une casserole et recouvrir d'eau. Laisser bouillir 10 minutes et égoutter. Recommencer l'opération 2 autres fois pendant 10 minutes et une dernière fois pendant 20 minutes. Laisser égoutter toute la nuit. Dans une casserole à fond épais, faire bouillir le gingembre égoutté avec le miel durant 15 minutes. Recommencer l'opération de lendemain et le surlendemain toujours pendant 15 minutes. Ensuite, mettre en pots et en déguster une cuillerée "quand les ardeurs vous manquent!"

 

 

Biblio. "Toutes les drôles d'histoires de notre histoire" de D. Chirat - Ed. La Librairie-Vuibert, 2018.

05/07/2020

Alice au pays des merveilles, c'est elle !

Reconnaissez-vous cette petite fille ? Elle s'appelle Alice. Et n'est autre qu' "Alice aux pays des merveilles" !

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Alice Liddell (1852-1934)

Retour en arrière. 4 juillet 1862. En Angleterre, entre Oxford et Godstow, sur l'Isis, cette partie de la Tamise située en amont d'Iffley Lock. Par une après-midi légèrement pluvieuse. Dans la barque qui avance doucement sur l'eau, le révérend Charles Dodgson (1832 -1898) est en promenade avec les trois filles du doyen de Christ Church College, prestigieuse université anglaise où il enseigne.

Mais la plus jeune d'entre-elles, Alice (1852-1934), s'ennuie. Elle demande au révérend de lui raconter une histoire. Pour la distraire, tout en maniant l'aviron de la barque, il improvise pour elle un récit fantastique, l'histoire d'une petite fille justement appelée Alice, qui tombe dans le terrier d'un lapin, un lapin aux yeux roses vêtu d'une redingote avec une montre à gousset.

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Lewis Carroll (autoportrait) - 1855

 À leur retour, l'enfant, captivée par le récit, lui demande de l'écrire. Il obéit et rédige un premier manuscrit des « Aventures d’Alice sous terre », qu'il offrira à son inspiratrice le 26 novembre 1864.

Le 4 juillet 1865, soit trois ans jour pour jour après sa rencontre avec Alice, il publie sous le nom de plume de Lewis Carroll une deuxième version intitulée "Alice's Adventures in Wonderland", "Les Aventures d'Alice au pays des merveilles". Ce "conte des plus extraordinaires et des plus inclassables de la littérature mondiale" va connaître un succès immédiat qui ne se démentira jamais.

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Pour la petite histoire, en 1955, le psychiatre anglais John Todd (1914-1987) donnera à la maladie neurologique très rare qu'il vient de découvrir et qui provoque chez le patient des hallucinations donnant la sensation que les objets sont soit minuscules soit gigantesques, le nom de "Syndrome de Alice au Pays des Merveilles". Un syndrome dont Lewis Carroll aurait souffert...