Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

27/01/2019

1639 : La révolte normande contre la pression fiscale

Au XVIIe siècle, la Normandie, bien que ne comptant qu'1/7ème des habitants du royaume, contribue à elle seule au quart des impôts récoltés ! Avec la guerre contre l'Espagne, déclarée en 1635, la pression fiscale, déjà très forte, va en quelques années être multipliée par trois. Tailles, emprunts forcés sur les ville, sur les officiers, "impôt de la subsistance" et taxes diverses s'abattent sur des contribuables déjà exsangues. Dans un contexte social difficile de disette et de peste endémique, une simple étincelle va suffire à faire exploser la colère...

revolte des normands 1.jpg

En Basse-Normandie, les sauniers des côtes de l'Avranchin et du Cotentin fournissent en sel presque l'ensemble de la province en l'extrayant "pieds-nus" de l'eau de mer qu'ils font bouillir. Cette production n'est pas soumise à la gabelle, un impôt direct à taux variable, mais, au quart-bouillon, plus avantageux. En juillet 1639, sur ordre du roi, le privilège de quart-bouillon qui permettait aux sauniers de vendre eux-mêmes les trois-quarts de leur production est supprimé : gabelle pour tout le monde. Conséquence immédiate : le prix du sel triple !

Au même moment, à Rouen, ce sont les teinturiers qui voient rouge : le pouvoir royal, qui entend privilégier les couleur nationales, impose une lourde taxe sur toutes les couleurs importées de l'étranger tels que le bois d'Inde ou nil.

revolte des normands 2.jpg

Ces deux mesures, que rien ne relie sinon l'aspect fiscal, vont déclencher une crise d'une ampleur exceptionnelle. Trop, c'est trop ! Le 16 juillet 1639, le collecteur des impôts d'Avranches est assassiné de "coups de pieds, de poings, de pierres et bastons" par près de 400 insurgés. Le 4 août à Rouen, des émeutiers agressent et tuent l'envoyé royal chargé de faire appliquer l'édit des teintures. La révolte s'amplifie et se propage rapidement jusqu'en Bretagne. Autour d'Avranches, on dépasse très vite le stade des pillages et émeutes. Une "armée de souffrance, dite également armée des "Nu-pieds", s'organise. Avec à leur tête un mystérieux "Jean Va-nu-pieds". Sauniers et porteurs de fagots sont rejoints par des paysans, manœuvriers, avocats, robins, curés et vicaires, hobereaux paupérisés et petits nobles. Sans oublier des citadins pauvres, parmi lesquels on trouve des artisans, petits commerçants et ouvriers. Envoyant des émissaires aux autres villes bas-normandes, ces révoltés, qui ne s'opposent pas aux seigneurs, mais au fisc et à ses agents collecteurs, vont ainsi pendant plusieurs mois entretenir dans toute la province un climat insurrectionnel. Les villes de Bayeux, Caen, Coutances, Valognes, Mortain,.. sont touchées. Les maisons de représentants du pouvoir sont pillées et incendiées et leur locataire bien souvent seulement chassé.

revolte des normands 3.JPG

Car cette révolte est nostalgique bien plus que subversive ! Elle ne fait finalement que peu de victimes, bien moins que la répression qui sera mise en place par Richelieu (1585-1642). Les quelques écrits des insurgés qui nous sont parvenus nous les montrent rêvant encore de la "Charte aux Normands" censée depuis 1315 les protéger contre l'arbitraire fiscal...

L'armée de souffrance est écrasée le 30 novembre 1639 :  300 morts, 200 hommes arrêtés, pendus ou envoyés aux galères.  Sur la robe rouge du Cardinal, a écrit le poète du XXe siècle A.-J. Desnouettes, il faut y voir aussi "le sang des Normands".

 

 

Biblio. "Histoire de la Normandie, des origines à nos jours" de R. Jouet et Cl. Quétel - Orep Ed., 2009 et "La Normandie pour les nuls" de Ph. Simon -First-Ed., 2017.

20/01/2019

Ce que cache le sourire fermé de Joséphine

Regardez bien ces portraits de l'impératrice des français, Joséphine de Beauharnais (1763-1814), l'égérie et l'épouse de Napoléon Ier... Regardez bien ce sourire fermé, à l'identique sur les trois portraits... Une coquetterie ?... La volonté de présenter un regard énigmatique et nostalgique ?... Le lancement d'une nouvelle mode ?...

dentition de joséphine,joséphine impératrice des français,joséphine de beauharnais

1801 - Portrait de François Gérard (1770-1837)

dentition de joséphine,joséphine impératrice des français,joséphine de beauharnais

1807 - Portrait d' Andrea Appiani (1754-1817)

josephine 5.jpg

1812 - Portrait de Firmin Massot (1766-1849)

 

Non, rien de tout cela ! Si celle qui est née Marie Josèphe Rose Tascher de La Pagerie, (c'est Napoléon qui lui donnera le nom de Joséphine), ne montre pas ses dents, c'est tout simplement qu'elle n'en a plu... !

josephine 4.jpg

Joséphine et Napoléon

Il suffit pour s'en convaincre de lire le bilan désastreux que son chirurgien-dentiste Julien Marmont, avait fait de sa dentition vers 1804 alors que l'impératrice n'a que 40 ans : "« Elle n’a plus, à sa partie supérieure que deux dents de sagesse qui supporte un râtelier beaucoup trop lourd, qui menace d’entraîner les deux seules dents qui lui restent."

Née dans la riche plantation sucrière martiniquaise de ses parents, la belle va conserver toute sa vie un goût immodéré pour le sucre et les sucreries. Gourmande, vrai bec sucré, elle se régale à foison de fruits exotiques et se délecte de sirop de canne à sucre. Plus tard, elle y ajoutera toutes sortes de friandises dont les fameuses gaufres à la vanille de la maison Meert rebaptisées pour l'occasion "Joséphine".

josephine 6.jpg

Joséphine Bonaparte, Tableau de Bouvier, 1812

C'est bien cet amour immodéré pour les douceurs qui vont lui coûter ses dents ! Alors, sur les portraits officiels, pour masquer ce "défaut", elle affichera son célèbre sourire fermé et jamais on ne connaîtra le blanc de ses dents ou ce qu'il en reste...

 

13/01/2019

Service à la française ou service à la russe ?

En restauration, il existe plusieurs types de service : à la française, à la russe, à l'anglaise et aussi à l'américaine. Comment s'y retrouver ?

Lorsque tous les plats sont présentés ensemble sur le buffet, avant l'arrivée des convives, lesquels sont appelés à demeurer debout, on parle de "service à la française". C'est le plus ancien et il donné le jour à  notre « buffet » d'aujourd'hui. Il faut savoir que c'est "à la française"  que vont être servis dans notre pays tous les dîners officiels et aristocratiques, du Moyen-âge au XIXème siècle.

service 00.jpg

Le Buffet (toile de Forain).

Ainsi, sur la table du roi Louis XIV (1638-1715), on ne trouvait ni gobelet, ni timbale : ils étaient apportés à sa demande. Lorsque le souverain souhaitait se désaltérer, il requérait les services de son échanson. Celui-ci lui présentait un verre et deux carafes, l'une de vin, l'autre d'eau, et le roi se versait lui-même à boire.

service 0.JPG

L'Échanson - Allégorie de la Tempérance, peint par Theodore Rombouts vers 1625-1632

C'est n'est qu'au début du XIXe siècle que cet art de la table va évoluer grâce au prince Alexandre Borissovitch Kourakine (1752-1818), ambassadeur de Russie à Paris. En 1808, c'est lui qui introduit le "service à la russe" qui se généralisera sous le Second Empire. Cette pratique impose cette fois un maître d'Hôtel, des serveurs, des sommeliers,... Les convives sont assis autour de la table, les plats leur sont amenés des cuisines et présentés sur un guéridon afin que chacun puisse juger de leur qualité. Le serveur garnit ensuite les assiettes de chaque convive et les dispose au fur et à mesure devant eux.

service  1.jpg

 

Portrait d'Alexandre B. Kourakine, par Vladimir Borovikovsky (1802).

Ce type de service va être progressivement remplacé par un "service à l'anglaise", légèrement différent. Cette fois, le serveur apporte et pose directement devant chaque personne assise à table une assiette. On sert chaque convive à gauche, en commençant par les femmes et les vins sont servis à droite, dans des verres différenciés. Cette nouvelle pratique deviendra le principe des restaurants, avec le service à la portion.

Enfin, le denier-né, le "service à l'américaine", le plus utilisé actuellement : les assiettes, servies à table, arrivent de la cuisine toutes préparées.

Cette classification des services date du Traité de l’industrie hôtelière, de Louis Leospo (1918). Elle a été reprise par Philippe Mazzetti, Marie-Louise Francillon et J. Guillemot dans Technologie de restaurant (1975) et continue d’être utilisée.