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LES METIERS DE NOS AIEUX

  • Les Sanson, bourreaux de père en fils

    L'histoire commence par un mariage en Normandie. Nous sommes en 1675. A Rouen. Charles Sanson (1635-1707) épouse Marguerite Jouenne. Lui, originaire d'une famille bourgeoise d'Abbeville (Somme), est soldat. Elle, normande, est la fille du bourreau de Dieppe, Pierre Jouenne.

    Le terme de « bourreau » dérive du verbe « bourrer » signifiant frapper, tourmenter ou maltraiter. Sous l'Ancien Régime, le bourreau est un tueur légal. Il supplicie le criminel. Au nom de la Justice, il flagelle, fustige, flétrit, pend, décapite, dépèce, écartèle, noie et brûle. Il est propriétaire de son office et a le droit de transmettre sa charge à un fils, neveu ou gendre. A sa prise de fonction, il reçoit une potence, un échafaud, une hache, une épée, un réchaud et des marques pour flétrir, des cordes, des échelles, des paniers,... Des instruments qu'il doit savoir manier avec habilité et auxquels s'ajoute en 1793 une guillotine.

    En se mariant, le destin de Charles Sanson bascule du tout au tout. En 1658, de retour au pays près avoir navigué durant trois ans sur les vaisseaux de sa majesté, il a acquis une lieutenance au régiment du Marquis de la Boissière. Sept ans plus tard, il siège en garnison à Dieppe quand, victime d'une chute de cheval, il est recueilli et soigné par le bourreau de la ville, Pierre Jouenne. Pour épouser Marguerite, la fille de son hôte, celui-ci l'oblige à reprendre sa suite. Sans le savoir, le voilà premier représentant d'une dynastie de bourreaux qui œuvrèrent en cette qualité de 1687 à 1847 !

    Le voici donc aide-bourreau. Des débuts difficiles comme en témoigne le procès-verbal de sa première exécution à Rouen. Ayant à « rompre » un condamné, il y est écrit que « l'exécuteur des hautes œuvres ayant forcé son gendre, nouvellement marié, à porter un coup de barre au patient, ledit gendre tomba en pâmoison et fut couvert de huées par la foule ». L'exécuteur des hautes œuvres est le titre dévolu à celui qui préside sur un échafaud, c'est-à-dire en hauteur, à l'inverse de l'exécuteur des basses œuvres qui intervient au niveau du sol. Veuf en 1681, Charles Sanson s'installe à Paris et, comme le métier de bourreau exige à la fois dextérité et connaissance du corps humain, il en profite pour se perfectionner notamment en anatomie. De retour en Normandie, il prend officiellement le 24 septembre 1688 la succession de la charge de son beau-père, charge dont il démissionne en 1699.

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    Acte de sépulture de Charles Sanson le 7 avril 1707 - Condé-en-Brie, Aisne

    Après sa mort en 1707, le flambeau passe à son fils aîné Charles Sanson (1681-1726) lequel, depuis 1696 assiste son père. Il exécutera le bandit Cartouche, roué vif en Place de Grève le 28 novembre 1721.

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    Le supplice de la roue

    Comme aucune école ne forme au difficile métier de bourreau, les enfants apprennent en assistant leur père dès leur plus jeune âge. Jean-Baptiste Sanson (1719-1778), fils de Charles, assure sa première exécution à seulement 18 ans. Après lui, c'est au tour de son fils Charles-Henri Sanson (1739-1806).

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    Portrait imaginaire de Sanson par Eugène Lampsonius dans Un épisode sous la Terreur de Balzac

    Dit « le Grand Sanson », il va donner au patronyme son billet pour la postérité. Il va être le premier utilisateur de la guillotine pour l'exécution le 25 avril 1792 du criminel Nicolas-Jacques Pelletier. Avec lui, les têtes tombent: « comme des ardoises » : celles de Louis XVI, Marie-Antoinette, Charlotte Corday, Danton, Madame Dubarry, Robespierre, Camille Desmoulins,… En tout plus de 3 000 personnes exécutées en 40 ans de bons et loyaux services.

    A partir de 1793, son fils Henri Sanson (1767-1840) prend sa place et œuvre durant 47 années. Henri-Clément Sanson (1799-1889), son fils, va être le sixième et le dernier bourreau de cette dynastie. Mais rien n'est plus comme avant... Entre 1840 et 1847, seulement dix-huit condamnés à mort passeront sous le couteau de sa guillotine. Alors notre homme s'ennuie... Pour meubler le temps, il fréquente les casinos et se couvre de dettes, à tel point qu'il va en 1847 mettre en gage sa guillotine obligeant l’État à la lui racheter. Ce qu'il fait bien sûr avant de le démettre de ses fonctions.

     

    Biblio. « Après la vie, les métiers de la mort : traditions, croyances, cimetières, bourreaux... «  in « Nos Ancêtres Vie et Métiers – N°39 – Sept/Oct. 2009.

  • Métiers de la mer, métiers d'hier

    Haleurs, vireurs au cabestan, ramendeurs ou ramasseurs de galets, des métiers de la mer aujourd'hui disparus... Au début du XXe siècle, dans les villes portuaires des côtes normandes, pour haler les bateaux, on faisait appel aux haleurs et haleuses qui attendaient sur les quais. Du navire, on leur lançait les aussières, ces gros cordages résistants de 100 à 200 mètres de long. Hommes et femmes de petite condition s'attelaient et tiraient le bâtiment de la jetée jusqu'au bassin. A Étretat, il existait des cabestans à bras. Sur ces treuils à arbre vertical, s'enroulait un câble permettant de remonter les bateaux sur la plage. Ceux qui les animaient à la force de leurs bras étaient appelés des vireurs au cabestan. Terrible travail épuisant : il fallait la force d'animaux de trait pour accomplir ces tâches des plus humiliantes.

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    Réparer les filets de pêche : d'une quarantaine de mètres de long et d'environ cinq mètres de haut, ils étaient à la fois fragiles et indispensables. Pour les épargner, à peine rentrés de la pêche, ils étaient sortis, rincés, séchés, étendus et ramendés. Très souvent, les ramendeurs étaient des ramendeuses. En effet, ce travail revenait en priorité aux femmes de la famille, les hommes s'occupant du bateau et de la marchandise.

     

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    Dans le pays de Caux, chaque petite valleuse, vallée sèche qui mène à la mer, était assaillie dès le matin par des ramasseurs qui, le dos cassé en deux, triaient les galets. Plus il était était rond et petit, plus le galet avait de valeur. Pour les dénicher, les ramasseurs n'hésitaient pas à escalader les falaises, un panier rempli de lourds cailloux sur le dos. Seulement dans certaines valleuses accessibles, des mules aidaient au transport. Sur le dos de chacune, on chargeait jusqu'à 6 sacs de 50 kg de galets.

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    Une fois par semaine, ces galets ramassés étaient collectés puis envoyés au Havre d'où ils étaient expédiés par bateaux vers les États-Unis ou le Japon. On estime aujourd'hui qu'environ 60 tonnes de galets quittaient ainsi chaque semaine les côtes de la Manche. A partir de 1985, s'étant rendu compte de la valeur naturelle du galet et de la barrière qu'il constitue contre l'érosion et les tempêtes, ce ramassage a été interdit.

     

    Biblio. « Quelques métiers de la mer aujourd'hui disparus » de Madeleine Massion – Revue Grand-Ouest n° 1 – 2012.

     

  • Le chirurgien d'autrefois

    Quel est celui d’entre nous, amis généalogistes,qui n’a pas eu la surprise de découvrir dans ses ancêtres la présence d’un chirurgien ! Mais voilà, les chirurgiens de l’Ancien Régime n’ont pas grand-chose à voir avec ceux que nous connaissons aujourd’hui !

    A la veille de la Révolution, la France compte dix fois plus de chirurgiens que de médecins, soit environ 25 000 chirurgiens. On en trouve dans les villes, les bourgs et même certaines paroisses rurales. Supérieurs en nombre, ils sont néanmoins socialement bien inférieurs, et de loin, à leurs confrères. La plupart des chirurgiens n’ont jamais fréquenté l’Université ! Ce sont des travailleurs manuels, de modestes praticiens ayant acquis l’essentiel de leur savoir grâce à l’apprentissage puis à l’expérience.

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    Aux XVIe et XVIIe siècles, le chirurgien est le plus souvent chirurgien-barbier. Il s’occupe des soins du corps mais aussi du rasage de ses clients, voire de l’entretien de leurs perruques. Tout ce qui est de l’exercice de la main sur le corps de l’homme est de sa compétence et « l’art de raser et de faire le poil » en fait donc partie. Son rôle n’est pas de soigner. D’ailleurs, pour cela, le malade se tourne plus aisément vers Dieu et vers ses saints que vers le médecin !  Il faut dire que pour guérir un patient ce dernier ne dispose en vérité que de très peu d’armes! On saigne, on purge ou on met à la diète. Éventuellement, on opère, mais sans connaître les anesthésiques et les antiseptiques. Quant à la pharmacopée, elle est bien impuissante face aux fléaux du temps : la peste, la variole ou la dysenterie.

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    Si le chirurgien pratique les saignées, courantes à l’époque, il ne s’intéresse qu’aux maux externes : blessures, abcès, rages de dents,… A l’inverse du médecin qui ne touche que très peu son patient et ne pratique sur lui aucun acte manuel, le chirurgien est capable d’isoler une fracture et de la réduire mais aussi d’amputer. Il est aussi en mesure de diagnostiquer une tumeur et, lorsqu’elle est accessible au toucher, à parvenir à en déduire le volume et certaines de ses connexions et  il pratique le toucher vaginal ou rectal.

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    A partir du XVIIIe siècle, l’État organise la formation des professionnels de la santé. Dès lors, la communauté des chirurgiens va se détacher clairement de celle des barbiers perruquiers et progressivement la profession va évoluer. Déjà, à la tête de chacune des quelque 400 communautés de chirurgiens va être placé un lieutenant du « premier chirurgien du roi » chargé de veiller aux compétences des jeunes acceptés dans la profession. Une déclaration royale accompagne le mouvement en imposant l’ouverture d’un enseignement de chirurgie dans toutes les villes de communauté, ce qui, dans les faits, n’est appliqué que dans les principales villes du royaume. On va ainsi distinguer le « chirurgien de grande expérience » de celui dit « de petite expérience » qui ne dispose d’aucune formation théorique approfondie. A Paris, en 1731, la société académique de chirurgiens, qui prendra en 1748 le nom d’Académie royale de chirurgie, achèvera de donner ses lettres de noblesse à la profession. En Normandie, ce n’est qu’en 1762, qu’est créé à Rouen le premier collège de chirurgiens.

    Dès le début du XIXe siècle, médecins et chirurgiens, tous formés par l’Université, participeront ensemble aux révolutions médicales à venir.

     

    Biblio : «Médecins et chirurgiens du XVe au XIXe s. » - Nos ancêtres – Vie et Métiers – N°18 – Mars-Avril 2006.

    Merci au site http://jumieges.free.fr