15/10/2014

Le clocher tors de l'église d'Offranville

Située à seulement 6 km au sud de Dieppe, Offranville est une très jolie petite cité normande. Parmi ses nombreux charmes, son église bien sûr, l’église Saint-Ouen, qui date du XVIe siècle mais surtout son clocher qui culmine à 45 mètres et qui a été bâti en 1570. Sa particularité ?  Sa flèche octogonale qui tourne d’un huitième de tour de la gauche vers la droite, régulièrement jusqu’à la pointe.

 

offranville 2.JPG

Le clocher tors d’Offranville (76)

 

La légende raconte que c’est au cours d’une noce, que, désireux d’admirer au plus près la beauté de la jeune mariée, le coq, perché au haut de son clocher, s’est penché, penché, penché… tant et si bien que le clocher s’est tordu !

 

OFFRANVILLE 3.jpg

Qu’ils soient dits flammés, vrillés, hélicoïdaux, tournés, torsadés, torses, tordus, torchés, croocked spires ou tors, on dénombre pas moins de 700 de ces drôles de clochers en Europe.

Doivent-ils leur particularité à « la main divine » ? A l’œuvre de compagnons qui exprimaient ainsi tout leur savoir-faire. Ou bien sont-ils, comme le pensait volontiers l’architecte Violet-Le-Duc (1814-1879) devenus hélicoïdaux à la suite d’un mauvais séchage du bois de construction ? Ou tout simplement par le fait du hasard qui se serait attaqué à la mouvance de leur charpente ?

 

offranville 1.JPG

Croix de saint André dans la charpente

 

Lors de la dernière restauration de la flèche du clocher d’Offranville en 1961, les ouvriers ont constaté que la charpente ne comportait pas de croix de Saint-André, cet assemblage de poutres permettant de contreventer une structure et empêchant tout mouvement de torsion. C’est, selon toute vraisemblance, la raison de la vrille de la flèche de l’église d’Offranville, sous l’effet des intempéries et du travail du bois.

Notre belle province compte deux autres clochers tors : celui des églises d’Angiens et de Bures-en-Bray.

Biblio. et photo (1) « Clochers tors d’Europe » de J-M. Barmès, J-C Clément et J-C Pompée – A.C.T.E. 2003. Merci aux pages Wikipédia sur le sujet.

14/09/2014

Le jaune d'Evreux

On connaît le fameux bleu de Chartres ! Mais en Normandie, nous avons l'extraordinaire jaune d’Évreux. Peut être moins connu, certes, mais qui a cependant fait la renommée de la cathédrale de la capitale euroise, bâtie vers l'an 912, puis détruite à plusieurs reprises et finalement reconstruite sous le règne de Louis XI (1423-1483).

 

EVREUX 1.JPG

 Cathédrale Notre-Dame d’Évreux - Lithographie du XIXe siècle

Au début du XIVe siècle, un maître-verrier de celle-ci utilise pour la première fois le jaune d'argent. Et c'est sa qualité et son éclat qui vont le faire passer à la postérité sous le nom de jaune d'Evreux.

Il s'agit d'un mélange de sels d'argent (chlorure, sulfure,...) et de cément (ocre ou argile calcinée). Connu des céramistes égyptiens et mozarabes depuis le Ve siècle, il réapparaît en Occident, entre 1310 et 1320 et va entraîner une véritable révolution dans l'art du vitrail et de la peinture sur verre.

D'une part, il enrichit la palette des couleurs des vitraux se limitant jusqu'alors principalement au bleu, rouge et vert. De nouvelles teintes, claires et éclatantes, allant du jaune clair à l'orangé voire au vert en le plaçant sur du bleu, vont éclaircir des verrières qui deviennent dès lors plus limpides en laissant passer plus de lumière.

 

evreux-stained-glass.jpg

 

Et d'autre part, comme la substance s'applique au pinceau avant cuisson sur la face externe du verre, on peut désormais ajouter cette couleur jaune sur le verre sans être obligé de souder des pièces différentes par du plomb. Ainsi, l 'artiste n'a plus besoin, comme cela se faisait auparavant, de couper et de sertir de plomb les parties les plus délicates, comme une chevelure blonde autour d'un visage ou l'étoffe d'un manteau. Dès lors, le jaune d'argent va colorer les chevelures, les bijoux, les couronnes, les sceptres, … c'est-à-dire tout ce qui est jaune ou blond dans la réalité.

Parmi les 70 verrières de la cathédrale euroise, celles considérées comme les plus belles se situent dans le chœur et dans la chapelle Saint-Louis.

 

EvreuxCND83b_SaintLouis.jpg

 Petits panneaux du XIIIe siècle dans la verrière de la chapelle Saint-Louis

 

Biblio. « Eure – 100 lieux pour les curieux » de D. Camus – Ed. Bonneton 2013.

Merci aux pages Wikipédia sur le sujet.

24/08/2014

La plus ancienne station de sauvetage en mer est normande

Ici, la mer règne en maître. Le raz de Barfleur est l'un des endroits les plus dangereux de nos côtes ! C'est pourquoi le port normand s'est doté dès 1865 d'une station de sauvetage en mer, la première en France.

Si, au large de la Hague, à l'ouest du Cotentin, le raz Blanchard, l’un des courants de marée les plus puissants d’Europe qui doit son nom de ce que la mer, lorsqu’elle est démontée, se couvre d’écume blanche, est le plus dangereux, celui de Barfleur, à l'est de la presqu'île, n'a rien à lui envier !

 

barfleur.jpg

 

Les trois milles entre Moulard, du côté de Montfarville, et le phare de Gatteville donnent des sueurs froides aux marins même les plus expérimentés. Ils craignent tous ces forts courants longeant la côte qui provoquent tourbillons et remous. Quand les vents d'amonts, les vents d'est, s'y mettent, et que la houle déferle du cap de Barfleur, l'entrée du port devient périlleuse, et plus d'un s'est retrouvé « dans les cailloux », comme on dit ici. 

Les Barfleurais ne comptent plus les naufrages. En 1120, c'est la « Blanche-Nef », qui s'abîme en sur le rocher de Quillebeuf. Au même endroit, en 1862, c'est au tour de « La Luna », un superbe trois-mâts qui venait de larguer les amarres avec à son bord une centaine d'émigrants partis pour l'eldorado de la Nouvelle-Orléans, de s'y déchirer.

 

barfleur1.jpg

 

C'est pourquoi, en 1865, sur le modèle des stations anglaises, une station de sauvetage, la première en France, est construite à Barfleur. Pour gagner du temps, le canot de sauvetage est lancé directement du quai, lorsque la mer est haute. Elle plonge dans les eaux du bassin avec son équipage avant de s'élancer au secours des naufragés. C'est ainsi qu'en 1931, le dimanche 23 août, jour des Régates à Barfleur, le canot de sauvetage dans lequel a pris place le Docteur Cabart-Danneville, Sénateur de la Manche, entame sa glissade vers l'eau quand le talon du gouvernail vient heurter le bord du quai. Le choc projette 2 hommes dans l'eau : un marin... et le sénateur "lequel excellent nageur ne tarde pas à remonter sur le quai. Bien que trempé, il reprend sa canne et son chapeau, remercie ses sauveteurs, et salue la foule pleine d'émotion..."

 

barfleur 3.jpg

 

Une station en dur a été construite en 1955, avec rampe de lancement et abri pour le canot. Depuis sa création, 6 canots se sont ainsi succédés dont les 3 premiers à rame. En 1997, l'«Amiral-de-Tourville », plus gros et plus puissant, a pris la relève du « Crestey-et-Sauvé », datant de 1955, et portant le nom des deux marins sauveteurs morts en mission.

 

Biblio. « Pays de Normandie – N°28 – 2000.