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13/05/2018

Lorsqu'on ne badinait pas en Normandie avec l'honneur d'une dame !

Marguerite de Thiboubille, Dame de Fontaine la Sorel, avait épousé en 1380 Jean IV de Carrouges, preux et vaillant chevalier normand, Chambellan du duc Pierre II d'Alençon (1340-1404), un descendant de Saint Louis. L'époux, veuf de Jehanne de Tilly, était tombé follement amoureux de la belle au nom de fleur.

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L'histoire nous est contée par le chroniqueur Jean Froissart (1337-1405). Ce jour-là, Marguerite crie haut et fort qu'un écuyer nommé Jacques Le Gris, un autre seigneur normand, favori du duc d'Alençon, s'étant introduit dans son château, a abusé d'elle le 18 janvier 1386, alors que son époux était en voyage. Le sang de Jean de Carrouges ne fait qu'un tour. Pour ce viol odieux, il demande immédiatement justice au roi Charles VI (1368-1422) mais Le Gris nie farouchement les faits. Alors, c'est donc parole contre parole !

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Jean Froissart - Portrait à la sanguine dans le Recueil d'Arras

 

La seule solution que l'on trouve pour trancher cette affaire consiste à organiser un "judicium dei ", un "duel judiciaire", une méthode issue du droit germanique en usage à travers tous le Moyen-âge. C'est une procédure "ordalique", une forme de preuve judiciaire et religieuse qui consiste, en l'absence de témoins ou d'aveux, à soumettre les plaidants à une épreuve dont l'issue, déterminée par Dieu, désigne la personne bien-fondée. Les deux parties en litige se battent en combat singulier, chacune pouvant néanmoins se faire représenter par un plus "spécialiste" que lui...

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Représentation d'un combat judiciaire à Augsbourg, en 1409 (vers 1544)

 

Autorisé par le Parlement de Paris, l'affrontement s'y déroule le 29 décembre 1386. Il s'agit là de l'un des tout derniers duels judiciaires autorisé en France. Le combat se fait d'abord à cheval, puis à pied ensuite. Après de rudes coups d'épée, Jean de Carrouges terrasse son adversaire. Le corps de Le Gris est envoyé pourrir au gibet de Montfaucon et l'on reconnaît solennellement Marguerite comme victime. Quant à Jean de Carrouges, il est fait Chevalier d'honneur du roi le 10 novembre 1390. Parti en croisade contre les Sarrasins, il meurt en septembre 1396 à la bataille de Nicopolis, (aujourd'hui Nikopol en Bulgarie).

 

Biblio. "Normandie Médiévale" - Le Routard - Hachette Ed. 2018.

29/04/2018

Le baptême d'un futur roi de France

1er mai 1821, Palais des Tuileries. Précédé et suivi de la garde royale à cheval, un cortège de 27 majestueux carrosses quitte les lieux. Au centre, une merveille ! Une berline de gala à sept glaces, décorée d'une ceinture de bronze dorée et ciselée.

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La caisse est peinte aux armes royales de France et de Navarre et ornée de chérubins. Six magnifiques chevaux sont chargés de la mener. A bord, trois passagers : Mademoiselle d'Artois et son frère, un bébé de 7 mois sur les genoux de sa gouvernante. Cette berline pimpante a été réalisée pour son baptême par le carrossier Jean Ernest Auguste Getting. Son coût ? 50 000 francs de l'époque, soit environ 163500 € !

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Ce bébé n'est autre que le duc de Bordeaux, surnommé par Lamartine "l'enfant du miracle". Il est appelé à devenir le 70ème roi de France ! Il est le dernier descendant légitime en ligne masculine de Louis XV (1710-1774) et de Marie Leszczyńska (1703-1768).

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Son père, le duc de Berry, fils cadet du Comte d'Artois, futur Charles X (1757-1836) et neveu de Louis XVIII (1755-1824), est mort assassiné dans la nuit du 13 au 14 février 1820 par un ouvrier du nom de Louvel qui voulait "tarir la race des Bourbons". C'est d'autant plus un drame que le roi Louis XVIII n'a pas d'héritier et que tous les espoirs de la dynastie reposaient sur lui. Heureusement, peu de temps après le meurtre, son épouse révèle qu'elle attend un heureux évènement. L'enfant posthume, Henri d'Artois, naît le 29 septembre 1820 et devient le bébé le plus gâté, le plus surveillé et le plus protégé du monde.

A sa naissance, le jour de Saint Michel, il se disait que "l’archange allait mettre le dragon sous ses pieds" ! Hélas, il n'en sera rien : le bébé duc ne deviendra jamais officiellement roi. Il n’a pas encore dix ans quand éclate la Révolution des trois-Glorieuses de 1830. Charles X, devenu en 1824 roi à la mort de Louis XVIII, abdique en sa faveur. Il devient alors l’héritier légitime du trône sous le nom d’Henri V. Mais, à la suite de différentes manœuvres politiques, les députés vont appeler au pouvoir le gouverneur du royaume, le duc d'Orléans. Il va prendre le pouvoir sous le nom de Louis Philippe. Plus connu sous son titre de courtoisie de comte de Chambord, du nom du château qui lui avait été offert par une souscription nationale, le duc de Bordeaux part en exil en Angleterre avec l’ensemble de la famille des Bourbons, puis à Prague. En 1844, il s’installe à Frohsdorf, en Autriche, où il mourra le 24 août 1883.

 

15/04/2018

Napoléon et les codes... du savoir-vivre !

On nous a laissé croire que, parce qu'il plaçait la main dans son gilet, Napoléon souffrait d'un ulcère à l'estomac ! Pure Intox ! Il savait seulement "bien se tenir" ! En effet, à cette époque, il était inconvenant de laisser pendre ses bras le long de son corps.

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Portrait du peintre Ingres (1780-1867) réalisé en 1804

Sûrement avait-il appris les bonnes manières dans le livre "Les règles de la bienséance et de la civilité chrétienne" de Saint Jean-Baptiste de la Salle (1651-1719), fondateur des frères des écoles chrétiennes. Cet ouvrage constitua pendant plus d'un siècle la base du savoir-vivre français. Il fut à maintes reprises réédité et réadapté. Le passage qui suit est extrait d'une édition publiée à Rouen en 1797.

« C’est un défaut de croiser les bras sur la poitrine, de les entrelacer derrière le dos, de les laisser pendre avec nonchalance, de les balancer en marchant, sous prétexte de soulagement ; l’usage veut que si l’on se promène avec une canne à la main, le bras qui est sans appui soit posé légèrement contre le corps, et qu’il reçoive un mouvement presque imperceptible, sans cependant le laisser tomber de côté ; si l’on n’a point de canne, ni manchon, ni gants, il est assez ordinaire de poser le bras droit sur la poitrine ou sur l’estomac, en mettant la main dans l’ouverture de la veste, à cet endroit, et de laisser tomber la gauche en pliant le coude, pour faciliter la position de la main, sous la basque de la veste. En général, il faut tenir les bras dans une situation qui soit honnête et décente. »

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Portrait du peintre David (11748-1825) réalisé en 1813

Et comme les pantalons étaient alors dénués de poches, les peintres eurent l'idée de demander aux hommes qu'ils représentaient de porter la main à l'intérieur de leur gilet. Cette pose avait en outre l'avantage de véhiculer l'image d'un modèle faisant preuve de caractère et d'une calme assurance. Elle fut rapidement adoptée par de nombreux peintes européens. Mozart (1756-1791) et Louis XVI (1754-1793) ont eu droit, eux aussi, à leur portait "main dans le gilet", mais les plus célèbres sont restés ceux de Napoléon Bonaparte qu'ils soient l’œuvre d'Ingres, David, ou encore Delaroche...

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Portrait du peintre Delaroche (1797-1856) réalisé en 1814

La pose "main dans le gilet" est restée populaire, même après l'avènement de la photographie. Elle est tombée en désuétude à la fin du XIXe siècle.

 

Biblio. "50 drôles d'anecdotes historiques pour se la raconter dans les diners" de F. Royer - First Ed. 2017.