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ONOMASTIQUE

  • Aptonyme ou caconyme : facéties des noms propres

    Je ne vous apprends rien si je vous dis que nos noms de famille, tels que nous les connaissons aujourd'hui, sont apparus dans notre pays à partir du XIe, conséquence d'une longue période de paix, de croissance et de prospérité, génératrice d'une formidable poussée démographique. Celle-ci a pour résultat immédiat d'entraîner la multiplication des homonymies entre les porteurs d'un même nom de baptême. Alors, comme ce dernier ne suffit plus à différencier les individus entre-eux, nos ancêtres vont y ajouter un nouvel élément, en réalité un simple surnom, qu'aucune loi ne rendra jamais ni obligatoire ni héréditaire, mais qui traversera les siècles pour devenir notre nom de famille.

    Beaucoup de ces surnoms sont nés des noms de baptême : l'homme est désigné par rapport à son père (Joseph Jean, pour Joseph fils de Jean), ou de sa mère. D'autres désignent le lieu d'origine de la famille ou sa localisation (Lebreton, Lenormand, Rivière ou Delalande...). D'autres traduisent un métier (Meunier, Masson, Marchand,...) ou bien encore une particularité physique (Gaillard, Petit, Legrand, ...).

    Force est de constater que certains de ces noms sont aujourd'hui pour la descendance qui les porte, plus valorisants que d'autres !

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    Maximilien de Robespierre - Charles de Gaulle - Les frères Lumière

    On désigne par aptonyme, le lien particulier, parfois insolite ou incongru qui existe entre le patronyme d'un individu et sa profession, son physique ou un évènement particulier de son existence. L'aptonyme : c'est le nom propre qui va bien à son propriétaire. "Étrange hasard (est-ce un hasard ?), écrivait Victor Hugo (1802-1885) qui fait que les noms représentent quelquefois les hommes comme les mots peignent les choses. Robespierre (1758-1794) avait été avocat : son habit et son cœur son dans son nom". On peut citer également Charles de Gaulle(1890-1970) qui dirigea la France, les frères Auguste (1862-1954) et Louis (1864-1948) Lumière, auteurs de la première projection collective gratuite de films photographiques sur grand écran et l'assassin de Jean Jaurès, le 31 juillet 1914, qui se nommait Raoul Villain (1885-1936). Dans le même esprit, Jean-Louis Cheminée (1937-2003) fut l'un des grands noms de la volcanologie dans le monde et Désiré Dondeyne (1921-2015), un chef d'orchestre et compositeur français, spécialiste de la musique militaire et d'harmonie.

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    Jules Troccon - William Prout - Gabriel Alapetite

    Face à l'aptonyme, on trouve le caconyme : beaucoup plus difficile à porter. C'est le cas du poète Jules Troccon (1870-1953), du chimiste William Prout (1785-1850), éminent spécialiste des gaz ou du peintre Eugène Labitte (1858-1935) auteur de "L'étreinte". Certains ont dû faire face à des quolibets acides. On peut citer Gabriel Alapetite (1854-1932) qui, alors qu'il est nommé Haut-Commissaire du Gouvernement en Alsace-Lorraine reconquise, entend Clémenceau (1841-1929) s'esclaffer : "Alapetite ? Ce n'est pas un nom, c'est un toast !"

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    Alponse Karr - Jean Etienne Vachier dit Championnet - Charles André Merda dit Méda

    Certains ont assumé et s'en sont même amusés tel Alphonse Karr (1808-1890). Écrivain spirituel, fondateur du journal satirique "Les Guêpes", il trouva un jour sur le chemin de sa promenade quotidienne des graffitis qui tournaient son nom en dérision : "Karr touche", 'Karr nage", "Karr rosse",... En réponse, il écrivit à la suite "Karr avance et raille."

    D'autres ont fait le choix de changer de nom comme le général de division de la Révolution française Jean Etienne Vachier (1762-1800) qui s'illustra sous le surnom plus commode de Championnet ou Charles-André Merda (1773-1812), général de la Révolution française et du Premier Empire, qui, devenu Baron transforma son nom en Méda.

     

     

    Biblio. "Le grand bêtisier des mots" de P. Gagnière. Ed. Robert-Laffont, 1996.

    "L'évêque Cauchon et autres noms ridicules de l'histoire" de B. Fuligni. Ed. des Arènes, 2017.

  • Dieu, un libre penseur de la Gauche Républicaine

    Pas facile de s'appeler "Dieu" et de se faire un nom dans la politique quand on est un libre penseur convaincu et qu'on vote avec la Gauche Républicaine !

    L'Insee recense près d'1,3 million de noms de famille différents. Certains sont rares, d'autres moins. Parmi ces derniers, les "Dieu", un patronyme que l'on trouve presque essentiellement en Picardie et en Belgique. Quel en est l'origine ? Deux hypothèses s'opposent. Celle qui rencontre le plus d'adhérents défend la thèse que ce nom désignerait celui qui jouait le rôle de Dieu (ou plutôt du Christ) dans les mystères médiévaux, un genre de théâtre très populaire au XVe siècle et qui était contrôlé par l’Église. Les autres sont convaincus qu'il s'agit là d'un sobriquet désignant soit un homme orgueilleux du genre "je sais tout", soit un homme ressemblant à l'image traditionnelle qu'on avait au Moyen-âge du christ.

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    Acte de naissance - Archives Dept. de la Somme - Commune de Villers-Bretonneux - NMD 1840-1843 -

    Registre 5-MI8D859 page 176/420

     

    Et lui, Ernest Dieu, qu'en pensait-il ? Lui qui avait vu le jour en Picardie, à Villers-Bretonneux, le 14 janvier 1842, à une époque où cette commune était l'une des plus riches et commerçantes du département de la Somme ? Le bourg regorgeait de fabriques de bas de laine et de flanelles. D'ailleurs, son père, Louis Dieu, se déclare à 27 ans, fabricant de bonneterie. Sa mère, Marie félicité Obry est quant à elle la fille d'un filateur. Voilà une voie toute tracée pour l'enfant qui vient de naître : il sera manufacturier ! C'était sans compter sur le démon de la politique !

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    Car Ernest Dieu entre pour la première fois le 5 mars 1869 au conseiller municipal de sa commune de naissance, celle où il vit et travaille. Il devient Maire, puis Conseiller Général de Corbie, chef-lieu de canton. Candidat malheureux aux élections législatives d'octobre 1877, il se représente en 1881 et cette fois est élu à la Chambre le 21 août avec 13 597 voix contre 10 062 à son rival, Charles Langlois, Baron de Septenville (1835-1915). Il conservera son mandat jusqu'au 14 octobre 1885. C'est donc en qualité de Député de la Somme qu'il votera les lois Ferry sur la laïcisation de l'enseignement !

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    Extrait du Journal "Le temps" du 2 mai 1906

    On ignore encore à ce jour la date exacte de son décès, si toutefois Dieu est mort !

     

     

    Biblio. "L'évêque Cauchon et autres noms ridicules de l'histoire" de B. Fuligni - Ed. Les Arènes, 2017.

  • De la politique au théâtre

    Marius Escartefigue : un nom qui sent bon la Provence, le Vieux-Port de Marseille et bien sûr Marcel Pagnol (1895-1974). C'est en 1929 que "naît" sous sa plume "Marius", premier acte d'une trilogie théâtrale qui fera l'objet d'une adaptation cinématographique en 1931. Pierre Fresnay (1897-1975) et Paul Dullac (1882-1941) en sont les interprètes. Le premier incarne Marius Ollivier, le fils de César propriétaire du bar de la Marine, qui, bien qu'amoureux de Fanny, décide de partir à l'aventure sur les océans. Le second prête ses traits à Félix Escartefigue, mari honteusement trompé et capitaine du « ferry-boite » lequel effectue des allers-retours dans le Vieux-Port plusieurs fois par jour.

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    Paul Dullac dans le rôle d'Escartefigue

     

    "Squarciafichi" qui a donné "Escartefigue" en provençal, est un patronyme d'origines ligures-génoises que l'on peut traduire par "déchirer les figues". Il peut s'agir soit d'un lieu-dit soit d'un sobriquet. En effet, en dialecte ligure, le mot "figue" désigne également le sexe féminin et, en Provence, être qualifié "d'Escartefigue", c'est être un conjoint déshonoré.

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    Marius Escartefigue (1872-1957)

     

    Savez-vous que Marius Escartefigue a réellement existé ? Cet ingénieur civil, né à Marseille, le 2 novembre 1872, fut élu, malgré une réputation souvent mise à mal, maire de la ville de Toulon de 1904 à 1909 et Président du Conseil Général du Var durant deux mandats, de 1928 à 1932 puis de 1936 à 1940. Epinglé à de multiples reprises pour des montages financiers qualifiés d'« acrobatiques », condamné pour escroquerie au préjudice de l'Etat en avril 1916, traînant de surcroît, au sortir de la Première-Guerre Mondiale, une casquette de déserteur, il entreprendra avec succès la reconquête de sa mairie. Après avoir voté en Juillet 1940 en faveur de la remise des pleins pouvoirs au Maréchal Pétain, il sera démis de son mandat départemental en novembre de la même année.

     

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    "Cherbourg éclair" - Journal du 19 avril 1916

     

    Durant toutes ces années, l'homme fait régulièrement la une de la presse. C'est, semble-t'il, le bruit médiatique fait autour de son nom qui inspira à Marcel Pagnol les patronymes de ses héros.

     

     

    Biblio. "L'Evêque Cauchon et autres noms ridicules de l'histoire" de B. Fuligni - Ed. Les Arènes, 2017.