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20/09/2020

Les malheurs de Sophie

"Je ne veux pas que mon testament soit remis à un notaire ou tout homme de loi, mais que tout soit fait à l'amiable entre mes enfans et petits enfans sous le contrôle de mon fils Gaston, auquel je recommande l'avenir de mes pauvres petits Louis et Gaston de Malaret* qui n'auront pas de quoi vivre s'il ne leur vient en aide et s'il ne leur laisse après lui une partie de mon capital."

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"Je ne veux pas que mon testament soit remis à un notaire" : Méfiance ou défiance ? De toute façon, une entrée en matière qui surprend d'une femme qui a toute sa vie prouvé son goût pour l'ordre et le respect des conventions.

Dès 1869, la Comtesse de Ségur, prenant conscience à la fois de sa fragilité et du temps qui passe, décide de rédiger ses dernières volontés : neuf documents au total, soit une lettre non datée écrite à son fils aîné Gaston suivie de huit testaments ou codicilles.

Issue d'une grande famille de noblesse russe, fille d'un comte qui,en 1817, choisit de s'exiler en France, Sofia Fiodorovna Rostoptchina (1799-1874) a épousé par amour à seulement 19 ans, Eugène de Ségur (1798-1863). Le couple aura huit enfants , quatre garçons, Gaston (1820-1881), Renaud (1821-1822), Anatole (1823-1902) et Edgar (1825-1920) et quatre filles, Nathalie (1827-1910), les jumelles Henriette (1829-1908) et Sabine (1829-1869), et Olga (1835-1920).

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Portrait de la comtesse de Ségur par Orest Adamovich Kiprensky, 1823.

Délaissée par un mari volage qui, préfère le vie parisienne et ne rend visite à sa famille qu'en de très rares occasions, c'est en Normandie, au château des Nouettes, à Aube (Orne), cadeau de mariage de son père, qu'elle va passer la plus grande partie de sa vie. Là, elle consacre son temps et toute son affection à ses enfants et, plus tard, à ses petits-enfants. C'est pour ces derniers qu'elle va s'amuser à écrire des histoires moralisatrices, composées de saynètes et inspirées de la vie quotidienne des "bonnes familles".

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Le château des Nouettes - Aube (Orne)

Elle publie son premier ouvrage, "La santé des enfants", un livre de pédiatrie truffé de conseils médicaux, en 1855. Vont suivre notamment une vingtaine de romans parmi lesquels "Les malheurs de Sophie", "Les petites filles modèles", "Un bon petit diable", "Le Général Dourakine",... des ouvrages qui feront d'elle l'un des plus grands écrivains de littérature enfantine française.

Décédée à Paris le 9 février 1874, inhumée à Plumeret (Morbihan), sur sa tombe ont été gravés ces quatre mots qui résument toute sa vie "Dieu et mes enfants".

 

*Louis et Gaston de Malaret sont les enfants de sa fille ainée Nathalie.

Biblio. Revue "Historia" - Mars 2013.

16/08/2020

Le dernier ordre du roi

La journée du 10 août 1792, c'est, après celle du 14 juillet 1789, la plus importante des grandes journées révolutionnaires. Ce jour-là, les sans-culottes s'emparent du palais parisien des Tuileries et jettent en prison le roi Louis XVI (1754-1793) et sa famille. La monarchie française, vieille de près d'un millénaire, est abolie : le dernier ordre du roi n'aura pas épargné le sang versé !

 

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Quelques jours auparavant, soit le 5 juillet 1792, devant la succession de défaites militaires, l'Assemblée législative a déclaré la patrie « en danger ». Tous les citoyens en mesure de prendre les armes et de servir dans la Garde nationale sont placés en service actif. Des piques sont distribuées à ceux qui ne peuvent se procurer d'armes et des drapeaux sont placés dans les espaces publics, avec ces mots : « Citoyens ! La Patrie est en danger ! »

Les armées alliées autrichiennes et prussiennes sont aux frontières du pays. Le 25 juillet, Charles-Guillaume-Ferdinand de Brunswick-Wolfenbüttel (1735-1806), commandant l'armée prussienne, publie un manifeste annonçant qu'il entre en France pour y restaurer l'autorité royale et qu'il investira militairement l'Assemblée et la ville de Paris au moindre outrage envers le roi ou la reine. Connu dans la capitale dès le 1er août, ce texte, non seulement exaspère une partie de l'opinion contre la monarchie mais excite la fureur et les aspirations républicaines des révolutionnaires.

Dans la nuit du 9 au 10 août, alors que le tocsin sonne aux clochers de la capitale, une nouvelle Commune révolutionnaire prend possession de l'Hôtel de ville de Paris, siège du gouvernement. Dans la matinée qui suit, les insurgés se lancent à l'assaut de la résidence royale des Tuileries. Outre quelques aristocrates armés et un certain nombre de membres de la Garde Nationale, le palais est protégé par des Gardes suisses, soit environ 950 hommes.

Apeurés, le roi, la reine et le dauphin traversent le jardin des Tuileries et vont chercher refuge au sein de l'Assemblée installée dans le manège des Tuileries, qui se portent garante de leur sécurité.

Sur la place du Carrousel, devant le palais, l'émeute enfle. Lorsque les sans-culottes s'engouffrent dans les lieux, les gardes suisses ouvrent le feu. Les émeutiers sont fauchés presque à bout portant. Un groupe de volontaires marseillais parvient malgré tout à franchir l'enceinte et le combat reprend de plus belle.

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Pour faire cesser cette effusion de sang, Louis XVI signe alors son dernier ordre, ainsi conçu : «  Le roi ordonne aux Suisses de déposer à l'instant leurs armes et de se retirer dans leurs casernes. » Obéissants, les gardes se replient vers la place Louis XV, l'actuelle place de la Concorde. Mais ils y sont très vite encerclés et massacrés par les émeutiers. En tout, six cents Suisses ainsi que deux cents aristocrates et gens de maison perdent la vie en ce jour terrible du 10 août.

 

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 Affrontement entre les Suisses et les insurgés (dessin d'Henri-Paul Motte, 1892).

 

Le billet griffonné par le roi était adressé au Capitaine Jost de Dürler, chargé du commandement des opérations de défense des Tuileries. Ayant survécu au massacre qui suivit, il conservera le document, qu'un de ses descendants, Dagobert Schumacher, de Lucerne, vendit au musée Carnavalet en 1886.

 

Biblio. « Le Musée idéal de l'Histoire de France » de T. Sarmant - Ed. Télémaque 2011.

19/01/2020

Charte entérinée par Guillaume le Conquérant et sa famille

Regardez-bien ce parchemin ! Il s'agit d'une Charte rédigée vers 1070. Elle acte la donation d'un des familiers de Guillaume le Conquérant (1027/1028-1087), Enguerrand, fils d'Hilbert, à l'Abbaye de Saint-Ouen de deux parts de dîmes à percevoir sur sa terre de Préaux et autant de terre qu'il faudra pour construire une grange et une maison pour le granger. En échange, un clerc devra être reçu comme moine afin de prier pour lui.

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Parchemin de 48 x 20,5 cm - Fonds de l'Abbaye de Saint-Ouen

Ce qui rend cette Charte particulièrement intéressante, c'est qu'elle est entérinée par les principaux membres de la famille ducale. Leur signe a été apposé sous la forme d'une petite croix en bas de l'acte, à côté de leur nom.

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Guillaume n'est désigné ici que comme roi d'Angleterre. Le titre ducal n'apparaît à aucun moment, bien que dans les faits la Normandie n'ait jamais été unie à l'Angleterre. Son épouse Mathilde (1031-1083) symbolise la solide politique d'alliance grâce à laquelle Guillaume consolide son pouvoir. Fille de Baudouin V, comte de Flandres, elle est la nièce du roi capétien Robert Le Pieux (996-1031).

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Deux des quatre fils de Guillaume apparaissent encore sur le document, Robert Courteheuse, futur Duc de Normandie et Guillaume le Roux, futur roi d'Angleterre. Ils sont désignés ici comme comtes, ce qui est bien le cas à l'époque. Le dernier fils de Guillaume, Henri Beauclerc, née en 1068 et qui devient roi d'Angleterre en 1100 n'est pas mentionné. Il en va de même pour son troisième fils, Richard, qui est entré dans les ordres en 1066*."

 

Extrait de "12 siècles d'histoire aux Archives de Seine- Maritime" - Catalogue d'exposition - Ed. Point de vues, 2008.