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06/10/2019

Une belle âme

Elle s'appelait Marie Anne Lesdo. Un âme bien née. Une noblesse de robe, avec, du côté paternel, un père, Premier Président en la Chambre des Comptes et un grand-père avocat au Parlement de Rouen et du côté maternel, un grand-père Correcteur en la Chambre des Comptes et un père Conseiller du Roi et Maître-Ordinaire en la Chambre des Comptes de Normandie. A l'âge de 20 ans, le mercredi 13 juin 1714, Marie Anne épouse en l’Église Saint-Patrice de Rouen un chevalier, son aîné de 25 ans. L'heureux élu, Messire Nicolas Charles Mouret (1669-1741) est Seigneur du Pont, du Grandcamp de la Prévôté de la Rivière, Seigneur et Patron Honoraire de la Paroisse d'Annevile (aujourd'hui Anneville-Ambourville).

La famille s'installera dans ladite paroisse d'un peu plus de 500 âmes à l'époque, située dans le Roumois, dans un méandre de la Seine, près de Barentin (Seine-Maritime) et dont, en son temps, son seigneur combattra aux côtés de Guillaume le Conquérant lors de la bataille d'Hastings.

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Chapelle Notre-Dame de Bon Port d'Anneville

En 1713, Nicolas Charles Mouret, alors Conseiller au Parlement de Rouen et Président en la Chambre des requêtes, y fondera, en mémoire de ses ancêtres, la Chapelle Notre-Dame de Bon Port.

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Anne Lesdo, Dame de la Rivière, va s'éteindre à 63 ans, le 31 mai 1758. Fait peu commun, sur le registre paroissial d'Anneville, après avoir rédigé l'acte de sépulture, le prêtre-curé Vallois lui dédiera cette "réflexion : si cette dame Dupont ci-dessus nommée n'est point au ciel je crois qu'il n'y en ira guère.C'était la dame la plus parfaite que j'aye jamais connue dans le monde elle scavait sa religion en théologienne et a toujours pu en servir de modèle.Sa vertu n'était point farouche mais solide et véritable. Sa charité était sansz bornes pour les défauts de son prochain, elle excusait même ceux qui lui avaient manqué, "ils n'ont peut être pas cru mal faire" disait-elle. Elle avait une bonne âme qui la portait à secourir toutes sortes de personnes. Elle était d'un abord doux et affable pour tout le monde. Tous ses vassaux allaient avec la même con fiance lui présenter leur requête ; ils en sortaient toujours contents et satisfaits. Son humeur était toujours égale, gaie et scavante dans la conversation, parlant bien sur toutes les sciences, exceptées les mathématiques qu'elle ignorait, scavante sans penser libre, je ne scais ce qui l'emportait ou de sa grande vertu ou des belles qualités de son cœur et de son esprit. Elle aurait mérité gouverner un royaume ; bien des gens d'esprit l'appellaient la reine des femmes. Elle est enfin morte cette illustre et aimable dame regretée et pleurée de tous ceux qui avaient l'honneur de la connaître.*"

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*Extrait du Registre paroissial d'Anneville-sur-Seine, Archives Départementales de Seine-Maritime, 4E 01430 1751-1759 vue 87/102

Biblio. Article de D. Carpentier, Revue Généalogique Normande n°126 - 2013 -

 

29/09/2019

La Louise-Bonne d'Avranches

Cette poire là est née vers 1770 à Avranches, ville normande située sur le littoral sud du département de la Manche, du talent de Monsieur de Longueval. Lorsqu'il estima son semis réussi, il l'a fit goûter à son ami, l'abbé Louis-René Leberriays (1722-1807) lors d'un dîner que lui et son épouse offrirent à ce pomologue reconnu.

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Au dessert, l'homme de l'art fut donc invité à déguster ce fruit mur à point, modérément juteux, très parfumé avec cependant un soupçon d'âpreté. "Cette nouvelle poire est si parfaite, s'exclama t'il, la bouche encore pleine, que je vous demanderai la permission, chère Madame, de lui appliquer le surnom qu'ici chacun vous donne, de la nommer "Bonne-Louise".

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"Rondouillarde et rubiconde, teintée de rouge vif sur la partie qui regarde le soleil", la "Bonne-Louise d'Avranches" se découvre, à l'automne, sur les étals des marchés normands. On l'apprécie nature ou cuite dans un sirop léger ou un vin épicé.

Ma recette du jour, amis gourmands aux babines alléchées, est celle de crêpes caramel aux poires*.

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Épluchez et coupez en dés 2 belles poires Louise-Bonne. Les faire cuire au four à micro-ondes 4 minutes. Réchauffez des crêpes au froment dans une noix de beurre fondu. Ajoutez un filet de jus de citron et saupoudrez de paillettes de caramel d'Isigny. Une fois le caramel fondu, disposez les dés de poire au milieu et refermez la crêpe. Servir chaud !

Bon appétit !

 

 

Biblio : "Normands en cuisine" n°2 - 2013.

* Recette de Véronique Olivier

22/09/2019

Les léopards de Normandie

Bien avant l'existence de l'héraldique, la science codifiée des blasons, la Tapisserie de Bayeux prouve que l'on a très tôt pris l'habitude de peindre des motifs distinctifs sur les boucliers. Une scène montre en effet un exemple clair de ce qui a dû favoriser la création des armoiries. Guillaume le Conquérant (1027/1028-1087), en plein combat à Hasting, est annoncé comme mort. Pour éviter la panique dans les rangs normands, le duc est obligé d’enlever son casque afin de se faire reconnaître des siens. Le développement de l’équipement militaire au XIe siècle efface l'identité des combattants, avec notamment le port du haubert, masquant presque entièrement les visages. Pour y faire face, on va singulariser les drapeaux et bannières des forces en présence, prémisses des blasons qui vont décorer ensuite les boucliers et les sceaux.

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C'est ainsi qu'au milieu du XIIe siècle, on trouve plusieurs lions sur le bouclier du Duc de Normandie Geoffroy V d'Anjou (1113 – 1151). Surnommé Plantagenêt à cause du brin de genêt qu'il avait l'habitude de porter à son chapeau, son fils Henri II d'Angleterre sera le fondateur de la dynastie Plantagenêt des rois anglais.

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Effigie de Geoffroy V d'Anjou sur sa tombe, au Mans.

Il faut savoir qu'en héraldique, le lion et le léopard désignent le même animal, mais avec une position de tête différente. Si elle est de profil, c'est un lion, si elle est de face, c'est un léopard. Le « roi des animaux », avec sa réputation de force, de bravoure, de noblesse, si conforme à l'idéal médiéval, ne pouvait que séduire ceux qui voulaient se choisir des armoiries. Et de fait, le lion et son alter ego le léopard sont très nombreux  dans la zone anglo-normande.

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Certains des anciens domaines de la famille Plantagenêt ont hérité de ces léopards sur leur blason : ainsi l'Aquitaine en arbore un, la Normandie deux et l'Angleterre trois.

 

Biblio."Normandie médiévale" - Le Routard - Ed. Hachette, 2018.