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09/06/2019

Mes ancêtres Boulangé et leurs signatures

L'aîné de tous les "Boulangé" en l'état de mes recherches généalogiques, Joseph, originaire d'Epreville-sur-Ry, une paroisse de Seine-Maritime en Normandie, qui a épousé vers 1581 une jolie Marguerite, n'a malheureusement laissé aucune trace écrite... Comme son fils Daniel (ca1606-1688), et après lui son fils Alexandre (1644-1693), et après lui encore son petit-fils Jean (ca 1666-1741), son arrière petit-fils Louys (1703-1769) et son arrière-arrière petit-fils Jean Baptiste (1736-1798), tous signaient d'une croix, témoignage de leur analphabétisme.

Ceux qui veulent que le paysan ne sache ni lire ni écrire, disait Mirabeau (1749-1791), se sont fait sans doute un patrimoine de son ignorance, et leurs motifs ne sont pas difficiles à apprécier. Mais ils ne savent pas que lorsqu’on fait de l’homme une bête brute, l’on s’expose à le voir à chaque instant se transformer en bête féroce. Sans lumières, point de morale." L'Assemblée constituante de 1789 passe par là. Elle transfère aux autorités administratives les pouvoirs de l’église sur l’école et proclame que l'instruction élémentaire est nécessaire à tous.

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Le résultat ne se fait pas attendre : le premier de la lignée a savoir écrire son nom orthographié "Boullenger" se nomme Pierre Nicolas (1769-1852). Nicolas exerce au Mesnil-Esnard (Seine-Maritime) la profession de Beaugeur-Couvreur en paille. L'examen de la qualité graphique de sa signature montre toutefois une approche très réduite de l'écriture qui se limite peut être au seul traçage de son nom. Les lettres, qui se chevauchent, sont irrégulières et même inversées, l'écriture semble lente et laborieuse et au final, la signature est informe et maladroite.

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La signature de son fils Constant Nicolas (1817-1889), Plâtrier de son état, prouve qu'il est quant à lui le premier de la lignée à avoir appris à lire et à écrire. D'une écriture cursive, arrondie, lisible et appliquée, il trace son nom "boulangé". Si toutes les lettres sont liées entre-elles, on peut noter seulement une absence de majuscule à l'initiale du patronyme. En 1814, Lazare Carnot (1753-1823) avait tenu ces propos à l'Empereur (1769-1821) : « il y a en France, deux millions d’enfants qui réclament l’éducation primaire, et, sur ces deux millions, les uns en reçoivent une très imparfaite, tandis que les autres en sont complètement privés ». Deux ans plus tard, l'ordonnance du 29 février 1816, première charte de l'école primaire, demande aux communes de se doter d'une école et d'assurer l'instruction gratuite des enfants indigents. Aucune sanction n'est prévue contre les communes défaillantes : l'obligation est simplement morale... Mais le jeune Constant, c'est certain, a dû fréquenter l'école de Mesnil-Esnard.

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Il faut attendre 1833 pour qu'en France, l'enseignement primaire public voit le jour. En application de la loi Guizot (1787-1874), il est créé dans chaque commune une école primaire de garçons. Mais cette instruction reste ni obligatoire ni gratuite, jusqu'à la parution de la loi Falloux (1811-1886) en 1850. A cette date, le jeune Constant Étienne (1842-1918) a déjà 8 ans et l'âge minimal d'embauche est à 10 ans. La calligraphie de sa signature témoigne d'une alphabétisation très moyenne. L'écriture est lisible mais laborieuse. Les lettres ne sont pas toutes reliées entre-elles, le tracé est épais voire, à certains endroits, excessif.

A l'inverse, le tracé fin et léger, avec une utilisation pertinente de la majuscule est signe d'une réelle capacité d'écriture de son fils Paul Fernand (1877-1950), mon grand-père paternel. Son aisance à écrire témoigne d'une familiarité ancienne acquise au cours des études. Mon grand-père a bénéficié sans doute possible des lois Jules Ferry de 1882 qui rendait l'école primaire gratuite et obligatoire de 6 à 13 ans.

 

 

Biblio. "Les signatures de nos ancêtres, ou l'apprentissage d'un geste" de Th. Sabot - Ed. Thisa, 2012.

02/06/2019

Monnaie de nos aïeux : la livre

Au Moyen-âge, on "comptait" dans une monnaie et on "payait" dans une autre. La monnaie de compte, qui ne se confondait aucunement avec la monnaie de paiement, était une sorte de monnaie abstraite qui servait à définir le prix des denrées et à comptabiliser les recettes et les dépenses publiques ou privées. Durant toute la période de la monarchie capétienne (987-1328), jusqu'à la Révolution, cette pratique se maintint. Les unités de compte étaient la livre, le sou et le denier.

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Livre-Tournois

La livre, fondée par les romains sous le nom de "libra" et importée en Gaule par Jules César, correspond à environ 409 grammes d'argent et vaut 240 deniers. Chaque livre se divise en 20 sous, chaque sou étant lui-même divisé en 12 deniers.

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Double-sol parisis

La livre était donc définie par rapport à un poids de métal. Mais comme les poids et mesures n'étaient pas uniformes dans le royaume, le système de compte va se trouver alourdi par l'existence de livres différentes, de poids différents et donc de valeurs différentes. Le terme générique de livre fut donc rapidement flanqué d'un adjectif géographique indiquant l'unité de masse de référence. Deux livres surtout se sont imposées durant l'Ancien régime : la livre parisis (lp) et la livre tournois (lt). Ce n'est qu'en 1667 que la livre parisis sera définitivement supprimée et, à partir de 1720, toute ambigüité ayant disparu, la livre tournois peut se laisser appeler simplement la livre.

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Pour vous, amis généalogistes, cette grille ci-dessus, proposée par Marie Groult, animatrice de l'atelier de Paléographie des Archives Départementales de Seine, d'orthographe et de calligraphie du mot "livre" tel qu'on peut le trouver sur les actes officiels entre 1540 et 1679.

 

A suivre...

26/05/2019

L'histoire d'un dessert de "petite-reine"

Mon premier est la capitale de la France. Mon second est un port breton du tonnerre. Mon tout est un gâteau en forme de roue de vélo. Vous avez deviné ?

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Le "Paris-Brest" bien sûr ! Mais commençons par le commencement. Au départ, il y a un normand. Comment pourrait-il en être autrement ici ? Un normand donc, un homme de lettres et un grand reporter, pionnier de la presse sportive, mais surtout promoteur acharné du vélocipède. Cet homme se nomme Pierre Giffard. Il est né le 1er mai 1853 à Fontaine-le-Dun, une petite commune du département de la Seine-Maritime d'un peu plus de 500 âmes à l'époque.

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Pierre Giffard (1853- 1922)

En 1891, Pierre Giffard publie un ouvrage qui traite de l’histoire du vélocipède, des temps les plus reculés jusqu’à nos jours et qu'il intitule "La Reine Bicyclette". L'expression va quelques années après, se transformer en « petite reine » et passer dans le langage courant.

La même année, directeur du "Petit-journal", il crée le "Paris-Brest-Paris", ou "Paris-Brest et retour", une course cycliste de1200 km sur la même bicyclette ! Durée maxima : sept jours ! L'objectif est de démocratiser le vélo en démontrant son caractère pratique. Le 6 septembre 1891, 206 cyclistes s’élancent, amateurs et professionnels confondus. L'opération est un succès ! Cinq éditions auront lieu sur un rythme décennal jusqu'en 1931, puis deux autres en 1948 et 1951.

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Louis Durant, le créateur du Paris-Brest

Et c'est lors de la 3ème édition, en 1911, que la gourmandise s'invite aux festivités. Le tracé de l'épreuve passe par la Croix de Noailles, non loin de Maisons-Laffitte, lieu de résidence de Pierre Giffard. Celui-ci demande à Louis Durant, fameux pâtissier originaire de Nantes (Loire-Atlantique) dont il est client, de réaliser un gâteau emblématique de l'évènement. Le Paris-Brest est né ! Le gâteau épouse la forme d'une roue de vélo avec des rayons en pâte à pain. Si ces derniers ont disparu avec le temps, pour le reste la recette n'a pas changé : une couronne de pâte à choux fourrée d'une crème mousseline pralinée et parsemée d'amandes effilées.

 

Biblio. "Paris-Brest" - Revue Cuisine d'Ici n° 5 - Printemps 2015 et "Un dessert dans la course" - Revue "Histoire Point de vue" - Juin 201.

Merci au site www.paris-brest.fr/