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10/05/2020

Fatale journée pour deux rois de France

Palais du Louvre. 14 mai 1610. La reine Marie de Médicis (1575-1642) accourt dans la chambre de son époux. "Est-ce possible ? Le roi est-il donc mort ?" "Excusez-moi, Majesté, lui répond le chancelier de Sillery, mais en France, les rois ne meurent point ! Voici le roi, Madame" désignant du geste le jeune dauphin de 9 ans qui vient d'entrer, futur Louis XIII.

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Henri IV, Marie de Médicis et leurs enfants le futur Louis XIII, né en 1601, ses sœurs Élisabeth et Christine et son frère, Monsieur d'Orléans.

 

A 14h15, ce vendredi là, une journée ensoleillée de printemps, le poignard de son assassin n'a laissé aucune chance au roi de France âgé de 57 ans. Après déjeuner, vers 15 heures, sa majesté avait décidé de quitter le palais du Louvre, encore tout bourdonnant des festivités du sacre officiel de la reine Marie de Médicis qui ont eu lieu la veille à la basilique Saint-Denis.

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Couronnement de Marie de Médicis le 13 mai 1610 par Pierre-Paul Rubens (1577-1640)

Pour l'épouse du roi depuis dix ans déjà, c'était là son jour de gloire, celui qu'elle attendait avec impatience et depuis si longtemps ! Henri IV a enfin cédé, ou plutôt la raison d’État. Car, avant de partir en guerre vers les Pays-Bas espagnols, il sait qu'il doit assurer la stabilité du royaume et qu'il lui faut accepter ce sacre afin qu'en cas de malheur son épouse puisse assurer la régence. A son ministre et confident Sully, il avait confié : "Mon ami, que ce sacre me déplaît ! Je ne sais ce que c'est, mais le cœur me dit qu'il m'arrivera malheur... Pour ne rien vous celer, on m'a prédit que je devais être tué à la première grande magnificence que je ferai et que je mourrai dans un carrosse."

Pensait-il encore à cette prophétie quand, le lendemain, pour se rendre chez Sully, il a refusé l'escorte qui se proposait de l'accompagner ? Dans sa voiture, à ses côtés, ont pris place les ducs d'Epernon, de La Force et de Montbazon et le maréchal de Lavardin. Il fait beau et on a relevé les mantelets de cuir des portes afin de pouvoir admirer les arcs de triomphe et les décorations érigés la veille pour l'entrée solennelle de la Reine. Il est tout juste 16 heures quand le carrosse royal est immobilisé devant l'auberge à l'enseigne "D'un cœur couronné percé d'une flèche". C'est là que Ravaillac va frapper le roi de deux coups de couteau en pleine poitrine... L'aorte rompue, la mort est quasi immédiate. C'était là la 18ème tentative d'assassinat du roi qui, depuis la promulgation de l'édit de Nantes, était devenu une cible privilégiée...

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Registre paroissial - St-germain-en-Laye -1637 - p280/339

Ironie du destin, son fils, le roi Louis XIII, mourra comme son père dans l'après-midi d'un 14 mai, le 14 mai 1643, 33 ans plus tard. Quant à Ravaillac, il est sans nul doute l'assassin le plus ancré dans la mémoire des écoliers français !

 

Biblio. "De quoi sont-ils vraiment morts" du Dr J. Deblauwe, Texto, 2019.

01/05/2020

Le muguet, emblème de Christian Dior

Le grand couturier Christian Dior (1905-1957), "Dior, entre Dieu et Or" pour paraphraser Jean Cocteau (1889-1963), l'ambassadeur de l'élégance française, qui a bouleversé la mode d'après-guerre, avait pour fleur fétiche, une petite fleur d'apparence humble et discrète, qui annonce le retour des beaux jours et s’offre comme un porte-bonheur : le muguet.

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Son parfum intense mais audacieux lui rappelait disait-il l'odeur du jardin de son enfance, quand, les matins de printemps, il ouvrait la fenêtre de la maison familiale de Normandie, "Les Rhumbs", située au bord de la falaise de Granville (Manche). C'est là, dans le jardin qui entoure la villa que, dès son plus jeune âge, il va s'initier au jardinage avec la plus avisée des amatrices, sa mère Madeleine. Elle connaissait petits et grands secrets des plantes et des fleurs et savait si bien les sélectionner et les soigner ! Ensemble, ils vont choisir l'endroit le mieux protégé du jardin pour y faire pousser leur muguet : sous les Arums, au pied du mur qui mène à la mer. Et c'est toujours là qu'il prospère encore aujourd'hui.

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Villa "Les Rhumbs" de Granville - Aujourd'hui Musée Christian Dior

Passionné par la nature, le jeune garçon va dévorer les catalogues horticoles. A l'âge de 20 ans, se croyant une vocation d'architecte, il redessine entièrement le jardin en y ajoutant pergolas, bassins et roseraie. Et quand, bien plus tard, après la crise de 1929, la maison de ses parents sera vendue, le célèbre couturier n'aura de cesse que de reconstituer ailleurs ce paradis perdu.

Ailleurs : ça sera aussi dans ses créations de mode. Ses modèles vont emprunter aux fleurs formes et couleurs. Et parmi elles, le muguet aura la place du roi. Non seulement, il lui inspirera des parfums célèbres, comme "Miss-Dior" ou "Diorissimo", mais il sera présent dans toutes ses collections.

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Henri Verneuil, Christian Dior et Françoise Arnoul dans la Robe "Muguet" de Christian Dior - Bustier en soie crème, brodée de brins de muguets et de strass (1956)

Pour en disposer en toute saison, il avait demandé à sa fleuriste de faire pousser du muguet toute l'année dans une serre spécialement aménagée à cet effet ! Ainsi, été comme hiver, il pouvait en glisser quelques brins à sa boutonnière ou les garder précieusement au fond de sa poche dans une petite boîte ouvragée. Superstitieux, lors des défilés, tels des gris-gris pour enrayer le mauvais sort, ordre était donné aux couturières d'en glisser dans l’ourlet d’une manche ou d’une robe ou d'en épingler au revers du col des tailleurs.

Fidèle à la tradition, chaque Premier Mai, ce génie de la haute-couture, n'oubliait d'en offrir un brin à toutes ses petites mains et clientes.

"Les femmes, avec leur instinct si sûr, ont dû comprendre que je rêvais de les rendre non seulement plus belles, mais plus heureuses" a-t'il écrit en 1956 dans son autobiographie. Le 29 octobre 1957, des milliers de brins de muguet viendront couvrir son cercueil.

26/04/2020

Le jour où Monet posa ses valises en Normandie

Dimanche 29 avril 1883. Claude Monet et sa tribu, ses deux fils Jean et Michel, sa compagne Alice Hoschedé et les six enfants de celle-ci posent leurs valises à Giverny, un village normand de seulement 279 âmes situé au bord de l'Epte. Le peintre de 43 ans vient d'y louer, au lieu-dit "Le pressoir" une modeste maison, presque à l'abandon, une maison de paysan, entourée d'un petit jardin et de quelques arbres fruitiers en fleurs à cette saison.

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Monet et sa famille en 1886

Sait-il déjà combien il va s'attacher à ces lieux, au point d'acquérir la propriété en 1890, de l'agrandir, d' y installer son atelier et d'y passer les 43 années qui lui restent encore à vivre ? A-t'il déjà prévu d'y réaliser son rêve de jardin japonais ? Et surtout, peut-il imaginer que l'ensemble va devenir le deuxième lieu le plus visité en Normandie après le Mont-Saint-Michel ?

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Monet dans son jardin en 1889

"Je dois peut-être aux fleurs d'être peintre" confiait-il souvent. A peine un mois après son arrivée, le voici qui transforme le jardin. Il fait construire trois serres et acquiert, de l'autre côté du chemin du Roy, le terrain qui longe la propriété. C'est là qu'il va y créer son jardin japonais. Après nombre de tracasseries administratives, il y fait creuser un étang alimenté grâce à un bras de la rivière. En 1895, il l'agrémente d'un pont. Un pont rebondi couvert de glycines. Des saules pleureurs, des bambous, des iris, des nénuphars, des roseaux et bien sûr des nymphéas viennent compléter son paradis. Les voisins s'alarment. Et si ces plantes apportaient des poisons dans l'eau ? "Il ne s'agit là que d'une chose d'agrément et pour le plaisir des yeux, et aussi d'un but de motif à peindre" rassure-t'il. La maison aussi est revue aux couleurs de sa palette. Extérieurement, elle garde son crépi rose, mais ses portes et volets passent du gris au vert. Et intérieurement, elle se couvre de jaune, de blanc et de bleu.

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Après la mort du peintre, le 5 décembre 1926, tout cela pourtant a bien failli disparaître. C'est Michel, son seul fils survivant qui hérite de la propriété, des tableaux qui s'y trouvent et de l'importante collection de 243 estampes japonaises du maître. Mais comme il s'en désintéresse, c'est la bru de Monet, Blanche Hoschedé, fille d'Alice et veuve de Jean, le fils aîné de Monet, qui va comme elle peut entretenir la maison et le jardin jusqu'à sa mort en 1947. Après elle, tout est laissé à l'abandon. Michel Monet meurt en 1966 sans laisser d'héritier. Selon son testament, ses biens, hérités de son père reviennent à l'Académie des Beaux-Arts, laquelle, dans un premier temps, s'emploie à sauver les collections. En 1977, la restauration du jardin est confiée à un passionné d'art, Gérald Van der Kemp (1912-2001) lequel, en qualité de conservateur en chef, a mener avec succès les campagnes de restauration du château de Versailles. Il sollicite des mécènes, crée une fondation, engage d'importants travaux. Giverny ouvre au public le 1er juin 1980. Aujourd'hui, 530 000 visiteurs s'y pressent chaque année, d'avril à novembre.

 

Biblio"La Normandie pour les nuls" de Ph. Simon - First-Ed., 2017.