09/04/2014

Dans un café... au Musée des Beaux-Arts de Rouen

Parmi les nombreux chefs d’œuvres conservés au Musée des Beaux-Arts de Rouen, il y a cette toile du peintre Gustave Caillebotte (1848-1894) intitulée « Dans un café ».

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Le tableau a été réalisé en 1880, en pleine IIIe République alors menée par le Jurassien Jules Grévy (1807-1891), notre 4ème Président. Il représente un bourgeois à l'air un peu ahuri, légèrement ivre, à la tenue presque négligée. A ses côtés, sur la table, un verre et quatre soucoupes… restes de sa consommation. Car « C’est un type saisi sur le vif qui appartient bien réellement à notre époque » a affirmé un critique. En cette fin de siècle, dans un Paris métamorphosé par le Baron Haussmann, la révolution urbaine est notamment marquée par la multiplication des cafés dans lesquels on sert volontiers de l’absinthe. Elle représente alors à elle seule 90% des apéritifs consommés… La clientèle apprécie, sans les redouter puisqu’elle les ignore, ses charmes et sa belle couleur verte… Elle ne sera définitivement interdite qu’en 1915.

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« Dans un café » … Mais de quel café s’agit-il ? Il semble que ce soit « La Nouvelle Athènes », un établissement aujourd’hui disparu, où l’artiste avait ses habitudes. Avec ses amis impressionnistes ils l’investissaient volontiers pour y parler peinture. Situé 9, place Pigalle, en face du « Rat mort », son principal rival, l’endroit a également servi de cadre à la fameuse « Absinthe » de Degas (1875).

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Gustave Caillebotte

Peintre de la lumière, Caillebotte maîtrisait le contraste comme peu d’artistes ont su le dompter. Organisateur d’expositions, collectionneur et mécène, il sera l’un des impressionnistes les plus admirés. Reconnu très rapidement aux États-Unis, il  participera plus tard à la naissance du courant réaliste.

 

Biblio. 365 histoires pour épater la galerie de M. Marozeau et M. de Sainte-Croix – Ed. de La Martinière  2012.

Merci aux pages Wikipédia sur le sujet.

09/03/2014

C'est Carême !

En ce premier dimanche de Carême, comme chacun le sait un temps de pénitence pour les chrétiens, je ne résiste pas à vous narrer cette histoire que le curé de Mantilly, un petit village normand du département de l’Orne connu pour être la capitale du poiré, cette boisson cousine du cidre obtenue par fermentation de jus de poire, racontait volontiers.

Cela se passait au début du siècle dernier, un lendemain des Cendres, un jeudi donc. Alors qu’il n’était encore que vicaire, avec son supérieur, le curé de La Coulonche, ils s’étaient rendus à pied au village d'Echalou, distant d'une trentaine de kilomètres, afin d’assister à une réunion des prêtres du canton.

Au passage, à presque mi-route, ils avaient été rejoints par le curé de Bellou-en-Houlme et ses deux vicaires.

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Le village de Bellou-en-Houlme (Orne)

Après leur réunion, ils reprirent ensemble le chemin inverse : une bonne marche les attendait ! Aimablement, arrivé chez lui, le curé de Bellou leur proposa de s’arrêter un moment à son presbytère : « Vous allez bien prendre quelque chose pour vous aider à remonter la côte jusqu’à La Coulonche ? ».

Et là, au pied du portail, une surprise les attendait : attaché solidement à la chaîne du chien, le pauvre coq du curé les regardait tout désorienté !

 

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Le presbytère de Bellou sous la bonne garde du chien du curé des lieux

Furieux, le curé de Bellou s’adressa à sa bonne : « Eh bien voyons ? C’est vous qui avez enchaîné le coq comme ça ? » - « Ah ben oui monsieur le curé ! C’est le Carême : il n’a pas le droit de s’occuper des poules ! »

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Rassurez-vous, aujourd’hui,  les exigences du Carême se sont considérablement allégées (et pas que pour les coqs)  !

 

Biblio. Récits et contes populaires de Normandie - J. Cuisenier - Gallimard 1979

16/02/2014

La mère Nique de Tourouvre…

A Tourouvre, une commune normande du département de l’Orne située près de l’Aigle, règne depuis la nuit des temps une horrible sorcière armée d’un bâton ! Elle est chargée de punir les enfants désobéissants lesquels n’ont de cesse de se réunir pour la chasser… Elle s’appelle « La mère Nique » !

Cette croyance semble être un reste des superstitions du nord. En effet, chez les peuples septentrionaux, les déesses des eaux se nommaient "Nyk", "Nök", "Näcken",… et tout comme la mère Nique de Tourouvre, elles étaient malfaisantes…

 

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Le terme normand « nique » n’a ici pas la moindre connotation vulgaire ! Ce mot ne nous aurait d’ailleurs pas été directement transmis de l’ancien scandinave par nos ancêtres vikings, mais serait plutôt issu d’un étymon germanique, "nicchus", désignant une sorte de génie des eaux qui prenait parfois l’aspect d’un cheval...

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Dictionnaire de Trévoux

Le dictionnaire de Trevoux, cet ouvrage historique synthétisant les dictionnaires français du XVIIe siècle, rédigé sous la direction des Jésuites entre 1704 et 1771, donne au mot « nique » cette définition : « Moquerie, mépris qu’on fait de quelqu’un par quelque geste qui en donne témoignage, et particulièrement en haussant ou secouant le menton. (…) « Ce libertin fait la nique à tous ceux qui lui veulent faire des remontrances ». (…) Il se dit aussi des choses pour marquer le mépris qu’on a pour elles : « Faire la nique aux richesses ».

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Quant au « niquet », il s’agit d’une vieille monnaie qui valait deux tournois. Fabriquée sous le règne du roi Charles VI (1368-1422), elle est à l’origine de l’expression « Je n’en donnerais pas un niquet » qui se dit en parlant d’une chose que l’on méprise…

 

Biblio. « Mythes et légendes scandinaves en Normandie » de P. Lajoye – Orep Ed. 2011 et « Histoire des antiquités de la ville de l’Aigle et de ses environs » de J-F Gabriel Vaugeois.