Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

22/09/2019

Les léopards de Normandie

Bien avant l'existence de l'héraldique, la science codifiée des blasons, la Tapisserie de Bayeux prouve que l'on a très tôt pris l'habitude de peindre des motifs distinctifs sur les boucliers. Une scène montre en effet un exemple clair de ce qui a dû favoriser la création des armoiries. Guillaume le Conquérant (1027/1028-1087), en plein combat à Hasting, est annoncé comme mort. Pour éviter la panique dans les rangs normands, le duc est obligé d’enlever son casque afin de se faire reconnaître des siens. Le développement de l’équipement militaire au XIe siècle efface l'identité des combattants, avec notamment le port du haubert, masquant presque entièrement les visages. Pour y faire face, on va singulariser les drapeaux et bannières des forces en présence, prémisses des blasons qui vont décorer ensuite les boucliers et les sceaux.

blason normand 0.jpg

C'est ainsi qu'au milieu du XIIe siècle, on trouve plusieurs lions sur le bouclier du Duc de Normandie Geoffroy V d'Anjou (1113 – 1151). Surnommé Plantagenêt à cause du brin de genêt qu'il avait l'habitude de porter à son chapeau, son fils Henri II d'Angleterre sera le fondateur de la dynastie Plantagenêt des rois anglais.

blason normand.jpg

Effigie de Geoffroy V d'Anjou sur sa tombe, au Mans.

Il faut savoir qu'en héraldique, le lion et le léopard désignent le même animal, mais avec une position de tête différente. Si elle est de profil, c'est un lion, si elle est de face, c'est un léopard. Le « roi des animaux », avec sa réputation de force, de bravoure, de noblesse, si conforme à l'idéal médiéval, ne pouvait que séduire ceux qui voulaient se choisir des armoiries. Et de fait, le lion et son alter ego le léopard sont très nombreux  dans la zone anglo-normande.

blason normand 3.jpg

Certains des anciens domaines de la famille Plantagenêt ont hérité de ces léopards sur leur blason : ainsi l'Aquitaine en arbore un, la Normandie deux et l'Angleterre trois.

 

Biblio."Normandie médiévale" - Le Routard - Ed. Hachette, 2018.

08/09/2019

La livre-sterling ? Encore un coup des normands !

La livre sterling , "pound sterling" en anglais, souvent abrégé en "pound", unité monétaire officielle du Royaume-Uni datant des environs de la fin du XIe siècle, c'est-à-dire juste après l'invasion normande et la bataille de Hasting de 1066, est aujourd'hui la plus ancienne monnaie utilisée encore en circulation.

livre sterling.jpg

"La livre", l'unité monétaire, est née de la "livre romaine", l'unité de poids de 12 onces. A l’origine, elle correspondait à une livre d'argent, soit environ 409 grammes de ce métal. Avec ce poids d’argent, on frappait 240 deniers ou 20 sous.

Pour ce qui concerne le mot "sterling", il pourrait provenir de "l'esterlin", transformé phonétiquement en "sterlin", prononciation "sterlin(e)", puis "sterling" sous l'effet de l'absence de nasale dans la langue anglaise.

livre sterling double esterlin.jpg

Double esterlin a l'ange.

"L'estelin" ou "esterlin" est une ancienne unité de masse des orfèvres et bijoutiers en usage au Haut Moyen-âge dans le royaume de France, vraisemblablement sous les Carolingiens. Il valait le vingtième de l'once soit environ 1,53 grammes.

Devenu monnaie, "l'esterlin" circule à la fois sur le territoire des Plantagenêt, rois d'Angleterre et ducs de Normandie, comme sur celui des Capétiens. D'ailleurs, son cours est fixé par le roi de France. C'est Saint-Louis (1214-1270) qui en interdira son usage sur ses terres.

livre sterling g le conquerant.jpg

Guillaume le Conquérant (1027/1028-1087)

Il est fort probable, d'après les historiens, que, suite à sa réforme monétaire des années 1080, Guillaume le Conquérant (1027/1028-1087) ait imposé l'esterlin en Angleterre, après qu'il en soit devenu roi. Ah, ces normands !!!

07/07/2019

"Sans grâce ni merci" mais parfaitement loyal !

10 juillet 1547. Dans un champ clos de bataille dans le pré au-devant du château de Saint-Germain-en-Laye (Yvelines), le Roi Henri II (1519-1559), accompagné de toute sa cour, attend, à la fois confiant et fébrile. Devant lui, lors d'un duel qui entrera dans l'histoire, François de Vivonne, seigneur de La Châtaigneraie (1520-1547) et Guy Ier Chabot de Saint-Gelais (1514 - 1584), vont s'affronter.

coup de jarnac 0.jpg

Guy Chabot, baron de Jarnac

Chabot de Saint-Gelais, futur baron de Jarnac, avait épousé en 540 Louise de Pisseleu, sœur de la duchesse d’Étampes, maîtresse de François Ier (1494-1547). Celle-ci était en constante rivalité avec Diane de Poitiers (1499-1566), maîtresse du Dauphin, le futur Henri II. Un jour qu'on demandait à Guy Chabot d'où lui venait la richesse de ses vêtements, il répondit qu'il la devait à la générosité de sa belle-mère, Madeleine de Puyguyon, seconde épouse de son père, le baron Charles Chabot. Ces propos, tenus devant Diane de Poitiers et le Dauphin, sont opportunément déformés par eux pour le ridiculiser. Ils font courir le bruit que cette générosité cache des faveurs bien spéciales... Bien sûr, quand ces rumeurs parviennent aux oreilles de l'intéressé, non seulement il oppose un fort démenti mais demande réparation.

coup de jarnac 3.png

François Ier , opposé aux duels et surtout conscient qu’il ne s’agit là que de « querelles de femmes jalouses » interdit l'affrontement. Mais, au lendemain de sa mort, Henri II, devenu roi, s'empresse de l'autoriser. Comme le dauphin ne peut se battre, il va choisir de se faire remplacer par La Châtaigneraie, un jeune homme robuste, connu pour sa force physique et son adresse aux armes, une des plus fines lames du royaume. Connaissant la force et les qualités de son adversaire, Jarnac prend le soin de se former auprès d'un spadassin, un maître d'escrime italien qui va lui enseigner une botte secrète.

Le combat a lieu " sans grâce ni merci", à l'épée à deux mains. A la surprise générale, Jarnac l'emporte ! Il a mis en application ce qu'il a appris de l'italien, un fameux coup qui consiste à couper le jarret de l'adversaire par un coup de revers. Il frappe donc la jambe gauche de La Châtaigneraie qui s'écroule dans une mare de sang et meurt le lendemain.

coup de jarnac 1.jpg

Quant au public, le roi et sa cour, pour se remettre de son émotion, il se régale du festin que La Châtaigneraie avait imprudemment préparé pour fêter son triomphe. Il ne faut jamais vendre la peau de l'ours avant de l'avoir tué ! Le jeune roi, touché de la mort de la Châtaigneraie, décidera sur l'heure, de ne plus jamais autoriser de duels publics. Ce duel est donc le dernier exemple, en France, de duel judiciaire autorisé par la magistrature

L’expression " coup de Jarnac", synonyme à l'origine d’habileté, a pris, à partir de la fin du XVIIIe siècle, le sens péjoratif qu'on lui connaît aujourd’hui, une attaque imprévue et déloyale. C'est à tort car le coup de Jarnac était parfaitement correct !