23/07/2014

Le cresson normand

C'est l'une des richesses de notre belle région ! Originaire du Moyen-Orient, apprécié des Romains, c’est d’abord pour ses vertus médicinales que le cresson,  Nasturtium officinale, s’est fait connaître. Possédant un taux record de fer et de calcium, il est un allié de choix contre l’anémie et scorbut, mais pas seulement. Hippocrate (460 av. J-C – 370 av. J-C.) le recommande comme expectorant. Dioscoride (40 ap. J-C. – 90 ap. J-C) lui reconnaît des propriétés diurétiques confirmées par Pline (61 ap. J-C – 112 ap. J-C).  

 

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Cresson de fontaine ou Cresson officinal (Nasturtium officinale)

 

 

De son côté, le roi de France Saint-Louis (1214-1270), lors d’une visite à Vernon (Eure) en 1261, dégusta une salade de cresson qui soulagea si bien sa faim et sa soif, qu’en remerciement, il  accorda à la ville le privilège de faire figurer trois bottes de cresson sur ses armoiries !

 

Mais si le cresson figure en bonne place dans les traités culinaires du Moyen Âge, Le Ménagier de Paris et Le Viandier de Taillevent, qui en proposent des préparations cuites, il faut attendre le XIXe siècle pour qu’il soit réellement introduit dans l’alimentation.  

 

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 Cressonnière de  Veules-les-Roses

 

 

S’il se cueillait autrefois à l'état sauvage dans les ruisseaux et les endroits humides, sa culture va progressivement se développer à partir du XVe siècle. Et de nombreuses cressonnières vont voir le jour en région parisienne et chez nous, en Normandie, principalement au cœur du département de la Seine-Maritime. Un acte de la vicomté de Rouen atteste de la cressiculture normande dès 1657. Cultivé en bassin, le cresson est entièrement dépendant d’une eau de source (ou de forage) indemne de toute pollution. L’un des plus jolies cressonnières normandes se trouve à Veules-les-Roses, aux sources même du plus petit fleuve de France.  

 

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Et comme d’habitude, pour tous les gourmands aux babines alléchées, voici la recette de la soupe de cresson à la normande*.

Prévoir une botte de cresson, 500 g de pommes de terre, 2 oignons, 2 poireaux, 50 g de beurre, 10 cl de crème fraîche et des croûtons.

Choisir le cresson légèrement humide avec des feuilles bien vertes et serrées. Faire fondre à feu doux les oignons émincés dans un peu de beurre. Ajouter les pommes de terre détaillées en petits morceaux, une poignée de cresson bien lavée et le vert des poireaux coupés menu. Laisser revenir le tout quelques minutes puis mouiller avec 2 litres et demi d’eau. Saler et poivrer. Faire cuire 1h30 environ.

Pendant ce temps, laver le reste du cresson, le hacher grossièrement et faire revenir au beurre quelques minutes. Passer la soupe au tamis, ajouter le cresson et refaire mijoter 10 minutes. En fin de cuisson, ajouter la crème en veillant à ce qu’elle se réchauffe sans bouillir.

Au moment de servir, verser dans une soupière sur ces croûtons passés au beurre.

Bon appétit !

 

« Cuisinière Normande » - Ed. S. Bachès – Mai 2007

 

 

20/07/2014

Le centenaire qu'on ne fête pas !

Le 15 juillet dernier, un anniversaire a passé (presque) inaperçu. Pourtant, il s'agissait d'un centenaire ! Le centenaire de l'impôt sur le revenu !

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Pendant tout le XIXe siècle, le système fiscal français repose essentiellement sur des impôts indirects, rétablis par Napoléon, et sur les quatre contributions publiques instituées par la Révolution : la personnelle mobilière, la contribution des portes et fenêtres, la taxe foncière et la patente.

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Mais, au lendemain de la guerre de 1870, la lourde indemnité à verser à l'Allemagne victorieuse alourdit l'endettement public. Une réforme fiscale s'avère dès lors nécessaire. L'idée des élus est d'introduire un impôt effectif sur le revenu à l'instar de ce qu'il se fait déjà en Europe et notamment en Grande-Bretagne depuis 1842.

Mais il n'est pas facile de réformer « un pays où il existe variétés 365 de fromages » ! Entre 1871 et 1906, plus de deux cents projets de loi vont se succéder donnant lieu à des débats parlementaires des plus animés voire houleux. Cependant, comme la mise en place d'une politique sociale réformiste exige de nouvelles ressources, il faut avancer... C'est malheureusement la Grande Guerre et la nécessité du réarmement qui va précipiter les événements.

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 Joseph Caillaux (1863-1944)

Bien qu'il n'en soit pas l'auteur direct, on en attribue généralement la paternité de l'impôt sur le revenu à Joseph Caillaux (1863-1944), ministre des finances de Georges Clémenceau (1841-1929), dont le projet élaboré et déposé le 7 février1907, adopté par les députés en mars 1909, mais bloqué un temps par le Sénat, servira en fait de base à la future réforme. Après quelques amendements, il sera finalement voté le 3 juillet 1914 par la Haute Assemblée, un mois jour pour jour avant la déclaration de la guerre.

La loi du 15 juillet 1914 rendra effectif le recouvrement de l'impôt sur le revenu dès l'année suivante.

Un an plus tard, le 31 juillet 1917, une nouvelle loi augmente le poids de l'imposition et rend obligatoire la déclaration annuelle. Mais bonne nouvelle, son adoption conduit aussi à la suppression en 1926 de l'impôt sur les portes et fenêtres !

Biblio. Merci aux pages Wikipédia sur le sujet.

16/07/2014

Comment se faire un nom...

 … quand on est né simple roturier à Carhaix en Bretagne ? C'était le cas de ce valeureux Premier Grenadier de la République, qui comptait dans ses veines qu'« une goutte de sang ardennais et un flot de sang breton », mais hélas, aucun sang bleu !

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 Théophile-Malot de La Tour d'Auvergne-Corret (1743-1800)

Jusqu'à ses 23 ans, il s'appelait Théophile Malo Corret (1743-1800). Fils de l'avocat Olivier Corret et de son épouse Jeanne Lucrèce Salaün, il serait né à Saint-Hernin où son père était régisseur du château de Kergoat et aurait été baptisé à Carhaix. C'est de sa mère qu'il tenait son goût pour « les noms à particule ». Celle-ci, entichée de noblesse, devenue en troisièmes noces madame Billonois, se faisait déjà appeler madame « de » Billonois.

Dans un premier temps, Théophile choisit de se faire appeler « Corret de Kerbeauffret » à l'instar de ces bourgeois dénoncés par Molière qui, sans être de condition noble, faisaient suivre leur patronyme d'un nom de terre non seigneuriale.

Loin d'être satisfait par son nouveau patronyme, à force de chercher, notre breton finit par trouver beaucoup mieux ! Il découvrit "miraculeusement" qu'il était le digne descendant d'un certain Henri Corret, enfant des amours illicites du prince Henri de la Tour d'Auvergne-Bouillon (1611-1675), plus connu sous le nom de Turenne, et d'Adèle Corret ! Rien que ça !

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 Portrait du Duc de Bouillon - (Jean-François Colson, 1775)

Bien sûr, restait à le prouver ! Pour ce faire, il devint l'ami d'un descendant du duc de Bouillon, Godefroy Charles Henri de La Tour d'Auvergne (1728-1792). Grâce à un coup de baguette ducale, c'est-à-dire un courrier officiel du duc attestant une souche commune, le bas breton Théophile Malo Corret, ex-Corret de Kerbeauffret, se transforma le plus légalement du monde, le 20 mai 1785, en un fringant Théophile-Malot de La Tour d'Auvergne-Corret !

Pour gagner en authenticité, il décida d'octroyer à ses frères et sœurs le nom qu'il venait d'acquérir. Ainsi, son frère cadet Thomas-Louis Corret sera enterré sous une dalle gravée « Thomas de La Tour d'Auvergne, Chevalier de Corret ».

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Le prince de Bouillon, comte d'Evreux, qui avait obtenu par le crédit de La Tour d'Auvergne la restitution de ses biens (la famille de La Tour d'Auvergne était une branche bâtarde de celle de Bouillon), lui offrit une terre, rapportant 10 000 livres de rentes, chez nous, en Normandie, à Beaumont-le-Roger, dans l'actuel département de l'Eure. Mais il la refusa au motif élégant qu'il ne voulait pas mettre de prix à ses services... Noble sentiment, n'est-ce-pas ?

Biblio. « Étonnantes histoires de France et de Navarre » de D. Appriou – Larousse 2013.

Merci aux pages Wikipédia sur le sujet.