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03/02/2016

La fille adoptive de Napoléon

Dans le cimetière de l'église Saint-Malo de Carneville, une petite cité d'environ 200 âmes du département de la Manche, située à proximité de Saint-Pierre Église, une pierre blanche, usée par le temps, attire le regard. On peut y lire cette étonnante épitaphe : « Ici repose Geneviève Napoléon Lamache, orpheline d'Austerlitz, fille adoptive de l'Empereur Napoléon ».

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C'est au lendemain de la grande bataille d'Austerlitz, surnommée la « bataille des Trois Empereurs » que Napoléon va prendre la décision d'adopter « tous les enfants de ses grognards morts au combat ». Selon le décret impérial du 16 frimaire de l’an XIV (07 décembre 1805), ils seront entretenus et élevés aux frais de l'Empire. Ces orphelins furent placés à Rambouillet ou à Saint Germain selon qu’ils étaient garçon ou fille.

 

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 Bataille d'Austerlitz (François GERARD 1770-1837)

Décédée le 23 janvier 1842 à l’âge de 40 ans et 21 jours, celle qui fut l'épouse de Pierre Barnabé Lebrequier, maire de Carneville de 1837 à 1850, fut donc l'un de ces nombreux enfants.

Son père, Martin Lamache, était né le 14 mars 1784 à Clitourps (Manche). Incorporé au 40ème Régiment d'Infanterie de Ligne, une unité d'élite des Armées de la Révolution et de l'Empire, il sera promu Caporal en 1804. Comme près de 200 000 autres hommes, il va rejoindre le camp de Boulogne-sur-Mer et suivra la « Grande Armée » ainsi constituée jusqu'en Autriche. Trente à quarante kilomètres de marche quotidienne durant 14 semaines, soit plus de 2000 kilomètres !

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Son régiment appartient à la Division du Général Suchet (1770-1826) et au Corps d'Armée du Maréchal Lannes (1769-1809). Il est impliqué dans les opérations les plus difficiles, subissant les feux directs de l'artillerie et enlevant le plus souvent au corps à corps les positions ennemies. À Austerlitz, le 2 décembre 1805, la mission du 40ème de Ligne est de tenir malgré la brutalité des attaques adverses. C'est au cours de ces combats d'une extrême violence que Martin Lamache fut grièvement blessé. Évacué à l'issue de la bataille, il succombe des suites de ses blessures à l''hôpital de Brünn le 26 frimaire de l’an XIV (17 décembre 1805).

Au pays, il laisse une veuve, Jeanne Langlois, et une petite-fille qui allait avoir 4 ans. Comme orpheline de guerre, selon la tradition, Geneviève Lamache aura le suprême honneur de juxtaposer à son nom de famille, celui de l'empereur.

 Biblio. « Normandie Insolite et Secrète » de J-C Collet et A. Joubert – Ed. JonGlez 2013

 Merci au site www.cc-saint-pierre-eglise.fr

24/01/2016

« La reine, notre Duc »

Saviez-vous que, dans les îles de la Manche, on s'adresse encore aujourd'hui à la Reine d'Angleterre Elisabeth II en ces termes : « La Reine, notre Duc » ? Mais, me direz-vous, voilà bien longtemps que le Duché de Normandie n'existe plus ? L'anneau ducal n'a t'il pas été brisé à Rouen par le Roi Louis XI (1423-1483), le 9 novembre 1469 ? C'est tout à fait exact, comme il est tout à fait exact qu'au regard du droit international, le duché de Normandie subsiste bien, sans toutefois disposer de la personnalité juridique.

 

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Explication : l'archipel anglo-normand, plus proche des côtes normandes que des rivages anglais, comprend cinq îles principales : Jersey, Guernesey, Aurigny, Herm et Sercq. Devenues normandes au détriment des Vikings de Bretagne en 933, après que que Guillaume Ier de Normandie (av. 910-942), dit Guillaume « Longue-Épée » eut reçu du roi de France le comté de Coutances, ces "îles de la Manche" entrent dans le giron britannique en 1066, l'année où Guillaume le Conquérant (1027-1087) devient roi d'Angleterre.

Et elles sont toujours sous la souveraineté de la Couronne britannique sans pour autant faire pas partie du Royaume-Uni ni de l’Union européenne !

 

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Carte marine du XVIIIe siècle montrant les îles Anglo-Normandes

 

Pour comprendre, il faut remonter à l'an 1204, l'année du rattachement du duché de Normandie au domaine royal capétien et, par conséquent, de la fin de l'Empire anglo-normand. Depuis des siècles, le Duché de Normandie est divisé en deux parties inégales, la partie continentale et la partie insulaire. Par omission, le roi de France Philippe Auguste (1165-1223) ne va annexer "que" la Normandie continentale à son domaine royal. La Normandie insulaire va donc continuer quant-à-elle à faire partie de l'ensemble anglo-normand. Bien sûr, à de nombreuses reprises, la France tentera de reprendre ses îles, mais en vain. En 1360, elle finira par reconnaître de mauvaise grâce mais officiellement les droits de l'Angleterre sur elles.

 

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Détail de Guillaume le Conquérant, Tapisserie de Bayeux.

 

Et c'est pourquoi, dans les Channel Islands, les monarques britanniques portent toujours le titre traditionnel de duc de Normandie, y compris lorsqu'il s’agit d'une femme !

 

Biblio. "Histoire de la Normandie, des origines à nos jours" de R. Jouet et C. Quétel - Larousse, 2005 et "Iles de l'Ouest" Historia H.S. 2013.

03/01/2016

Des Vaux-de-Vire au Vaudeville...

 « Les Vaux de Vire - Qui, sentant le bon temps, nous font encore rire. »

Jean Vauquelin de La Fresnaye (1536-1607), poète normand

Si je vous dis vaudeville, vous pensez tout de suite à une pièce de théâtre où trois personnages, le mari, la femme et l'amant, se croisent sans se voir, où les rebondissements se multiplient et où les portes claquent sur la fameuse réplique «Ciel, mon mari » ! Mais saviez-vous que le vaudeville tire son origine des chansons normandes qui avaient cours au XVIe siècle dans le Val-de-Vire ? Cette région de Normandie, autrefois orthographiée Vaudevire ou Vaux-de-Vire, se situe sur le bassin versant de la Vire, le fleuve côtier auquel il doit son nom.

 

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 Paysage du Val-de-Vire ou Vaux-de-Vire

Le Livre des chants nouveaux de Vaudevire ou plus simplement Vaudevire est un recueil de poésies et de chants paillards, légers voire un peu fripons, du Val-de-Vire. Publié en 1610 par le normand, Jean Le Houx (1551-1616), ils avaient été écrits en moyen français par un autre Normand, Olivier Basselin (1403-1470). Tous deux étaient originaires de la ville de Vire et tous les deux étaient poètes.

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On ne sait que peu de chose de la vie d’Olivier Basselin, appelé familièrement le Bonhomme, si ce n'est qu'il possédait un moulin à foulon, savait le latin, avait voyagé et avait été soldat . Adonné aux plaisirs de la table, au vin et au cidre bien sûr, il employait ses loisirs à rimer des chansons naïves qui, à cause du pays, reçurent le nom de vau-de-Vire . Il y avait chez lui « de l’humour, de la verve, de la gaieté, et, par-dessus tout, le sentiment poétique ». C'est d'ailleurs à lui que l'on doit l’usage de chanter des chansons après le repas. Les siennes étaient improvisées. Il avait pour cela une remarquable facilité naturelle. Si ses vers furent imprimés une première fois en 1576, cette édition disparut par les soins du clergé. Toutefois, ses chansons se transmirent de bouche en bouche jusqu’au jour où Jean Le Houx les recueillit et les livra à l’impression.

 

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Le Vaudevire est alors une façon de « chansonner les gens et les choses » A partir du XVIIIe siècle, il va s'unir au théâtre. Ce ne fut d’abord qu’une petite composition scénique, toute en couplets, où le dialogue même était chanté. Entremêlant la musique et les ballets, il donnera naissance à l’opéra-comique. À partir du XIXe siècle, le mot change encore de sens pour désigner une comédie populaire légère, où quiproquos burlesques et situations grivoises provoquées par de multiples et complexes relations amoureuses ou pécuniaires s'emmêlent et s’entrecroisent...