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22/05/2016

Le Bœuf Mironton ou l'art d’accommoder les restes

 « Malbrough s'en va-t-en guerre

Mironton mironton mirontaine

Malbrough s'en va-t-en guerre

Ne sait quand reviendra »

 

On ignore en fait quel est le rapport entre le général anglais John Churchill, duc de Malborough (1650-1722), qui a consacré l'essentiel de sa carrière militaire à lutter contre la France, et la recette du bœuf Mironton (quelque fois orthographié miroton) ? Par contre, on sait que celle-ci est certainement l'une des plus vieilles préparations de bœuf à la française !

 

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De quand date-t'elle ? Si on trouve sa trace à partir de 1740, il est vraisemblable qu'elle soit née bien longtemps avant. En effet, il faut se rappeler que les possibilités de conservation des denrées alimentaires étaient très limitées chez nos ancêtres et qu'ils devaient en conséquence retravailler rapidement tous les restes de repas en les accommodant d’une façon ou d’une autre.

D'où vient-elle ? A l’origine, la recette du bœuf mironton ne contient pas d'oignons, mais seulement de la viande, coupée en tranches très fines, accompagnée d’une sauce au vinaigre, c'est-à-dire de la pure cuisine latine !...

 

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Comment est-elle arrivée jusqu'en Normandie ? Je ne saurais vous l'expliquer mais ce que je peux faire par contre, pour vous tous amis gourmands aux babines alléchées, c'est de vous donner la recette du bœuf Miroton façon « Pays de Caux »* : il vous faut 800 g de viande bœuf (macreuse gélatineuse ou gîte-gîte) cuite au pot-au-feu la veille, 6 gros oignons, 3 tomates ou 100 g de sauce tomate, 1 grosse noix de beurre, 2 louches de bouillon de pot-au-feu, 1 bouquet garni, sel, poivre, vinaigre de vin et cornichons.

 

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Couper la viande en tranches minces. Pour la sauce, hacher grossièrement les oignons, les mettre à roussir dans le beurre, mouiller avec ½ verre de vinaigre de vin, laisser cuire et fondre les oignons à petit feu, ajouter les tomates coupées, le bouillon, le bouquet garni. Laisser cuire et réduire ¼ d'heure. Ajouter les cornichons hachés, rectifier l'assaisonnement. Mettre la viande dans cette sauce, faire réchauffer à petit feu. Servir avec des pâtes ou des pommes de terre. Bon appétit !

 

* Recette extraite de « Bonnes recettes d'une famille cauchoise » de F. Auger – Ed. Bertout 2002.

18/05/2016

Suire, marâtre et autre belle-mère...

Savez-vous ce qu'est une « Tue Belle-mère » ? C'était le surnom donné à la « Voiturette », un véhicule inventé par Léon Bollée (1870-1913) en 1896, dans lequel la position à l'avant du passager était particulièrement dangereuse... Le racisme « anti-belle-mère » est là malheureusement évident !

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Le "Tue Belle-mère"

Ce mot "belle-mère" est né au Moyen-âge. Aujourd'hui, il désigne aussi bien, quand il s'agit d'un homme, la mère de sa femme, quand il s'agit d'une femme, la mère de son mari et quand il s'agit des enfants d'un premier lit, la seconde femme de leur père ! Il faut savoir que le vieux français distinguait quant à lui la "suire", terme aujourd'hui disparu et qui se rapportait à la mère du conjoint, de la "marastre", la seconde épouse du père. Pour le beau-père, on employait le terme de "parastre" .

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Or, comme le sens du mot "marâtre" a évolué et, qu'avec le temps, on s'est mis à l'employer pour désigner une mauvaise mère, celle qui maltraitait les enfants de son conjoint, que la terminaison "astre", devenue "âtre", a pris ce sens péjoratif que nous lui connaissons, la langue française s’est sentie obligée d’utiliser un autre vocable pour le remplacer. "Beau" et "bel" exprimaient au XIe siècle non pas la beauté mais la bonté. C'est un qualificatif que l'on utilisait volontiers en marque d’affection quand on s’adressait à des parents ou a des personnes de son entourage qu’on aimait bien. On disait "bele suer", "bele amie", ou encore "biaus dous fils",... Et c'est ainsi que, tout naturellement, "belle-maman" s'est imposée...

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La famille royale d'Angleterre, exemple de rapports tendus entre belle-mère et bru...

On utilise aussi "bru" et "gendre" pour désigner la "belle-fille" ou le "beau-fils". "Bru" est issu du bas-latin des balkans "brutis". Introduit par les Goths au IIIe siècle, ce terme a supplanté le latin "nurus". "Bru" serait apparenté au gothique "bruths" désignant une jeune mariée.  Quant à "gendre", le mot vient de "generum", accusatif du latin "gener" (mari de la fille), de la famille de "gignere" (=engendrer). A noter que l'ancienne langue utilisait "fillastre" pour désigner le beau-fils et "sororge" ou "serorge", de "sororius" pour le beau-frère .

 

Biblio. "Merveilles et secrets de la langue française" Ed. Sélection du Reader's Digest-2000.

Merci au site www.langue-fr.net

15/05/2016

Une gourmandise à faire damner un saint !

Il aurait pu s'appeler le Saint-Lazare ! Car, si ce gâteau là doit bien son nom au saint patron des boulangers-pâtissiers, il faut savoir que leur tout premier ange gardien ne fut pas Saint-Honoré mais Saint Lazare. Ce n'est qu'au XVe siècle que la première confrérie de boulangers, érigée à Paris en l'église collégiale Saint-Honoré, le remplaça par Saint-Honoré, certains qu'il leur assurerait une meilleure prospérité et protection. Depuis, tous les 16 mai, date anniversaire de sa mort, c'est la fête du pain dans toutes les boulangeries de France.

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Originaire de Picardie et Évêque d'Amiens, Saint-Honoré (début du Vie siècle-16 mai 600) aurait fait part très tôt de sa vocation de devenir prêtre à sa nourrice. La légende veut que la brave femme était alors occupée à enfourner son pain à l'aide d'une longue pelle. Elle lui aurait répondu en se moquant : « Et quand ma pelle aura des feuilles, tu seras évêque ! » Et c'est là que, sous ses yeux ébahis, sa pelle se couvrit effectivement de grandes feuilles vertes ... . Parvenu à convertir nombre de réfractaires à la foi chrétienne, sa renommée va s'étendre jusqu'à Paris où, au XIIIe siècle, des picards émigrés vont lui bâtir une chapelle. La rue et le faubourg qui portent aujourd'hui son nom l'ont rendu célèbre dans le monde entier, tout autant que la pâtisserie qui porte ce nom.

 

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Elle se présente comme une petite pièce montée. C'est vers 1846 que le plus célèbre pâtissier parisien de l'époque, Chiboust, installé rue St Honoré, le réalise comme une grosse brioche fourrée de crème pâtissière.

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En 1863, l'un de ses apprentis, Auguste Jullien, aidé de son frère, va retravailler la recette et donner au gâteau la forme qu'il a aujourd’hui : un fond en pâte brisée recouvert sur le pourtour d’un cordon de pâte à choux sur lequel 8 petits choux garnis de crème pâtissière à la vanille sont collés au caramel. Le fond de l’entremets est garni soit de crème pâtissière recouverte ensuite de crème chantilly soit d’une crème « chiboust » (mélange de crème pâtissière et de meringue).

 

 

Biblio. « Almanach 2014 des Terres de France » - Presses de la Cité -2013.