08.11.2009

Pour dater une photographie ancienne

Il est bien rare d’avoir chez soi un ancêtre peint par Mignard ou Mme Vigée-Lebrun !!!

Par contre, on peut avoir la chance de disposer de vieilles photographies, autant de portraits un peu figés et très solennels, grâce auxquels on découvre avec bonheur les traits et les physionomies de ceux qui nous ont précédés.

Dater une photographie est un exercice facile si l’on connaît deux ou trois petits trucs des plus utiles.

L’attitude des personnages est un premier moyen de datation : plus le personnage parait figé (appuyé sur une canne, la main posée sur une table,…), plus la photo est ancienn, c'est-à-dire vers 1850. Car, la canne et le guéridon étaient des subterfuges utilisés pour permettre au sujet photographié de garder longtemps la pose.

Plus le temps de pose se raccourcit, grâce aux progrès techniques, plus la photo permet de photographier dans des délais raisonnables : l’enfant peut donc apparaître sur les photos dès 1880, avant de triompher en 1900 dans la « mignonnette ».

L’aspect des photographies est un second moyen de datation. La présentation des photographies ne cesse d’évoluer entre 1850 et 1900. Parmi les points les plus significatifs figure l’épaisseur du cartonnage et l’ornementation de la photographie.

 

Petit mémo pour vous y retrouver plus facilement :

 

1-de 1850 à 1870 : Pour ces photographies les plus anciennes, le cartonnage utilisé est très mince (4/10e de mm), les coins sont carrés, des caractères d’imprimerie très petits à l’encore noire figurent au dos, caractères qui grossissent à partir de la première Exposition universelle en 1867.

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 Catherine DESMARE (sosa 29) femme de Désiré BENARD (1825-1879), mon aïeule photographiée vers 1870

2-de 1871 à 1885 : Le carton blanc est plus épais (6/10e de mm), les coins s’arrondissent, un filet encadre de plus en plus souvent la photo qui est parfois signée avec, en-dessous du nom du photographe, le lieu où il exerce. L’encre d’imprimerie est de couleur violette, sépia, voire rouge ou verte. 

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Photographie supposée de Claris BENARD (1853-1879) soeur de mon arrière grand-père Albert Bénard (sosa 14)

 

A partir de 1875, quelques photos sont en outre bombées grâce à une déformation du cartonnage.

A partir de 1880, le dos se colore de couleurs vives (bleu, rouge, bordeaux) et le photographe imprime des formules du style « Photographie artistique » ou « Photographie moderne ». Les caractères sont parfois en gothique et le filet entourant la photographie s’épaissit.

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A partir de 1885, le photographe signe souvent sa photo, à l’avant, en un grand paraphe calligraphié qui mentionne son adresse. A noter que c’est à cette époque que l’on commence à photographier les défunts sur leur lit de mort...

 

3-de 1886 à 1930 : En 1890, les photographies en sépia brillant apparaissent, puis à partir de 1895, le dos devient volontiers pastel, tandis que la tranche est biseautée et décorée en doré sous l’influence du modern style.

Dès 1900, les angles redeviennent droits, la tranche est parfois argentée. Des mentions du style « Reproduction interdite » commencent à apparaître au dos. Ce dernier se charge de motifs ; soleils, médailles, anges, le tout imprimé avec de l’encre bleue ou violette

En 1910, retour à la sobriété : le dos, de nouveau blanc, s’épure. Le carton est volontiers grainé à l’avant. Certaines photos s’ornent de bords noirs. Le photographe se limite à mentionner son nom, son téléphone et, à Paris, la station de métro la plus proche de son atelier d’art.

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Photographie d'Albert BENARD (1894-1915), frère de ma grand-mère Blanche BENARD (sosa 7),

 mort au combat en octobre 1915.

Dès 1920, le cartonnage s’amincit et représente désormais l’épaisseur de deux cartes à jouer. La photographie peut être tirée en format carte postale (9cm x 14 cm).

A partir de 1930, un papier blanc, glacé, mince comme un papier épais et non plus comme un carton mince s’impose désormais.

Il faut attendre 1965 pour que la photo couleur apparaisse. Dès lors, le tirage se fait sur papier plastique brillant ou mat.

04.11.2009

Cha c'est vrai cha !!

La « Mère Denis », personnage emblématique de la publicité française de la fin du XXe siècle, ses bonnes joues roses, sa bonne humeur, son accent du terroir dont le fameux  « Cha c’est vrai cha !! » est connue non seulement de tous les français, mais aussi  bien au-delà de nos frontières et notamment au Japon.

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Jeanne Marie Le Calvé est née le 9 novembre 1893 à Ker-Allain, petit hameau de Neulliac, à environ 7 km de Pontivy, dans le Morbihan.

Sixième enfant d’une famille de paysans modestes, son enfance est rude, marquée par la peur de la faim et le souci constant du lendemain. Comme beaucoup d’enfant de son âge à cette époque, dès l’âge de 11 ans, elle est placée comme bonne à tout faire dans une ferme. Au programme de son adolescence, du travail et peu d’agréments.

A 17 ans, elle épouse Yves Marie Denis. Elle quitte alors sa Bretagne natale pour s’installer en Normandie. De leur union vont naître 5 enfants, trois garçons et deux filles, Marcel, Hélène, ses deux aînés qui décèderont en bas-âge, et Germaine, Yves et Robert.

En 1944, alors âgée de 51 ans, déjà séparée de son mari, elle démissionne de la Compagnie des Chemins de Fer qui l’employait depuis 27 ans en qualité de garde-barrière sur la ligne Carentan-Carteret.

Pour subsister, elle se met à laver le linge des autres et devient peu à peu « la Mère Denis ». Durant 20 ans, été comme hiver, elle « batouille » au lavoir de son village de Tôt, sur la Gerfleur, cette rivière qu’elle aime tant, à l’eau pourtant si glaciale l’hiver.

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Le village de Tôt au début du siècle dernier

C’est en 1972 qu’un ami et voisin, Pierre Baton, publicitaire parisien, lui ouvre les portes du succès et de la célébrité. La grande marque d’électroménager, « Vedette », voulant symboliser la qualité du travail exécuté par ses appareils, recherche une lavandière authentique, à l’image forte et sympathique. Ce sera la Mère Denis ! En vantant les mérites de ces machines à laver, elle acquiert très vite une fantastique notoriété qui passe allègrement nos frontières et qui sera couronnée en 1976 par « Paris-Match » qui la choisira comme « personnalité la plus marquante de l’année ! ».

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Après une vie humble et très difficile matériellement, enfin à l’abri du besoin, c’est confortablement installée dans une maison de retraite de Pont-l’Evêque qu’elle va terminer ses jours. Elle décède le 17 janvier 1989 à l’âge de 96 ans et repose au cimetière de Saint-Hymer dans le Calvados.

30.10.2009

Le choléra en France

En matière de santé publique, il faut se souvenir que les statistiques ont leurs limites, celles dictées par la nécessaire prudence et l'humilité dans la connaissance !

Pour exemple, l'année 1823 : alors que la population française se sent rassurée par les propos d'un éminent scientifique qui proclame que  « les grandes mortalités sont devenues rares », une épidémie de cholera va terroriser le XIXème siècle !

L'effroi fut d’autant plus fort que depuis la fin du XVIIIe siècle régnait dans notre pays une sorte d’optimisme latent. La peste ne faisait plus vraiment parler d’elle, la dernière crise datant de 1720-1722. Les épidémies de dysenterie et de typhus se faisaient plus rares. Quant à la vaccination contre la variole, elle annonçait des jours meilleurs. Longtemps confinée en Inde, cette « pathologie à progression brutale » apparaît pour la première fois en Russie en 1829. Les troupes russes qui entrent en Pologne en 1831 pour mater une insurrection y apportent en même temps le germe.

En France, la diffusion en est à la fois cocasse et tragique : deux membres de l’Académie de médecine de Paris partent en 1831 pour la Pologne enquêter sur cette nouvelle maladie. Ils la contractent tous deux au cours de leur mission officielle, et s’ils en réchappent, ils contaminent leurs compagnons de voyage sur le trajet du retour (l’épidémie se répand autour de chaque gare d’arrêt du train !) comme leurs proches à l’arrivée à Paris (les premiers morts font partie de leur entourage).

Les trois premiers cas se présentent donc à Paris le 25 mars 1832. Personne n’écoute les quelques médecins qui demandent d’accroître par précaution le nombre de lits dans les hôpitaux. Une maladie du bout du monde ne peut frapper une ville moderne comme Paris ! L’eau de la Seine et les puits de la capitale facilement pollués par les caniveaux des rues, propagent rapidement l’infection.

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L'Impératrice Eugénie visitant les cholériques de l'Hôtel-Dieu de Paris

Il faut savoir que le bacille survit dans les milieux humides et alcalins (eau de mer, eau savonneuse, sueur humaine…). La transmission se fait par contact (poignée de main, poignées de porte, couverts de table mal lavés…), puis ingestion. Si presque toute la population est contaminée, seuls sont atteints ceux pour lesquels le vibrion a passé le barrage de l’estomac dans des aliments mal mâchés. L’incubation est d’une dizaine d’heures. La mort survient le 2ème jour pour un malade sur deux. Ceux qui survivent au-delà du 3ème jour guérissent et ne gardent aucune séquelle, mais restent porteurs sains pendant plusieurs semaines.

A Paris, de 100 décès le 2 avril, on atteint les 7 000 morts 12 jours plus tard. Comme les mécanismes de la contagion ne sont pas connus, le gouvernement conseille à la population de se mettre à la diète et de boire de l’eau plutôt que du vin !!!  Des hôpitaux provisoires sont montés. Tous les véhicules, fiacres, omnibus, voitures de déménageurs sont réquisitionnés pour servir de corbillards. Les enterrements se font sans discontinuer, même la nuit, et les fossoyeurs sont en nombre insuffisant si bien qu’on entasse les morts dans des fosses communes, y compris en dehors des enceintes des cimetières. La population s’affole. Cette maladie qui fait baisser la température au lieu de provoquer de la fièvre, qui touche aussi bien les riches que les pauvres, frappe les imaginations. On parle d’empoisonneurs, on soupçonne des médecins …

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Nombre de morts du choléra en France pour 100 000 habitants

L’épidémie s’étend rapidement sur tout le territoire français. En 1832, on recense en France 229 554 cas de choléra et 94 666 morts dont 18 402 à Paris. La Normandie fait alors partie des provinces les plus atteintes.  A Saint-Christophe-le-Jajolet, petit village situé entre Sées et Argentan, un monument a été érigé en l'honneur de Saint-Christophe, invoqué dans notre province pour se protéger notamment de certaines maladies et  se préserver contre "la mauvaise mort", rappelle la peur engendrée par ce fléau.

 

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Détail du monument de St-Christophe-le-Jajolet

Le choléra revient ensuite en 1849 (environ 100 000 morts) , puis en 1854-1855 (150 000 morts)

Ce n’est qu’en 1883, que le microbiologiste allemande Robert Koch parvient à isoler le bacille responsable du choléra et son mode de contagion. L’extension des réseaux d’eau potable le fait ensuite disparaître d’Europe.

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Robert Koch (1843-1910)

 

 

Biblio. : "Histoire de la population française" de J. DUPAQUIER, PUF.