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18/10/2020

Ce que les rois de France doivent à un saint normand...

Mais pourquoi donc les rois de France depuis Louis X le Hutin (1289-1316), au lendemain de leur sacre dans la cathédrale de Reims, se rendaient-ils à Corbeny, une petite cité située à quelques lieues de là, afin de s'incliner devant le tombeau de Saint-Marcoul, un saint bien normand ?

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Saint Marcoul - Chapelle Saint-Michel de Clermont-en-Auge (Calvados)

Saint-Marcoul ou Marcouf (490-558) naquit à Bayeux (Calvados). Après s'être dépouillé de ses biens au profit des pauvres, il vécut près de l'évêque de Coutances (Manche) qui l'ordonna prêtre. Il évangélisa toute la région du Cotentin et fonda l'abbaye de Nanteuil où il mourut en le 1er mai 558. Quelques siècles plus tard, à la fin du IXe siècle, chassée par les invasions vikings, toute la communauté monastique de Nanteuil trouva refuge auprès du roi Charles III le Simple (879-929) dans sa résidence royale de Corbeny (Aisne). Comme les religieux avaient pris soin de transporter avec eux les précieuses reliques de leur saint fondateur, le roi fit bâtir un prieuré afin de les y abriter. Une fois la menace écartée, seuls les moines rentrèrent en Normandie...

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A l'image de tous les bienheureux, Saint-Marcoul possédait le don de soulager les malades. Comme son nom décomposé donnait "mal" (Mar) au cou (coul), on lui avait attribué la vertu de guérir d'une façon générale toutes les affections de types furonculeux localisées au niveau du cou et notamment celles des écrouelles, ces "fistules purulentes localisées sur les ganglions lymphatiques du cou". C'est en remerciement au roi de France qui avait protégé sa communauté et hébergé ses reliques qu'il lui aurait transmis ainsi qu'à ses successeurs cette grâce miraculeuse.

Dès lors, et à partir de Philippe Ier ( 1052-1108), au lendemain de leur sacre, après s'être recueilli à Corbeny devant les reliques du saint homme, dans l'église ou la cour du palais carolingien, chaque roi de France perpétuait la pratique des pouvoirs thaumaturges. Pour accomplir le miracle à la fois royal et divin de soulager ses sujets scrofuleux, le souverain touchait directement le malade avec un signe de croix en prononçant ces paroles "le roi te touche, que Dieu te guérisse", sans omettre de lui remettre au passage quelques pièces d'argent destinées à améliorer sa condition de vie et à faciliter sa convalescence. Ainsi, les 2% ou 3% de patients qui guérissaient ou entraient en rémission le devaient à leur bon roi. À partir de Louis XIV (1638-1715), le roi ne se rendit plus en pèlerinage à Corbeny, les reliques de saint Marcoul venaient à la basilique Saint-Rémi et le toucher se faisait dans le jardin. Louis XVI (1754-1793) aurait touché plus de 2000 patients, et en 1825, Charles X (1757-1836) en toucha encore 120, dont cinq ont guéri !

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Oratoire de St-Marcoul - Corbeny (Aisne)

 

Pour la petite histoire, il paraît qu'il existait deux autres possibilités pour se débarrasser des écrouelles : faire prononcer une formule sacrée en latin par des vierges complètement nues ou s'adresser au septième fils d'une famille qui n’avait eu que des garçons...

 

 

Biblio. : "Les Saint qyu guérissent en Normandie" d'H. Gancel - Ed. Ouest-France, 2006.

"Toutes les drôles d'histoires de notre histoire" de D. Chirat - Ed. La Librairie Vuibert, 2018.

11/10/2020

Le bouleversant testament d'une mère

16 octobre 1793. 4h30 du matin. Après l'annonce de sa condamnation, accablée de fatigue et transie de froid, dans son cachot de la Conciergerie, d'une écriture rapide et serrée, sur une simple feuille de papier pliée en deux, Marie-Antoinette ( 1755-1793) rédige sa dernière lettre. Elle est destinée à la sœur du roi, Madame Élisabeth (1764-1794), enfermée à la prison du Temple avec les deux enfants royaux, le dauphin et Duc de Normandie, Louis-Charles (1785-1795) et sa sœur aînée Marie-Thérèse Charlotte de France (1778-1851).

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Voilà plus de deux mois que "l'Autrichienne" a été séparée de ses enfants, qu'elle n'a plus aucun contact avec eux. Elle sait qu'elle ne les reverra jamais. Mais elle refuse de douter de leur avenir. Alors, sans plainte et sans haine, à l'aide de mots simples et de phrases de réconfort, elle va leur laisser ce poignant témoignage d'amour maternel que, par prudence elle évitera de signer.

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Marie-Antoinette, reine de France, et ses enfants - Huile sur toile d'E.Vigée-Le Brun - 1787

"Ce 16 8bre, 4heures ½ du matin C'est à vous, ma sœur, que j'écris pour la dernière fois ; je viens d'être condamnée non pas à une mort honteuse, elle ne l'est que pour les criminels, mais à aller rejoindre votre frère. Comme lui innocente, j'espère montrer la même fermeté que lui dans ces derniers moments. Je suis calme comme on l'est quand la conscience ne reproche rien ; j'ai un profond regret d'abandonner mes pauvres enfants ; vous savez que je n'existais que pour eux, et vous, ma bonne et tendre sœur, vous qui avez par votre amitié tout sacrifié pour être avec nous, dans quelle position je vous laisse ! J'ai appris par le plaidoyer même du procès que ma fille était séparée de vous. Hélas ! la pauvre enfant, je n'ose lui écrire, elle ne recevrait pas ma lettre, je ne sais même pas si celle-ci vous parviendra, recevez pour eux deux ici ma bénédiction. J'espère qu'un jour, lorsqu'ils seront grands, ils pourront se réunir avec vous et jouir en entier de vos tendres soins. Qu'ils pensent tous deux à ce que je n'ai cessé de leur inspirer : que les principes et l'exécution exacte de leurs devoirs sont la première base de la vie ; que leur amitié et leur confiance mutuelle en feront le bonheur ; que ma fille sente à l'âge qu'elle a, elle doit toujours aider son frère par les conseils que son [mot rayé dans l'original] l'expérience qu'elle aura de plus que lui et son amitié pourront lui inspirer ; que mon fils, à son tour, rende à sa sœur tous les soins, les services, que l'amitié peut inspirer ; qu'ils entent enfin tous deux que, dans quelque position où ils pourront se )trouver, ils ne seront vraiment heureux que par leur union, qu'ils prennent exemple de nous : combien, dans nos malheurs, notre amitié nous a donné de consolations, et dans le bonheur on jouit doublement quand on peut le partager avec un ami ; et où en trouver de plus tendre, de plus cher que dans sa propre famille ? Que mon fils n'oublie jamais les dernier mots de son père que je lui répète expressément : qu'il ne cherche pas à venger notre mort. J'ai à vous parler d'une chose bien pénible à mon cœur. Je sais combien cet enfant doit vous avoir fait de la peine ; pardonnez-lui, ma chère sœur ; pensez à l'âge qu'il a, et combien il et facile de faire dire à un enfant ce qu'on veut, et même ce qu'il ne comprend pas ; un jour viendra, j'espère, où il ne sentira que mieux tout le prix de vos bontés et de votre tendresse pour tous deux. Il me reste à vous confier encore mes dernières pensées. J'aurais voulu les écrire dès le commencement du procès ; mais outre qu'on ne me laissait pas écrire, la marche en a été si rapide, que je n'en aurais réellement pas eu le temps. Je meurs dans la religion catholique, apostolique et romaine, dans celle où j'ai été élevée, et que j'ai toujours professée, n'ayant aucune consolation spirituelle à attendre, ne sachant pas s'il existe encore ici des prêtres de cette religion, et même le lieu où je suis les exposerait trop s'ils y entraient une fois. Je demande sincèrement pardon à Dieu de toutes les fautes que j'ai pu commettre depuis que j'existe. J'espère que, dans sa bonté, il voudra bien recevoir mes derniers vœux, ainsi que ceux que je fais depuis longtemps pour qu'il veuille bien recevoir mon âme dans sa miséricorde et sa bonté. Je demande pardon à tout (sic) ceux que je connais et à vous, ma sœur, en particulier, de toutes les peines que, sans le vouloir, j'aurais pu vous causer. Je pardonne à tous mes ennemis le mal qu'ils m'ont fait. Je dis adieu à mes tantes et (un mot rayé] et à tous mes frères et sœurs. J'avais des amis, l'idée d'en être séparée pour jamais et leurs peines sont un des plus grands regrets que j'emporte en mourant, qu'ils sachent au moins que, jusqu'au dernier moment, j'ai pensé à eux. Adieu, ma bonne et tendre sœur ; puisse cette lettre vous arriver ! Pensez toujours à moi, je vous embrasse de tout mon cœur, ainsi que ces pauvres et chers enfants : mon Dieu ! qu'il est déchirant de les quitter pour toujours ! Adieu, adieu ! Je ne vais plus m'occuper que de mes devoirs spirituels. Comme je ne suis pas libre dans mes actions, on m'amènera peut-être un prêtre, mais je proteste ici que je ne lui dirai pas un mot, et que je le traiterai comme un être absolument étranger."

10 heures du matin. Elle a posé sa plume. Ses bourreaux sont là. Les mains liées, elle franchit la grille de la Conciergerie et monte dans la charrette qui l'emmène sur la place de la Révolution (aujourd'hui place de la Concorde). En gravissant l'échelle de l'échafaud, elle perd l'un de se ses souliers. Il est ramassé par le Comte de Guernon-Ranville, une famille de vieille noblesse normande, et pieusement conservé par lui. Il fait aujourd'hui partie de la collection du musée des beaux-arts de Caen.

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Le dernier soulier de Marie-Antoinette

Jamais la lettre de Marie-Antoinette, pourtant visée et signée par les membres du Tribunal Révolutionnaire, ne parviendra à sa destinataire. Jamais ses enfants n'en auront connaissance. Elle demeurera aux mains des Jacobins jusqu'en 1816, date à laquelle le roi Louis XVIII (1755-1824) fait saisir les documents conservés par le Conventionnel Courtois (1754-1816) lequel avait été chargé de l’inventaire des papiers de Robespierre (1758-1794) après sa chute.

 

04/10/2020

Le Douillon d'Elbeuf

"L'idée des douillons égayait tout le monde...

Les quatre douzaines de douillons, dorés, appétissants, tiraient les yeux...

Chacun avançait le bras pour prendre le sien,

craignant qu'il n'y en eût pas assez."

(Guy de Maupassant (1850-1893), "Le Vieux", nouvelle parue en 1884)


Le douillon : une spécialité culinaire qui la réputation d'attiser l'appétit des normands ! Dérivé de "douille" avec le suffixe -on, le nom a le sens de « chausson, enveloppe de pâte ».

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C'est en effet une pâtisserie qui se déguste de septembre à la fin de l'hiver. Le douillon, c'est tout simplement une pomme ou une poire, pelée ou non mais évidée, placée sur une abaisse carrée de pâte brisée ou feuilletée suffisamment grande pour l'enfermer totalement. La cavité au centre du fruit peut être farcie de gelée de fruit, de sucre de canne, de cannelle ou de pâte d'amandes, avant que l'on referme et soude les angles du carré de pâte. Doré au jaune d’œuf, le douillon est ensuite cuit à four chaud.

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Parmi les douillons normands, le Douillon d'Elbeuf s'est bâti une solide réputation. A tel point, qu'il se verrait bien figurant dans le patrimoine français gastronomique comme une spécialité à part entière de la région. Elbeuf, pour ceux qui ne connaissent pas, c'est cette ancienne cité drapière située à 18 km au sud de Rouen, sur un méandre de la Seine.

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Pour vous, amis gourmands aux babines alléchées, en voici la recette* . Facile et rapide à réaliser, elle régalera les papilles de toute la famille !

Pour 4 personnes, prévoir 400g de pâte feuilletée, 1 jaune d’œuf, 4 petites pommes, 4 morceaux de sucre et du Calvados.

Éplucher et évider les pommes. Étaler la pâte feuilletée. Placer chaque pomme dessus et les entourer de pâte en laissant le sommet libre. Placer un morceau de sucre dans le centre évidé. Verser un peu de Calvados. Découper un rond de pâte feuilletée pour former un chapeau et le souder pour enfermer complètement le fruit.

Dorer chaque douillon avec un jaune d’œuf dilué dans un peu d'eau.

Placer 15 minutes au réfrigérateur. Placer ensuite chaque douillon dans un ramequin. Enfourner 25 à 30 minutes dans un four préchauffé à 180° C. (Th. 6).

Bon appétit !

 

* Recette et image extraites de la revue "Cuisine Française" n°3 - 2016.