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07/12/2014

Saint-Gerbold, guérisseur des flux de sang

Originaire de Normandie, onzième évêque de Bayeux, la vie de Saint-Gerbold est auréolée de légendes. Son histoire commence au VIIe siècle, un soir d'hiver sur la côte anglaise. La mer est en furie et sur terre, la neige tombe à gros flocons. Au sommet d'un rocher dominant les flots, un groupe de soldats s'avance. À leurs côtés, Gerbold, enchaîné, vêtu d'une robe blanche, tête nue et mains jointes, est en prière. Parti quelques années plus tôt, il vivait dans le château d'un riche seigneur anglo-saxon où il était chargé de l'intendance. Hélas, pour avoir refusé les avances de la femme de son hôte, celle-ci, furieuse, l'a accusé d'avoir abusé d'elle. Avant de le pousser dans le vide, sur ordre de leur maître, les soldats ont attaché à son cou une grosse meule en granit, de celles qui écrasent les pommes en Cornouailles comme en Normandie.

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Mais miracle, la pierre ne s'enfonce pas dans les flots ! Bien au contraire, elle se met à flotter. Sur une mer devenue tout à coup calme et apaisée, bien en sécurité sur son embarcation, le saint homme rejoint sans encombre sa terre natale. Il accoste près de Bayeux, dans un petit village de pêcheurs. Quant il s'avance, les villageois comprennent qu'ils ont devant eux un envoyé de Dieu. Sous ses pas, l'hiver recule et s'enfuit. La glace fond, l'herbe pousse et tout redevient vert. C'est d'ailleurs en souvenir de cet étonnant prodige, que le village porte encore aujourd'hui le nom de Ver-sur-Mer.

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 C'est là qu'il choisit de vivre, en ermite, jusqu’au jour où la population, connaissant ses miracles, lui demande de succéder à leur évêque décédé. Mais l’austérité et la rigueur morale de son épiscopat lui valent rapidement l’inimitié des Bayeusains qui finissent par le chasser. En colère, l’évêque jette son anneau épiscopal à la rivière, jurant qu’il ne reviendra à la tête du diocèse qu’à la condition qu’on lui rapporte l’objet perdu. Bientôt, un châtiment divin accable la population qui s’est détournée de la religion : le pays est frappé d’une épidémie de dysenterie. Seul celui qui a quitté son siège d’évêque peut les guérir. Or, un pêcheur découvre l’anneau épiscopal dans le ventre d’un poisson. Gerbold tiendra sa parole, reviendra au siège épiscopal et l’épidémie cessera aussitôt.

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Mort en 695, fêté le 7 décembre, son culte a été très présent en Normandie. Une douzaine d’édifices religieux sont consacrés à ce saint guérisseur des "flux de sang", notamment la dysenterie et les hémorroïdes, maladies appelées au Moyen-Âge « mal Saint-Gerbold ». Ainsi, entre 1403 et 1418, Philippe d’Argouges, seigneur de Gratot, une commune du département normand de la Manche, fera construire sur ses terres, , une chapelle qui lui sera dédiée.

 

Biblio. « les plus belles légendes de Normandie » de E. Anne. 1932

12/11/2014

« De l'ôt côté de l'iau » avec les bacs de la Seine

La Seine coupe notre belle Normandie en deux. Entre Rouen et la mer, sur une distance de quelque 130 km, malgré ses bancs mouvants et ses chenaux capricieux, elle s'est plus ou moins docilement prêtée aux passages des hommes d'une rive à l'autre. Pendant longtemps, les embarcations vont être le principal moyen de traverser le fleuve. En effet, celles à fond plat ont, lorsque la basse mer le permettait, côtoyé un temps des passages à gué comme celui qui existait à Aizier, en prolongement de la grande voie romaine vers Lillebonne.  bacs de seine2.jpg

 Le passage d'eau de Yainville avant 1914

Les premiers bacs se résument à un plateau ou « bachot » avec un simple « plat-bord » que l'on manœuvre à l'aviron ou à la perche. C'est ainsi que le corps de Guillaume le Conquérant fut ramené de Rouen jusqu'à Caen par un moine fidèle, passant la Seine en aval de Caudebec-en-Caux.

Sous l'ancien régime, le privilège de passage est âprement discuté entre les seigneurs locaux et les moines des abbayes, en une sorte de monopole lié à la possession des terres bordant le fleuve. L'exploitation est louée à des « fermiers », propriétaires du matériel et percevant les droits. Une cloche, accrochée à chaque rive, permet à chacun de solliciter le passage.

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On a dénombré, en aval de Pont-de-l'Arche, jusqu'à une cinquantaine de points de passage. Nombre d'entre-eux ont aujourd'hui disparu. En cause, bien sûr la motorisation des bacs mais surtout la construction des trois grands et majestueux ponts qui enjambent le fleuve : celui de Tancarville (1959), de Brotonne (1977) et de Normandie (1995) . Toutefois, huit bacs à moteur continuent à permettre à plus de 10 millions de passagers chaque année de traverser la Seine autrement.

 

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Après la voile, l'apparition de la vapeur change radicalement la physionomie des transports fluviaux. En 1831, le premier bac à vapeur relie Rouen à La Bouille. En 1868, il est suivi par celui de Caudebec, « L'Union », le bien nommé, équipé d'une roue à aubes faite de palettes de bois, qui transporte jusqu'à 120 personnes et 8 véhicules. En 1908, le passage de Quillebeuf est assuré par un bac, « L'Ampère », dont la roue à aubes est mue par l'électricité. Et si, à partir de 1930, des hélices vont remplacer les roues à aube, dans les années soixante, les moteurs à vapeur vont laisser place au Diesel.

 

Biblio. « De l'autre côté de l'eau... avec les bacs de la Seine » de A. Vernon – Patrimoine Normand n°48 – 2003/2004.

Merci au site  bacsdeseine.over-blog.com

15/10/2014

Le clocher tors de l'église d'Offranville

Située à seulement 6 km au sud de Dieppe, Offranville est une très jolie petite cité normande. Parmi ses nombreux charmes, son église bien sûr, l’église Saint-Ouen, qui date du XVIe siècle mais surtout son clocher qui culmine à 45 mètres et qui a été bâti en 1570. Sa particularité ?  Sa flèche octogonale qui tourne d’un huitième de tour de la gauche vers la droite, régulièrement jusqu’à la pointe.

 

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Le clocher tors d’Offranville (76)

 

La légende raconte que c’est au cours d’une noce, que, désireux d’admirer au plus près la beauté de la jeune mariée, le coq, perché au haut de son clocher, s’est penché, penché, penché… tant et si bien que le clocher s’est tordu !

 

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Qu’ils soient dits flammés, vrillés, hélicoïdaux, tournés, torsadés, torses, tordus, torchés, croocked spires ou tors, on dénombre pas moins de 700 de ces drôles de clochers en Europe.

Doivent-ils leur particularité à « la main divine » ? A l’œuvre de compagnons qui exprimaient ainsi tout leur savoir-faire. Ou bien sont-ils, comme le pensait volontiers l’architecte Violet-Le-Duc (1814-1879) devenus hélicoïdaux à la suite d’un mauvais séchage du bois de construction ? Ou tout simplement par le fait du hasard qui se serait attaqué à la mouvance de leur charpente ?

 

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Croix de saint André dans la charpente

 

Lors de la dernière restauration de la flèche du clocher d’Offranville en 1961, les ouvriers ont constaté que la charpente ne comportait pas de croix de Saint-André, cet assemblage de poutres permettant de contreventer une structure et empêchant tout mouvement de torsion. C’est, selon toute vraisemblance, la raison de la vrille de la flèche de l’église d’Offranville, sous l’effet des intempéries et du travail du bois.

Notre belle province compte deux autres clochers tors : celui des églises d’Angiens et de Bures-en-Bray.

Biblio. et photo (1) « Clochers tors d’Europe » de J-M. Barmès, J-C Clément et J-C Pompée – A.C.T.E. 2003. Merci aux pages Wikipédia sur le sujet.