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22/11/2020

A la conquête des airs...

21 novembre 1783. Paris. Jardins du château de la Muette, à l'Ouest de la Capitale et à deux pas du Bois de Boulogne. Deux hommes sont prêts à réaliser le rêve d'Icare et à entrer dans l'histoire. Le premier, un scientifique, s'appelle Jean-François Pilâtre de Rozier (1754-1785), son compagnon, un intrépide qui s'est essayé au parachutisme, François Laurent d'Arlandes (1742-1809).

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Jean-François Pilâtre de Rozier (1754-1785) et François Laurent d'Arlandes (1742-1809)

Devant un public d'environ trois cents personnes en haleine, il est 13h30 ce jour-là lorsqu'ils s'installent dans l'étroite nacelle en osier de ce qui ne s'appelle pas encore une montgolfière. Les dimensions de cette aéronef sont considérables ! Pensez-donc : 24 mètres de hauteur et 12 mètres de diamètre. La couleur bleue du papier qui recouvre l'immense toile se confond avec l'azur du ciel. Sa partie supérieure est ornée de fleurs de lis et des douze signes du zodiaque. A l'équateur, les chiffres du roi en lettres d'or sont intercalés avec des soleils. Toute la galerie est entourée de guirlandes. Un peu intimidés, les deux hommes tentent de se faire une place : de nombreuses bottes de paille qui vont servir à alimenter le feu encombrent l'espace. Progressivement, avec la chaleur, l'air chaud monte, tendant à l'extrême les cordages qui maintiennent la machine au sol.

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A 13h54, le "Martial", c'est le nom qu’Étienne( 1745-1799) et Joseph (2740-1810) Montgolfier, deux frères ardéchois, ont choisi de donner à leur ballon, l'aboutissement de leur rêve commun, le fruit de longues heures de travail, de recherche et d'étude. Quand enfin il s'élève dans le ciel de Paris, seul Étienne est présent. Joseph est resté s'occuper de la papeterie familiale d'Annonay.

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L'engin prend vite de l'altitude. De leur promontoire, les deux aérostiers découvrent des paysages insoupçonnés. Comme les méandres de la Seine, qu'aucune personne avant eux n'a jamais pu observer autrement que sur une carte ! Après de 20 minutes émerveillement dans les airs et quelques frissons aussi, ils atterrissent sains et saufs à la Butte-aux-Cailles. Ils sont devenus les deux premiers aéronautes de l'histoire.

Témoin ce jour-là de la performance des français, l'américain Benjamin Franklin (1706-1790), à la fois physicien, philosophe et homme politique écrira : "Il y a quelques mois seulement, on aurait trouvé aussi ridicule l'idée de voir des sorcières s'élevant dans l'atmosphère sur un balai que des savants monter dans l'air accrochés à un sac de fumée... Cette expérience qui vient d'être faite n'est pas insignifiante. Elle peut avoir des conséquences dont nul ne saurait prévoir l'importance." Visionnaire le monsieur !

 

 

Biblio. "Mon tour de France des curiosités naturelles et scientifiques" de J. Gourmaud - Ed. Stock, 2019.

25/10/2020

Un parfum de femme à odeur de femme...

Bientôt un siècle que cela dure et il est aujourd'hui encore le parfum le plus connu au monde ! Créé le 5 mai 1921, le célèbre "n° 5" de Mademoiselle Chanel peut s’enorgueillir de n'avoir pris aucune ride !

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En 1920, cette self-made woman qui commença sa carrière en créant des chapeaux d'une simplicité révolutionnaire, Gabrielle Chanel dite Coco Chanel (1883-1971) a déjà ouvert trois boutiques, à Paris en 1910, à Deauville en 1913 et à Biarritz en 1915. Le succès est tel que son nom est déjà mondialement connu. Mais elle en veut plus. Son amant de l'époque, le Grand-Duc Dimitri Pavlovitch de Russie (1891-1942), lui suggère de lancer son propre parfum. Elle retient l'idée et confie le travail au parfumeur Ernest Beaux (1881-1961). Elle lui dicte ses exigences car elle veut un parfum épuré en accord avec sa mode, « Un parfum artificiel, je dis bien artificiel comme une robe, c'est-à-dire fabriqué. Je suis un artisan de la couture. Je ne veux pas de rose, de muguet, je veux un parfum qui soit un composé, un parfum de femme à odeur de femme".

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Chanel à Deauville devant sa boutique

L'homme de l'art se met au travail, mélange harmonieusement les parfums de différentes, fleurs, ajoute des composés chimiques, des aldéhydes. Il parvient à marier avec génie ces molécules synthétiques très fortes qui exhalent les senteurs et les rendent abstraites. Quand il lui présente deux séries d'échantillons numérotés de 1 à 5 et de 20 à 24, elle choisit l'échantillon no 5, un jus mystérieux, sans notes dominantes, mais d'une richesse florale étonnante, composé de 80 ingrédients dont le jasmin, la rose, et l'Ylang-Ylang.

Accompagnée d'Ernest Beaux et de quelques amis, lors d'un dîner dans le plus grand restaurant de Cannes, Coco Chanel décide de tester son parfum. Elle place un vaporisateur au centre de la table et vaporise régulièrement l'atmosphère ambiant. « L'effet fut stupéfiant, déclarera t'elle, toutes les femmes en passant près de notre table s'arrêtaient, humant l'air».

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Coco Chanel et Boy Capel

"Quel nom allez-vous lui donner ? » lui demande Ernest Beaux. « Je lance ma collection le 5 mai, cinquième mois de l'année, laissons-lui le numéro qu'il porte et ce numéro 5 lui portera chance » répondit-elle. Et le parfumeur d'ajouter : Je dois reconnaître qu’elle ne s’était pas trompée... ».

Même le design du flacon retient toute l'attention de Mademoiselle. Exit les flacons rococo de l'époque, beaucoup trop alambiqués à son goût. Pour que seul le parfum soit au centre de l'attention, et peut être aussi en hommage à son amant Boy Capel (1881-1919), financeur de sa boutique normande, qui portait toujours sur lui une flasque de whisky au design similaire, elle choisit une simple fiole de laboratoire au verre épuré sur lequel elle appose une étiquette sobre, blanche et noire, caractéristique de sa marque.

Biblio. Un siècle de mode de C. Ormen - Ed. Larousse, 2013.

30/08/2020

La place des grands hommes

Parce qu'il se voit au seuil de la mort (alors qu'il lui reste encore trente ans à vivre), en cette fin d'août 1744, le roi Louis XV (1710-1774), victime d'une fièvre maligne, fait un vœu : s'il survit au mal qui le terrasse, il fera édifier une église afin d'y abriter la châsse de Sainte-Geneviève, patronne de Paris. Et le roi guérit ! La première pierre de ce projet ambitieux est posée le 6 septembre 1764. Si ambitieux qu'il faudra près de trois décennies de travaux avant que l'édifice de style néo-classique ne soit enfin livré en 1790, soit pendant la Révolution française.

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Funérailles de Mirabeau au Panthéon

Si celle-ci entraîne la déconfessionnalisation du monument, c'est le décès de Mirabeau, le 2 avril 1791, grande figure révolutionnaire, qui signe le nouveau destin de l'édifice. Le 4 avril 1791, l'Assemblée constituante transforme l'église Sainte-Geneviève en « Panthéon des grands hommes » et décide que désormais le bâtiment servira de nécropole aux personnalités exceptionnelles ayant contribué à la grandeur de la France. C'est à Quatremère de Quincy (1755-1849) à qui l'on doit le nom de "Panthéon", terme qui ne sera cependant utilisé officiellement pour la première fois que le 12 septembre 1792. Quant à la devise frontale gravée en lettres d'or sur le monument, "Aux grands hommes, la patrie reconnaissante", elle est du marquis de Pastoret (1755-1840) qui avait argumenté sa proposition d'un théâtral « que le temple de la religion devienne le temple de la patrie, que la tombe d'un grand homme devienne l'autel de la liberté. »

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Le premier "grand homme" à entrer au Panthéon sera aussi le premier à en sortir ! Ce jour-là, après de grandioses obsèques et plus de cinq heures de cérémonie, porté par seize citoyens soldats, le cercueil d' Honoré Gabriel Riqueti, comte de Mirabeau (1749-1791), pénètre par la grande porte dans l'édifice. Il en sortira beaucoup plus discrètement le 21 septembre 1794 quand, preuves à l'appui, on mettra à jour les subsides qu'il a touché de la Cour pour faire évader la reine Marie-Antoinette ! Le génie ne pouvait pardonner la corruption !

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Les funérailles de Victor Hugo au Panthéon

A l'occasion des funérailles nationales de Victor Hugo (1802-1885) le 1er juin 1885 et après bien des revirements au XIXe siècle, le Panthéon devient définitivement le lieu de repos des hommes honorés par la République. Offrant une capacité d'accueil d'environ 300 places, il n'abrite à ce jour que 78 personnalités (73 hommes et 5 femmes) dont plus de la moitié d'entre-elles sont entrées sous le Premier Empire. Les derniers à venir les y rejoindre sont Simone (1927-2017) et Antoine Veil (1926-2013), le 1er juillet 2018.

 

Biblio. "Histoires d'Os" de C. Portier-Kaltenbach - Ed. Fayard - Col. Pluriel, Janv. 2020.