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10/11/2019

Le passé normand de l'Hôtel Matignon

Le rouennais Édouard Philippe, notre Premier ministre, devrait se sentir doublement chez lui à Matignon. Pourquoi doublement ? Parce que cet hôtel particulier est, depuis 1935, non seulement  la résidence officielle et le lieu de travail du chef du gouvernement français mais aussi parce que, à l'image du Palais de l’Élysée, construit en 1720 pour Louis-Henri de La Tour d'Auvergne (1674-1753), comte d'Évreux et de Tancarville, l'Hôtel Matignon est, à son origine, la propriété d'une famille normande.

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Hôtel de Matignon aujourd'hui

Voici l'histoire. En 1722, Christian-Louis de Montmorency-Luxembourg (1675-1746), prince de Tingry et Maréchal de France, commande la construction d'un Hôtel particulier sur un terrain qu'il avait acquis trois ans plus tôt à l'architecte Jean Courtonne (1671-1739). Mais voilà, les travaux s'avèrent si couteux que le prince de Tingry est obligé de vendre son hôtel avant son achèvement. Le 23 juillet 1723, Jacques III de Goyon, sire de Matignon et de la Roche-Goyon, comte de Torigny, en devient l'heureux propriétaire et lui donna son nom.

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L'Hôtel de Matignon vers 1737 - Plan de Turgot

L'homme est issu de la branche aînée de la famille de Goyon ou Gouyon, des nobles originaire de Bretagne et dont la filiation suivie remonte à 1209. Les Goyon de Matignon se sont implantés en Normandie en 1421 à l'occasion du mariage de Jean Goyon avec Marguerite de Mauny, héritière de plusieurs grandes terres de Normandie, et principalement de la baronnie de Thorigny, que les descendants du couple vont conserver jusqu'au XVIIIe siècle. La famille de Gouyon portera en Normandie les titres de comte de Thorigny et de Gacé, et de baron de Saint-Lô.

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Jacques Ier Prince souverain de Monaco

A la mort de Jacques III, le 14 janvier 1725, son fils Jacques (1689-1751), quatrième du nom, en hérite. Le 20 octobre 1715, il avait fait un beau mariage en épousant la princesse héritière de Monaco, Louise-Hippolyte Grimaldi (1697-1731). Celle-ci succèdera à son père après sa mort le 20 janvier 1731. Seulement, après 11 mois de règne, sa mort prématurée à l'âge de 34 ans, propulse son époux prince de Monaco sous le nom de Jacques Ier Grimaldi. Il va gouverner la principauté pendant deux années, le temps nécessaire pour que son fils Honoré III atteigne l'âge de 13 ans, majorité nécessaire pour régner, et abdiquer en sa faveur le 7 novembre 1733.

L'Hôtel de Matignon passera ensuite légitimement à ses descendants, les princes de Monaco. C'est pourquoi, l'actuel prince de Monaco, Albert II, porte parmi ses nombreux titres, celui de "sire de Matignon". Le prince souverain de Monaco est effet duc de Valentinois, marquis des Baux, comte de Carladès, baron de Calvinet et du Buis, seigneur de Saint-Rémy, sire de Matignon, comte de Torigni, baron de Saint-Lô, de la Luthumière et de Hambye, duc de Mazarin, duc de Mayenne, prince de Château-Porcien, baron de Massy, comte de Ferrette, de Belfort, de Thann et de Rosemont, baron d'Altkirch, seigneur d'Issenheim, marquis de Chilly, comte de Longjumeau et marquis de Guiscard.

 

Biblio : "Normands célèbres" de J.-P. Pichard - Edilivre, 2013.

03/11/2019

Une noblesse liée à "l'être" et non "l'avoir"

Il faisait bon être noble sous l'Ancien Régime, avant la Révolution française ! Au-delà de la considération et du prestige, cette qualité permettait de jouir de considérables privilèges. A ceux purement honorifiques, comme être présenté au roi, le servir, porter l'épée au côté, arborer des armoiries timbrées, utiliser un titre ou placer une particule devant son nom de terre,... s'ajoutaient des privilèges fiscaux non négligeables comme l'exonération de certains impôts, dont le principal, la taille. Les nobles bénéficiaient en outre de carrières privilégiées. Du fait de leur statut et non de leurs compétences, les postes de commandement les plus prestigieux, notamment dans l'armée, et les plus rémunérateurs bien sûr, leur étaient réservés.

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Caricature anonyme des trois ordres en1789

Cette position sociale, issue de traditions ancestrales, était bien entendu très enviée et très convoitée. Pour autant, n'est pas noble qui veux. Dans la majorité des cas, on héritait de ce statut. Être issu légitimement d'un père noble pour l'être soi-même. Cependant, seuls les fils transmettait la noblesse : les femmes nées nobles le restaient sans avoir pour autant la possibilité de léguer celle-ci à leurs descendants.

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Disposition en « statue équestre » d'un chevalier, sa monture cabrée

On pouvait aussi acheter sa noblesse. Ainsi, un roturier, souvent un proche du roi, pouvait être anobli, moyennant finances, par lettres patentes royales enregistrées au Parlement et à la Cour des aides. Cet anoblissement valait non seulement pour son bénéficiaire, mais aussi pour sa descendance masculine légitime.

L'anoblissement pouvait également découler de l'achat d'une charge ou d'un office. Les grands officiers de la Couronne, comme le Chancelier ou le Garde des Sceaux, recevaient immédiatement la noblesse s'ils ne la possèdent déjà. Les charges de Conseiller, Notaire, Secrétaire, etc., la fameuse "savonnette à vilain", nom donné au procédé de passage de la roture à la noblesse permettant à un parvenu ou à un bourgeois de faire oublier ses origines non nobles, octroyait une noblesse qui ne devenait héréditaire qu'après vingt ans d'exercice de la fonction. L'occupation de fonctions municipales dans les grandes villes du royaume telles que maire, prévôt des marchands, échevin, etc. conférait également la noblesse, une noblesse dite "de cloche".

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Le premier anoblissement royal connu date de 1271. A partir du règne du roi Henri IV (1553-1610), les Bourbons vont en faire un véritable commerce.

Enfin, au début du Moyen-âge, la tierce-foi ou l'acquisition d'un fief noble était un moyen efficace pour de riches bourgeois ou marchands de devenir noble. Il convenait alors d'en jouir noblement et d'en rendre hommage par trois fois (d'où le nom de tierce-foi), c'est-à-dire pendant 3 générations successives. Ce mode d'accession à la noblesse va prendre fin en 1579 par l'Ordonnance de Blois promulguée par le roi Henri III (1551-1589) qui précise que "les roturiers et non nobles, achetant fiefs nobles, ne seront pour ce anoblis", la noblesse étant liée à "l'être" et non "l'avoir".

 

A suivre...

 

Biblio. "Généalogie facile - réaliser son arbre" - Hachette Collections, 2008 - "Larousse de la Généalogie" 2002 -"Revue française de Généalogie" n° 163 - Avril-Mai 2006 - "Votre généalogie" - n° 76, 77, 78 - 2017 - "Gé-Magazine" n° 218.

27/10/2019

Beaumarchais, l'insolent

Sa vie fut un combat et un tourbillon enveloppant, entraînant, mêlant tout, dans un conflit de faits et de choses le plus étrange, le plus ondoyant, le plus divers, qui ait jamais agité une existence humaine*". Car Beaumarchais (1732-1799) est un aventurier et un libertin qui se fera connaître autant par ses spéculations et ses procès que par ses œuvres théâtrales dont les plus connues sont assurément "Le barbier de Séville" (1775) et "Le mariage de Figaro" (1778).

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Beaumarchais (1732-1799)

Pour ce brillant touche-à-tout de génie, tour à tour ou en même temps entrepreneur, agent secret, fournisseur d’armes, professeur de harpe, horloger, imprimeur, et bien sûr écrivain... tout commence un jour d'hiver dans le Paris du XVIIIe siècle. C'est le 24 janvier 1732 que Pierre Augustin Caron voit le jour au domicile de ses parents, dans la grande rue Saint-Denis, près de la rue des Lombards, entre l’hôpital Sainte-Catherine et la rue de la Heaumerie, au cœur du quartier des Halles. Il est l'unique garçon d'André-Charles Caron, homme d’intelligence et d’entreprise, originaire de Meaux et de sa femme Louise Pichon qui lui donnera aussi cinq filles. Issu d'une famille d'horlogers huguenots, il est lui-même maître-horloger dans la capitale, un artisan reconnu, un bourgeois gagnant bien sa vie et celle de sa famille, féru de musique et de littérature.

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L'enfant va grandir à l'ombre de ses sœurs. Son avenir est tout tracé... Aussi, à 13 ans, il débute son apprentissage dans l'atelier de son père. Ambitieux, intelligent et plein d'esprit, ses talents lui ouvrent les portes du grand monde et celles de la cour. Devenu fournisseur attitré de la Maison Royale, il épouse à l'église parisienne de Saint-Nicolas des Champs, le 27 novembre 1756, Madeleine Catherine Aubertin-Franquet. L'épousée, de dix ans son aînée, est veuve et également très riche. Parmi son actif, elle possède un "petit fief", celui de 'Bosc Marchais". Relevant de celui de Vizel à Moussy-le-Neuf, arrière-fief de la baronnie de Dammartin (Seine-et-Marne), il ne comprenait quelques terres, des prés et un manoir. C'était toutefois suffisant pour "agrémenter" utilement un patronyme des plus communs et ouvriers, "Caron" étant la forme normande et picarde du charron. Dès lors, Pierre Augustin Caron ajoute à son nom ce "de Beaumarchais", un soupçon de noblesse bien plus en adéquation avec sa nouvelle situation.

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Le métier de charron autrefois

Veuf après seulement deux années de vie commune, voilà qu'il se remarie en 1768 avec Geneviève Madeleine Wattebled de Sotenville. Elle aussi est veuve mais bien plus riche encore que celle qui l'a précédée. La ressemblance ne s'arrête pas là car elle décède elle-aussi au bout de deux années de mariage en laissant à son mari un héritage astronomique. Bien sûr, devant une telle "fatalité", "on" parle, "on" questionne, "on" accuse même,... mais rien ne sera jamais prouvé...

L'histoire oubliera Pierre-Augustin Caron et ses riches veuvages pour ne retenir que Beaumarchais, une figure emblématique du siècle des Lumières, auteur d'une critique hardie et spirituelle de la société de son temps, considéré à ce titre comme un précurseur de la Révolution française.

 

* Extrait de "Vie de Beaumarchais", Texte établi par Édouard Fournier, Laplace, 1876.