06.01.2010

ROUEN, capitale de la carte à jouer !

Saviez-vous que la fabrication des cartes à jouer fut une des branches florissantes de l’industrie rouennaise  du XVIe siècle ?

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Si elles ne sont attestées en Europe qu’à la fin du XIVe siècle (on les aurait d’ailleurs fait connaître au roi Charles VI devenu fou), la question de leur origine reste posée : Perse ? Chine ?  Ce dont on est certain, c'est qu'en Europe, c’est à partir de l’apparition de la gravure sur bois à la fin du XIVe siècle que l’imprimerie de la carte à jouer va se développer. Auparavant elles étaient peintes à la main par des peintres « à tout faire ».

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Après l’Allemagne, patrie de Gutenberg, la situation géographique centrale de la France, la qualité et l’abondance de son papier, sa démographie en pleine croissance, expliquent l’essor spectaculaire pris par la fabrication de la carte à jouer dans notre pays et principalement dans notre bonne ville de Rouen où elle devient une industrie des plus florissantes.

Le peuple manifesta tout de suite un engouement pour ce nouveau jeu qu’il se mit à pratiquer avec frénésie, à tel point que l’Eglise jugea bon de le condamner ! On brûla solennellement les cartes et… on s’en procura d’autres ! L’exemple venait d’ailleurs d’en haut puisque François Ier, qui interdisait les cartes pour les autres, en usait volontiers avec son entourage ! Privilège de Roi !

Aux XVIe et XVIIe siècles, les deux principales cités marchandes du royaume, Lyon et Rouen, font de notre pays le « grenier à cartes de l’Europe » ! Grâce à ses débouchés maritimes, Rouen inonde la façade atlantique, de la Scandinavie au Portugal, en passant par les Pays-Bas, devenant en outre le fournisseur exclusif des Iles Britanniques. Un arrêt du Parlement de Rouen du 13 décembre 1699 évoque un procès intenté pour malfaçon au Sieur Delamare, propriétaire d’une fabrique de cartes à jouer qui employait 600 ouvriers ! On juge par ce chiffre de l’importance d’une seule des fabriques de Rouen. Et il en existait beaucoup de semblables.

 

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Les cartiers sont alors au faîte d’une gloire dont les Grands décident de profiter ! Dès le XIIIe siècle, la tentation de tirer des jeux une ressource fiscale, s’était esquissée. Mais la véritable fiscalisation du jeu ne s’affirme qu’au cours de la seconde moitié du XVIe siècle. C’est de Castille et des énormes besoins financiers de Charles-Quint que part le mouvement qui arrivera en France sur une ordonnance du roi Henri III du 21 janvier 1581 comportant cette disposition « portant defense tres-expresse de transporter hors du royaume aucune sortes de papier, cartes & tarots, (…) sinon en payant le droict de traicte ». C’était tout simplement instituer une taxe à l’exportation, "faire payer les étrangers".

 

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Henri III (1551-1589)

Il faut croire qu’un raisonnement économique différent fut soumis au roi peu après, car, deux ans plus tard, en mai 1583, il modifia le régime d’une simple déclaration : les cartes, les tarots et les dés vendus dans le royaume étaient imposés, les produits exportés ne l’étaient plus. Le nouvel impôt fut affermé. Les cartiers de Lyon et de Rouen protestèrent énergiquement et, devant l’impossibilité de recouvrer l’impôt, les mesures furent abandonnées à partir de 1586. Ceci n’était pourtant que partie remise, d’autant qu’après la France, l’État pontifical (en 1588), le duché de Lorraine (en 1599), puis, après 1600, l’Europe entière ou presque, avaient suivi le mouvement, instituant sous des formes variées un impôt sur les cartes à jouer. En 1605, Henri IV rétablit donc l’imposition dans les mêmes formes que son prédécesseur, mais les injonctions du roi se heurtèrent à la résistance des parlements. Finalement, en 1609, de guerre lasse, il décide de renoncer. C'est son fils, Louis XIII, qui va rétablir l’impôt en mars 1622. En dépit des vicissitudes de la fin du règne et de la régence, la taxe sur les cartes et les tarots va alors perdurer, il est vrai par intermittence, tout au long du XVIIe siècle avant d’être abolie une première fois par la Révolution en 1791. Mais la manne apportée par cette taxe ne pouvait laisser insensible une République à court d’argent : l’impôt fut donc rétabli en 1798 et perçu sans interruption jusqu’en 1945 !

Les marques fiscales (timbres, légendes, paraphes, bandes de contrôle, etc…) sont aujourd’hui des repères utiles pour dater un jeu de cartes. Les collectionneurs et historiens sont friands de ces signes parlants et riches d’informations.

A noter qu’il existe en France un musée unique de la carte à jouer. Il se situe à Issy-lès-Moulineaux.

 

 

15.11.2009

A la rencontre de St-Onuphre, patron des tisserands

Je vous ai déjà parlé de ces saints honorés autrefois et aujourd’hui disparus de nos calendriers et de nos mémoires.

La Normandie en est particulièrement pourvue. Considérés comme des guérisseurs, ils étaient priés par nos ancêtres souvent très dépourvus face aux maux dont ils souffraient.

La situation géographique de notre province justifie cette multitude de cultes dont elle a le privilège. Située au carrefour des convoitises de nombreux conquérants et aventuriers, Celtes, Latins, Germains ou Nordiques, arrivés par terre ou par mer, s’y sont posés, opposés, imposés aussi parfois, semant sur notre terroir cette densité de croyances, de coutumes et de superstitions qui font sa richesse. Nos églises regorgent d’une iconographie religieuse des plus fascinantes. Je vous propose d’entrouvrir la porte de certaines d’entre-elles et d’aller à la rencontre de notre héritage normand.

Et pour commencer, j’ai choisi de vous parler de Saint Onuphre, patron des tisserands.

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« Onuphre » vient de l’égyptien ancien et signifie « éternellement beau ou bon ».

Ce saint vécut au IVe siècle et était originaire d’Asie Mineure. Il aurait mené en Egypte, durant plus d’une soixantaine d’années et jusqu’à sa mort vers l’an 400, une vie d’ermite dans le désert et dans une absolue pauvreté. Près d’une source, à l’ombre d’un palmier, il ne nourrissait seulement de ses dattes. Pour remplacer ses vêtements tombés en poussière, de longs poils lui poussèrent sur le corps.

Une telle vie était bien sûr propice au développement des maux d’articulations, ce qui explique sans doute qu’on lui ait attribué des pouvoirs de guérison sur les rhumatismes.

Son culte a été introduit en Haute-Normandie par les croisés. Il semble d’ailleurs prié uniquement dans notre région.

Il est représenté avec une longue barbe blanche et des branchages autour du corps en guise de vêtement. La statue de l’église de Biville-la-Baignarde (canton de Tôtes), appelée autrefois Biville-Saint-Onuphre, en serait, dit-on, la représentation la plus fidèle.

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St-Onuphre, Eglise de Biville-la-Baignarde

L’église de Bordeaux-St-Clair (canton de Criquetot-l’Esneval) abrite une statue en bois polychrome du XVIIIe siècle et reçoit encore régulièrement des pèlerins venant chercher un soulagement à leurs douleurs.

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St-Onuphre (au centre, entre St-Joseph et St-Eutrope), Eglise de Bordeaux-Saint-Clair

Enfin, au Mesnil-Durdent (canton de Saint-Valéry-en-Caux), les rhumatisants se baignaient autrefois dans une mare Saint-Onuphre. De nos jours, on se contente de lire une prière dans l’église au pied d’une statue du XVIe siècle.

 

Saint Onuphre était fêté le 12 juin où Saint Guy l’a remplacé !

 

* Biblio. « Les Saints qui guérissent en Normandie » - Hippolyte Gancel –  Ed. Ouest-France

15.10.2009

Austreberthe, une ch'ti en Normandie

En Normandie, « Austreberthe » fait certainement plus penser à la rivière du même nom qu’à la sainte ! Il faut dire que  Sainte-Austreberthe, originaire du Pas-de-Calais, n’est guère connue en dehors de notre belle province.

 

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Née à Thérouanne, vers 630, sous le règne de Dagobert Ier, elle prit le voile très jeune, entre au monastère du Port dans le Ponthieu, avant de fonder, dans la maison de ses parents, un autre monastère situé à Marconne dans l’Artois. Ce n’est qu’ensuite qu’elle devint la première abbesse de l’Abbaye de Pavilly fondée en 662  par Saint-Philibert, abbé de Jumièges. Elle y fit construire trois églises dédiées à la Vierge, à Saint-Martin et à Saint-Pierre. Ce monastère de femmes fut détruit par les Normands au IXe siècle puis reconstruit en 1090 pour des religieux bénédictins. Abandonnée en 1717, sa chapelle fut rachetée et rendue au culte en 1860. Elle a fait l’objet en 1934 d’une inscription au titre des monuments historiques.

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Vitrail du Miracle des Loups - Chapelle du village d'Austreberthe

Sainte Austreberthe est réputée avoir accompli de son vivant de nombreux miracles dont  « le miracle des loups » : la Sainte et ses religieuses avaient l’habitude de blanchir les linges de la sacristie de l’Abbaye de Jumièges distante de quelques lieues de celle de Pavilly. Un âne avait été dressé pour transporter seul le linge d’un monastère à l’autre. Or, un jour, l’âne se retrouva face à face avec un loup qui se jeta sur lui et le dévora. Sainte Austreberthe apparut, réprimanda le loup et le condamna à remplir les fonctions dont sa victime s’acquittait auparavant. C’est ainsi que le loup accomplit jusqu’à la fin de sa vie sa tâche avec humilité et soumission. Sur le lieu de mort de l’âne, fut érigée, au VIIe siècle, une chapelle qui fut remplacée ensuite par une simple croix de pierre puis par un chêne nommé « chêne à l’âne »  dans lequel furent placées plusieurs statues de la Vierge.

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Source et Chapelle d'Austreberthe

Un autre de ses miracles est à l’origine de son culte en Normandie : la source de la rivière qui porte son nom, située au sein d’une chapelle au cœur du petit village d’Austreberthe près de Pavilly, dont les eaux auraient des vertus curatives sur les impotents et les perclus. Sainte Austreberthe est également invoquée à Penly (Canton d’Envermeu) pour protéger contre les bêtes méchantes ou dangereuses et à Saint-Germain des-Essourts (Canton de Buchy) pour l’apaisement des fièvres.

Elle mourut à Pavilly, au début du VIIe siècle, âgée de 74 ans.

Sainte Austreberthe est fêtée le 10 février, aujourd’hui jour de la Saint-Arnaud

 

Biblio : « Les Saints qui guérissent en Normandie » d’H. Gancel – Editions Ouest-France -2006-2009.

10.09.2009

Les prénoms régionaux normands

Choisir le prénom de ses enfants, voilà un droit qui n’a pas toujours été aussi permissif qu’aujourd’hui. Pour s’en convaincre, un peu d’histoire…

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 Le retour de baptême - L. Le Nain - (1600-1648)

Par décret en date  du 24  brumaire an II (14 novembre 1793), « chaque citoyen a la faculté de se nommer comme il lui plaît, en se conformant aux formalités prescrites par la loi ». Ces formalités sont celles du décret du 20 septembre 1792, à l’origine de la laïcisation de l’état civil, instaurant entre autres le terme de prénom pour remplacer celui de nom de baptême.

Ce sont alors les prénoms de l’Antiquité, en vogue chez les révolutionnaires épris des républiques antiques, ou les prénoms symboliques, qui surgissent : le révolutionnaire François Noël Babeuf devient Gracchus Babeuf et Louis Philippe Joseph d’Orléans devient Philippe Egalité… Et, la cerise sur le gâteau, c’est que la loi permet de changer de prénom à volonté au cours de sa vie.

Cette liberté anarchique dure peu : moins d’un an plus tard, le 6 fructidor an II (23 août 1794), il est à nouveau interdit de prendre d’autres prénoms et nom que ceux de son acte de naissance (ouf ! Heureusement pour les généalogistes que nous sommes !)

Le bouleversement fondamental va intervenir 9 ans plus tard, quelques mois avant l’Empire ! Pour la première fois dans l’histoire de notre pays, un gouvernement va restreindre les libertés de choix des parents en matière de prénoms pour leurs enfants. En  effet, en 1803, une loi rend obligatoire les prénoms « en usage dans les différents calendriers ou portés par des personnages connus de l’histoire ancienne ». 

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Les Rois Mages Gaspard, Melchior et Baltasar - Goltzius - XVIIe siècle

 

Elle signe ainsi l’arrêt de mort des prénoms régionaux pour deux raisons. Elle s’appuie d’une part sur des calendriers, donc sur une liste de prénoms limitée et d’autre part, sur des documents écrits, établis en français par des élites parisiennes.

Le Concile de trente demandait déjà aux parents, dans les années 1560, de choisir pour leurs enfants un nom de saint, une façon de le placer sous une protection céleste. Mais, le calendrier, l’ancêtre de notre fameux calendrier des Postes, ne comporte que 365 jours et donc à peine plus de saints, tandis que le répertoire exhaustif de l’Eglise catholique en comptait plus de 40 000 !

Quantité de « petits » saints, qu’on ne retrouve plus guère aujourd’hui que dans les noms de nos églises ou villages, comme en Normandie Saint-Nicaise, Saint-Maclou ou Saint-Ouen, sont alors absents du calendrier usuel mais localement priés, connus et choisis par les populations pour leurs enfants. Même si le souvenir de leurs hauts faits célestes se perdait dans la brume des siècles, leurs noms s’ancraient dans les pierres du village, dans les sources ou les fontaines et se transmettaient par extension aux petits nés à proximité, constituant ainsi de véritables prénoms régionaux. Nous aurons l'occasion d'en reparler.

Imposer un calendrier était du même coup aussi imposer une langue, le français ! La législation de 1803 précisait bien que les seuls calendriers admis étaient « ceux de la langue française », les prénoms construits dans les langues régionales se trouvant d’office bannis de l’état civil.

En 1987, le texte de loi de 1803 est modifié : autorisation est donnée aux parents de prendre désormais pour leur nouveau-né «  des prénoms consacrés par l’usage et relevant  d’une tradition étrangère ou française, nationale ou locale ». En clair, on peut désormais aussi bien choisir un prénom régional, refusé si férocement auparavant, qu’un prénom étranger, à condition toutefois de pouvoir justifier de son orthographe exacte.

Cette ultime exigence est supprimée par la loi du 8 janvier 1993 qui dispose que « l’officier d’état civil porte immédiatement sur l’acte de naissance les prénoms choisis » par les parents. Deux réserves cependant : on ne peut choisir ni le patronyme d’une personne connue (ex : Picasso), ni un nom « contraire a l’intérêt de l’enfant… ayant une apparence ou une consonance ridicule, péjorative ou grossière, ou difficile à porter en raison de (sa) complexité ou de la référence à un personne déconsidéré dans l’histoire ».

Cette libéralisation permet de voir renaître nos prénoms régionaux qu’on pensait disparus. L’engouement actuel pour la généalogie n’y est pas étranger : donner à son enfant un prénom de sa région d’origine, c’est lui donner des racines, inscrire en lui un souvenir et une histoire, au-delà des modes et du caractère administratif de cette inscription à l’état civil.

 

Quelques anciens (et rares) prénoms de Normandie :

Au masculin : Almar, Alrik, Alvin, Amalrik, Ansfrid, Answald, Arild, Arnbjörn, Arnketil, Arnold, Arnulf, Arwed, Asbjörn, Asgeir, Asketill, Aslak, Asulf, Aldrik, Baldwin, Bernulf, Bertil, Biarni, Bjarni, Bjarnulf, Björnulf, Björn, Brand, Brynjolf, Dankrad, Delf, Detlef, Didrik, Dirk, Diter, Ditfrid, Ditmar, Ditwin, Egmont, Einar, Eivind, Enguerrand, Erling, Erwin, Eskil, Eudelin, Ewald, Falko, Frithjof, Frode, Froward, Frowin, Gerulf, Gervald, Gervin, Gildwin, Godfred, Grim, Hagen, Halfdan, Harding,  Herman, Hilbert, Hilding, Hilmar, Hindrik, Hjalmar, Holger, Hrolf, Ingmar, Ingolf, Ingvald, Ingvar, Ivar, Ketil, Kjeld, Knut, Lambert, Leif, Lennart,  Lothar, Luderik, Maclou,  Njall, Odalrik, Odmar, Olaf, Osfrid, Osgeir, Osmond, Osvald, Otger, Otmar, Otvard, Radulf, Ragnar, Ranulf, Ralf, Rambert, Renold, Richard, Roald, Roderik, Rodger, Rolf, Runi, Rurik, Sigmar, Sigmund, Sigurd, Sigvald, Skeggi, Sven, Tancrède, Terkel, Thorbjoörn, Thorkel, Thorolf, Thorsten, Thorvald, Till, Turold, Ulf, Ulrik, Veland, Vimund, Waldemar, Wandrille, Wido, Wiland.

 

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La Reine Wilhelmine des Pays-Bas (1890-1948)

Au féminin : Alwine, Astrid, Bartke, Bathilde, Bentje, Bernahardine, Bertha, Berthilde, Berti, Bertrade, Blithilde, Brunhilde, Dagmar, Deetje, Didda, Dille, Dita, Dithilde, Ditlinde, Edda, Eduarda, Edwina, Eldrid, Elfi, Elfride, Elke, Elma, Enguerrande, Erma, Ermelinde, Ermina, Eudeline, Frida, Frigge, Gerda, Gerlinde, Gisela, Gislinde, Gudrun, Gunhil, Hedda, Hedi, Hedwige, Heidi, Helga, Hemma, Hermine, Hilda, Ida, Inga, Inge, Ingeborj, Ingrid, Irma, Irmine, Mariette, Markvart, Millicent, Oda, Osanna, Osanne, Ottilia, Ottilie, Ragnhild, Rikke, Savine, Signi, Signild, Sigrid, Sigrune, Sike, Solveig, Solvej, Solvejg, Sunilda, Svantje, Svenborg, Thilda, Thilde, Ulrika, Vilma, Vilhelmine 

 

 

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Baptême en Normandie - A. BROSSARD

 

Biblio : « Histoire, formation et usage : les prénoms régionaux » - Article de M-O. Mergnac publié dans la revue « Gé-Magazine » n°255 – Janvier 2006.

03.07.2009

L'if normand, familier et énigmatique

Avez-vous remarqué ces ifs majestueux que l’on rencontre souvent chez nous, en Normandie, près des églises de campagne ou des cimetières ?

L’origine de leur présence  est des plus lointaines, à l'époque où les Celtes peuplent notre belle province.  Pour eux, l’if est un arbre sacré, à la fois symbole de l’immortalité  (sa longévité peut dépasser 2000 ans !) et de la mort, ce qui peut paraître contradictoire si l’on ignore leur croyance en l’immortalité de l’âme. En effet, ils pensent qu'à sa mort, l’homme part en direction de l’ouest, comme le soleil couchant, et s’installe sur des îles sacrées, en attendant que vienne l’heure de renaître dans un autre corps. L’if concrétise le souvenir envers celui qui est parti pour l’autre vie, et c’est vraisemblablement pour cela qu’ils le plantent près de leurs cimetières.

Les premiers missionnaires de la religion catholique naissante, désireux d’évangéliser ce peuple païen, vont, devant les manifestations d’hostilité qu’ils rencontrent, non pas détruire mais christianiser leurs objets de vénérations. C’est ainsi que les ifs vont recevoir statues et autres crucifix. Comme beaucoup étaient très vieux, le tronc bien creusé, la chose était aisée !

Les ifs deviennent ainsi des sanctuaires dédiés soit à la Vierge soit aux saints. C'est le cas des deux ifs de La-Haye-de-Routot, en forêt de Brotonne, deux géants, l'un de 16 mètres de circonférence et l'autre de 14 mètres, qui abritent le premier une chapelle et l'autre un oratoire.

 

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C’est alors que les Saxons envahissent la Normandie, beaucoup plus fertile que leurs landes de Basse-Saxe. Heureusement, ils accordent à l’if la même grande importance symbolique.

Puis arrivent les Vikings ! Dans la religion scandinave, l’if et le frêne sont deux arbres majeurs : avec l’if, on fabrique les arcs, avec le frêne, les flèches ! Rolf le marcheur, devenu Rollon puis Robert 1er, premier duc de Normandie, transforme les farouches guerriers qui ont fait trembler le pays en paysans laborieux, désireux de s’intégrer définitivement sur ces terres si riches. L’if, comme gardien du domaine des morts, est sans doute le seul point commun entre leur religion et le christianisme. Et c’est ainsi que non seulement ces arbres vont être sauvegardés mais d’autres vont être plantés à côté des églises en cours de reconstruction

Comme on sait depuis longtemps que cet arbre est toxique, le plus toxique actuellement connu, notamment pour les animaux (des chevaux de corbillard, ont payé de leur vie, le fait d’y avoir goûté), on se sert de sa présence près des églises et des cimetières pour éloigner de ces lieux sacrés le bétail mais aussi les bêtes sauvages susceptibles de déterrer des cadavres pour s’en nourrir.

On pense aussi qu’il assainit l’air par l’absorption des miasmes malsains dus à la décomposition des corps. Le dimanche, après la messe, les fidèles, c’est-à-dire alors pratiquement toute la population, prennent l’habitude de ses réunir sous l’if afin de bavarder, mais aussi de recevoir des communications officielles, de voir la justice rendue.

 

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La guerre de cent ans sera cruelle pour les ifs, car pour fabriquer les arcs, on va beaucoup en abattre. Ces arcs extraordinaires, les meilleurs du monde, comptaient pourtant un ennemi, le rat, pour qui ses cordes graissées étaient un véritable régal.

 

Aujourd’hui hélàs, en Normandie comme ailleurs, l’if est rare à l’état naturel. C’est actuellement en France une espèce protégée. Son bois, très prisé des ébénistes, facteurs d’arcs et luthiers, est imputrescible, à la fois robuste et souple, aux qualités acoustiques exceptionnelles et très recherché en marqueterie.

24.06.2009

La propreté des rues de Rouen, hier comme aujourd' hui !

Sans remonter au roi Dagobert qui, d’après les bons auteurs, aurait pris le premier édit concernant la propreté des rues des cités, on peut dire sans se tromper qu'on s'est préoccupé de ce sujet dès le Moyen-âge. Et, à cette époque déjà, notamment en raison de la division des pouvoirs, l’application des règlements restait souvent lettre morte.

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Place de la Haute-Vieille Tour à Rouen - Giusseppe Canella - 1824

 

Dans notre bonne et belle ville de Rouen, ce n’est vraiment qu’à la fin du XVIIIe siècle que diverses mesures vont être prises. Une ordonnance générale de police du 6 novembre 1778 va prescrire un nettoyage complet devant toutes les maisons de la ville deux fois par semaine et ce au son de la cloche qui en donne le signal. Elle impose en outre aux riverains de jeter de l’eau sur le pavé et dans les ruisseaux pendant les chaleurs de l’été.

 

En 1789, la ville ne possédant pas d’éclairage public, il est ordonné aux habitants d’éclairer le devant de leurs maisons « les jours où il ne ferait point de lune », mais seulement de 6 en 6 maisons. Comme l’état des rues est déplorable, les pavages, quant il y en a, en mauvais état,  par temps de pluie, c’est un infect cloaque. C’est aussi très dangereux par nuits d’hiver et sans lune, à la lueur de quelques quinquets fumeux et défaillants, prescrits par la Municipalité,  de trouver son chemin sans être sali par cette boue infecte qui faisait dire que « Boue de paris et… de Rouen, ne s’en vont qu’avec la pièce ! ».

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 Quai de Paris à Rouen - Johannes Bosboom - 1839

Devant l’insalubrité grandissante des rues de notre ville, des voix s’élèvent dès 1859 : « Nos rues ne sont lavées et assainies que lorsque le ciel se charge de ce soin,  en nous envoyant un de ces violents orages qui, en nous débarrassant des vapeurs fétides, encombrent certaines places de terre et de sable. Et, cependant, une ville qui n’a pas d’abattoirs, qui voit couler dans ses rues le sang des bestiaux et qui, par conséquent, pendant l’été surtout, est exposée aux miasmes pestilentiels, devrait placer au rang de ses dépenses les plus nécessaires, la création de fontaines qui, coulant constamment, dans presque tous les ruisseaux, entretiendraient une fraîcheur aussi agréable qu’utile à la conservation de la santé. » Différents projets vont alors être étudiés comme la mise en place d’une turbine ou machine à vapeur pour détourner les eaux de la Béthune, la construction d’un aqueduc ou tunnel pour amener de l’eau des sources des environs de Neufchâtel, le percement sur Bihorel d’un puits pour atteindre la nappe phréatique,…tous jugés « grandioses », mais « trop coûteux », ou « pas assez réalistes » et tous…  abandonnés !

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La rue Damiette à Rouen vers 1900

 

Aujourd’hui, les rouennais du XXIe siècle, dont je suis, se plaignent toujours de l’état de leurs rues. Crottes de chiens, détritus, poubelles renversées répandant leurs immondices sur les trottoirs, papiers jetés à terre, etc… jalonnent le parcours du piéton.

Mais à cela, une seule cause : l’incivilité dont font preuve les citoyens et le manque de respect qu’ils ont envers autrui.

 

 

07.05.2009

La monnaie de Rouen

Les Gaulois ne faisaient que du troc.

Ce sont les Romains qui développèrent le commerce avec l’usage de la monnaie. Parmi les premières trouvées,  l’une portait le nom de Ratumacos (Rouen) et datait de 43 avant J.-C. Le nom de la tribu y figurait aussi : Vélocassi (gens du Vexin), Rouen en étant la capitale.

A partir de l’an 600 après J.C., on en trouve davantage car c’est en effet dès cette date que s’installe à Rouen un atelier monétaire qui va perdurer jusqu’en 1857.

Sous le roi François 1er, d’après l’Abbé Cochet*, l’Hôtel de la Monnaie à Rouen s’élevait rue Herbière**, paroisse Saint-Eloi. Il aurait remplacé celui qui se trouvait dans la rue Vanterie (ancien nom de la rue du Gros-Horloge) L’atelier de la rue Saint-Eloi appartenait au Roi et passait pour l’un des plus complets de France pour son outillage et sa fonderie. Une juridiction spéciale y était rattachée « les Officiers du siège royal des Monnoyes de Rouen ».  La direction de l’Hôtel était assurée par un Maître régisseur du Roi ayant à ses ordres plusieurs Officiers et un personnel d’ouvriers employés de père en fils par privilège.

 

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En 1784, on comptait 50 monnayeurs, 9 graveurs, 13 veuves de monnayeurs et graveurs (qui conservaient des privilèges). Tout ce personnel jouissait de privilèges considérables supérieurs à ceux de la noblesse. Il portait une médaille avec ces mots « Barreurs, péagiers, pontaniers ; laissez-passer les monnayeurs ; ils sont exempts d’impôts ». C’est dire si l’emploi était recherché !

L’activité de la Monnaie de Rouen connut des périodes plus ou moins fastes jusqu’à la Révolution, où elle reçut l’or et l’argent provenant des églises et des couvents. Les cloches, y compris la Georges d’Amboise qui avait été fêlée en fêtant la joyeuse entrée de Louis XVI à Rouen, y passèrent ainsi que les belles grilles de bronze de la Cathédrale.

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Après la Révolution, une loi du 26 pluviôse an II supprima les ateliers monétaires de province au profit de la Monnaie de Paris. Après un certain temps d’arrêt, elle est remise en état par Napoléon avant de s’arrêter  définitivement en 1857. L’Hôtel fut démoli en 1912 après avoir servi de caserne aux douaniers.

 

Les principales pièces qui sont sorties des ateliers monétaires de Rouen sont les petites monnaies en bronze frappées à l’effigie de Posthumus, soldat gaulois qui s’était fait proclamer empereur vers le milieu du IIIe siècle. C’est la plus ancienne monnaie de Rouen connue. A signaler aussi les Agnus (pièces portant un agneau) de Jean le bon, le petit Tournois (1422), l’Angelot et le Salut d’or (1426), les monnaies à l’effigie de François 1er, les Donzains d’Henri II, les pièces d’Henry IV en argent, l’Ecu à la couronne de Charles VIII, et le quart d’Ecu aux trois couronnes de Louis XIV.

 

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Il n’existe plus de nos jours qu’un seul Hôtel de la Monnaie, celui de Paris.

 

* Abbé Cochet : Archéologue rouennais (1812-1875)

** actuellement rue des Charrettes

 

10.04.2009

Joyeuses Pâques !

Pâques est un événement très important dans la liturgie chrétienne, qui marque la fin du carême et la résurrection du Christ.

Depuis jeudi dernier, « Jeudi Saint », les cloches de nos églises ont, en signe de deuil de la mort du Christ,  cessé de sonner. La légende prétend qu’elles sont parties à Rome et qu’elles ne reviendront que dans la nuit qui précède le jour de Pâques, chargées d’œufs en chocolat qu’elles vont déverser dans les jardins. La « chasse aux œufs » peut alors commencer !

La coutume des œufs de Pâques se rattache à l’instauration du Carême, cette période de 40 jours précédant Pâques durant laquelle l’Eglise interdit la consommation des œufs. A l’issue de ce temps de jeûne et de pénitence, les œufs accumulés devaient être consommés. Et le moyen le plus expéditif de s’en débarrasser était de les donner aux enfants qui les collectaient dès le Jeudi Saint et les dégustaient le jour de Pâques.

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Les ménagères normandes préparaient alors leur fameuse « omelette de Pâques » faite avec de l’huile de faine extraite lors de la récolte des fruits du hêtre et l’on se réunissait en famille pour la déguster. Après les privations du carême, on « faisait gras » et à la consommation des œufs s’ajoutait celle du porc et du bœuf, et en belle quantité.

 

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Heureux le normand qui avait observé le carême un jour de plus, il était assuré de ne point avoir de fièvre pendant toute l’année ! Heureux encore celui qui s’était baigné le jour de Pâques dans une rivière avant le lever du soleil, il gardait le teint frais et rosé toute l’année !

Mais malheureux le premier enfant baptisé avec de l’eau bénite un jour de Pâques, il était stérile toute sa vie !

 

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La nourriture de Carême. Scène de marché. Chronique de Ulrico de Richental 15è siècle.  

04.04.2009

Les Rameaux en Normandie, les "Pâques Fleuries"

Le dimanche des Rameaux, dernier dimanche avant Pâques, est le premier jour de la semaine Sainte, laquelle dure 6 jours.  Pour les Catholiques, ce dimanche commémore à la fois deux événements : l'entrée solennelle de Jésus à Jérusalem, où il fut acclamé par une foule agitant des palmes et des branches de palmiers et la commémoration de la Passion du Christ,  sa mort sur la croix.

En Normandie, le dimanche des Rameaux était aussi appelé, de manière poétique, « Pâques fleuries » « …Robert vint en Normandie un jur devant Pasches-flurie…* ».

Il est de tradition de jour-là que les fidèles apportent un rameau de buis à l’office afin de le faire bénir. Le buis bénit va ensuite orner le crucifix de la maison. Il est également déposé sur la tombe des défunts comme signe d’espérance et de foi en la résurrection. Et c’est avec ce buis qu’on a coutume de bénir les cercueils des défunts.

 

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Si bon nombre de fidèles d’aujourd’hui sont restés attachés à ces traditions, s’y ajoutait jadis des croyances à des prétendues vertus : la foi du paysan normand n’avait pas son égal !

Ainsi, durant la procession des Rameaux, et surtout au moment où le curé met du buis à la croix, on examinait de quel côté venait le vent pour savoir si on allait avoir du blé, de l’herbe ou des pommes, car c’est ce vent là qui allait dominer tout l’été ! Quant au buis déposé sur la croix, il suscitait bien des convoitises : s’en saisir, c’était s’assurer pour toute l’année autant de beurre que l’on désirait 

Mais le buis béni protégeait également les hommes et les bêtes des maléfices des sorciers ! Le Normand en suspendait un brin à la porte de son étable ou de son écurie, tout en récitant un Pater et un Ave, pour les préserver de la foudre ! Il  en plantait également une branche dans son jardin ou dans le sillon de son champ afin que Dieu les rende féconds. 

 

 

*« Roman de Rou » - chronique versifiée rédigée « Pour remembrer des ancessours les faiz et les diz et les mours » en anglo-normand par Wace ,couvrant l’histoire du duché de Normandie de l’époque de Rollon jusqu’à la bataille de Tinchebray en 1106.

 

25.03.2009

La Violette de Rouen

 

Notre belle Normandie possède des trésors ! Tenez, la "Violette de Rouen", cette petite fleur dont la célébrité vient de sa rareté : on ne la trouve qu’aux alentours de la capitale normande, sur une dizaine de kilomètres dans la vallée de la Seine, principalement sur les coteaux crayeux de la Roche Saint-Adrien, près de Belbeuf. C’est ce que l’on appelle une espèce « micro-endémique ». Unique au monde, elle a eu la chance d’avoir été identifiée et nommée par le Chevalier de Lamarck (1744-1829), naturaliste célèbre.

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En dépit de son appellation usuelle, la "Violette de Rouen", dont le nom scientifique est « Viola hispida Lam » ou bien encore  « Viola Rothomagensis » en référence au nom gallo-romain de la ville de Rouen, est en réalité une… pensée.

Comment la reconnaître ? De couleur violette avec du jaune et du blanc , une tache orangée à la naissance du pétale inférieur, sa ressemblance avec la pensée sauvage complique une identification réservée tout de même aux spécialistes.

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Si au début du XIXe siècle, la "Violette de Rouen" était encore très répandue, elle s’est depuis considérablement raréfiée. Devant le risque de disparition, elle est protégée depuis 1982.

 

 

 

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