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31/05/2020

Auprès de ma blonde...

"Auprès de ma blonde,
Qu'il fait bon, fait bon, fait bon.
Auprès de ma blonde,
Qu'il fait bon dormir!"

 

"Auprès de ma blonde"... Voilà bien une chanson qu'on a tous en tête ! Qui figure au top 10 des plus grands tubs de tous les temps ! Qui caracole au premier rang du hit-parade de notre mémoire collective !... Et pourtant... C'est une vieille dame ! Née sous le règne du roi Louis XIV (1638-1715), à la suite du conflit qui opposait entre 1672 et 1678 notre pays à la Quadruple- Alliance, dont les Provinces-Unies des Pays-Bas. Bien sûr, elle a changé de nom car elle est apparue pour la première fois, telle que nous la connaissons aujourd'hui, dans un recueil de 1704, sous le titre "Le Prisonnier de Hollande".

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La légende raconte qu'on la doit à un jeune homme originaire de Bourgneuf-en-Retz (Loire-Atlantique) du nom d'André Joubert du Collet, lieutenant de la marine royale. En juillet 1674, notre militaire est capturé sur l'île de Noirmoutier, dans le golfe de Gascogne. Emprisonné deux ans à Amsterdam, loin de son pays, de sa famille, de ses amours, il aurait composé cette mélodie à sa libération pour remercier le Roi d'avoir payé sa rançon et pour rendre hommage à son épouse.

Il se pourrait cependant que ce refrain soit plus ancien encore ! En effet, il existe une version du XVIe siècle où on entend : "Mon père a fait faire - Un petit bois joli - Le rossignol y chante - Et le jour, et la nuit - Il chante pour les filles - Qui n’ont pas d’amis - Il chante aussi pour moi - Car j’en ai un joli - Il n’est point dans la danse - Il est bien loin d’ici - Il est dans la Hollande - Les Hollandais l’ont pris".

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Bataille de Denain - Huile sur toile de Jean Alaux (1839)

Quoi qu'il en soit, cette marche militaire va devenir très populaire parmi les troupes. Elle fera partie des morceaux incontournables du répertoire des fantassins. On rapporte que les soldats du duc de Villars, maréchal de France du XVIIe siècle (1653 – 1734) la chantaient en Juillet 1712, lors de la bataille de Denain, près de Valenciennes (Nord), comme les grognards de Napoléon, l'armée française à leur arrivée à Tananarive en 1895 et comme plus tard les poilus de la Grande Guerre.

Avec le temps, les conflits s'étant apaisés, la marche va laisser place à une mélodie plus populaire, plus festive, plus conviviale qu'on va chanter dans les noces mais aussi dans les colonies de vacances. Pour cela, le « Au jardin de mon père/Les lauriers sont fleuris", symbole militaire par excellence, sera remplacé par le plus champêtre « Au jardin de mon père/Les lilas sont fleuris ».

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En 1966, "Auprès de ma blonde" traverse l’Atlantique : Elvis Presley en interprétera une version anglophone, « I love only one girl », dans le film Double Trouble.

 

Biblio. Revue 'Historia" - juillet 2004.

10/05/2020

Fatale journée pour deux rois de France

Palais du Louvre. 14 mai 1610. La reine Marie de Médicis (1575-1642) accourt dans la chambre de son époux. "Est-ce possible ? Le roi est-il donc mort ?" "Excusez-moi, Majesté, lui répond le chancelier de Sillery, mais en France, les rois ne meurent point ! Voici le roi, Madame" désignant du geste le jeune dauphin de 9 ans qui vient d'entrer, futur Louis XIII.

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Henri IV, Marie de Médicis et leurs enfants le futur Louis XIII, né en 1601, ses sœurs Élisabeth et Christine et son frère, Monsieur d'Orléans.

 

A 14h15, ce vendredi là, une journée ensoleillée de printemps, le poignard de son assassin n'a laissé aucune chance au roi de France âgé de 57 ans. Après déjeuner, vers 15 heures, sa majesté avait décidé de quitter le palais du Louvre, encore tout bourdonnant des festivités du sacre officiel de la reine Marie de Médicis qui ont eu lieu la veille à la basilique Saint-Denis.

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Couronnement de Marie de Médicis le 13 mai 1610 par Pierre-Paul Rubens (1577-1640)

Pour l'épouse du roi depuis dix ans déjà, c'était là son jour de gloire, celui qu'elle attendait avec impatience et depuis si longtemps ! Henri IV a enfin cédé, ou plutôt la raison d’État. Car, avant de partir en guerre vers les Pays-Bas espagnols, il sait qu'il doit assurer la stabilité du royaume et qu'il lui faut accepter ce sacre afin qu'en cas de malheur son épouse puisse assurer la régence. A son ministre et confident Sully, il avait confié : "Mon ami, que ce sacre me déplaît ! Je ne sais ce que c'est, mais le cœur me dit qu'il m'arrivera malheur... Pour ne rien vous celer, on m'a prédit que je devais être tué à la première grande magnificence que je ferai et que je mourrai dans un carrosse."

Pensait-il encore à cette prophétie quand, le lendemain, pour se rendre chez Sully, il a refusé l'escorte qui se proposait de l'accompagner ? Dans sa voiture, à ses côtés, ont pris place les ducs d'Epernon, de La Force et de Montbazon et le maréchal de Lavardin. Il fait beau et on a relevé les mantelets de cuir des portes afin de pouvoir admirer les arcs de triomphe et les décorations érigés la veille pour l'entrée solennelle de la Reine. Il est tout juste 16 heures quand le carrosse royal est immobilisé devant l'auberge à l'enseigne "D'un cœur couronné percé d'une flèche". C'est là que Ravaillac va frapper le roi de deux coups de couteau en pleine poitrine... L'aorte rompue, la mort est quasi immédiate. C'était là la 18ème tentative d'assassinat du roi qui, depuis la promulgation de l'édit de Nantes, était devenu une cible privilégiée...

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Registre paroissial - St-germain-en-Laye -1637 - p280/339

Ironie du destin, son fils, le roi Louis XIII, mourra comme son père dans l'après-midi d'un 14 mai, le 14 mai 1643, 33 ans plus tard. Quant à Ravaillac, il est sans nul doute l'assassin le plus ancré dans la mémoire des écoliers français !

 

Biblio. "De quoi sont-ils vraiment morts" du Dr J. Deblauwe, Texto, 2019.

01/05/2020

Le muguet, emblème de Christian Dior

Le grand couturier Christian Dior (1905-1957), "Dior, entre Dieu et Or" pour paraphraser Jean Cocteau (1889-1963), l'ambassadeur de l'élégance française, qui a bouleversé la mode d'après-guerre, avait pour fleur fétiche, une petite fleur d'apparence humble et discrète, qui annonce le retour des beaux jours et s’offre comme un porte-bonheur : le muguet.

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Son parfum intense mais audacieux lui rappelait disait-il l'odeur du jardin de son enfance, quand, les matins de printemps, il ouvrait la fenêtre de la maison familiale de Normandie, "Les Rhumbs", située au bord de la falaise de Granville (Manche). C'est là, dans le jardin qui entoure la villa que, dès son plus jeune âge, il va s'initier au jardinage avec la plus avisée des amatrices, sa mère Madeleine. Elle connaissait petits et grands secrets des plantes et des fleurs et savait si bien les sélectionner et les soigner ! Ensemble, ils vont choisir l'endroit le mieux protégé du jardin pour y faire pousser leur muguet : sous les Arums, au pied du mur qui mène à la mer. Et c'est toujours là qu'il prospère encore aujourd'hui.

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Villa "Les Rhumbs" de Granville - Aujourd'hui Musée Christian Dior

Passionné par la nature, le jeune garçon va dévorer les catalogues horticoles. A l'âge de 20 ans, se croyant une vocation d'architecte, il redessine entièrement le jardin en y ajoutant pergolas, bassins et roseraie. Et quand, bien plus tard, après la crise de 1929, la maison de ses parents sera vendue, le célèbre couturier n'aura de cesse que de reconstituer ailleurs ce paradis perdu.

Ailleurs : ça sera aussi dans ses créations de mode. Ses modèles vont emprunter aux fleurs formes et couleurs. Et parmi elles, le muguet aura la place du roi. Non seulement, il lui inspirera des parfums célèbres, comme "Miss-Dior" ou "Diorissimo", mais il sera présent dans toutes ses collections.

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Henri Verneuil, Christian Dior et Françoise Arnoul dans la Robe "Muguet" de Christian Dior - Bustier en soie crème, brodée de brins de muguets et de strass (1956)

Pour en disposer en toute saison, il avait demandé à sa fleuriste de faire pousser du muguet toute l'année dans une serre spécialement aménagée à cet effet ! Ainsi, été comme hiver, il pouvait en glisser quelques brins à sa boutonnière ou les garder précieusement au fond de sa poche dans une petite boîte ouvragée. Superstitieux, lors des défilés, tels des gris-gris pour enrayer le mauvais sort, ordre était donné aux couturières d'en glisser dans l’ourlet d’une manche ou d’une robe ou d'en épingler au revers du col des tailleurs.

Fidèle à la tradition, chaque Premier Mai, ce génie de la haute-couture, n'oubliait d'en offrir un brin à toutes ses petites mains et clientes.

"Les femmes, avec leur instinct si sûr, ont dû comprendre que je rêvais de les rendre non seulement plus belles, mais plus heureuses" a-t'il écrit en 1956 dans son autobiographie. Le 29 octobre 1957, des milliers de brins de muguet viendront couvrir son cercueil.