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20/10/2019

Les frères Gaillard de Quévreville-la-Milon ou l'histoire de la chouannerie normande

C'est aux chèvres qui paissaient sur ses terres que ce petit village normand de Seine-Maritime, situé à quelques kilomètres de Rouen, devait son nom. Si depuis 1928, il a perdu son autonomie, Quévreville-la-Milon a été rattaché à la commune voisine de Saint-Jacques-sur-Darnétal, l'histoire de sa chapelle mérite d'être contée. Au fond du cimetière qui l'entoure, se dressent deux colonnes, deux tombes qui abritent le repos des deux personnages à l'origine de son édification.

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Les stèles funéraires des frères Gaillard

Au départ, ils étaient trois. Trois frères qui portaient bien leur nom : trois Gaillard ! Tous trois nés à Quévreville-la-milon, d'un père, Guillaume Gaillard, riche propriétaire qui avait épousé en 1771 leur mère, Geneviève Taupin.

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Les frères Gaillard

L'aîné, Guillaume, qui se fera appeler Raoul, vient au monde le 13 novembre 1771. Quatre ans plus tard, le 3 février 1775, naîtra Armand suivi le 22 janvier 1778 d’Édouard.

Ces trois hommes, trois royalistes convaincus vont, par idéalisme, rejoindre la chouannerie normande, bien décidés à renverser le Premier Consul, Napoléon Bonaparte, afin de rendre aux Bourbons le trône de France.

En Normandie, la chouannerie se répartit en 5 divisions : une en Pays de Caux, deux en Pays de Bray, une à Magny et l'autre aux Andelys (Eure). En 1800, Raoul Gaillard, "cinq pieds, 7 pouces, élancé, blond aux yeux claires, nez petit et pointu, bouche grande, sourcils blonds, portant redingote américaine, chapeau rond et poignard à manche d'ivoire, gai de caractère, prudent, habile et courageux" prend la tête d'une des deux divisions du Pays de Bray en installant son poste de commandement à Ecouis.

Une conspiration est minutieusement ourdie : enlever le Premier Consul sur le route de Saint-Cloud ou de Malmaison et, au mieux, à l'expédier ensuite dans quelques îles lointaines.

Parti d'Angleterre où, avec ses frères il a trouvé refuge, Raoul débarque à Biville-sur-Mer dans la nuit du 20 au 21 août 1803 afin de mettre point ledit projet avec leurs complices. Armand le rejoindra 5 mois plus tard. Et tout ce petit monde conspire... Bien trop de monde en fait ! Très vite, le secret est éventé. Surveillés étroitement par la police qui a eu vent de l'affaire, les comploteurs, dont Raoul et Armand, sont arrêtés le 26 mars 1804 à Mériel près de l'Isle-Adam alors qu'ils tentent de traverser l'Oise. Mortellement blessé, Raoul décède à Pontoise le 3 avril 1804. Armand est emprisonné avec ses complices à la prison du Temple avant d'être jugés. Sur 47 accusés, 21, dont Armand, seront condamnés à mort. Douze seront exécutés en place de Grève et les autres, sur intervention personnelle de l'Impératrice Joséphine, sont condamnés à la déportation.

Armand est interné dans une prison D’État de Bouillon dans les Pyrénées. A sa sortie, en 1814, il rejoint l'armée. Anobli par le roi Louis XVIII, il est fait Chevalier de Saint-Louis et décoré de la Légion d'Honneur. Promu Colonel d’état-major, il est nommé Gouverneur de la ville de Brest et de l'Ile d'Oléron. Édouard, le plus jeune des trois frères, moins impliqués que ses aînés, s'était réfugié à Vienne comme aide de camp du Comte Alexandre Le Filleul de la Chapelle. Marié à la fille de Cléry, le célèbre valet de chambre du roi Louis XVI, anobli lui aussi, il sera nommé Lieutenant du Roi pour la ville de Boulogne-sur-Mer.

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La Chapelle de Quévreville-la-Milon

C'est Armand et Édouard qui feront édifier, à l'emplacement même de l'ancienne église Notre-Dame détruite à la Révolution, la chapelle de Quévreville-la-Milon en ex-voto de reconnaissance à la Vierge. Ils choisiront tous deux d'y être inhumés, le premier en 1852 et le second en 1844.

Un très éloigné cousinage, huit générations, relie ma famille paternelle à ces trois frères.



Merci au site http://ascbgenealogie.canalblog.com

13/10/2019

Monnaie de nos aïeux : le sou

Le "sou" tire son nom de "solidus", une monnaie de 4,5 g d'or créée par l'empereur romain Constantin (272-337).

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Solidus romain

"Solidus" va se transformer en "soldus", puis en "solt" dès le XIe siècle et enfin en "sol" au XIIe siècle. Au XVIIIe siècle, s'adaptant à la prononciation qui s'est imposée les siècles durant, “sol” devient “sou", un mot qui va perdurer bien longtemps après sa disparition. Les Français vont continuer d'appeler "sou" le vingtième du franc et dénommer « pièce de cent sous » celle de cinq francs.

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Le dernier "sou" : cinq centimes français de 1939

 

Adopté par les rois mérovingiens (Ve au VIIIe siècle), le "sou" sera dévalué par Charlemagne à 1/20e de livre carolingienne d'argent. Divisé en 12 deniers, ceux-ci seront en fait dans la pratique les seuls à circuler.

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Pour vous, amis généalogistes, une grille, proposée par Marie Groult, animatrice de l'atelier de Paléographie des Archives Départementales de Seine, d'orthographe et de calligraphie du mot "sou" tel qu'on peut le trouver sur les actes officiels entre 1493 et 1610.

 

A suivre...

06/10/2019

Une belle âme

Elle s'appelait Marie Anne Lesdo. Un âme bien née. Une noblesse de robe, avec, du côté paternel, un père, Premier Président en la Chambre des Comptes et un grand-père avocat au Parlement de Rouen et du côté maternel, un grand-père Correcteur en la Chambre des Comptes et un père Conseiller du Roi et Maître-Ordinaire en la Chambre des Comptes de Normandie. A l'âge de 20 ans, le mercredi 13 juin 1714, Marie Anne épouse en l’Église Saint-Patrice de Rouen un chevalier, son aîné de 25 ans. L'heureux élu, Messire Nicolas Charles Mouret (1669-1741) est Seigneur du Pont, du Grandcamp de la Prévôté de la Rivière, Seigneur et Patron Honoraire de la Paroisse d'Annevile (aujourd'hui Anneville-Ambourville).

La famille s'installera dans ladite paroisse d'un peu plus de 500 âmes à l'époque, située dans le Roumois, dans un méandre de la Seine, près de Barentin (Seine-Maritime) et dont, en son temps, son seigneur combattra aux côtés de Guillaume le Conquérant lors de la bataille d'Hastings.

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Chapelle Notre-Dame de Bon Port d'Anneville

En 1713, Nicolas Charles Mouret, alors Conseiller au Parlement de Rouen et Président en la Chambre des requêtes, y fondera, en mémoire de ses ancêtres, la Chapelle Notre-Dame de Bon Port.

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Anne Lesdo, Dame de la Rivière, va s'éteindre à 63 ans, le 31 mai 1758. Fait peu commun, sur le registre paroissial d'Anneville, après avoir rédigé l'acte de sépulture, le prêtre-curé Vallois lui dédiera cette "réflexion : si cette dame Dupont ci-dessus nommée n'est point au ciel je crois qu'il n'y en ira guère.C'était la dame la plus parfaite que j'aye jamais connue dans le monde elle scavait sa religion en théologienne et a toujours pu en servir de modèle.Sa vertu n'était point farouche mais solide et véritable. Sa charité était sansz bornes pour les défauts de son prochain, elle excusait même ceux qui lui avaient manqué, "ils n'ont peut être pas cru mal faire" disait-elle. Elle avait une bonne âme qui la portait à secourir toutes sortes de personnes. Elle était d'un abord doux et affable pour tout le monde. Tous ses vassaux allaient avec la même con fiance lui présenter leur requête ; ils en sortaient toujours contents et satisfaits. Son humeur était toujours égale, gaie et scavante dans la conversation, parlant bien sur toutes les sciences, exceptées les mathématiques qu'elle ignorait, scavante sans penser libre, je ne scais ce qui l'emportait ou de sa grande vertu ou des belles qualités de son cœur et de son esprit. Elle aurait mérité gouverner un royaume ; bien des gens d'esprit l'appellaient la reine des femmes. Elle est enfin morte cette illustre et aimable dame regretée et pleurée de tous ceux qui avaient l'honneur de la connaître.*"

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*Extrait du Registre paroissial d'Anneville-sur-Seine, Archives Départementales de Seine-Maritime, 4E 01430 1751-1759 vue 87/102

Biblio. Article de D. Carpentier, Revue Généalogique Normande n°126 - 2013 -