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07/07/2019

"Sans grâce ni merci" mais parfaitement loyal !

10 juillet 1547. Dans un champ clos de bataille dans le pré au-devant du château de Saint-Germain-en-Laye (Yvelines), le Roi Henri II (1519-1559), accompagné de toute sa cour, attend, à la fois confiant et fébrile. Devant lui, lors d'un duel qui entrera dans l'histoire, François de Vivonne, seigneur de La Châtaigneraie (1520-1547) et Guy Ier Chabot de Saint-Gelais (1514 - 1584), vont s'affronter.

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Guy Chabot, baron de Jarnac

Chabot de Saint-Gelais, futur baron de Jarnac, avait épousé en 540 Louise de Pisseleu, sœur de la duchesse d’Étampes, maîtresse de François Ier (1494-1547). Celle-ci était en constante rivalité avec Diane de Poitiers (1499-1566), maîtresse du Dauphin, le futur Henri II. Un jour qu'on demandait à Guy Chabot d'où lui venait la richesse de ses vêtements, il répondit qu'il la devait à la générosité de sa belle-mère, Madeleine de Puyguyon, seconde épouse de son père, le baron Charles Chabot. Ces propos, tenus devant Diane de Poitiers et le Dauphin, sont opportunément déformés par eux pour le ridiculiser. Ils font courir le bruit que cette générosité cache des faveurs bien spéciales... Bien sûr, quand ces rumeurs parviennent aux oreilles de l'intéressé, non seulement il oppose un fort démenti mais demande réparation.

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François Ier , opposé aux duels et surtout conscient qu’il ne s’agit là que de « querelles de femmes jalouses » interdit l'affrontement. Mais, au lendemain de sa mort, Henri II, devenu roi, s'empresse de l'autoriser. Comme le dauphin ne peut se battre, il va choisir de se faire remplacer par La Châtaigneraie, un jeune homme robuste, connu pour sa force physique et son adresse aux armes, une des plus fines lames du royaume. Connaissant la force et les qualités de son adversaire, Jarnac prend le soin de se former auprès d'un spadassin, un maître d'escrime italien qui va lui enseigner une botte secrète.

Le combat a lieu " sans grâce ni merci", à l'épée à deux mains. A la surprise générale, Jarnac l'emporte ! Il a mis en application ce qu'il a appris de l'italien, un fameux coup qui consiste à couper le jarret de l'adversaire par un coup de revers. Il frappe donc la jambe gauche de La Châtaigneraie qui s'écroule dans une mare de sang et meurt le lendemain.

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Quant au public, le roi et sa cour, pour se remettre de son émotion, il se régale du festin que La Châtaigneraie avait imprudemment préparé pour fêter son triomphe. Il ne faut jamais vendre la peau de l'ours avant de l'avoir tué ! Le jeune roi, touché de la mort de la Châtaigneraie, décidera sur l'heure, de ne plus jamais autoriser de duels publics. Ce duel est donc le dernier exemple, en France, de duel judiciaire autorisé par la magistrature

L’expression " coup de Jarnac", synonyme à l'origine d’habileté, a pris, à partir de la fin du XVIIIe siècle, le sens péjoratif qu'on lui connaît aujourd’hui, une attaque imprévue et déloyale. C'est à tort car le coup de Jarnac était parfaitement correct !

 

30/06/2019

Particule ne rime pas toujours avec noblesse !

Qu'on se le dise : les particules nobiliaires, ces "de", "d'", "de la", "des" et "du", écrits en minuscules et précédant un patronyme, ne sont que très rarement synonymes de noblesse ! Bien des familles nobles n'en n'ont jamais eu, à commencer par la plupart des quelque trois mille anoblies sous l'Empire, comme les Murat ou les Suchet.

Si au XVIIIe siècle, on comptait 17 000 noms de famille authentiquement nobles, il n'en subsiste plus aujourd'hui qu'à peine 4 000 dont moins de 10 remontent à l'an 1400. Sous l'Ancien Régime, la noblesse représentait à peine 1 % de la population totale. Leurs membres se distinguaient dans les actes officiels non pas par une particule mais par des qualificatifs propres comme "écuyer", "chevalier", "noble", "noble homme"ou "noble dame", "Damoiselle".

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Bans de Mariage en date du 15 février 1611-Eglise Saint-Paul de Rouen- de Noble homme Guillaume Blanchard, seigneur de Mesnil-Raoul, mon sosa 2514

Les plus anciennes familles nobles sont nées bien avant que ne s'imposent les noms de famille. Elles étaient connues sous le nom de leurs terres ou de leur château, on parlait alors de "Maison", comme celle d'Harcourt en Normandie. A partir des XIIe et XIIIe siècles, lorsque les patronymes roturiers, nos noms de famille actuels, sont apparus, les nouveaux anoblis ont tout simplement ajouté ce nom à celui de leurs terres. C'est le cas de la famille Le Fevre d'Ormesson, une famille de la noblesse subsistante, originaire d'Île-de-France, anoblie en 1553 et propriétaire du Château d'Ormesson sur Marne.

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Le château d'Ormesson-sur-Marne

Mais voilà, très vite, dans l'esprit des gens, la particule, synonyme de patrimoine donc de richesse, est interprétée comme "signe extérieur de noblesse". Les bourgeois vont s'empresser d'allonger leur nom en y ajoutant, à l'aide d'une préposition, celui de leur propriété. Leurs "obligés", en marque de respect, les doteront en outre d'une "particule de courtoisie". Résultat : Monsieur Dupont deviendra Monsieur de Du Pont du Château du Val. D'autres, plus fortunés, n'hésiteront pas à acquérir à prix d'or ce titre de noblesse si convoité et qui fera d'eux de simples "faux nobles", une noblesse d'apparence uniquement...

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Pour conclure, il ne faut pas oublier ces officiants, curés et secrétaires de Mairie, qui, involontairement, vont maltraiter les patronymes, transformant nombre de Lachaussée en De La Chaussée, La chaussée ou bien encore Chaussée...

 

 

Biblio. "Qui étaient nos ancêtres ?" de Jean-Louis Beaucarnot - Ed. J.-C. Lattès, 2002.

23/06/2019

Montebourg, l'histoire d'un patronyme

Montebourg : une petite commune normande du département de la Manche. Située à l'est de la péninsule du Cotentin, à une dizaine de kilomètres de Sainte-Mère-Église, « le bourg vers lequel on monte » s'élève à environ 70 mètres au-dessus du niveau de la mer. Une petite commune normande qui a, bien involontairement, donné son nom à un enfant trouvé...

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31 janvier 1842*, loin de là, aux portes du Morvan, à Autun, sous-préfecture du département de la Saône et Loire. L'adjoint au maire rédige le procès-verbal qui servira d'acte de naissance à un enfant placé la veille au soir dans la tour d'abandon de l'hospice de la ville.

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Il s'agit déjà du septième enfant abandonné de l'année. C'est un petit garçon âgé de 2 jours vêtu d'une chemise de coton qui a été déposé là sur un mauvais oreiller de coton bleu garni de plumes. Récupéré par les sœurs hospitalières qui lui ont prodigué les premiers soins, il s'agit maintenant de lui donner une identité.

Il aurait été inconcevable et inconvenant d'attribuer à ces enfants, "nés d'amours coupables", considérés comme des parias, un patronyme déjà existant. La famille le portant ressentirait cette homonymie comme particulièrement déshonorante. Il fallait donc leur "fabriquer" un nom de famille. Cette année-là, il avait été décidé que les enfants trouvés d'Autun recevraient des noms de lieux, notamment normands. C'est ainsi que de jeunes Autunois et Autunoises vont s'appeler Hyvetot, Vallery, Damville ou Harcourt...

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Le petit garçon, recueilli en cette fin janvier par les sœurs de l'hospice, s'appellera quant à lui "Justin Montebourg". Une vraie chance car un des enfants qui l'a précédé dans le registre des enfants trouvés de l'année 1842 a quant à lui reçu le patronyme de "Letocart", "un nom sous lequel il n'aurait sans doute pas été facile de percer en politique..." Car Justin Montebourg n'est autre que l'ancêtre direct de l'homme politique et ancien Ministre, Arnaud Montebourg.

 

* Autun, naissances, procès-verbaux d'enfants trouvés 1842-p6/55

Biblio. "Le tout politique" de Jean-Louis Beaucarnot - Ed. L'Archipel, 2011.