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28/01/2015

L'Eglise vivante et parlante de Ménil-Gondouin

Lorsqu'en 1873, l'abbé Victor Paysant (1841-1921) devient curé du Ménil-Gondouin, un petit village d'environ 180 âmes situé en Suisse Normandie, dans le département de l'Orne, au cœur du Pays de Putanges, une église flambant neuve l'attend ! Ami des pauvres et pèlerin infatigable, l'homme de foi sait-il alors qu'il va exercer là son ministère pendant près de 50 ans et surtout que, durant toutes ces années, il ne va avoir de cesse que de décorer à son goût le lieu de prière pour en faire un « musée chrétien », un catéchisme illustré pour la « Gloire de Dieu et l'édification publique ».

 

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 Abbé Victor Paysant (1841-1921)

Car, non seulement, ce normand né près de là, à Fel (Orne), va s'employer à restaurer des sculptures anciennes, mais il va en créer de nouvelles et couvrir l'édifice, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur, d'inscriptions pieuses et de peintures inspirées de ses nombreux voyages. Et pour leur réalisation, il fait appel à un peintre et à un sculpteur.

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 Église de Ménil-Gondouin (Orne)

Bien entendu, cet acte de foi n'est pas du goût de tout le monde et, après sa mort, ses supérieurs s'empressent de camoufler les peintures jugées disgracieuses sous un badigeon de chaux et d'enfouir au plus profond ses nombreuses statues.

Mais voilà, l’œuvre de l'abbé Paysant est resté gravée dans la mémoire de ses fidèles ! Et quand en 1976, la sécheresse en fait réapparaître quelques morceaux, les Ménilgondoyens décident de rendre justice au travail de leur original abbé.

Afin de recueillir les fonds nécessaires à la restauration des décorations de l’église, le Maire de la commune, Guy Béchet, entreprend, au début de l’année 2004, un voyage à pied jusqu'à Rome. Grâce à l'aide de l'association "Les Amis du Houlme", les travaux de la façade extérieure sont achevés en septembre 2004.

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Pour l'intérieur de l'église, si on fait notamment appel au souvenir d'une habitante centenaire de la commune, on s'inspire aussi des 180 cartes postales éditées à la demande du curé Paysant et représentant l'intégralité de son œuvre jusqu'au moindre détail. Et c'est ainsi que fin 2006, l'église du Ménil-Gondouin retrouve son état d'avant 1921, à l'exception cependant du statuaire irrémédiablement détruit.

Biblio. « Normandie - 500 coups de cœur » de M. Le Goaziou et M-C. Colignon - Ed. Ouest-Franc.e 2011.

Merci aux sites cc-valdorne.fr/communes/mgondouin.html et /office-tourisme-putanges.com/patrimoine/menilgondouin.html

25/01/2015

Quand le Père Alexandre racontait le Pays de Caux...

C'était un normand, un havrais. Bernard Alexandre est né au Havre le 26 juin 1918. Il était un gars de la ville, « un enfant de la rampe », comme il aimait à dire, le quartier du Havre où il passa toute son enfance. En 1945, après des études au petit séminaire de Rouen qu'il avait intégré à 13 ans, il est ordonné prêtre et nommé à Vattetot-sous-Beaumont, au cœur du pays de Caux. Il y trouve un presbytère humide et froid, des paroissiens repliés sur leurs habitudes et leurs traditions, qui considèrent ce tout nouveau jeune prêtre comme un « horsain ». En Normandie, ce terme péjoratif désigne "celui qui vient d'ailleurs", celui qui n'est pas d'ici, qui n'est pas « cheu nous ». .

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Homme de Dieu et homme de bien, le Père Alexandre va s'employer à les conquérir. Curieux d'esprit, le curé de campagne qu'il devient va porter un regard bienveillant mais réaliste, attentif, privilégié, plein d'humour et de bonté, sur ses ouailles cauchoises qu'il sait douées de bon sens et sachant compter (un sou est un sou), sur leur terre, sur leur vie, sur leur village. Doué d'un extraordinaire talent de conteur, chaque réflexion, chaque anecdote est l'occasion d'une nouvelle histoire qu'il aime raconter lors des veillées qu'il affectionne. En 1988 , il les rassemble toutes dans un livre devenu un best-seller, « Le Horsain – Vivre et survivre en Pays de Caux ».

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Pour le plaisir, écoutons le Père Alexande nous raconter son arrivée dans sa nouvelle paroisse* : « Je commençais à m'inquiéter (de ne pas trouver mon chemin), (…) Quand tout à coup aux quatre chemins, j'ai aperçu dans la plaine, planté au milieu de son troupeau de moutons, un « berquier ». Un berquier, c'est un berger. Il était là ; je me suis avancé vers lui, il n'a pas bougé. Un cauchois ne bouge jamais ; c'est pas lui qui viendrait au-devant de vous, il vous attend : c'est vous qui le dérangez.

 

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Je me suis approché, je lui ai dit : « Pardon mon brave, Vattetot-sous-Beaumont ? » Il n'a pas bougé, il n'a pas répondu. Je me suis dit, il est peut-être dur de la feuille. Je lui ai répété plus fort « Vattetot-sous-Beaumont ? » Il n'a pas bougé non plus ! Je me suis demandé pourquoi ? Maintenant je sais. Après 40 ans on sait beaucoup de choses. C'est que le cauchois avant de répondre, il réfléchit, il calcule. Il se dit « Combien de mots je vais dire pour ne pas en dire trop, pour ne pas m'engager ; voyez-vous ! » Alors il m'a dit simplement comme un juron : « Eune chaboteille ». Une « sabotée », c'est une marche en sabots, ça signifiait que c'était pas loin. Naturellement, je le remercie. (…) j'allais partir, quand le gars se « ravise » et me dit : Tiens ! Dis-donc vous, là, seriez-t-y point l'nouveau curé d'Vat'tot ? Oui mon brave, je suis bien le nouveau prêtre de la paroisse. Oh, ben, j'vas vous dit eun'bonne chose, « métier Cué, métier d'berquier, est deux métiers foutus ! »

* « Le Père Alexandre racontait... Recueil d'Histoires Cauchoises – Ed. Bertout 1991.

21/01/2015

La Revers, une normande aux racines bretonnes

La Revers est une pomme à couteau colorée en rouge sur les ¾ de sa surface, à la chair fine et goûteuse. A la fois acidulée, ferme, croquante, juteuse et sucrée, de taille moyenne, elle arrive à maturité en novembre et se conserve jusqu'en mars-avril.

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Elle doit son nom à un curé au parcours très atypique. Professeur de philosophe et de langues à Dol-de-Bretagne dont il est originaire, Marie François Gilles Rever de Beauvez (1753-1828) est nommé le 10 août 1784 curé de la jolie paroisse euroise de Conteville. Celle-ci faisait partie de l'exemption de Saint-Samson qui regroupait les paroisses relevant de l'évêché de Dol et enclavées en Normandie, de part et d'autre de l'estuaire de la Risle, entre les diocèses de Lisieux et de Rouen.

 

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Apprécié de ses paroissiens, il la dessert encore au moment de la Révolution. Député à l’Assemblée provinciale en 1791, puis député à l’Assemblée législative et l’un des administrateurs du département de l’Eure, il devient membre correspondant de plusieurs sociétés savantes et de l’Institut, dont il fut lauréat, et créa la bibliothèque publique d’Évreux et l’école centrale de l’Eure.

Érudit, passionné d'archéologie et d'histoire naturelle, vers 1810, l'abbé rapporte de Dol-de-Bretagne une pomme, la « Rouget de Dol » qui s'acclimate parfaitement dans notre marais Vernier normand.

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Comme d'habitude, pour tous les gourmands aux babines alléchées, voici comment confectionner de délicieux beignets de pommes* :

Prévoir une pomme par personne, de la pâte à beignets, de la farine, du sucre et du Calvados.

Confection de la pâte à beignets** : 150 g de farine, 200 ml de lait, 2 œufs, huile et sel
Mélangez la farine et le sel. Fouettez le lait avec les œufs, ajoutez à la farine et mélangez bien. Couvrez et laissez gonfler pendant 30 min environ.

Confection des beignets : Éplucher les pommes et les couper en quartiers. Les mettre à macérer pendant trois heures avec du sucre mouillé d'un peu de Calvados. Égoutter les pommes, les passer à la farine, puis dans la pâte et les faire cuire dans de la friture bien chaude.

Bon appétit !

 

* Recette « Cuisine Normande » de M. Barberousse – Ed. Barberousse.

** Recette pâte à beignets : http://www.cuisineaz.com

Biblio. « Eure – 100 lieux pour les curieux «  de D. Camus – Ed. C. Bonneton 2013.