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17/02/2019

Ni un tabou, ni un totem mais un talisman !

A Paris, les plus anciens sénateurs, ceux du siècle dernier, se souviennent avec tendresse de "La Muse de la Source" , une sensuelle naïade en marbre et bronze installée en 1910 sous les lambris du salon Berthelot du Palais du Sénat. Avant d'intervenir à la tribune, les élus avaient coutume, dit-on, pour conjurer le mauvais sort ou se donner du courage, de flatter au passage la juvénile poitrine de la statue.

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La Muse de la Source de J.-B. Hugues

Il se disait dans l'assemblée que c'était Meg Steinheil (1869-1954), l'égérie du président Félix Faure (1841-1899), qui avait servi de modèle au sculpteur Jean Baptiste Hugues (1849-1930). Si la ressemblance était bien réelle, on sait aujourd'hui qu'il n'en était rien ! Jean Hugues songeait déjà au visage de sa muse en 1881 et, à cette date, Madame Stenheil n’avait que 12 ans !

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Quoi qu'il en soit, quand le 16 février 1899, le chef de l’État succombe définitivement au charme de sa maîtresse, l’œuvre entre dans la légende et décuple l'ardeur fétichiste des sénateurs. Ils prennent encore plus de plaisir dit-on à saluer la « Pompe funèbre » en caressant son sein. Ce rituel de la main baladeuse, répété pendant presque un siècle, avait fini par luster le seul sein gauche de la jouvencelle, au détriment du droit, plus éloigné et donc délaissé.

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Le sculpteur Jean Baptiste Hugues (1849-1930)

Mais voilà, toutes les bonnes choses ont une fin ! En 1969, Alain Poher (1909-1996), Président de la République par intérim, fait expulser la tentatrice hors des murs du Sénat, au désespoir des membres de cette assemblée plutôt âgée auxquels ce petit plaisir tactile manqua beaucoup.

La belle fut donc reléguée dans le fond d'un garage où elle va croupir, privée de caresses jusqu'en 1984. Réhabilitée par les marbriers du Louvre, elle est aujourd'hui exposée dans la prestigieuse salle des Fêtes du musée d'Orsay où elle continue d'attiser la concupiscence tactile des visiteurs, qui continueraient au passage à lui caresser le sein !

27/01/2019

1639 : La révolte normande contre la pression fiscale

Au XVIIe siècle, la Normandie, bien que ne comptant qu'1/7ème des habitants du royaume, contribue à elle seule au quart des impôts récoltés ! Avec la guerre contre l'Espagne, déclarée en 1635, la pression fiscale, déjà très forte, va en quelques années être multipliée par trois. Tailles, emprunts forcés sur les ville, sur les officiers, "impôt de la subsistance" et taxes diverses s'abattent sur des contribuables déjà exsangues. Dans un contexte social difficile de disette et de peste endémique, une simple étincelle va suffire à faire exploser la colère...

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En Basse-Normandie, les sauniers des côtes de l'Avranchin et du Cotentin fournissent en sel presque l'ensemble de la province en l'extrayant "pieds-nus" de l'eau de mer qu'ils font bouillir. Cette production n'est pas soumise à la gabelle, un impôt direct à taux variable, mais, au quart-bouillon, plus avantageux. En juillet 1639, sur ordre du roi, le privilège de quart-bouillon qui permettait aux sauniers de vendre eux-mêmes les trois-quarts de leur production est supprimé : gabelle pour tout le monde. Conséquence immédiate : le prix du sel triple !

Au même moment, à Rouen, ce sont les teinturiers qui voient rouge : le pouvoir royal, qui entend privilégier les couleur nationales, impose une lourde taxe sur toutes les couleurs importées de l'étranger tels que le bois d'Inde ou nil.

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Ces deux mesures, que rien ne relie sinon l'aspect fiscal, vont déclencher une crise d'une ampleur exceptionnelle. Trop, c'est trop ! Le 16 juillet 1639, le collecteur des impôts d'Avranches est assassiné de "coups de pieds, de poings, de pierres et bastons" par près de 400 insurgés. Le 4 août à Rouen, des émeutiers agressent et tuent l'envoyé royal chargé de faire appliquer l'édit des teintures. La révolte s'amplifie et se propage rapidement jusqu'en Bretagne. Autour d'Avranches, on dépasse très vite le stade des pillages et émeutes. Une "armée de souffrance, dite également armée des "Nu-pieds", s'organise. Avec à leur tête un mystérieux "Jean Va-nu-pieds". Sauniers et porteurs de fagots sont rejoints par des paysans, manœuvriers, avocats, robins, curés et vicaires, hobereaux paupérisés et petits nobles. Sans oublier des citadins pauvres, parmi lesquels on trouve des artisans, petits commerçants et ouvriers. Envoyant des émissaires aux autres villes bas-normandes, ces révoltés, qui ne s'opposent pas aux seigneurs, mais au fisc et à ses agents collecteurs, vont ainsi pendant plusieurs mois entretenir dans toute la province un climat insurrectionnel. Les villes de Bayeux, Caen, Coutances, Valognes, Mortain,.. sont touchées. Les maisons de représentants du pouvoir sont pillées et incendiées et leur locataire bien souvent seulement chassé.

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Car cette révolte est nostalgique bien plus que subversive ! Elle ne fait finalement que peu de victimes, bien moins que la répression qui sera mise en place par Richelieu (1585-1642). Les quelques écrits des insurgés qui nous sont parvenus nous les montrent rêvant encore de la "Charte aux Normands" censée depuis 1315 les protéger contre l'arbitraire fiscal...

L'armée de souffrance est écrasée le 30 novembre 1639 :  300 morts, 200 hommes arrêtés, pendus ou envoyés aux galères.  Sur la robe rouge du Cardinal, a écrit le poète du XXe siècle A.-J. Desnouettes, il faut y voir aussi "le sang des Normands".

 

 

Biblio. "Histoire de la Normandie, des origines à nos jours" de R. Jouet et Cl. Quétel - Orep Ed., 2009 et "La Normandie pour les nuls" de Ph. Simon -First-Ed., 2017.

20/01/2019

Ce que cache le sourire fermé de Joséphine

Regardez bien ces portraits de l'impératrice des français, Joséphine de Beauharnais (1763-1814), l'égérie et l'épouse de Napoléon Ier... Regardez bien ce sourire fermé, à l'identique sur les trois portraits... Une coquetterie ?... La volonté de présenter un regard énigmatique et nostalgique ?... Le lancement d'une nouvelle mode ?...

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1801 - Portrait de François Gérard (1770-1837)

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1807 - Portrait d' Andrea Appiani (1754-1817)

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1812 - Portrait de Firmin Massot (1766-1849)

 

Non, rien de tout cela ! Si celle qui est née Marie Josèphe Rose Tascher de La Pagerie, (c'est Napoléon qui lui donnera le nom de Joséphine), ne montre pas ses dents, c'est tout simplement qu'elle n'en a plu... !

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Joséphine et Napoléon

Il suffit pour s'en convaincre de lire le bilan désastreux que son chirurgien-dentiste Julien Marmont, avait fait de sa dentition vers 1804 alors que l'impératrice n'a que 40 ans : "« Elle n’a plus, à sa partie supérieure que deux dents de sagesse qui supporte un râtelier beaucoup trop lourd, qui menace d’entraîner les deux seules dents qui lui restent."

Née dans la riche plantation sucrière martiniquaise de ses parents, la belle va conserver toute sa vie un goût immodéré pour le sucre et les sucreries. Gourmande, vrai bec sucré, elle se régale à foison de fruits exotiques et se délecte de sirop de canne à sucre. Plus tard, elle y ajoutera toutes sortes de friandises dont les fameuses gaufres à la vanille de la maison Meert rebaptisées pour l'occasion "Joséphine".

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Joséphine Bonaparte, Tableau de Bouvier, 1812

C'est bien cet amour immodéré pour les douceurs qui vont lui coûter ses dents ! Alors, sur les portraits officiels, pour masquer ce "défaut", elle affichera son célèbre sourire fermé et jamais on ne connaîtra le blanc de ses dents ou ce qu'il en reste...