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15/04/2018

Napoléon et les codes... du savoir-vivre !

On nous a laissé croire que, parce qu'il plaçait la main dans son gilet, Napoléon souffrait d'un ulcère à l'estomac ! Pure Intox ! Il savait seulement "bien se tenir" ! En effet, à cette époque, il était inconvenant de laisser pendre ses bras le long de son corps.

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Portrait du peintre Ingres (1780-1867) réalisé en 1804

Sûrement avait-il appris les bonnes manières dans le livre "Les règles de la bienséance et de la civilité chrétienne" de Saint Jean-Baptiste de la Salle (1651-1719), fondateur des frères des écoles chrétiennes. Cet ouvrage constitua pendant plus d'un siècle la base du savoir-vivre français. Il fut à maintes reprises réédité et réadapté. Le passage qui suit est extrait d'une édition publiée à Rouen en 1797.

« C’est un défaut de croiser les bras sur la poitrine, de les entrelacer derrière le dos, de les laisser pendre avec nonchalance, de les balancer en marchant, sous prétexte de soulagement ; l’usage veut que si l’on se promène avec une canne à la main, le bras qui est sans appui soit posé légèrement contre le corps, et qu’il reçoive un mouvement presque imperceptible, sans cependant le laisser tomber de côté ; si l’on n’a point de canne, ni manchon, ni gants, il est assez ordinaire de poser le bras droit sur la poitrine ou sur l’estomac, en mettant la main dans l’ouverture de la veste, à cet endroit, et de laisser tomber la gauche en pliant le coude, pour faciliter la position de la main, sous la basque de la veste. En général, il faut tenir les bras dans une situation qui soit honnête et décente. »

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Portrait du peintre David (11748-1825) réalisé en 1813

Et comme les pantalons étaient alors dénués de poches, les peintres eurent l'idée de demander aux hommes qu'ils représentaient de porter la main à l'intérieur de leur gilet. Cette pose avait en outre l'avantage de véhiculer l'image d'un modèle faisant preuve de caractère et d'une calme assurance. Elle fut rapidement adoptée par de nombreux peintes européens. Mozart (1756-1791) et Louis XVI (1754-1793) ont eu droit, eux aussi, à leur portait "main dans le gilet", mais les plus célèbres sont restés ceux de Napoléon Bonaparte qu'ils soient l’œuvre d'Ingres, David, ou encore Delaroche...

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Portrait du peintre Delaroche (1797-1856) réalisé en 1814

La pose "main dans le gilet" est restée populaire, même après l'avènement de la photographie. Elle est tombée en désuétude à la fin du XIXe siècle.

 

Biblio. "50 drôles d'anecdotes historiques pour se la raconter dans les diners" de F. Royer - First Ed. 2017.

08/04/2018

"La fillette aux bulles de savon"

Dans la main de cette petite fille,  une bulle de savon, symbole du caractère éphémère de la vie... C'est ce que a voulu représenter Pierre Mignard (1612-1695), l'auteur de ce portrait peint en 1682, celui d'une enfant qui n'est déjà plus... Car "La fillette aux bulles de savon" est le portrait posthume du cinquième enfant de Madame de Montespan (1640-1707) et du roi Louis XIV (1638-1715), Louise Marie Anne de Bourbon, née le 12 novembre 1674 à Saint-Germain-en-Laye. 

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En cette fin du XVIIe siècle, la mortalité infantile bat des records ! Près d'un nouveau-né sur trois décède avant son premier anniversaire, victime le plus souvent d’une maladie infectieuse ! Il naît beaucoup d’enfants, il en meurt aussi beaucoup. Toutes les familles, même les plus riches comme les familles royales, sont touchées. La mort frappe sans distinction de classe !

Confiée, comme ses frères et sœurs aux bons soins de Madame Scarron (1635-1719), la future marquise de Maintenon, Louise Marie Anne est légitimée en janvier 1676 avec le titre de « Mademoiselle de Tours ». Elle connaît une enfance discrète à la cour du Roi son père. Ses parents la surnomme "Toutou". On la dit jolie malgré un léger strabisme.

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Pierre Mignard (1612-1695)

Elle tombe malade, probablement victime d'une maladie infantile, au début de mois de septembre 1681 et est confiée aux bons soins du médecin du roi, Guy-Crescent Fagon (1638-1718) qui ne peut sauver la fillette.

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Église Saint-Pierre Saint-Paul de Souvigny

Elle meurt le 15 septembre 1681 à l'âge de six ans à Bourbon-l'Archambault, situé à plus de 300 km de Versailles. Sa mère, qui, avec la Cour, passe l'été à Fontainebleau, prend immédiatement la route pour la rejoindre mais arrive trop tard. La petite princesse est enterrée dans le cœur de l'église du prieuré de Souvigny, nécropole de la branche aînée des Ducs de Bourbon, le 19 septembre suivant. Sur ordre du roi, la marquise de Montespan n'assistera pas aux funérailles de sa fille. En effet, elle doit rester dans l'ombre. Comme son nom ne figure pas sur l'acte de légitimation de l'enfant et qu'elle n'a pas été officiellement déclarée sa mère, elle est tenue à l'écart du cérémonial. Toute la Cour, la Reine la première, défile devant Mademoiselle de Nantes, âgée de 8 ans, sœur aînée de la défunte, pour lui présenter des condoléances sincères...

 

01/04/2018

Quand la Justice ne rigolait pas avec les délinquants !

Notre Justice est en crise ! Trop lente... Trop laxiste... La Justice d'hier était sûrement, il est vrai, moins humaine, beaucoup plus "radicale" et plus expéditive aussi. En témoigne, le procès de Martin Guerre, une affaire judiciaire d'usurpation d'identité, que le cinéma a fait connaître au grand public.

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  Procès-Verbal du procès de Arnaud du Tilh

Martin Guerre, c'est ce paysan d'Artigat dans le comté de Foix, qui après huit ans d'absence de son village et sa famille, dépose plainte à son retour contre Arnaud du Tilh, l'homme qui a usurpé son identité, trompant même son épouse, Bertrande de Rols. À l'issue d'une longue et complexe procédure judiciaire, le jeudi 12 septembre 1660, la Chambre Criminelle de Toulouse, déclare Arnaud du Tilh coupable et le condamne à faire amende honorable et à être pendu.

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Le mot "amende" vient du verbe 'amender', dérivé du latin "emendare" significant « corriger, amender », dans le sens "rendre meilleur". Au Moyen Age et, jusqu’à la Révolution Française , l'amende honorable est, en termes de droit, une "peine afflictive et infamante" publique au même titre que le blâme, l’exposition publique, le fouet ou la flétrissure, en se situant malgré tout en-dessous de la mutilation, des galères, du bannissement et de la question.

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En présence du juge, d'un prêtre et des personnes lésée, le condamné doit reconnaître publiquement sa faute et « en demander pardon à Dieu, à la société et aux hommes ». Cette peine n'avait pas pour but de préserver le salut de l'âme, pour cela il y avait la confession, mais de purger la faute civile en annulant l'outrage et en interdisant la vengeance.

Cet aveu devait se faire, soit au tribunal, soit sur la place publique, comme devant le portail de l'église la plus proche du lieu du délit ou du crime. Le condamné, conduit par le bourreau, paraissait nu-tête, nu-pieds et en chemise, en tenant un cierge à la main. Il se mettait à genoux pour dire la formule d'amende honorable qui était précisée dans le jugement. Ce commencement de pénalité n’était bien souvent que le prélude aux galères ou à la peine capitale. Et lorsqu'il était condamné à mort, on ajoutait à son cou une corde...

En 1992, l'expression « peines afflictives et infamantes » a été supprimée du Code pénal français.

 

Biblio. Merci à Marie, animatrice de l'atelier de Paléographie des Archives Départementales 76, qui nous a fait découvrir ce texte.