Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

12/07/2020

Les confitures de Nostradamus

Nostradamus ne intéressait pas qu'à l'astrologie, loin s'en faut ! En 1555, il publia un "Traité des fardements et confitures". Cet opuscule de recettes agencé en deux parties, la première traitant de la cosmétique (fards, lotions et parfums), la seconde du culinaire (confitures, gelées et vin cuit) connut un tel succès dès sa parution qu'il fut d'emblée réédité à plusieurs reprises !

nostradamus_confitures.jpg

Nostradamus, 1555 - Bibliothèque Municipale de Lyon

Surtout connu pour ses prophéties sur la marche du monde, Michel de Nostredame, dit Nostradamus (1503-1566), originaire de Saint-Rémy-de-Provence, était avant tout un apothicaire, botaniste et médecin de qualité, à une époque où la confiture faisait partie de la pharmacopée traditionnelle.

nostradamus portrait.jpg

"Portrait véritable et remarquable du fameux Michel Nostradamus, astrologue célèbre"

par Jean, éditeur à Paris, avant 1837

 

Bien avant de parler de confiture, on parlait de "lectuaire" ou "d'élécutaire", un mot dérivé du latin "eleucterium" se traduisant par "médicament à lécher". Le mot "confiture" vient du latin "conficere" qui signifie "préparer". A partir du Moyen-âge, la confiture désigne des aliments, principalement des fruits, cuits dans du miel ou du sucre, deux denrées tenues pour avoir des vertus thérapeutiques.

Si la première recette de confiture connue est citée dans "L'histoire naturelle" du romain Pline l'Ancien (23-79), elles ont longtemps été réservées aux tables princières avant de se populariser dans le royaume de France seulement à la fin du XVIe siècle, au moment même où Nostradamus publie son fameux traité. Il y propose des recettes de confitures et de gelées, à base de miel et de sucre, qu'il remplace quelquefois par du "defrutum", un vin cuit au pouvoir sucrant, auquel il ajoute à son gré des épices comme la cannelle et le clou de girofle. Pour chacune de ses compositions, il n'omet pas de préciser le type d'ustensiles et les gestes culinaires nécessaires à leur élaboration et, le cas échéant, d'ajouter un précieux conseil médical. C'est le cas pour la recette de confiture de courges qui, souligne t'il, permet de tempérer la chaleur exubérante du coeur et du foie, ou dans celle élaborée avec des écorces de bublosse, plante bisannuelle à fleurs, qui éloigne la mélancolie et provoque le rajeunissement.

 

nostradamus confiture gingembre.jpg

 

Parmi ces recettes, celle de la confiture de miel et de gingembre que le docteur Nostradamus recommandait particulièrement à "celles dont la froideur de la matrice rend impropre à concevoir et satisfaire légitimes appétits."

Prévoir 1 kg de miel des montagnes et 300 g de gingembre frais.

"Éplucher le gingembre, le couper en bâtonnets fins, les laver. Déposer dans une casserole et recouvrir d'eau. Laisser bouillir 10 minutes et égoutter. Recommencer l'opération 2 autres fois pendant 10 minutes et une dernière fois pendant 20 minutes. Laisser égoutter toute la nuit. Dans une casserole à fond épais, faire bouillir le gingembre égoutté avec le miel durant 15 minutes. Recommencer l'opération de lendemain et le surlendemain toujours pendant 15 minutes. Ensuite, mettre en pots et en déguster une cuillerée "quand les ardeurs vous manquent!"

 

 

Biblio. "Toutes les drôles d'histoires de notre histoire" de D. Chirat - Ed. La Librairie-Vuibert, 2018.

05/07/2020

Alice au pays des merveilles, c'est elle !

Reconnaissez-vous cette petite fille ? Elle s'appelle Alice. Et n'est autre qu' "Alice aux pays des merveilles" !

alice liddell.jpg

Alice Liddell (1852-1934)

Retour en arrière. 4 juillet 1862. En Angleterre, entre Oxford et Godstow, sur l'Isis, cette partie de la Tamise située en amont d'Iffley Lock. Par une après-midi légèrement pluvieuse. Dans la barque qui avance doucement sur l'eau, le révérend Charles Dodgson (1832 -1898) est en promenade avec les trois filles du doyen de Christ Church College, prestigieuse université anglaise où il enseigne.

Mais la plus jeune d'entre-elles, Alice (1852-1934), s'ennuie. Elle demande au révérend de lui raconter une histoire. Pour la distraire, tout en maniant l'aviron de la barque, il improvise pour elle un récit fantastique, l'histoire d'une petite fille justement appelée Alice, qui tombe dans le terrier d'un lapin, un lapin aux yeux roses vêtu d'une redingote avec une montre à gousset.

alice lewis carroll.jpg

Lewis Carroll (autoportrait) - 1855

 À leur retour, l'enfant, captivée par le récit, lui demande de l'écrire. Il obéit et rédige un premier manuscrit des « Aventures d’Alice sous terre », qu'il offrira à son inspiratrice le 26 novembre 1864.

Le 4 juillet 1865, soit trois ans jour pour jour après sa rencontre avec Alice, il publie sous le nom de plume de Lewis Carroll une deuxième version intitulée "Alice's Adventures in Wonderland", "Les Aventures d'Alice au pays des merveilles". Ce "conte des plus extraordinaires et des plus inclassables de la littérature mondiale" va connaître un succès immédiat qui ne se démentira jamais.

alice livre.jpg

Pour la petite histoire, en 1955, le psychiatre anglais John Todd (1914-1987) donnera à la maladie neurologique très rare qu'il vient de découvrir et qui provoque chez le patient des hallucinations donnant la sensation que les objets sont soit minuscules soit gigantesques, le nom de "Syndrome de Alice au Pays des Merveilles". Un syndrome dont Lewis Carroll aurait souffert...

28/06/2020

Quinquina, quinine et chloroquine

Le quinquina. Cela vous fait sûrement plus penser au vin apéritif très tendance jusque dans les années 1950 et dont on peut encore distinguer les traces de vieilles publicités peintes sur les murs pour Dubonnet ou Byrrh qu'à la chloroquine, ce médicament anti-paludéen si cher au professeur Raoult !

quinquina,quinine,chloroquine,paludisme,malaria

 

Et pourtant, la chloroquine, comme la quinine, est extraite de l'écorce du quinquina, ce petit arbre de la famille des Rubiacées, originaire des versants des Andes du Nord d'Amérique du Sud. Le quinquina est la fierté des Péruviens, lesquels, en marque de reconnaissance, lui ont fait une place d'honneur sur leur blason national.

quinquina 4.jpg

Armoiries du Pérou

On distingue le "Cinchona officinalis" ou "quinquina gris", en raison de la couleur de son écorce, surtout utilisé pour les boissons pour ses qualités aromatiques du "Cinchona succirubra" ou "quinquina rouge" dont l'écorce renferme plusieurs alcaloïdes quinoléiques aux propriétés notamment analgésiques.

Les peuples précolombiens du Pérou, de la Colombie et de l’Équateur avaient découvert les vertus thérapeutiques et les propriétés fébrifuges de la poudre qu'ils tiraient de l'écorce de cet arbre, appelé en quechua le "Yara-Chucchu"' et re-baptisé par eux "l'arbre des fièvres". Ils utilisaient celle-ci pour combattre les fièvres et les douleurs qui les accompagnaient quand, dans le sillage des conquistadores, au tournant du XVIIe siècle, les missionnaires vont débarquer chez eux. Et ce sont ces derniers qui, à partir de 1631, vont diffuser "l'écorce des écorces", le "Kina-kina", cette phytothérapie Amérindienne à travers toute l'Europe. C'est l'époque où la malaria, autre nom du paludisme, y sévit cruellement. En France, nombre de régions sont touchées. C'est le cas des Flandres à la Camargue en passant par la plaine d’Alsace, les marais de la Brenne, le marais poitevin, le golfe du Morbihan ou la Sologne.

quinquina rouge écorce.jpg

Morceaux d'écorce rouge de quinquina

La maladie n'épargne personne, pas même les plus grands ! Louis XIV (1638-1715) en sera victime. Pour le soigner, son médecin, Gui-Crescent Fagon (1638-1718), va lui prescrire cette fameuse "poudre des Jésuites", nom populaire attribué à l'époque au quinquina. Le souverain retrouve si vite la santé qu'à la cour, tous veulent, à titre préventif, bénéficier de ce remède miracle. Jean Racine (1639-1699) écrira : "On ne voit à la cour que des gens qui prennent du quinquina et bientôt, à la fin des repas, on commencera à le servir avec le café et le chocolat." Plus tard, c'est au tout du grand Dauphin de France, fils du roi, d'être atteint alors qu'on assainissait les marais de Versailles. Un assainissement particulièrement meurtrier, si l'on en croit Madame de Sévigné (1626-1696), qui, à ce sujet, écrivait : "les fontaines coûtent cher… sans parler des malades et des morts ».

Mais tout change en 1773. L'Eglise dissout la Compagnie de Jésus et l'Espagne s'arroge le monopole de toutes les denrées en provenance de ses colonies américaines, dont le précieux quinquina, dorénavant revendu à prix d'or. Une décision qui va générer des milliers de morts : Environ 400 000 par an !

L'histoire du quinquina ne s'arrête bien sûr pas là. En 1820, deux chimistes français, Pelletin et Caventou, vont réussir à isoler son principe actif, la fameuse "quinine", un médicament des plus efficace dans la prévention du paludisme, qui sera cependant supplanté par ses dérivés dont... la chloroquine.

Biblio. "Ces plantes qui ont marqué l'histoire" de H. Tierchant - Ed. Ulmer, 2016.