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21/09/2016

Plus ça change, plus c'est la même chose

Lors de la retraite ayant sonné, vers 1920, Anne Boutiaut, surnommée la "Mère Poulard" (1851-1931), mondialement connue pour son auberge au Mont-Saint-Michel et sa fameuse omelette, emménagea avec son époux dans une jolie villa, baptisée "L’Ermitage", qu'ils avaient fait bâtir sur les hauteurs du site.

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Anne Boutiaut, surnommée la "Mère Poulard"

"Georges Clemenceau (1841-1929), qui avait été, à plusieurs reprises, son hôte, aimait prendre, de ses nouvelles. (...) Un certain jour d'après-guerre, il manifesta le désir de revoir celle qui l'avait si aimablement reçu au Mont-Saint-Michel. Le voyage fut concerté. (...) L'entrevue fut extrêmement touchante.

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Georges Clemenceau (1841-1929)

- Ah ! Monsieur Clemenceau, permettez-moi de vous embrasser, pour vous remercier d'abord d'avoir sauvé mon pays.

- Allez-y, Madame ! C'est bien bon de votre part.

Et la Mère Poulard embrassa, sans plus de façons, le vieux Tigre, qui se laissa faire avec attendrissement.

Puis, on causa :

- Monsieur Clemenceau, je vais vous dire que tant que vous renversiez les ministères, je ne vous aimais pas. Je trouvais que c'était très mal. Mais je vous aime beaucoup maintenant.

- J'accepte le compliment, chère Madame. Mais vous savez, il ne faut pas m'en vouloir d'avoir renversé les gouvernements. Plus ça change, plus c'est la même chose. Il ne fallait pas vous inquiéter.

Le Tigre s'assit à la table de l'auberge et déjeuna d'un bel appétit. L'omelette fut confectionnée par Madame Poulard elle-même."*

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Autour de cette fameuse omelette, un cycle de légendes s'est formé. Quel était donc "le" secret ? Il se murmurait sous le manteau que la Mère Poulard écartait une partie des blancs d’œufs et ajoutait un bon verre de crème fraîche... "Pouvez-vous croire, rétorquait l'intéressée, que j'aurais perdu touts ces blancs ? Non, je prenais les œufs et les battais tels quels, quant à la crème, pure invention ! Ce qui est vrai, c'est que nous avions toujours le meilleur beurre du pays et toujours très frais, nous en mettions dans la poêle un bon morceau, que nous ne laissions pas roussir. Surtout, nous nous gardions de trop cuire. Voilà tout mon secret !"

 

*Anecdote extraite du livre d'E. Couillard dans son livre "La mère Poulard", Ed. Cheminances, 2013.

Biblio. "La France à table - Basse-Normandie" n° 27 - Dec. 1950.

 

04/09/2016

Les deux chapelles de la Barre-y-va

Entre Le Havre et Rouen, sur les hauteurs de la jolie cité de Caudebec-en-Caux,  « la perle du Val de Seine », les deux chapelles de la « Barre-y-va » étendent leurs ombres sur la falaise. « La plus grande ressemble à un musée, avec ses maquettes de bateaux posées sur des socles ou suspendues de toute part et la petite met du bleu à l'âme *». La « Barre », c'est l'autre nom du mascaret, ce flot dévastateur, cette vague géante, terreur des marins, qui emporta notamment tout près d'ici, à Villequier, la fille chérie de Victor Hugo, Léopoldine et son mari, le 4 septembre 1843.

 

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La plus petite des deux chapelles de la » Barre-y-va », la « chapelle bleue » ou « Notre-Dame de la Miséricorde » est aussi la plus ancienne des deux. Sans clocher, d'après la tradition, elle aurait vu le jour en 1216 au bord de la Seine à la suite d'une terrible tempête dont les marins sortirent indemnes après avoir invoqué la clémence de la Vierge Marie. En atteignant la rive, ils auraient découvert une statue de Vierge. Y voyant là un signe divin, ils décidèrent de commémorer ce miracle par l'édification d'un lieu de culte, une chapelle plantée sur une terrasse dominant le fleuve d'une vingtaine de mètres.

 

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La «chapelle bleue » doit-elle son nom à la couleur bleue du vitrail qui fut posé au XVIIe siècle et qui est aujourd'hui disparu ou en raison des fresques bleues dont il ne reste qui ornaient ses murs et dont il ne restent que quelques rares traces ? Quant à celui de « Barre-y-va », il pourrait venir, comme le suggère l'écrivain normand Maurice Leblanc (1864-1941), le père d'Arsène Lupin, de l'image de cette barre impressionnante qui, les jours d'équinoxe, remontant la Seine, atteignent les chapelles malgré leur hauteur  : la Barre-y-va !

 

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Devant l'importance du pèlerinage qui se déroulait tous les ans le 25 mars, une seconde chapelle fut construite à la fin du XVIe siècle. On y déposa la statue de la vierge de la Barre-y-va, mais, d'après la légende, celle-ci rentrerait chaque matin dans sa petite chapelle bleue...

 

*Biblio. « Lieux mystérieux en Normandie » de C. Lablancherie – Ed. Ouest-France, 2015.

24/08/2016

La croix à la main du Mesnil-Herman

Dans le département de la Manche, au Mesnil-Herman, en venant de Saint-Lô, juste au carrefour des routes d'Hambye et Percy, une maison supporte sur sa façade une épée en forme de croix tenue par une main blanche. L'histoire remonte au 17 août 1714.

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Louis-Marie Grignion de Montfort (1673-1716), d'origine bretonne, ordonné prêtre en 1700, avait fait vœu de pauvreté et consacrait sa vie à la prédication en milieu rural. Le pape, rencontré le 6 juin 1706, lui avait conféré le titre de "missionnaire apostolique" en lui demandant de rentrer en France et de sillonner le royaume pour continuer à y renouveler l'esprit du christianisme par le renouvellement des promesses du Baptême et la consécration à la Sainte Vierge.

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Louis-Marie Grignion de Montfort (1673-1716)

C'est donc en conquérant spirituel que l'homme de Dieu arrive cet été 1714 en Normandie. Peu désireux de le savoir sur son diocèse, quand l'évêque d'Avranches, Roland-François de Kerhoën de Coëtanfao (1662-1719), soupçonné de jansénisme et d'être un adversaire de la bulle pontificale Unigenitus, apprend sa présence, il lui intime aussitôt l'ordre de quitter au plus vite ses terres et de poursuivre sa route.

Sur le chemin, usé par la fatigue et les pénitences qu'il s'imposait, le saint homme s'arrête à Mesnil-Herman. La maison du carrefour est une auberge. Il frappe pour y demander l'hospitalité. Mais on la lui refuse. Épuise, il ne trouve pas la force d'aller plus loin et s'endort là, à la belle étoile.

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Église Saint-Pierre du Mesnil-Herman

En souvenir, les Mesnil-Hermanais, profondément choqués par cette absence de charité chrétienne, installeront sur ladite maison, cette main blanche tenant une épée en forme de croix. Dans l'église Saint-Pierre du Mesnil-Herman, 6 vitraux du peintre verrier Mauméjean content cette histoire.

En 10 ans, jusqu'à sa mort 28 avril 1716 à l'âge de 43 ans à Saint-Laurent-sur-Sèvre (Vendée), Montfort va prêcher dans une dizaine de diocèses, depuis Saint-Brieuc jusqu'à Saintes et de Nantes à Rouen. Fondateur des missionnaires de la Compagnie de Marie, de la Congrégation des Filles de la Sagesse, et des Frères de la Communauté du Saint-Esprit, il est béatifié le 22 janvier 1888 par le pape Léon XIII (1810-1903) et canonisé le 20 juillet 1947 par Pie XII (1876-1958).

 

Biblio. "Manche - 100 lieux pour les curieux" de B. Rudloff et R. Boudet - Ed. C. Bonneton, 2016.