06/07/2014

So british !

Quelle est jolie la petite mairie du village de Saint-Sulpice-de-Grimbouville situé dans l'espace naturel de la vallée de la Risle, au cœur du canton eurois de Beuzeville !

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Plantée dans un décor champêtre plein de poésie, son attrait réside tant dans son originalité architecturale que dans l'histoire de sa sauvegarde.

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Elle a été bâtie en 1420, pendant la guerre de Cent Ans (1337-1453), par des anglais. La charpente de ce bâtiment médiéval à colombages, couvert de chaume, présente un encorbellement sur trois côtés avec une galerie à l’arrière telle qu'on peut encore en admirer aujourd'hui quelques exemplaires dans le Kent, au sud de l'Angleterre.

A l'origine, l'édifice se trouvait à 15 kilomètres de là, sur la commune de Selles. Il constituait la porte d’entrée d’un grand domaine, manoir ou château, au mieux inachevé puis détruit, au pis demeuré à l'état de projet.

En 1993, soit près de six siècles plus tard, il menaçait tout simplement de ruine. Alertés, les bâtiments de France décident de le conserver. Et comme le maire de Saint-Sulpice-de-Grimbouville, avait besoin d'une nouvelle mairie, l'ensemble va être démonté puis remonté sur le promontoire dominant les marais où il se trouve aujourd'hui !

 

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Sa restauration va cependant exiger d'importants travaux. Et c'est à cette occasion qu'on va découvrir que ce type de charpente ne correspond pas à un savoir-faire français mais bel et bien à un savoir-faire anglais !

 

Biblio. « Eure – 100 lieux pour les curieux » de D. Camus – Ed. Ch. Bonneton 2013.

Merci aux pages Wikipédia sur le sujet.

04/06/2014

Les racines normandes de Céline Dion et Fabienne Thibeault

L'ancienne province du Perche, aux belles collines humides et aux terres bocagères, bien que démantelée à la Révolution, n'a rien perdu aujourd'hui de son charme et de son identité. Mais saviez-vous que c'est cette région, cette petite province du Royaume de France qui va fournir le plus grand nombre d'émigrants vers la Nouvelle-France au XVIIe siècle ?

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 Église Saint-Aubin de Tourouvre (Orne)

Ils ont quitté leur Normandie natale, leur beau pays de l'Orne et sont partis de Randonnai ou de Mortagne, mais surtout du bourg de Tourouvre, qui va se trouver la plus dépeuplé. Pour le géographe français Elisée Reclus (1830-1905), c'est ici « le lieu d'Europe qui a contribué, pour la plus grande part, au peuplement du Nouveau Monde ».

Le mouvement d'émigration percheronne, c'est pas moins de 200 personnes dont 89 de Tourouvre qui vont s'expatrier vers le Canada. Chaque chef de famille, après avoir signé un contrat pour trois ans, a reçu en échange une petite somme d'argent et une paire de souliers neufs. Flanqués de leur maigre paquetage, les Gagnon, Mercier, Tremblay vont embarquer à Dieppe ou à La Rochelle, persuadés qu'ils vivront moins chichement sur les rives du Nouveau Monde que dans leur campagne normande.

Les Normands sont courageux et durs à la tâche. Défricher la terre, la cultiver ne leur fait pas peur. Alors, ils partent nombreux pour aller remplir avec ferveur leur mission et peupler ce pays tout neuf.

Aujourd’hui, les Gagnon de Tourouvre revendiquent 50 000 descendants au Québec, les Rivard 10 000 et les Tremblay de Randonnai, qui comptent parmi leurs descendants la chanteuse Fabienne Thibeault, auraient été les plus prolifiques avec 80 000 cousins et cousines canadiens.

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A l'intérieur de l'église Saint-Aubin de Tourouvre, deux vitraux et plusieurs plaques rappellent l'émigration tourouvraine au Canada. Sur l'une d'elle, entre autres noms, on peut lire celui de Jean Guyon, embarqué à Dieppe en mars 1634 et ancêtre de la chanteuse Céline Dion et de Julien Mercier dont l'arrière-petit-fils, Honoré Mercier (1840-1894) deviendra Premier ministre de la Province du Québec (1887-1891).

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Acte de baptême de Jean Guyon daté du 18 septembre 1592
registre paroissial de Tourouvre

 
Biblio. « Fier d'être Normand » de C.Lablancherie – Ed. Ouest-France 2013.

Merci aux pages Wikipédia sur ce thème et au site http://www.perche-quebec.com.

14/05/2014

Les potiers de Noron

Savez-vous ce qu'est une tine, un mahon ou un badingue ? Non ? Alors, suivez-moi :  je vous emmène au cœur d'un joli village normand du Calvados de 325 âmes, celui de Noron-la-Poterie. Situé à 7 km à l'ouest de Bayeux, ce n'est qu'en 1903 qu'il a choisi d'ajouter à son nom l'extension « la-Poterie » car, ici, cette activité remonte à 1745 !

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La « terre de Noron », c'est une bande d'argile à grès qui fournit aux potiers de la cité la matière première dont ils ont besoin. C'est elle qui donne à la cuisson cette belle céramique de couleur rouge brun Van Dick caractéristique. A la grande époque, c'est-à-dire au XIXe siècle, le nombre de fabriques de poterie y est ici impressionnant. Pensez, en 1824, rien qu'à Noron, 9 fabriques font fonctionner 14 tours. Et, comme pour alimenter un seul grand four de 50 m3 il ne faut rien de moins que 30 à 50 stères de bois et de 3000 à 4000 fagots et bourrées, c'est dans les massifs forestiers voisins, qu'il s'agisse du bois du Vernay, de celui du Tronquay ou de la forêt de Cerisy, qu'on s'approvisionne.

 

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 Ancien four de potier de Noron

Il faut souligner qu'en ce temps là, la poterie est omniprésente dans la vie quotidienne des paysans normands. Les potiers de Noron vont largement bénéficier de l'essor de la production laitière et beurrière régionale. C'est ainsi que, pour la commercialisation du beurre, il fabriquent la tine, un pot saloir bombé, avec ou sans oreilles de préhension, et le mahon, utilisé principalement pour l'exportation du beurre salé par voie maritime à partir des ports d''Isigny et de Carentan.

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 Il y a ussi ce gros pot à fleur à couvercle de bois, en fait un pot à margarine qu'on surnomme « badingue », clin-d'oeil au sobriquet de Napoléon III, « Badinguet », lequel régnait sur notre pays lors de l'invention de la margarine en 1869. Emballées dans des vanneries de châtaignier faîtes notamment dans les bois de Saint Paul du Vernay, c'est par centaines de milliers que les badingues étaient exportés vers l'Angleterre et aussi l'Amérique.

Et puis, il y avait aussi la quiniette, un pot à viande muni d'un couvercle, le cohan destiné à la soupe, la canne pour l'eau ou le café, le bobin, pour le cidre, la cruche à boulanger, le miellon ou pot à miel,...

Mais l'industrie laitière va bientôt préférer aux lourdes céramiques les instruments en métal léger. C'est ainsi qu'après 1870, l'activité potière diminue sans toutefois disparaître. Les artisans vont s'adapter et s'employer à satisfaire les demandes d'une nouvelle clientèle, comme celle des touristes. Leur production va passer « de l'usuel à l'inutile ». Cruches et bouteilles vont laisser place à des poteries ornées, pour les produits du cru, en particulier le calvados et le cidre, des pichets dits « d'amitié » à usage festif et de nombreux bibelots. Le décor consiste simplement à apposer de la terre de couleur différente en collant sur le pot des motifs sculptés ou moulés.

Il ne faudrait toutefois pas oublier que, durant la Seconde Guerre mondiale, ce sont dans des pots en terre de Noron que les soldats vont mettre leur poudre.

Aujourd'hui, c'est au cœur du village, sur la route qui mène de Bayeux à Saint-Lô, que les potiers du IIIe millénaire exposent leur bel ouvrage, perpétuant ainsi la tradition potière de la Basse-Normandie.

Biblio. « Les villes normandes et leurs spécialités » de F. et J. Tanguy – Ed. Le Pucheux 2012

Merci aux sites poterie-turgis.com et ledouget.fr