11.10.2009
Désiré Bénard, Boucher au Mesnil-Esnard
Désiré Bénard, mon aïeul (sosa 28) est né à Boos (Seine-Maritime), au domicile de ses parents, le 30 décembre 1820, sous le règne du Roi Louis XVIII.
Désiré Bénard (1820-1895)
Comme son père, il sera boucher et, après son mariage avec Catherine DESMARE, le 20 avril 1846 (acte ci-dessous), il s’installera à Mesnil-Esnard (Seine-Maritime) où il tiendra boutique dans la rue principale.
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Le métier de boucher est l’un des plus anciens des métiers de l’alimentation et sûrement aussi l’un de ceux qui fut le plus souvent règlementé.
Longtemps, la consommation de viande de boucherie sera un phénomène largement urbain Car, en campagne, pour se procurer de la viande, on tue sa propre poule ou son cochon ou bien encore on se passe de viande !… Alors qu’en ville, on s’approvisionne chez le boucher, artisan chargé de la préparation et de la vente de la viande.
Le mot « boucher » trouve son origine peut-être de l’activité marchande qu’exerce une personne à vendre de la viande de bouc, mais plus vraisemblablement dans le mot « bouche ».
Ce métier a longtemps été exercé par un tout petit nombre de personnes voire par quelques familles seulement. Sous l’Ancien Régime, on ne recensait à Paris qu’une vingtaine de familles de Bouchers. C’était aussi un des plus riches métiers des villes. La fortune moyenne d’un marchand boucher était deux fois plus importante que celle d’un maître boulanger !
Maintes fois réorganisée, la corporation des bouchers est également l’une des plus anciennes de France pour avoir vu le jour à l’époque gallo-romaine.
C’est en 1791 que les privilèges corporatifs furent abolis, permettant ainsi à tout citoyen d’exercer le métier et de posséder un étal. Et jusqu’à la Révolution, si les grandes villes possédaient une tuerie, lieu spécifique où l’on tuait les animaux, dans les villes plus petites, l’abattage se faisait soit dans la cour même de la boutique, soit tout simplement dans la rue, d’où ces rues des bouchers ou de la boucherie qui subsistent encore de nos jours, comme à Rouen la Rue des Boucheries-Saint-Ouen. Les animaux étaient assommés à l’aide d’une massue puis égorgés au couteau. Le choix des viandes proposées à la vente augmenta au fil du temps : bœuf, mouton, porc, brebis, chèvre, veau, volaille… mais aussi du poisson, pendant la période de carême. Le boucher préparait et commercialisait aussi bien entendu les abats (cœur et foie), mais aussi des sous-produits comme le cuir pour la confection de chaussures, selles ou harnais, les suifs pour la fabrication des chandelles, la laine, les os et même la corne.
Les maires furent dès lors chargés de la surveillance des boucheries, de la qualité de la viande et des prix pratiqués. Du fait des risques sanitaires liés au traitement de la viande, sa production, depuis l’achat du bétail jusqu’à la vente, était jusqu’à là contrôlée par la corporation des bouchers. Puis, à partir du XVIIe siècle, c’est la police qui eut en charge la surveillance des maladies éventuelles du bétail et l’inspection de la qualité des viandes vendues. La viande rouge devait être consommée immédiatement après l’abattage. En cas de marchandise exposée trop longtemps sur les étals, la viande, saisie publiquement, était brûlée. Mais les moyens de la police pour règlementer avec efficacité la salubrité des viandes étaient limités et les règles d’hygiène difficiles à faire respecter.
"Le boucher" - F. Bonvin (1817-1887) - Musée des Beaux-Arts de Reims
On doit à Napoléon, en 1811, la création d’abattoirs municipaux, loin du centre des agglomérations, avec tout-à-l’égout. L’arrivée d’un tel abattoir sur une commune entraine l’interdiction des tueries sur son territoire à l’exception de l’abattage des porcs.
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06.09.2009
Monique Pellerin, couturière au XVIIIe siècle
Mon aïeule, Monique Cordonnier, née Marie Magdelaine Monique, le 4 mai 1787 à Notre-Dame de Franqueville (aujourd’hui Franqueville-St-Pierre en Seine-Maritime) (sosa 37),
a déclaré exercer au moment de son mariage, le 29 juin 1807, la profession de Couturière, qualité qu’elle va conserver jusqu’à son décès le 7 septembre 1833.
Extrait de l'acte de mariage des époux Pellerin
Bien que fille de modestes journaliers, elle savait lire et écrire et a signé lisiblement son nom au bas de son acte de mariage.
Son mari, Jacques Pellerin, de 4 ans son aîné, était lui aussi originaire de cette commune où il exerçait la profession de toilier. Ils eurent ensemble 5 enfants dont 3 décèderont en bas âge. Après le décès prématuré de Monique, à l’âge de 46 ans, Jacques se remariera d’une veuve dont il n’aura pas d'enfant et décèdera le 14 août 1844, âgé de 61 ans.
A cette époque, les couturières étaient encore peu nombreuses. Car au contraire de la fileuse et de la dentellière, métiers féminins par excellence, cette profession tarde à trouver une légitimité dans celles de l’aiguille.
Au Moyen Age, les couturières sont en réalité des lingères. Seuls les hommes possèdent le droit d’habiller leurs semblables, hommes ou femmes. Unique exception à cette règle, les filles de maîtres tailleurs sont autorisées à habiller les jeunes garçons jusqu’à l’âge de 8 ans ! Dans l’ombre cependant et en toute illégalité, de plus en plus de femmes se mettent à faire des vêtements pour dames, notamment des dessous, et ce malgré l’étroite surveillance de leurs confrères et les risques encourus en cas de plainte comme la saisie des étoffes et costumes et la condamnation à de fortes amendes. Tenaces, elles réussissent malgré tout à se faire petit à petit une clientèle. Et c’est ainsi qu’au prix d’une lutte acharnée, elles vont, dès le milieu du XVIIè siècle, mettre un terme à ce monopole masculin, arguant d’une pratique largement entrée dans les habitudes et établissant qu’il est bienséant et convenable à la pudeur « des femmes et filles de se faire habiller par des personnes de leur sexe, lorsqu’elles le jugeraient à propos ».
En 1675, le roi Louis XIV ayant entendu « la demande de plusieurs femmes et filles appliquées à la couture pour habiller jeunes enfants et femmes », celles-ci ayant montré que « ce travail était le seul moyen de gagner honnêtement leur vie » et supplié qu’on les érigeât en communauté, « ayant été informé que l’usage s’estoit tellement introduit parmi les femmes… » créa officiellement la corporation désirée. Sous le titre de couturières, elles sont donc autorisées à travailler différents vêtements tels que robes, jupes, casaquins, etc… Même si la broderie d’or et d’argent reste encore du domaine de la gent masculine, les passementiers, elles vont pouvoir dorénavant s’adonner librement également à la broderie sur tissus.
Couturières en 1875 - J. Trayer
Le métier se pratique en ville ou à la campagne, allant de la retouche à la confection, du statut de domestique à celui d’artisan. Quand la couturière n’a pas d’atelier, elle va de maison en maison, louant ses services à la journée, avec en tout et pour tout dans son panier, du fil, une aiguille, des épingles et une paire de ciseaux.

Dans les campagnes, la plupart des couturières comme des tailleurs, sont itinérants, employés à la journée ou juste le temps de réaliser la commande. Certaines entretiennent le linge et effectuent la couture domestique. D’autres taillent et cousent les habits, aussi bien ceux des hommes que ceux des femmes et des enfants. Le travail ne manque pas ! Les vêtements ruraux s’usent vite, mis à rude épreuve par les travaux salissants et les intempéries.
Comme dans beaucoup d’autres professions, le travail suit les saisons. L’automne ou au printemps, après les grandes lessives, les couturières vont dans les grosses fermes pour « ravigoter » le linge, réparer les robes, coudre des blouses. Parties avant le lever du jour, elles rentrent à la nuit close, travaillant « tant qu’on y voit clair ».
Jusqu’à l’arrivée de la machine à coudre qui va faciliter leur travail mais aussi contribuer à leur disparition, elles cousent à la main le « très fin » comme le « très gros » ainsi par exemple la fameuse couture au milieu des draps de chanvre.

Arbre simplifié de descendance : Marie Magdelaine Monique CORDONNIER (1787-1833) (sosa 37), fe de Jacques Nicolas PELLERIN (1783-1844) (sosa 36) → Jacques Désiré PELLERIN (1809-1891) (sosa 18) → Lucie Stéphanie PELLERIN (1844-1926) (sosa 9) fe de Constant Etienne BOULANGÉ (sosa 8) → Paul Fernand BOULANGÉ (1877-1950) (Sosa 4) → Albert Camille BOULANGÉ (sosa 2, mon père).
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29.03.2009
Armand LE BRET, Charpentier
Armand LE BRET*, mon aïeul** (sosa 60) exerçait à Boos (Seine-Maritime), au début du XIXe siècle, la profession de Charpentier.
C’est dans cette commune du plateau est de Rouen qu’il est né le 17 brumaire an VI (7 novembre 1797), sous le Directoire.
Et c’est aussi dans cette commune qu’il se maria, le 28 octobre 1828, sous le règne du Roi Charles X, avec Marie Céleste LEGENDRE. Elle a 19 ans et est toilière.
Le métier de charpentier remonte à la nuit des temps : Joseph n’était-il pas Charpentier à Nazareth ? Et à ce titre, il est le saint patron de tous les charpentiers.

Le mot « charpentier » vient du latin « carpentarius » qui signifie « charron ». En 1268, dans son Livre des métiers, Etienne Boileau réunit sous le titre unique de charpentier tous ceux qui « euvrent du trenchent en merrien », c’est-à-dire qui travaillent le bois avec des outils. Ce titre comprenait donc les couvreurs, les tourneurs, les charrons, les charretiers, etc… On distinguait cependant les charpentiers de « grande cognée » (pour les charpentes, les constructions à pans de bois, les planchers) des charpentiers de « petite cognée » ou menuisiers (qui produisaient des coffres, des bancs,….) Puis, à partir du XIIIe siècle, la corporation s’est éclatée et a donné naissance à une pluralité de métiers ayant chacun leur indépendance.
Les charpentiers sont parmi les artisans les plus appréciés en France. Ils occupent une place fondamentale au sein de la société dans laquelle ils ont su se rendre indispensables.
A cette époque, la construction est en général effectuée sur le lieu du chantier. Le charpentier trace le dessin de la charpente au sol.
Les charpentiers ont réussi à transmettre leur savoir-faire tout au long des siècles grâce à la "science du trait". Le trait est la géométrie graphique du compagnonnage. Il permet de décrire sur un seul plan à l’aide de lignes et de courbes, sans utiliser aucun chiffre, nombre ou équation, les volumes et leurs interprétations dans l’espace. Cette géométrie d’un genre particulier puise ses sources dans la géométrie d’Euclide. Le trait fut perfectionné au XIIe siècle par les moines de l’abbaye de Cîteaux. Sous l’influence de Saint-Bernard, ils tirèrent de l’observation de la nature et de l’espace les lois des volumes en pénétration, qui constituent la « science du trait » et qui est à l’origine de tous les chefs-d’œuvre des charpentiers. Il a permis des réalisations époustouflantes par leur audace et leur légèreté. Le trait a été un outil de communication qui a permis de transmettre, au-delà des barrières de la langue et des générations, la vision des bâtisseurs de cathédrales et les savoir-faire pour réaliser les ouvrages que nous admirons encore de nos jours.
Ensuite, le charpentier choisit ses bois, les repère, les trace et les façonne. Il utilise les meilleurs d’entre eux : le chêne, le roi des arbres, et le châtaignier, le préféré, celui dans lequel on ne trouve ni ver ni araignée, mais aussi l’orme et le sapin, beaucoup moins chers. Le levage constitue une phase importante et périlleuse du travail du charpentier. Il demande force et précision. Une fois le bois monté, il ne reste plus qu’à procéder à l’assemblage. Tel un acrobate, à cheval sur les échafaudages, le charpentier assemble les grosses poutres de bois qui forme l’ossature de l’édifice.
Des deux enfants du couple, seul leur fils Alfred survivra. Comme son père, il deviendra charpentier.
Armand LE BRET décède à Boos, le 2 avril 1865, âgé de 67 ans. Sa femme s’éteindra 10 ans plus tard. A son décès, elle vivait « de ses rentes »., ce qui, pour l'époque, était synonyme d'une certaine aisance financière.
* Le patronyme « Le Bret » est un diminutif de « Le Breton ».
**Schéma de descendance simplifié : Armand LE BRET (sosa 60), Charpentier – (1797-1865) → Alfred LE BRET (sosa 30), Charpentier – (1832-1892) → Héloïse LE BRET (sosa 15) Couturière (1864-1935) x Albert BENARD (sosa 14), Cultivateur-Domestique-Journalier (1861-1951), → Blanche BENARD (1902-1977), ma grand-mère.
Biblio. : « 5 métiers du bois – XVIIe – XIXe s. – La revue française de généalogie - HS
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11.03.2009
Pierre SANNIER, Meunier à Offranville
« … les boulangers qui sont ordinairement larrons et les meuniers qui ne valent guère mieux. »
François Rabelais (Pantagruel, livre III)
Ainsi, dès le début du 16ème siècle, la mauvaise réputation des meuniers comme celle des boulangers est déjà faite ! Les meuniers sont souvent en butte à l’hostilité des villageois, qui ne voient en eux que des voleurs qui ponctionnent plus que leur dû. On les dit « riches » et on les accuse aussi de libertinage car les moulins sont des lieux de rencontre et d’information où on fait la causette en attendant son tour… Très peu échappent malheureusement à cette réputation déplorable ! A t’elle touché Pierre SANNIER*, cet aïeul (sosa 352) qui est meunier à Offranville (Seine-Maritime) en cette fin de règne de Louis XIV ?

Cette paroisse située près de Dieppe est, à cette époque, riche de six moulins de rivière, tous placés en bordure de la « Scie », petit cours d’eau qui la traverse : le moulin des Ruines (aujourd’hui disparu), le moulin Claquet, le moulin Jeannet, le moulin de la Pierre, le Neuf-Moulin et le moulin à huile.
Pierre SANNIER, qui en est originaire, épouse le 23 novembre 1699 dans la petite église de la paroisse de Meulers, près de St-Nicolas d’Aliermont, Anne Bullé.
Les meuniers sont nombreux sous l’Ancien Régime. Ils jouent un rôle important car tous les paysans ont besoin d’eux !
Le meunier est à cette époque un artisan travaillant à façon. Son activité consiste à transformer le grain qu’on lui apporte en farine et parfois même à la livrer. Mais en aucun cas, il ne peut vendre directement sa mouture. Le métier nécessite des connaissances variées. Au meunier de définir chacun des paramètres de son travail et pour cela, dans un souci de perfection, il choisit son grain, son mélange, le type de meule et la mouture.
Il est rémunéré en nature et prélève lui-même sa part sur la farine obtenue. Ainsi, sur une rasière, soit 80 kg, le client retrouve 51 kg de farine et 21 kg de son. 8 kg servent à payer le meunier. Il semble que les contrôles sont difficilement applicables, les meuniers particulièrement ingénieux et « la triche » fréquente. Pour se défendre, les fraudeurs accusent volontiers les rats et les poules de les piller, de jour comme de nuit.
Le travail du meunier est rythmé par les forces naturelles, qu’elles soient hydrauliques ou cinétiques. Lors de la fonte des neiges, le moulin hydraulique fonctionne à plein régime et demandent une attention soutenue de la part du meunier qui doit veiller constamment sur lui. Outre les risques liés aux intempéries, le meunier doit aussi se prémunir des incendies. Les sacs de farine ne sont entassés qu’une fois secs, sinon la fermentation peut engendrer des départs de feux particulièrement dangereux dans les moulins ou halles en bois.

L’essor de la boulangerie a paradoxalement accéléré la mort des moulins. Les meuniers ne pouvant pas fournir autant de farine et surtout pas à jour fixe, les boulangers se sont adressés aux minoteries modernes. Par ailleurs, les gens ont pris l’habitude d’acheter leur pain plutôt que de le faire.
Dans « Les lettres de mon moulin » (1866), Alphonse Daudet décrit avec émotion l’abandon des moulins aux profits des minoteries. « Maître Cornille était un vieux meunier, vivant depuis soixante ans dans la farine et enragé pour son état. L’installation des minoteries l’avait rendu comme fou. … « N’allez pas là-bas, disait-il, ces brigands-là, pour faire le pain, se servent de la vapeur qui est une invention du diable, tandis que moi, je travaille avec le mistral et la tramontane, qui sont la respiration du bon Dieu… »
* Schéma de descendance : Pierre SANNIER, Meunier (ca 1669- ca 1732) → Pierre SANNIER, Bûcheron (1711-1769) → Pierre SANNIER, Laboureur (1742-1805) → Pierre SANNIER, Cultivateur (1771-1821) → Alexandre SANNIER , Maître Maréchal-ferrant (1813-1881) → Ludivine SANNIER, Jardinière (1842-1913) → Alexandrine DAMAMME, Sans profession (1881-1967) → Albert-Camille BOULANGÉ (mon père) (1922-2007)
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27.02.2009
Pierre MORIN, Fabricant de chocolat
Pierre MORIN, notre aïeul (sosa 216) exerce le métier de « Fabricant de chocolat ». Il s’est installé pour cela à ROUEN, paroisse Saint-Maclou, rue Porche-Fourré (actuellement rue des Arpents). Originaire de Berville-en-Roumois dans l’Eure, il n’est dans notre bonne ville de Rouen que depuis environ 6 ans quand il épouse, le 25 septembre 1781 en l’église Saint-Maclou, Marie de Manneville, elle-même de cette paroisse.
Le roi Louis XVI est encore sur son trône. Necker vient de révéler à l'opinion dans son "Compte rendu au roi sur les finances de la nation" le poids disproportionné des dépenses de la cour. Pour endiguer le déficit, sa majesté fait un recours incessant aux emprunts et augmente les impôts indirects, notamment sur le tabac, ce qui entraîne une montée des mécontentements.
Acte de bâptème de Pierre Dominique MORIN (sosa 108), fils de Pierre, né le 30 août 1784 et bâptisé en l'église Saint-Maclou le 1er septembre suivant.
Découvert en 1502 par Christophe Colomb lors d’une escale au Nicaragua, le commerce du cacao commence à se développer vers 1585 sur la péninsule Ibérique.
Nous devons à Anne d’Autriche, princesse espagnole, fille de Philippe II d’Espagne, et à son union royale avec Louis XIII, d’avoir introduit le chocolat en France en 1615 dans sa corbeille de noces.
Sous l’Ancien Régime, le chocolat était une denrée de luxe fort chère. Alexandre DUMAS (1802-1870) raconte dans son Grand Dictionnaire de la Cuisine que l’usage du chocolat au début du XVIIème siècle « devint promptement populaire ; les femmes et surtout les moines se jetèrent sur cette boisson nouvelle et aromatique avec un grand empressement, et le chocolat fut bientôt à la mode. »
Car c’est d’abord sous forme liquide que le chocolat va conquérir le palais des Européens, la tablette est une création britannique datant de 1830 !
Cette boisson chocolatée est très appréciée des élites qui lui attribuent des vertus médicinales. Madame de Sévigné (1626-1696) écrit à ce sujet à sa fille, Madame de Grignan, qu’il n’y a rien de tel que des truffes, un potage de céleri et un chocolat : « J’en ai pris avant-hier pour digérer mon dîner afin de bien souper, et j’en ai pris hier pour me nourrir, afin de jeûner jusqu’à ce soir. Il m’a fait tous les effets que je voulais ; voilà de quoi je le trouve plaisant, c’est qu’il agit selon l’intention ».
Au XIXe siècle, le gastronome Brillat-Savarin fait observer que « les personnes qui font usage du chocolat sont celles qui jouissent d’une santé plus constamment égale et qui sont le moins sujettes à la foule de petits maux qui nuisent au bonheur de la vie. »
Hélas, Pierre MORIN ne semble pas avoir réussi à faire fortune avec le chocolat ! En 1790, bien que demeurant toujours à la même adresse, il n’est plus que « Journalier »…
6 générations et plus de 2 siècles le séparent de notre mère Denise JULIEN dont elle est la descendante et pourtant, le croirez-vous, elle lui ressemble !… Elle ne résiste pas au chocolat !
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13.01.2009
François DAMAMME, « Faiseur de sabots de paille »
Le roi Louis XV règne alors sur la France et ses sujets, sujets qui ont faim, une nouvelle disette touche le pays, sujets qui ont froid, l’hiver 1740 sera l’un des plus longs et des plus rigoureux. Et c’est cette même année qui verra le caoutchouc faire son entrée en Europe (mais, n'anticipons pas !)
Baptisé à l’église de sa paroisse le jour de sa naissance "Charles François" a pour parrain son grand-oncle Charles DAMAMME et pour marraine sa grand-mère maternelle, Marie LE HOUX.
Ses parents, François et Margueritte LE HOUX, ont été unis quelques mois plus tôt dans l’église d’Offranville, le 29 février 1740. Lui a 22 ans est « faiseur de sabots » et elle, à 26 ans, est l’aînée d’une fratrie de 13 enfants dont le chef de famille est tisserand.
Peu après la naissance de François, la famille s’installe à Offranville où naîtront sa sœur et ses deux jeunes frères.
Selon la légende, le premier sabotier fut Saint-René, évêque d’Angers, qui se serait retiré dans la solitude de Sorrente en Italie, vers l’an 440, pour façonner des sabots.
En France, l’usage du sabot se généralise. Il est vrai qu’un homme en consomme cinq à six paires par an. C’est dire que l’ouvrage ne manque pas ! Le sabot, chaussure saine, protégeant du froid et de l’humidité, est garni en hiver de paille ou de foin. Les sabotiers forment un corps du compagnonnage et, pour éviter le « sabotage », c’est-à-dire la fabrication des sabots avec le bois des résineux, le métier est dès lors règlementé.
Chaque village a besoin de son sabotier et à Offranville, François, devient, tout naturellement, l’apprenti de son père, puis son successeur.
S’il n’abat pas et ne débite pas lui-même son bois, le sabotier l’achète en général sur pied et le fait transporter jusqu’à son échoppe. Il s’agit souvent de bouleau, parfois d’orme, de hêtre ou d’acacia. Le sabot de « luxe » se fabrique dans le noyer. Le peuplier est utilisé pour faire les sabots servant en milieu humide, comme pour les gens de mer, car il évite de glisser. Le chêne et le frêne sont proscrits car beaucoup trop pesants. On choisit des troncs bien droits. Le bois, entreposé à côte de la maison, est scié au fur et à mesure de la demande. On travaille le bois vert.
Fabriquer un sabot n’est pas une tâche aisée et l’apprentissage est long. La fabrique d’un sabot comporte trois étapes : la taille, la creuse et la finition et un bon artisan en fabrique 5 à 6 paires par jour
Pour la taille, une fois les bûches débitées, le sabotier dégrossit la forme à l’aide d’une hache à manche très court terminé par une boule pour contrebalancer le poids du tranchant. L’herminette sert ensuite à dégager le talon. Le paroir, sorte de lame tranchante de 80 centimètres, fixée à une extrémité, entre alors en action dans les mains habiles du sabotier pour donner la forme extérieure définitive du sabot. La « creuse » est l’opération qui consiste à « vider » l’intérieur du sabot. Elle donne la forme au pied. Elle s’amorce à la tarière, sorte de vrille de 40 centimètres, puis se continue à la cuiller, outil tranchant également, qui peut avoir plusieurs gabarits. Le boutoir et le ruine (ou rouanne) permettent d’accéder au fond du sabot. Enfin, la « finition » ou « pare » s’effectue quand les sabots sont bien secs. A l’aide d’un racloir, on fait disparaître les coups de paroir pour obtenir une surface bien lisse. Enfin, le séchage qui permet au bois de durcir.
L’apprenti « creuse » et « finit » pendant 4 ou 5 mois, ensuite il « taille » pendant deux ans.
Le 13 novembre 1770, âgé de 30 ans, François épouse dans l’église St-Ouen d’Offranville Marie Margueritte ETANCELIN, jeune fileuse de 22 ans. Ensemble, ils auront 10 enfants. Il se remarie le 11 août 1783, six mois seulement après le décès de son épouse, avec une autre jeune fileuse, Catherine LE SOUT. De cette nouvelle union, naîtront 7 autres enfants !
En 1783, le curé d’Offranville écrivait de lui « Faiseur et vendeur d’excellents sabots de paille ! »
François est décédé dans sa maison d’Offranville le 4 novembre 1810 : il avait 70 ans.
Le sabot connaîtra encore une période faste jusqu’à la Grande Guerre. Le déclin s’amorcera dès les années 50 avec la généralisation de l’usage du tracteur pour lequel les bottes (en caoutchouc) sont plus pratiques que les sabots !
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23.09.2008
Gilles DAMAMME, Maréchal-ferrant
Notre arrière grand-père, Gilles DAMAMME, (sosa 10), était Maréchal-ferrant à Arques-la-Bataille. Son atelier devait ressembler à ce dessin de J. Staubs datant de 1912.
Né à Martigny, près de Dieppe, le 3 septembre 1834, il est le troisième et dernier enfant d’une famille de cultivateurs. Exempté du service militaire, il épouse à 28 ans, le 13 janvier 1863 à Neuville, une jeune demoiselle âgée de tout juste 20 ans, la fille de ses patrons, Ludivine SANNIER.
Il fait ce qu'on appelle "un beau mariage" ! Le père de la belle, Alexandre SANNIER est Maître Maréchal-ferrant à Neuville. Gilles est son ouvrier. Aînée de la famille, elle porte le prénom de sa mère et est l’unique fille de la famille. En effet, sur les 5 enfants du couple, trois décèderont en bas âge. Seuls deux enfants survivront : Ludivine et son jeune frère Alexandre.
En cette fin d’année 1862, année où Victor Hugo publie ses Misérables, alors que Napoléon III règne sur les français depuis déjà plus de 10 ans, Ludivine est enceinte. Il faut réparer : le mariage est donc décidé. Les parents vont doter généreusement leur fille. Le contrat de mariage dressé le 4 novembre 1862 devant Me LANEL, Notaire à Dieppe, stipule que le futur époux apporte dans la corbeille du mariage « son linge et ses effets d’une valeur de 250 francs », alors que la fiancée la remplit d’un trousseau conséquent, de divers meubles (lit, commode, armoire, etc…) et d’une somme de 410 francs, le tout pour une valeur totale de 1500 francs ! (A cette époque, le salaire moyen journalier d’un ouvrier est d'1,75 franc en rétribution de 12 à 14 heures de travail). Leur fils, Jules, naîtra le 1er mai 1863 à Arques-la-Bataille. Notre grand-mère, Alexandrine, sera la dernière de cette fratrie de 7 enfants et viendra au monde la 22 mai 1881.
Toute sa vie, Gilles exercera son métier de Maréchal-ferrant - Forgeron dans ce si joli village d'Arques-la-Bataille où ils décèderont tous deux âgés de 71 ans, lui en 1905, et elle, 8 ans plus tard, en 1913.
Le mot « maréchal » vient du francique* « marhskalk » : « le domestique qui soigne les chevaux ». A une époque où la traction est seulement animale, le ferrage des animaux est primordial : il permet de protéger le sabot de la bête, mais aussi d’augmenter sa force motrice en lui apportant une meilleure adhérence au sol. Installé en campagne, il possède une forge et répond ainsi à tous les besoins des agriculteurs et des villageois : fabrique d’outils (serpes, faux, haches, socs, houes…) mais aussi d’ustensiles de la maison (tisonniers, crémaillères, broches…) Après la Seconde-Guerre mondiale, avec la diminution des exploitations agricoles, la mécanisation entraînant la disparition des chevaux de labour et l’évolution des moyens de transport, les Maréchaux-ferrants vont un à un éteindrent leurs feux et se reconvertir.
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