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21/07/2019

L'armoire normande

Une armoire qui se monte et se démonte en dix minutes chrono ! Sans vis, sans boulon et presque sans outils ! Seulement un marteau. A l'heure des meubles en kit de la célèbre marque suédoise, où, même muni d'un mode d'emploi clair, rédigé en français, rien n'est acquis, avouez-que ça fait rêver ! Et bien, mes amis, ce "bijou" existe bien et bien sûr il est normand !

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L'armoire normande, puis qu'il s'agit d'elle, est entrée dans les maisons au XVIIIe siècle. Elle a succédé au coffre de mariage. Comme lui, elle est "le cadeau des épousailles". On raconte que, dès la naissance du nouveau-né, nos aïeux choisissaient l'arbre dans lequel le meuble serait taillé. Un beau chêne qui sera abattu dès que la sève sera redescendue. A la Communion solennelle de l'enfant, soit environ douze ans plus tard, ont fait débiter et mettre à sécher les planches qui seront nécessaires à son élaboration. Et ce n'est que, bien plus tard, au moment des noces, qu'elle est fabriquée par « un faiseur d'armoire, menuisier ou ébéniste bon en dessin et en sculpture au ciseau à bois et burin ». Il n'en fabriquait que deux par an. Si bien que la livraison déterminait la date du mariage.

Toutes les armoires normandes ont la même structure : quatre pieds hauts pour isoler le bois de la terre battue du sol, deux portes avec des ferrures en fer ou en cuivre pour les plus riches et une corniche simplement posée au-dessus, comme la cerise sur le gâteau. A l'intérieur, des étagères et parfois un ou deux tiroirs. Les côtés, le fond et les montants sont joints par des mortaises et des tenons et tenus par des chevilles en bois. Un simple coup de marteau pour les retirer, un autre pour les enfoncer, et c'est tout !

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Armoire normande de Bayeux

Même structure certes, mais pas semblables pour autant. Elles présentent de grandes différences selon les régions. A commencer par le motif central. Si la corbeille de fruits, débordant de raisins, est présente sur les armoires de Cherbourg, d'autres présentent "des fleurs, des feuilles ou des branches"... Autant de symboles qui "parlent" à l'oreille des anciens. Le bleuet est choisi pour la pureté, la feuille d'alcanthe pour l'indissolubilité du mariage, une colombe pour la fidélité, etc. Aucune pomme bien sûr, même pas normande ! Car la pomme reste le fruit du péché originel.

A Granville, on préfère l'acajou au chêne, un bois qui est ramené par les marins. A Coutances, le haut des portes est incurvé. A Bayeux et à Caen, elles s'ornent d'un médaillon très sculpté reprenant les motifs fleuraux de la corniche. A Flers, ce sont des outils de jardin qui la décore. A Pont-Audemer, elle est coiffée d'une corniche galbée et sa traverse inférieure est frappée d'une étoile. Celles d' Yvetôt sont décorées de cornes d'abondance regorgeant de gerbes de blé. A Fécamp, c'est au nombre de roses qu'on mesure la fortune de son commanditaire...

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Armoire normande fécampoise

Si les experts ont recensé 70 "styles" différents (et il semble en vérité qu'il y en ait bien plus), la palme de l'armoire normande revient sans doute au Pays de Caux. Toute la prospérité de la région se lit dans ses proportions comme dans sa décoration. Guirlandes de fleurs, profusion de rubans ou de perles,... mais plus encore. Chaque armoire raconte une histoire. Pour le marin, l'artiste façonne une carte déployée, un sextant ou une longue-vue. Pour le fermier, des outils de jardinage, des armes pour la chasse, des ustensiles de pêche. Les symboles amoureux ne sont pas oubliés, bien sûr, comme un couple de colombes qui se bécotent. Et pour rappeler l'éternel dévouement d'une mère de famille, il choisira de ciseler un pélican, modèle de l'amour parental.

 

Biblio. "Secrets et trésors des maisons de Normandie" de M. Le Goaziou et L. Herzog - Ed. Ouest-France, 2013 et "La Normandie pour les nuls" de Ph. Simon - First-Ed.2017.

28/04/2019

les "mais" en Normandie

Bien avant d'être la fête du travail, il y a très longtemps, en Normandie comme dans toutes les régions de France, la journée du 1er mai, celle du renouveau, était associée à l'amour.

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En France, c'est lors d'un Congrès international socialiste réuni à Paris, en juillet 1889, que cette date du 1er mai va s'inscrire comme "la" journée des travailleurs, celle durant laquelle la classe laborieuse du monde entier est appelée à exprimer ses revendications sur la place publique. En 1941, sous l'occupation allemande, le Maréchal Pétain (1856-1951) en fait officiellement une "Fête du Travail et de la Concorde sociale". L'initiative est bien sûr unanimement saluée par la presse et la radio... Il faut préciser qu'à l'époque la Saint-Philippe était fêtée le 1er mai... Supprimée à la Libération, la Fête du Travail renaît de ses cendres six ans plus tard, le 30 avril 1947, date à partir de laquelle le gouvernement en place déclare le Premier mai "chômé et payé" c'est-à-dire, avec une interdiction légale de travail sans réduction de salaire. A noter que, la jugeant "bien trop rouge", le pape Pie XII (1876-1958) tentera en vain en 1955 de la détourner au profit de l’Église en fixant au 1er mai la saint-Joseph, patron des travailleurs...

Dans des temps beaucoup plus lointains, un rite voulait que, durant la nuit du 30 avril au 1er mai, les jeunes gens des villages aillent en cachette planter ou déposer un "mai", un rameau fleuri, au pied de la maison familiale de la jeune fille de leur pensée. Une façon timide d'avouer ses sentiments à une époque où n'existait pas les S.M.S. Car, c'est bien connu, les fleurs ont un langage et les fleurs de "mai" le leur ! Bien sûr, le choix des espèces se faisait en fonction des régions, de la rareté de la fleur choisie, de son parfum et de sa couleur, mais aussi de son univers imaginaire.

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Épine blanche

Ainsi, si, au petit matin, une jeune seino-marine trouvait à sa porte une branche de sapin, porteuse d'amour et de respect, tout allait bien pour elle. Si de plus, au milieu du bouquet, son prétendant avait glissé une épine blanche, elle savait qu'il n'avait pas de doute sur son sérieux. Mais, le "mai" planté à une porte indiquait aussi à qui voulait le savoir défauts et secrets cachés de la belle. Gare au sureau dénonciateur de vertu douteuse, à la ronce, synonyme de mauvais caractère et à la branche de houx, de mépris et dédain !

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Fleur de sureau

Et si ne pas être fleurie était un véritable affront pour toute jeune fille en âge de convoler, le pire était de ne trouver à sa porte qu'une carotte assortie de deux pommes de terre, façon peu élégante de dénoncer une très mauvaise réputation...

 

 

Biblio. "Ces plantes qui ont marqué l'histoire" de H. Tierchant - Ed. Ulmer, 2016,

"Almanach de la mémoire et des coutumes de Normandie " de C. Tiévant - Ed. Hachette,1982

"Une histoire des fleurs" de R. De Ayala et M. Aycard - Ed. Perrin, 2001.

10/02/2019

Généalogie des poules

Une généalogie des poules ?... Et pourquoi pas ? Elles le valent bien ! Elles sont aujourd'hui plus de 52 milliards sur terre ! Soit sept fois plus nombreuses que les humains dont elles partagent l'histoire depuis 10 000 ans ! 

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Le Coq doré ou Gallus-gallus

Les poules ont conquis notre planète, voyagé sur les cinq continents en pondant leurs œufs sous toutes les latitudes. Leur ancêtre originel, le Coq doré (appelé à tort "Coq Bankiva", Bankiva n'étant en réalité qu' une sous-espèce) ou "Gallus-gallus" (coq sauvage) est une espèce d'oiseaux de la famille des Phasianidae. Originaire du Sud-Est asiatique, il constitue la principale espèce à l'origine des races de toutes les poules domestiquées !

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Localisation géographie originelle des poules

C’est au cours de l'ère des dinosaures, qui s’est étendue de -230 à -65 millions d’années, que sont apparus de petits dinosaures à plumes, lesquels ont ensuite évolué petit à petit vers leurs formes d’oiseaux modernes. Entre -8000 et -6000 ans avant notre ère, époque de leur domestication, la poule ne pond que 5 à 20 œufs par an. Seuls son instinct combatif et ses qualités belliqueuses lors des combats de coqs vont être à l'origine de son élevage par nos aïeux.

En Gaule, la présence du coq domestiqué Gallus-gallus remonte à 1200 av. J.-C. Venu de la Méditerranée, il aurait voyagé sur des navires phéniciens, puis grecs. Sous l'Empire romain, les races au plumage noir vont dominer comme la Poule de Caux, normande comme son nom l'indique, malheureusement aujourd'hui disparue mais en cours de reconstitution et d'homologation. Elle faisait partie des premières races issues des souches d'origine.

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Poule normande de Crèvecoeur

Au Moyen-âge, les volailles sont omniprésentes dans les basses-cours. Les poules de cette époque sont issues d'une continuité génétique des volailles indigènes de l'Antiquité, ainsi que l'apport de volailles semblables, arrivées lors des grandes invasions. Au cours du XIIe siècle, on note l'introduction de poules huppées en provenance d'Europe du Nord, dont est issue directement, la Crèvecœur, qui doit son nom au village de Crèvecœur-en-Auge (Calvados) où elle serait arrivée, importée des Pays-Bas en Normandie par le seigneur dudit lieu. Avec ses cousines, qui portent elles-aussi le nom de leur cité d'origine : la Caumont, originaire de Caumont-l'Éventé (Calvados), la Gournay, originaire de Gournay-en-Bray (Seine-Maritime), la Merlerault, originaire de Merlerault (Orne) et la Pavilly, originaire de Pavilly (Seine-Maritime) auxquelles s'ajoutent la Cotentine et la Coucou de France, elles font de la Normandie la région de France qui totalise le plus grand nombre de races anciennes de gallinacés.