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30/08/2020

La place des grands hommes

Parce qu'il se voit au seuil de la mort (alors qu'il lui reste encore trente ans à vivre), en cette fin d'août 1744, le roi Louis XV (1710-1774), victime d'une fièvre maligne, fait un vœu : s'il survit au mal qui le terrasse, il fera édifier une église afin d'y abriter la châsse de Sainte-Geneviève, patronne de Paris. Et le roi guérit ! La première pierre de ce projet ambitieux est posée le 6 septembre 1764. Si ambitieux qu'il faudra près de trois décennies de travaux avant que l'édifice de style néo-classique ne soit enfin livré en 1790, soit pendant la Révolution française.

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Funérailles de Mirabeau au Panthéon

Si celle-ci entraîne la déconfessionnalisation du monument, c'est le décès de Mirabeau, le 2 avril 1791, grande figure révolutionnaire, qui signe le nouveau destin de l'édifice. Le 4 avril 1791, l'Assemblée constituante transforme l'église Sainte-Geneviève en « Panthéon des grands hommes » et décide que désormais le bâtiment servira de nécropole aux personnalités exceptionnelles ayant contribué à la grandeur de la France. C'est à Quatremère de Quincy (1755-1849) à qui l'on doit le nom de "Panthéon", terme qui ne sera cependant utilisé officiellement pour la première fois que le 12 septembre 1792. Quant à la devise frontale gravée en lettres d'or sur le monument, "Aux grands hommes, la patrie reconnaissante", elle est du marquis de Pastoret (1755-1840) qui avait argumenté sa proposition d'un théâtral « que le temple de la religion devienne le temple de la patrie, que la tombe d'un grand homme devienne l'autel de la liberté. »

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Le premier "grand homme" à entrer au Panthéon sera aussi le premier à en sortir ! Ce jour-là, après de grandioses obsèques et plus de cinq heures de cérémonie, porté par seize citoyens soldats, le cercueil d' Honoré Gabriel Riqueti, comte de Mirabeau (1749-1791), pénètre par la grande porte dans l'édifice. Il en sortira beaucoup plus discrètement le 21 septembre 1794 quand, preuves à l'appui, on mettra à jour les subsides qu'il a touché de la Cour pour faire évader la reine Marie-Antoinette ! Le génie ne pouvait pardonner la corruption !

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Les funérailles de Victor Hugo au Panthéon

A l'occasion des funérailles nationales de Victor Hugo (1802-1885) le 1er juin 1885 et après bien des revirements au XIXe siècle, le Panthéon devient définitivement le lieu de repos des hommes honorés par la République. Offrant une capacité d'accueil d'environ 300 places, il n'abrite à ce jour que 78 personnalités (73 hommes et 5 femmes) dont plus de la moitié d'entre-elles sont entrées sous le Premier Empire. Les derniers à venir les y rejoindre sont Simone (1927-2017) et Antoine Veil (1926-2013), le 1er juillet 2018.

 

Biblio. "Histoires d'Os" de C. Portier-Kaltenbach - Ed. Fayard - Col. Pluriel, Janv. 2020.

26/07/2020

De la naissance d'une académie

Les frères Goncourt, Edmond (1822-1896) et Jules (1830-1870) aimaient la Normandie. Ils eurent l’occasion d'y séjourner, notamment à Sainte-Adresse (Seine-Maritime) où ils ne se lassaient pas de contempler le panorama sur le Havre qui s'offrait à eux.

Mais en cette nuit du 16 juillet 1896, à Champrosay (Essonne), c'est chez ses vieux amis Alphonse et Julia Daudet, qu'Edmond de Goncourt (1822-1896) va rendre son dernier soupir.

Deux jours plus tard, le 18 juillet, son testament est ouvert. Quelques années plus tôt, en 1862, en accord avec son frère Jules, les deux hommes avaient décidé qu’après leur mort, leurs biens seraient vendus aux enchères et le produit de la vente affecté à la création d'une académie. Grâce aux intérêts obtenus, une fois le capital placé, chacun des dix académiciens qui la composerait recevrait la somme de 6 000 francs or, une somme qui leur permettraient de vivre aisément de leur plume. A charge pour eux d'organiser chaque année un concours littéraire. Ce "prix Goncourt" récompenserait « le meilleur ouvrage d'imagination en prose paru dans l'année" et son auteur gratifié d'une somme de 5000 francs or.

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Les frères Edmond et Jules Goncourt

Huit des dix premiers académiciens sont expressément cités dans le testament. Il s'agit d'Alphonse Daudet (1840-1897), Joris-Karl Huysmans (1848-1907), Octave Mirbeau (1848-1917), Rosny l'aîné (1856-1940) et Jeune (1859-1948), Léon Hennique (1850-1935), Paul Margueritte (1860-1918) et Gustave Geffroy (1855-1926). Ils vont élire les deux derniers, Elémir Bourges (1852-1925) et Lucien Descaves (1861-1949) qui vont venir ainsi les rejoindre.

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Les huit premiers membres de l'académie Goncourt 

La famille, dépossédée, décidera de plaider en vain contre ce testament. Un arrêt, confirmé en appel le 1er mars 1900, la déboutera.

Le 19 janvier 1903, les représentants de Société littéraire des Goncourt, dite « Académie Goncourt » obtiennent, sur avis favorable du conseil d’État, le décret de reconnaissance d'utilité publique signé Emile Combes (1835-1921). L'académie est alors habilitée à recevoir d'autres legs et à décerner le premier prix de son histoire. Il est attribué le 21 décembre 1903 à John-Antoine Nau (1860-1918) pour son romain "Force ennemie".

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Le premier auteur normand a obtenir le Prix Goncourt fut le havrais Guy Mazeline (1900-1996) en 1932 pour son roman "Les Loups".

Si aujourd'hui, du fait de l'inflation, le montant du chèque reçu par les auteurs mis à l'honneur n'est plus que symbolique, environ 10 euros, le prix Goncourt reste le prix littéraire le plus convoité en France, en particulier parce qu'il assure de fait à son récipiendaire une promotion et des tirages importants.

05/07/2020

Alice au pays des merveilles, c'est elle !

Reconnaissez-vous cette petite fille ? Elle s'appelle Alice. Et n'est autre qu' "Alice aux pays des merveilles" !

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Alice Liddell (1852-1934)

Retour en arrière. 4 juillet 1862. En Angleterre, entre Oxford et Godstow, sur l'Isis, cette partie de la Tamise située en amont d'Iffley Lock. Par une après-midi légèrement pluvieuse. Dans la barque qui avance doucement sur l'eau, le révérend Charles Dodgson (1832 -1898) est en promenade avec les trois filles du doyen de Christ Church College, prestigieuse université anglaise où il enseigne.

Mais la plus jeune d'entre-elles, Alice (1852-1934), s'ennuie. Elle demande au révérend de lui raconter une histoire. Pour la distraire, tout en maniant l'aviron de la barque, il improvise pour elle un récit fantastique, l'histoire d'une petite fille justement appelée Alice, qui tombe dans le terrier d'un lapin, un lapin aux yeux roses vêtu d'une redingote avec une montre à gousset.

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Lewis Carroll (autoportrait) - 1855

 À leur retour, l'enfant, captivée par le récit, lui demande de l'écrire. Il obéit et rédige un premier manuscrit des « Aventures d’Alice sous terre », qu'il offrira à son inspiratrice le 26 novembre 1864.

Le 4 juillet 1865, soit trois ans jour pour jour après sa rencontre avec Alice, il publie sous le nom de plume de Lewis Carroll une deuxième version intitulée "Alice's Adventures in Wonderland", "Les Aventures d'Alice au pays des merveilles". Ce "conte des plus extraordinaires et des plus inclassables de la littérature mondiale" va connaître un succès immédiat qui ne se démentira jamais.

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Pour la petite histoire, en 1955, le psychiatre anglais John Todd (1914-1987) donnera à la maladie neurologique très rare qu'il vient de découvrir et qui provoque chez le patient des hallucinations donnant la sensation que les objets sont soit minuscules soit gigantesques, le nom de "Syndrome de Alice au Pays des Merveilles". Un syndrome dont Lewis Carroll aurait souffert...