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19/11/2017

L'âne normand

Parmi les richesses de notre belle province, il trône en bonne place ! Qui ? Mais l'âne normand normand bien sûr ! Il est de nouveau bien présent sur son terroir et peut être avez-vous eu la chance lors d'une promenade, au détour d'un petit sentier, de le croiser sur votre chemin. Son histoire est intimement liée à l’activité laitière de notre région.

Originaire principalement de la Sarthe et de la Mayenne, l'âne normand est plus petit que ses frères le baudet du Poitou et le Grand Noir du Berry. Il mesure de 1,10 m à 1,25 m au garrot à 4 ans. Large du dos, son encolure est forte et épaisse, sa crinière droite ou tombante.Quant à sa robe et à sa queue, elle est nécessairement baie ou bai brun avec une bande en forme de croix de Saint-André et un ventre gris blanc. La présence de zébrures sur les membres est aussi possible.

 

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L’âne Normand

 

Il y a un siècle et plus, avec le cheval, ils étaient les éléments indispensables de toute ferme normande qui se respectait. Mais, si le cheval héritait des tâches nobles, comme tirer la charrue ou les lourdes charrettes de gerbes dorées, l’âne se contentait de transporter la fermières et les « chanes » de lait lorsqu’elle revenait de traire dans les champs. Le fermier, quant à lui, l’utilisait pour porter les sacs de grain au moulin. Des tâches humbles mais efficaces ! L’âne pouvait porter près de 200 kg, presque l’équivalent de son poids.

 

 

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L’âne du Cotentin

 

Notre âne normand a un cousin, l’âne du Cotentin, d’un tempérament doux et câlin, plus grand d’une dizaine de centimètres. Sa robe est gris cendré, gris bleuté ou gris tourterelle, avec également une bande cruciale brune, un ventre gris-blanc et la possibilité de zébrures sur les pattes. Mais son bout du nez est noir ou gris foncé, alors qu’il est gris blanc chez l’âne normand. Contrairement à son cousin, l’âne du Cotentin était également utilisé pour les travaux dans les champs, sur de petites parcelles, ou encore pour la pèche à pied, ramenant à la ferme huitres, palourdes ou bigorneaux. Ces différences quant aux utilisations d’autrefois expliquent certainement pourquoi les ânes du Cotentin présentent une taille plus importante que les ânes normands.

 

 

 

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Si, à la fin du XIXe siècle, on comptait environ 400 000 ânes en Normandie, Normands et Cotentins confondus, et on exportait massivement vers l’Espagne ou le Portugal, le développement de la motorisation l’a progressivement écarté sans le supprimer complètement. De nos jours, il est réapparu, principalement utilisé pour des activités de loisirs. La race de l’âne normand a été reconnue par le Ministère de l’Agriculture le 20 août 1997. Actuellement, son effectif est d’environ 4 500 têtes.

 

 

Biblio : "L'âne normand" de G. Nédellec - Almanach du Normand - 2006.

 

08/10/2017

La faïence de Rouen

Savez-vous que Rouen est considéré comme le plus important et le plus ancien centre de céramique de France ? Que le savoir-faire rouennais en la matière a eu une influence notable sur la faïencerie française ? Et que le premier Grand Maître céramiste de notre pays était un normand ?

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Pot de pharmacie - Faïence de Rouen - Fin XVIe siècle

Il s’appelait Masseot Abaquesne. Originaire de Cherbourg, où il serait né vers 1500, il est cité dès 1526 comme habitant de la paroisse Saint-Vincent de Rouen. Il y dirigeait une importante entreprise sise dans cette ville, rue d’Elbeuf, au faubourg Saint-Sever qui restera le quartier des potiers. 20 ans avant Bernard Palissy, c’est là qu’il va produire de magnifiques carreaux de céramique à destination architecturale en s’inspirant du goût italien de la Renaissance. Car c’est en Italie qu’il avait complété sa formation, auprès des maîtres italiens de Faenza, la petite ville italienne qui a donné son nom à la « faïence ». Ses décors sont des scènes historiées, des motifs d’arabesque, des emblèmes et armoiries. Son chef-d’œuvre est l’ensemble des carreaux produits pour décorer le château d’Ecouen, propriété du Connétable de France Anne de Montmorency, entre 1540 et 1548. Son entreprise ne survivra pas à sa mort à Sotteville-lès-Rouen, dans la proche banlieue de Rouen, en 1564, et ce, malgré les efforts de sa veuve et de son fils Laurent pour prendre la relève.

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         Assiette en faïence de Rouen (Fabrique Louis ou Michel Poterat - Fin XVIIe siècle

C’est un siècle plus tard que la faïence fait son retour à Rouen avec le monopole accordé en 1644 par la Régente Anne d’Autriche à Nicolas Poirel, sieur de Grandval, qui engage Edmé Poterat. Ce dernier lance le fameux décor bleu à lambrequins ou broderies également dans la veine des techniques et des décors italiens de l’époque, eux-mêmes d’inspiration chinoise. Cette décoration, d’abord sobre et limitée à la périphérie des objets, deviendra progressivement de plus en plus recherchée et recouvrira l’ensemble des pièces.

Les Poterat vont continuellement chercher à créer et à innover. Et c’est dans cet esprit qu’ils   mettent au point en France la porcelaine tendre.  

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Pots à feu en faïence de Rouen - XVIIIe siècle

Si, jusqu'en 1710, la faïence de Rouen est essentiellement en camaïeu bleu, au fil des ans, le décor s’enrichit cependant d’une touche de polychromie.

En 1720, la ville de Rouen compte 13 fabriques. A côté des articles de prestige, sont produits des volumes considérables de faïences bon marché, aux formes rustres et au décor très succinct.

Pourtant, à l'aube de la Révolution française, malgré l’importance, la variété et la qualité de leur production, les faïenciers de Rouen vont cesser l’un après l’autre leur activité.  La faïence de Rouen décline, frappée par l’évolution des goûts de la clientèle plus attirée par la palette de couleurs, la variété des décors et la finesse de la porcelaine et par la concurrence des produits anglais, avant de s’éteindre définitivement sous Napoléon III, vers 1885.

 

Biblio. Merci aux pages Wikipédia sur le sujet.

27/08/2017

La vigne en Normandie

Le saviez-vous ? Autrefois, il y a très longtemps, notre belle Normandie était terre de vignerons !
« Qu’il y ait eu autrefois des vignobles en Normandie, que cette province ait fourni à la consommation et au commerce des vins abondants, que ses coteaux, aujourd’hui ombragés de pommiers, aient été autrefois couverts de vignes, ce sont là des faits dont il n’est pas permis de douter. » écrivait l’éminent archéologue Abbé Cochet, en 1844.

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Au cœur du Moyen-âge, notre province produisait donc en grande quantité un vin de bonne qualité. Au XIIIe siècle, moment d’apogée du vignoble normand, les vignes sont cultivées un peu partout sur tout notre territoire mais deux régions vont notamment se distinguer par l’importance de leur vignoble : la vallée de Seine entre Vernon et les Andelys et les coteaux d’Argences à l’est et sud-est de Caen.
Si l’archéologie révèle que ce sont les Romains qui ont apporté cette culture dès l’Antiquité, ce n’est qu’à partir du XIe siècle que la viticulture normande va se développer réellement. La diffusion du christianisme n’y est pas étrangère : le vin y a en effet un rôle symbolique et il faut rappeler que jusqu’au XIIIe siècle, les fidèles communient avec le pain et le vin.

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Toutes les abbayes normandes vont donc s’attacher à cultiver la vigne au sein de leur domaine d’autant qu’on attribue au vin des qualités thérapeutiques : il faciliterait la digestion, reconstituerait les forces après l’effort et tonifierait. C’est aussi un breuvage de fête et de convivialité et, en Normandie comme ailleurs, il n’est pas question pour les seigneurs et le haut clergé d’accueillir des hôtes de marque sans garnir sa table de vin ! Parmi ces abbayes, citons celle de Jumièges (photo ci-dessus). Si l’on en croit l’Abbé Cochet, « Le vin de Jumièges et celui de Conihout, qui est voisin, conservèrent longtemps leur réputation. En 1410, une queue de vin* de Conihout se payait encore 70 sous par les châtelains de Tancarville ! » Et pourtant ! Ce vin de Conihout aurait mené au ciel avant l’heure, Jean de Saint-Denis, 55e abbé de Jumièges. Selon la chronique de l’abbaye « on croit, avec assez de vraisemblance, qu’elle (la mort de l’abbé) fut occasionnée par quelques grappes d’un raison fort doux qui lui causa de si violentes coliques que ses entrailles en furent ulcérées et qu’il en sortit une multitude de vers… » Rappelons qu’à cette époque, on ne sait pas conserver le vin (les tonneaux sont de mauvaise qualité et la bouteille pas encore inventée (elle n’apparaît qu’à la fin du XVIIe siècle). Il dure donc rarement au-delà de l’année et tourne rapidement au vinaigre. C’est pourquoi dès que le vin était tiré, il fallait le boire ! Ce que faisaient les religieux, se hâtant de boire le leur « s’il était mauvais pour en avoir vite du bon, et s’il était bon, de crainte qu’il ne devienne mauvais … »

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             Sculpture d'une grappe - Chapiteau de la Chapelle du Château de Gaillon (XVIe siècle)

Mais il faut bien l’admettre, le doux climat normand ne favorise pas vraiment la maturité du raisin ! Alors, progressivement, les abbayes normandes vont chercher des vins de meilleure qualité et se tourner pour cela vers l’Ile de France, l’Anjou ou l’Aquitaine. Progressivement, le vin normand cède la place au cidre. Entre le XIIIe et le XVIe siècle, la production de ce dernier va s’étendre considérablement. D’une part, le pommier nécessite beaucoup moins de travail et de soin que la vigne et d’autre part il est bien mieux adapté à la couleur de notre ciel.

A la veille de la Révolution, la vigne a ainsi presque totalement disparu du sol normand. Aujourd’hui cependant, des producteurs locaux s’attachent encore à cultiver quelques hectares de vignes et ce notamment dans le département du Calvados. Grâce à eux, sous l’appellation « Vin de pays de Calvados », on peut donc encore boire du vin normand !

* Queue de vin : sorte de futaille contenant un muid et 1/2
Cf. histoire-normandie.fr - Une culture oubliée : les vignobles de Normandie et julieges.free.fr- Le vin mauvais.