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11/10/2020

Le bouleversant testament d'une mère

16 octobre 1793. 4h30 du matin. Après l'annonce de sa condamnation, accablée de fatigue et transie de froid, dans son cachot de la Conciergerie, d'une écriture rapide et serrée, sur une simple feuille de papier pliée en deux, Marie-Antoinette ( 1755-1793) rédige sa dernière lettre. Elle est destinée à la sœur du roi, Madame Élisabeth (1764-1794), enfermée à la prison du Temple avec les deux enfants royaux, le dauphin et Duc de Normandie, Louis-Charles (1785-1795) et sa sœur aînée Marie-Thérèse Charlotte de France (1778-1851).

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Voilà plus de deux mois que "l'Autrichienne" a été séparée de ses enfants, qu'elle n'a plus aucun contact avec eux. Elle sait qu'elle ne les reverra jamais. Mais elle refuse de douter de leur avenir. Alors, sans plainte et sans haine, à l'aide de mots simples et de phrases de réconfort, elle va leur laisser ce poignant témoignage d'amour maternel que, par prudence elle évitera de signer.

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Marie-Antoinette, reine de France, et ses enfants - Huile sur toile d'E.Vigée-Le Brun - 1787

"Ce 16 8bre, 4heures ½ du matin C'est à vous, ma sœur, que j'écris pour la dernière fois ; je viens d'être condamnée non pas à une mort honteuse, elle ne l'est que pour les criminels, mais à aller rejoindre votre frère. Comme lui innocente, j'espère montrer la même fermeté que lui dans ces derniers moments. Je suis calme comme on l'est quand la conscience ne reproche rien ; j'ai un profond regret d'abandonner mes pauvres enfants ; vous savez que je n'existais que pour eux, et vous, ma bonne et tendre sœur, vous qui avez par votre amitié tout sacrifié pour être avec nous, dans quelle position je vous laisse ! J'ai appris par le plaidoyer même du procès que ma fille était séparée de vous. Hélas ! la pauvre enfant, je n'ose lui écrire, elle ne recevrait pas ma lettre, je ne sais même pas si celle-ci vous parviendra, recevez pour eux deux ici ma bénédiction. J'espère qu'un jour, lorsqu'ils seront grands, ils pourront se réunir avec vous et jouir en entier de vos tendres soins. Qu'ils pensent tous deux à ce que je n'ai cessé de leur inspirer : que les principes et l'exécution exacte de leurs devoirs sont la première base de la vie ; que leur amitié et leur confiance mutuelle en feront le bonheur ; que ma fille sente à l'âge qu'elle a, elle doit toujours aider son frère par les conseils que son [mot rayé dans l'original] l'expérience qu'elle aura de plus que lui et son amitié pourront lui inspirer ; que mon fils, à son tour, rende à sa sœur tous les soins, les services, que l'amitié peut inspirer ; qu'ils entent enfin tous deux que, dans quelque position où ils pourront se )trouver, ils ne seront vraiment heureux que par leur union, qu'ils prennent exemple de nous : combien, dans nos malheurs, notre amitié nous a donné de consolations, et dans le bonheur on jouit doublement quand on peut le partager avec un ami ; et où en trouver de plus tendre, de plus cher que dans sa propre famille ? Que mon fils n'oublie jamais les dernier mots de son père que je lui répète expressément : qu'il ne cherche pas à venger notre mort. J'ai à vous parler d'une chose bien pénible à mon cœur. Je sais combien cet enfant doit vous avoir fait de la peine ; pardonnez-lui, ma chère sœur ; pensez à l'âge qu'il a, et combien il et facile de faire dire à un enfant ce qu'on veut, et même ce qu'il ne comprend pas ; un jour viendra, j'espère, où il ne sentira que mieux tout le prix de vos bontés et de votre tendresse pour tous deux. Il me reste à vous confier encore mes dernières pensées. J'aurais voulu les écrire dès le commencement du procès ; mais outre qu'on ne me laissait pas écrire, la marche en a été si rapide, que je n'en aurais réellement pas eu le temps. Je meurs dans la religion catholique, apostolique et romaine, dans celle où j'ai été élevée, et que j'ai toujours professée, n'ayant aucune consolation spirituelle à attendre, ne sachant pas s'il existe encore ici des prêtres de cette religion, et même le lieu où je suis les exposerait trop s'ils y entraient une fois. Je demande sincèrement pardon à Dieu de toutes les fautes que j'ai pu commettre depuis que j'existe. J'espère que, dans sa bonté, il voudra bien recevoir mes derniers vœux, ainsi que ceux que je fais depuis longtemps pour qu'il veuille bien recevoir mon âme dans sa miséricorde et sa bonté. Je demande pardon à tout (sic) ceux que je connais et à vous, ma sœur, en particulier, de toutes les peines que, sans le vouloir, j'aurais pu vous causer. Je pardonne à tous mes ennemis le mal qu'ils m'ont fait. Je dis adieu à mes tantes et (un mot rayé] et à tous mes frères et sœurs. J'avais des amis, l'idée d'en être séparée pour jamais et leurs peines sont un des plus grands regrets que j'emporte en mourant, qu'ils sachent au moins que, jusqu'au dernier moment, j'ai pensé à eux. Adieu, ma bonne et tendre sœur ; puisse cette lettre vous arriver ! Pensez toujours à moi, je vous embrasse de tout mon cœur, ainsi que ces pauvres et chers enfants : mon Dieu ! qu'il est déchirant de les quitter pour toujours ! Adieu, adieu ! Je ne vais plus m'occuper que de mes devoirs spirituels. Comme je ne suis pas libre dans mes actions, on m'amènera peut-être un prêtre, mais je proteste ici que je ne lui dirai pas un mot, et que je le traiterai comme un être absolument étranger."

10 heures du matin. Elle a posé sa plume. Ses bourreaux sont là. Les mains liées, elle franchit la grille de la Conciergerie et monte dans la charrette qui l'emmène sur la place de la Révolution (aujourd'hui place de la Concorde). En gravissant l'échelle de l'échafaud, elle perd l'un de se ses souliers. Il est ramassé par le Comte de Guernon-Ranville, une famille de vieille noblesse normande, et pieusement conservé par lui. Il fait aujourd'hui partie de la collection du musée des beaux-arts de Caen.

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Le dernier soulier de Marie-Antoinette

Jamais la lettre de Marie-Antoinette, pourtant visée et signée par les membres du Tribunal Révolutionnaire, ne parviendra à sa destinataire. Jamais ses enfants n'en auront connaissance. Elle demeurera aux mains des Jacobins jusqu'en 1816, date à laquelle le roi Louis XVIII (1755-1824) fait saisir les documents conservés par le Conventionnel Courtois (1754-1816) lequel avait été chargé de l’inventaire des papiers de Robespierre (1758-1794) après sa chute.

 

20/09/2020

Les malheurs de Sophie

"Je ne veux pas que mon testament soit remis à un notaire ou tout homme de loi, mais que tout soit fait à l'amiable entre mes enfans et petits enfans sous le contrôle de mon fils Gaston, auquel je recommande l'avenir de mes pauvres petits Louis et Gaston de Malaret* qui n'auront pas de quoi vivre s'il ne leur vient en aide et s'il ne leur laisse après lui une partie de mon capital."

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"Je ne veux pas que mon testament soit remis à un notaire" : Méfiance ou défiance ? De toute façon, une entrée en matière qui surprend d'une femme qui a toute sa vie prouvé son goût pour l'ordre et le respect des conventions.

Dès 1869, la Comtesse de Ségur, prenant conscience à la fois de sa fragilité et du temps qui passe, décide de rédiger ses dernières volontés : neuf documents au total, soit une lettre non datée écrite à son fils aîné Gaston suivie de huit testaments ou codicilles.

Issue d'une grande famille de noblesse russe, fille d'un comte qui,en 1817, choisit de s'exiler en France, Sofia Fiodorovna Rostoptchina (1799-1874) a épousé par amour à seulement 19 ans, Eugène de Ségur (1798-1863). Le couple aura huit enfants , quatre garçons, Gaston (1820-1881), Renaud (1821-1822), Anatole (1823-1902) et Edgar (1825-1920) et quatre filles, Nathalie (1827-1910), les jumelles Henriette (1829-1908) et Sabine (1829-1869), et Olga (1835-1920).

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Portrait de la comtesse de Ségur par Orest Adamovich Kiprensky, 1823.

Délaissée par un mari volage qui, préfère le vie parisienne et ne rend visite à sa famille qu'en de très rares occasions, c'est en Normandie, au château des Nouettes, à Aube (Orne), cadeau de mariage de son père, qu'elle va passer la plus grande partie de sa vie. Là, elle consacre son temps et toute son affection à ses enfants et, plus tard, à ses petits-enfants. C'est pour ces derniers qu'elle va s'amuser à écrire des histoires moralisatrices, composées de saynètes et inspirées de la vie quotidienne des "bonnes familles".

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Le château des Nouettes - Aube (Orne)

Elle publie son premier ouvrage, "La santé des enfants", un livre de pédiatrie truffé de conseils médicaux, en 1855. Vont suivre notamment une vingtaine de romans parmi lesquels "Les malheurs de Sophie", "Les petites filles modèles", "Un bon petit diable", "Le Général Dourakine",... des ouvrages qui feront d'elle l'un des plus grands écrivains de littérature enfantine française.

Décédée à Paris le 9 février 1874, inhumée à Plumeret (Morbihan), sur sa tombe ont été gravés ces quatre mots qui résument toute sa vie "Dieu et mes enfants".

 

*Louis et Gaston de Malaret sont les enfants de sa fille ainée Nathalie.

Biblio. Revue "Historia" - Mars 2013.

16/08/2020

Le dernier ordre du roi

La journée du 10 août 1792, c'est, après celle du 14 juillet 1789, la plus importante des grandes journées révolutionnaires. Ce jour-là, les sans-culottes s'emparent du palais parisien des Tuileries et jettent en prison le roi Louis XVI (1754-1793) et sa famille. La monarchie française, vieille de près d'un millénaire, est abolie : le dernier ordre du roi n'aura pas épargné le sang versé !

 

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Quelques jours auparavant, soit le 5 juillet 1792, devant la succession de défaites militaires, l'Assemblée législative a déclaré la patrie « en danger ». Tous les citoyens en mesure de prendre les armes et de servir dans la Garde nationale sont placés en service actif. Des piques sont distribuées à ceux qui ne peuvent se procurer d'armes et des drapeaux sont placés dans les espaces publics, avec ces mots : « Citoyens ! La Patrie est en danger ! »

Les armées alliées autrichiennes et prussiennes sont aux frontières du pays. Le 25 juillet, Charles-Guillaume-Ferdinand de Brunswick-Wolfenbüttel (1735-1806), commandant l'armée prussienne, publie un manifeste annonçant qu'il entre en France pour y restaurer l'autorité royale et qu'il investira militairement l'Assemblée et la ville de Paris au moindre outrage envers le roi ou la reine. Connu dans la capitale dès le 1er août, ce texte, non seulement exaspère une partie de l'opinion contre la monarchie mais excite la fureur et les aspirations républicaines des révolutionnaires.

Dans la nuit du 9 au 10 août, alors que le tocsin sonne aux clochers de la capitale, une nouvelle Commune révolutionnaire prend possession de l'Hôtel de ville de Paris, siège du gouvernement. Dans la matinée qui suit, les insurgés se lancent à l'assaut de la résidence royale des Tuileries. Outre quelques aristocrates armés et un certain nombre de membres de la Garde Nationale, le palais est protégé par des Gardes suisses, soit environ 950 hommes.

Apeurés, le roi, la reine et le dauphin traversent le jardin des Tuileries et vont chercher refuge au sein de l'Assemblée installée dans le manège des Tuileries, qui se portent garante de leur sécurité.

Sur la place du Carrousel, devant le palais, l'émeute enfle. Lorsque les sans-culottes s'engouffrent dans les lieux, les gardes suisses ouvrent le feu. Les émeutiers sont fauchés presque à bout portant. Un groupe de volontaires marseillais parvient malgré tout à franchir l'enceinte et le combat reprend de plus belle.

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Pour faire cesser cette effusion de sang, Louis XVI signe alors son dernier ordre, ainsi conçu : «  Le roi ordonne aux Suisses de déposer à l'instant leurs armes et de se retirer dans leurs casernes. » Obéissants, les gardes se replient vers la place Louis XV, l'actuelle place de la Concorde. Mais ils y sont très vite encerclés et massacrés par les émeutiers. En tout, six cents Suisses ainsi que deux cents aristocrates et gens de maison perdent la vie en ce jour terrible du 10 août.

 

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 Affrontement entre les Suisses et les insurgés (dessin d'Henri-Paul Motte, 1892).

 

Le billet griffonné par le roi était adressé au Capitaine Jost de Dürler, chargé du commandement des opérations de défense des Tuileries. Ayant survécu au massacre qui suivit, il conservera le document, qu'un de ses descendants, Dagobert Schumacher, de Lucerne, vendit au musée Carnavalet en 1886.

 

Biblio. « Le Musée idéal de l'Histoire de France » de T. Sarmant - Ed. Télémaque 2011.