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03/03/2019

Le dernier séjour en Normandie du dernier roi des Français

Hiver 1848. Rien ne va plus sur notre belle terre de France. La crise économique qui sévit sur tout le pays est sans précédent. Personne n'est épargné, ni aucun territoire. Émeutes et manifestations violentes se succèdent.

Après dix-huit ans de règne, le dernier roi des Français, et aussi dernier roi Bourbon, Louis-Philippe (1773-1850), finit par prendre conscience de la gravité des événements. Craignant pour sa vie, "le Roi Bourgeois" est poussé à l’abdication le 24 février 1848. Souhaitant rejoindre l'Angleterre au plus vite, la famille royale quitte la capitale à la sauvette et déguisé, à bord d'une voiture banale et sous le nom d'emprunt de « Mr. Smith », se dirige vers la Normandie.

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Chapelle de la Vierge de Grâce d'Équemauville

Un ami, le Colonel de Perthuis, leur offre l'hospitalité dans son château de la Côte de Grâce. Construit en 1840 par un bourgeois honfleurais, cet édifice "Troubadour", est un mélange de styles Moyen-âge, Renaissance et  Louis XIII. Il se trouve sur la commune d'Équemauville (Calvados), une petite commune d'un peu plus de 600 âmes à l'époque. Par souci de discrétion, la famille royale va y occuper un petit pavillon situé à l'écart et réservé habituellement au jardinier. A quelques pas de là, se trouve la chapelle de la Vierge de Grâce, construite vers 1610 par les bourgeois et les marins de Honfleur, où la Reine Marie-Amélie viendra se recueillir et prier.

 

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Steamer "Le Courrier" en 1837

Au bout de quelques jours, toute la famille embarque à bord du Steamer "Le Courrier" (1831-1885) pour se rendre au Havre ou les attend le Vapeur Anglais "l’Express" qui assure  la ligne Le Havre-Southampton. C'est ce vapeur qui va les emmener à New-Haven en Angleterre où ils débarquent le 3 mars. La famille s'installe au château de Claremont House, dans le Surrey, une demeure mise à leur disposition par la reine Victoria (1819-1901).

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Louis-Philippe et sa famille en compagnie de la reine Victoria et du prince Albert

C'est là que Louis-Philippe rend l'âme le 26 août 1850. Inhumé dans la chapelle Saint-Charles Borromée à Weybridge, son corps, ainsi que celui de sa femme, décédée le 24 mars 1866, seront ramenés en 1876 à la chapelle royale Saint-Louis, nécropole familiale de Dreux.

17/02/2019

Ni un tabou, ni un totem mais un talisman !

A Paris, les plus anciens sénateurs, ceux du siècle dernier, se souviennent avec tendresse de "La Muse de la Source" , une sensuelle naïade en marbre et bronze installée en 1910 sous les lambris du salon Berthelot du Palais du Sénat. Avant d'intervenir à la tribune, les élus avaient coutume, dit-on, pour conjurer le mauvais sort ou se donner du courage, de flatter au passage la juvénile poitrine de la statue.

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La Muse de la Source de J.-B. Hugues

Il se disait dans l'assemblée que c'était Meg Steinheil (1869-1954), l'égérie du président Félix Faure (1841-1899), qui avait servi de modèle au sculpteur Jean Baptiste Hugues (1849-1930). Si la ressemblance était bien réelle, on sait aujourd'hui qu'il n'en était rien ! Jean Hugues songeait déjà au visage de sa muse en 1881 et, à cette date, Madame Stenheil n’avait que 12 ans !

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Quoi qu'il en soit, quand le 16 février 1899, le chef de l’État succombe définitivement au charme de sa maîtresse, l’œuvre entre dans la légende et décuple l'ardeur fétichiste des sénateurs. Ils prennent encore plus de plaisir dit-on à saluer la « Pompe funèbre » en caressant son sein. Ce rituel de la main baladeuse, répété pendant presque un siècle, avait fini par luster le seul sein gauche de la jouvencelle, au détriment du droit, plus éloigné et donc délaissé.

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Le sculpteur Jean Baptiste Hugues (1849-1930)

Mais voilà, toutes les bonnes choses ont une fin ! En 1969, Alain Poher (1909-1996), Président de la République par intérim, fait expulser la tentatrice hors des murs du Sénat, au désespoir des membres de cette assemblée plutôt âgée auxquels ce petit plaisir tactile manqua beaucoup.

La belle fut donc reléguée dans le fond d'un garage où elle va croupir, privée de caresses jusqu'en 1984. Réhabilitée par les marbriers du Louvre, elle est aujourd'hui exposée dans la prestigieuse salle des Fêtes du musée d'Orsay où elle continue d'attiser la concupiscence tactile des visiteurs, qui continueraient au passage à lui caresser le sein !

27/01/2019

1639 : La révolte normande contre la pression fiscale

Au XVIIe siècle, la Normandie, bien que ne comptant qu'1/7ème des habitants du royaume, contribue à elle seule au quart des impôts récoltés ! Avec la guerre contre l'Espagne, déclarée en 1635, la pression fiscale, déjà très forte, va en quelques années être multipliée par trois. Tailles, emprunts forcés sur les ville, sur les officiers, "impôt de la subsistance" et taxes diverses s'abattent sur des contribuables déjà exsangues. Dans un contexte social difficile de disette et de peste endémique, une simple étincelle va suffire à faire exploser la colère...

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En Basse-Normandie, les sauniers des côtes de l'Avranchin et du Cotentin fournissent en sel presque l'ensemble de la province en l'extrayant "pieds-nus" de l'eau de mer qu'ils font bouillir. Cette production n'est pas soumise à la gabelle, un impôt direct à taux variable, mais, au quart-bouillon, plus avantageux. En juillet 1639, sur ordre du roi, le privilège de quart-bouillon qui permettait aux sauniers de vendre eux-mêmes les trois-quarts de leur production est supprimé : gabelle pour tout le monde. Conséquence immédiate : le prix du sel triple !

Au même moment, à Rouen, ce sont les teinturiers qui voient rouge : le pouvoir royal, qui entend privilégier les couleur nationales, impose une lourde taxe sur toutes les couleurs importées de l'étranger tels que le bois d'Inde ou nil.

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Ces deux mesures, que rien ne relie sinon l'aspect fiscal, vont déclencher une crise d'une ampleur exceptionnelle. Trop, c'est trop ! Le 16 juillet 1639, le collecteur des impôts d'Avranches est assassiné de "coups de pieds, de poings, de pierres et bastons" par près de 400 insurgés. Le 4 août à Rouen, des émeutiers agressent et tuent l'envoyé royal chargé de faire appliquer l'édit des teintures. La révolte s'amplifie et se propage rapidement jusqu'en Bretagne. Autour d'Avranches, on dépasse très vite le stade des pillages et émeutes. Une "armée de souffrance, dite également armée des "Nu-pieds", s'organise. Avec à leur tête un mystérieux "Jean Va-nu-pieds". Sauniers et porteurs de fagots sont rejoints par des paysans, manœuvriers, avocats, robins, curés et vicaires, hobereaux paupérisés et petits nobles. Sans oublier des citadins pauvres, parmi lesquels on trouve des artisans, petits commerçants et ouvriers. Envoyant des émissaires aux autres villes bas-normandes, ces révoltés, qui ne s'opposent pas aux seigneurs, mais au fisc et à ses agents collecteurs, vont ainsi pendant plusieurs mois entretenir dans toute la province un climat insurrectionnel. Les villes de Bayeux, Caen, Coutances, Valognes, Mortain,.. sont touchées. Les maisons de représentants du pouvoir sont pillées et incendiées et leur locataire bien souvent seulement chassé.

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Car cette révolte est nostalgique bien plus que subversive ! Elle ne fait finalement que peu de victimes, bien moins que la répression qui sera mise en place par Richelieu (1585-1642). Les quelques écrits des insurgés qui nous sont parvenus nous les montrent rêvant encore de la "Charte aux Normands" censée depuis 1315 les protéger contre l'arbitraire fiscal...

L'armée de souffrance est écrasée le 30 novembre 1639 :  300 morts, 200 hommes arrêtés, pendus ou envoyés aux galères.  Sur la robe rouge du Cardinal, a écrit le poète du XXe siècle A.-J. Desnouettes, il faut y voir aussi "le sang des Normands".

 

 

Biblio. "Histoire de la Normandie, des origines à nos jours" de R. Jouet et Cl. Quétel - Orep Ed., 2009 et "La Normandie pour les nuls" de Ph. Simon -First-Ed., 2017.