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26/04/2020

Le jour où Monet posa ses valises en Normandie

Dimanche 29 avril 1883. Claude Monet et sa tribu, ses deux fils Jean et Michel, sa compagne Alice Hoschedé et les six enfants de celle-ci posent leurs valises à Giverny, un village normand de seulement 279 âmes situé au bord de l'Epte. Le peintre de 43 ans vient d'y louer, au lieu-dit "Le pressoir" une modeste maison, presque à l'abandon, une maison de paysan, entourée d'un petit jardin et de quelques arbres fruitiers en fleurs à cette saison.

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Monet et sa famille en 1886

Sait-il déjà combien il va s'attacher à ces lieux, au point d'acquérir la propriété en 1890, de l'agrandir, d' y installer son atelier et d'y passer les 43 années qui lui restent encore à vivre ? A-t'il déjà prévu d'y réaliser son rêve de jardin japonais ? Et surtout, peut-il imaginer que l'ensemble va devenir le deuxième lieu le plus visité en Normandie après le Mont-Saint-Michel ?

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Monet dans son jardin en 1889

"Je dois peut-être aux fleurs d'être peintre" confiait-il souvent. A peine un mois après son arrivée, le voici qui transforme le jardin. Il fait construire trois serres et acquiert, de l'autre côté du chemin du Roy, le terrain qui longe la propriété. C'est là qu'il va y créer son jardin japonais. Après nombre de tracasseries administratives, il y fait creuser un étang alimenté grâce à un bras de la rivière. En 1895, il l'agrémente d'un pont. Un pont rebondi couvert de glycines. Des saules pleureurs, des bambous, des iris, des nénuphars, des roseaux et bien sûr des nymphéas viennent compléter son paradis. Les voisins s'alarment. Et si ces plantes apportaient des poisons dans l'eau ? "Il ne s'agit là que d'une chose d'agrément et pour le plaisir des yeux, et aussi d'un but de motif à peindre" rassure-t'il. La maison aussi est revue aux couleurs de sa palette. Extérieurement, elle garde son crépi rose, mais ses portes et volets passent du gris au vert. Et intérieurement, elle se couvre de jaune, de blanc et de bleu.

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Après la mort du peintre, le 5 décembre 1926, tout cela pourtant a bien failli disparaître. C'est Michel, son seul fils survivant qui hérite de la propriété, des tableaux qui s'y trouvent et de l'importante collection de 243 estampes japonaises du maître. Mais comme il s'en désintéresse, c'est la bru de Monet, Blanche Hoschedé, fille d'Alice et veuve de Jean, le fils aîné de Monet, qui va comme elle peut entretenir la maison et le jardin jusqu'à sa mort en 1947. Après elle, tout est laissé à l'abandon. Michel Monet meurt en 1966 sans laisser d'héritier. Selon son testament, ses biens, hérités de son père reviennent à l'Académie des Beaux-Arts, laquelle, dans un premier temps, s'emploie à sauver les collections. En 1977, la restauration du jardin est confiée à un passionné d'art, Gérald Van der Kemp (1912-2001) lequel, en qualité de conservateur en chef, a mener avec succès les campagnes de restauration du château de Versailles. Il sollicite des mécènes, crée une fondation, engage d'importants travaux. Giverny ouvre au public le 1er juin 1980. Aujourd'hui, 530 000 visiteurs s'y pressent chaque année, d'avril à novembre.

 

Biblio"La Normandie pour les nuls" de Ph. Simon - First-Ed., 2017.

21/07/2019

L'armoire normande

Une armoire qui se monte et se démonte en dix minutes chrono ! Sans vis, sans boulon et presque sans outils ! Seulement un marteau. A l'heure des meubles en kit de la célèbre marque suédoise, où, même muni d'un mode d'emploi clair, rédigé en français, rien n'est acquis, avouez-que ça fait rêver ! Et bien, mes amis, ce "bijou" existe bien et bien sûr il est normand !

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L'armoire normande, puis qu'il s'agit d'elle, est entrée dans les maisons au XVIIIe siècle. Elle a succédé au coffre de mariage. Comme lui, elle est "le cadeau des épousailles". On raconte que, dès la naissance du nouveau-né, nos aïeux choisissaient l'arbre dans lequel le meuble serait taillé. Un beau chêne qui sera abattu dès que la sève sera redescendue. A la Communion solennelle de l'enfant, soit environ douze ans plus tard, ont fait débiter et mettre à sécher les planches qui seront nécessaires à son élaboration. Et ce n'est que, bien plus tard, au moment des noces, qu'elle est fabriquée par « un faiseur d'armoire, menuisier ou ébéniste bon en dessin et en sculpture au ciseau à bois et burin ». Il n'en fabriquait que deux par an. Si bien que la livraison déterminait la date du mariage.

Toutes les armoires normandes ont la même structure : quatre pieds hauts pour isoler le bois de la terre battue du sol, deux portes avec des ferrures en fer ou en cuivre pour les plus riches et une corniche simplement posée au-dessus, comme la cerise sur le gâteau. A l'intérieur, des étagères et parfois un ou deux tiroirs. Les côtés, le fond et les montants sont joints par des mortaises et des tenons et tenus par des chevilles en bois. Un simple coup de marteau pour les retirer, un autre pour les enfoncer, et c'est tout !

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Armoire normande de Bayeux

Même structure certes, mais pas semblables pour autant. Elles présentent de grandes différences selon les régions. A commencer par le motif central. Si la corbeille de fruits, débordant de raisins, est présente sur les armoires de Cherbourg, d'autres présentent "des fleurs, des feuilles ou des branches"... Autant de symboles qui "parlent" à l'oreille des anciens. Le bleuet est choisi pour la pureté, la feuille d'alcanthe pour l'indissolubilité du mariage, une colombe pour la fidélité, etc. Aucune pomme bien sûr, même pas normande ! Car la pomme reste le fruit du péché originel.

A Granville, on préfère l'acajou au chêne, un bois qui est ramené par les marins. A Coutances, le haut des portes est incurvé. A Bayeux et à Caen, elles s'ornent d'un médaillon très sculpté reprenant les motifs fleuraux de la corniche. A Flers, ce sont des outils de jardin qui la décore. A Pont-Audemer, elle est coiffée d'une corniche galbée et sa traverse inférieure est frappée d'une étoile. Celles d' Yvetôt sont décorées de cornes d'abondance regorgeant de gerbes de blé. A Fécamp, c'est au nombre de roses qu'on mesure la fortune de son commanditaire...

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Armoire normande fécampoise

Si les experts ont recensé 70 "styles" différents (et il semble en vérité qu'il y en ait bien plus), la palme de l'armoire normande revient sans doute au Pays de Caux. Toute la prospérité de la région se lit dans ses proportions comme dans sa décoration. Guirlandes de fleurs, profusion de rubans ou de perles,... mais plus encore. Chaque armoire raconte une histoire. Pour le marin, l'artiste façonne une carte déployée, un sextant ou une longue-vue. Pour le fermier, des outils de jardinage, des armes pour la chasse, des ustensiles de pêche. Les symboles amoureux ne sont pas oubliés, bien sûr, comme un couple de colombes qui se bécotent. Et pour rappeler l'éternel dévouement d'une mère de famille, il choisira de ciseler un pélican, modèle de l'amour parental.

 

Biblio. "Secrets et trésors des maisons de Normandie" de M. Le Goaziou et L. Herzog - Ed. Ouest-France, 2013 et "La Normandie pour les nuls" de Ph. Simon - First-Ed.2017.

28/04/2019

les "mais" en Normandie

Bien avant d'être la fête du travail, il y a très longtemps, en Normandie comme dans toutes les régions de France, la journée du 1er mai, celle du renouveau, était associée à l'amour.

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En France, c'est lors d'un Congrès international socialiste réuni à Paris, en juillet 1889, que cette date du 1er mai va s'inscrire comme "la" journée des travailleurs, celle durant laquelle la classe laborieuse du monde entier est appelée à exprimer ses revendications sur la place publique. En 1941, sous l'occupation allemande, le Maréchal Pétain (1856-1951) en fait officiellement une "Fête du Travail et de la Concorde sociale". L'initiative est bien sûr unanimement saluée par la presse et la radio... Il faut préciser qu'à l'époque la Saint-Philippe était fêtée le 1er mai... Supprimée à la Libération, la Fête du Travail renaît de ses cendres six ans plus tard, le 30 avril 1947, date à partir de laquelle le gouvernement en place déclare le Premier mai "chômé et payé" c'est-à-dire, avec une interdiction légale de travail sans réduction de salaire. A noter que, la jugeant "bien trop rouge", le pape Pie XII (1876-1958) tentera en vain en 1955 de la détourner au profit de l’Église en fixant au 1er mai la saint-Joseph, patron des travailleurs...

Dans des temps beaucoup plus lointains, un rite voulait que, durant la nuit du 30 avril au 1er mai, les jeunes gens des villages aillent en cachette planter ou déposer un "mai", un rameau fleuri, au pied de la maison familiale de la jeune fille de leur pensée. Une façon timide d'avouer ses sentiments à une époque où n'existait pas les S.M.S. Car, c'est bien connu, les fleurs ont un langage et les fleurs de "mai" le leur ! Bien sûr, le choix des espèces se faisait en fonction des régions, de la rareté de la fleur choisie, de son parfum et de sa couleur, mais aussi de son univers imaginaire.

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Épine blanche

Ainsi, si, au petit matin, une jeune seino-marine trouvait à sa porte une branche de sapin, porteuse d'amour et de respect, tout allait bien pour elle. Si de plus, au milieu du bouquet, son prétendant avait glissé une épine blanche, elle savait qu'il n'avait pas de doute sur son sérieux. Mais, le "mai" planté à une porte indiquait aussi à qui voulait le savoir défauts et secrets cachés de la belle. Gare au sureau dénonciateur de vertu douteuse, à la ronce, synonyme de mauvais caractère et à la branche de houx, de mépris et dédain !

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Fleur de sureau

Et si ne pas être fleurie était un véritable affront pour toute jeune fille en âge de convoler, le pire était de ne trouver à sa porte qu'une carotte assortie de deux pommes de terre, façon peu élégante de dénoncer une très mauvaise réputation...

 

 

Biblio. "Ces plantes qui ont marqué l'histoire" de H. Tierchant - Ed. Ulmer, 2016,

"Almanach de la mémoire et des coutumes de Normandie " de C. Tiévant - Ed. Hachette,1982

"Une histoire des fleurs" de R. De Ayala et M. Aycard - Ed. Perrin, 2001.