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27/09/2015

La naissance du Dauphin

Un 27 septembre ! Le 27 septembre 1601. Le Château de Fontainebleau est en émoi. Dans le grand cabinet du roi qui donne sur la cour Ovale, Marie de Médicis, 26 ans, fille du Grand Duc de Toscane et Reine de France et de Navarre depuis neuf mois seulement, vient, après une longue journée de travail, de donner naissance à son premier enfant. C'est un fils ! Le dauphin que la France attend depuis 57 ans !

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 La cour Ovale du Château de Fontainebleau

Comme le veut l'étiquette, l'accouchement s'est déroulé en présence des princes du sang qui doivent pouvoir témoigner qu'aucune substitution n'a été opérée et du roi Henri IV, 47 ans, père de l'enfant et particulièrement ému. « Les larmes, rapportera la sage-femme, lui coulaient sur la face, aussi grosses que des gros pois ». À la jeune accouchée, le roi déclare «  Ma mie, vous avez eu beaucoup de mal, mais Dieu nous a fait une grande grâce de nous avoir donné ce que nous avions demandé, nous avons un beau fils. »

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 Naissance de Louis XIII à Fontainebleau - Estampe

Quand, un peu plus tard, le monarque laisse entrer dans la pièce le gros des courtisans, soit environ 200 personnes, il sait que cet enfant est avant tout celui de l’État et que son arrivée va servir à affermir sur le trône de France la Maison de Bourbon qui en a bien besoin. 

Le bébé est rapidement « ondoyé » et le prénom de Louis qu'il reçoit évoque le lien qui attache les Bourbons à Saint-Louis : ils sont les descendants en ligne directe de Robert de Clermont, le dernier fils du saint roi et c'est de cette ascendance qu'ils tiennent leur droit à la couronne. Né sous le signe de la Balance, le nouveau né est censé faire prévaloir la justice et c'est pourquoi il reçoit le surnom de Juste.

 

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Le roi Louis XIII (1601-1643) en 1611 peint par Frans Pourbus le Jeune

 Afin de donner plus de majesté à l’événement et permettre la présence des parrains et marraines, son baptême solennel n' a lieu que cinq ans plus tard, le 14 septembre 1606. Au centre de la cour Ovale du château de Fontainebleau, une estrade, un autel et des fonts baptismaux, entourés de gradins, ont été installés spécialement pour la cérémonie. D'une fenêtre du donjon, le roi et la reine suivent la scène. Les Cent-Suisses de roi, portant une torche à la main, puis les cent gentilshommes servants, les fifres, tambours, hautbois, trompettes et hérauts précèdent trois grands seigneurs portant les « honneurs » : le vase ou aiguière, le bassin, le coussin, le cierge, le chrêmeau, petit bonnet de linge fin destiné à coiffer l'enfant après l'onction, et la salière. Le prince de Condé tient la main du petit prince vêtu d'un habit de satin blanc. Derrière eux, viennent ensuite celui en charge de la cérémonie, le cardinal de Gondi, évêque de Paris, puis le cardinal de Joyeuse représentant le pape Paul V, parrain de l'enfant, et la duchesse de Mantoue, Éléonore de Médicis, sœur de la reine et marraine du dauphin. Les princesses de sang ferment la marche. Le rite achevé, le héraut s'écrie : « Vive Monseigneur le Dauphin ! » et toute l'assistance reprend cette exclamation. La journée s'achève par un festin servi dans la salle du Bal et un feu d'artifice tiré au-dessus de l'étang.

 

Biblio. « Fontainebleau, mille ans d'histoire de France » de J-F. Hebert et Th. Sarmant – Ed. Tallandier, 2013.

23/09/2015

Sissi en Normandie

Eté 1875 : sur les conseils du Docteur Widerhofer, médecin de la Cour Impériale, l'impératrice d'Autriche et reine de Hongrie Élisabeth Amélie Eugénie de Wittelsbach (1837-1898), universellement connue sous le nom de Sissi, accompagnée de sa fille, la jeune Archiduchesse Marie Valérie (1868-1924) et d'une suite composée de 70 serviteurs, arrive en Normandie, au Château de Sassetôt, pour un séjour de santé.

 

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 L'impératrice "en épaule" par Winterhalter (1865)

Ce château, situé à 14 km de Fécamp, sur l'une des plus belles et des plus anciennes terres de Normandie, est un vaste bâtiment en briques du début du XVIIIe siècle. Il appartient à cette époque à un très riche armateur havrais, Albert Perquer, qui le loue 30 000 francs à l'Impératrice pour la durée de son séjour, soit deux mois.

 

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 Château de Sassetôt

Dès le lendemain de son arrivée, le 1er août 1875, et durant tout son séjour, l'impératrice descend aux Petites-Dalles, la plage la plus proche du château pour y prendre un bain de mer Un jour, elle est surprise par la marée descendante. Bien qu'excellente nageuse, elle est entraînée dangereusement vers le large. Elle est heureusement sauvée à temps d'une noyade certaine par le pilote du yach à vapeur mis à sa disposition pour ses promenades en mer. Témoin de la scène, Pierre-Alexandre Poret, n'a écouté que son courage. Il a jeté prestement un canot à la mer, a rejoint l'impératrice et l'a hissée à son bord.

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 "La plage des Petites-Dalles" (1873) de Berthe Morisot

 

En remerciement, il reçoit de ses mains une montre en or. Mieux, elle lui propose de prendre en charge les études du plus prometteur de ses 12 enfants. Grâce à cette manne impériale, son fils Alexandre-Georges Poret deviendra ingénieur et c'est lui qui inventera le procédé pour fabriquer des boulets et des briquettes à partir de la poussière de charbon, utilisés jusqu'au siècle dernier dans les cuisinières et dans les poêles.

Tout est bien qui finit bien. Le 25 Septembre, Sissi quitte notre belle Normandie pour ne plus jamais y revenir.

 

13/09/2015

La destinée d'un Président...

Le nombre « 13 » est au centre de nombreuses superstitions. Pour certains, il porte bonheur. Pour d’autres, il est plutôt considéré comme maléfique. Sa réputation détestable et la malédiction qui lui est attachée remontent à l’Antiquité. La Cène,  le dernier repas du Christ,  lui sert de référence néfaste : ce soir-là, le 13ème convive, Judas, conduira  Jésus à la mort…

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Triskaidékaphobe*, Paul Doumer (1857-1932), le 13ème président de la République a être élu, l’était-il ?   Lors de son élection intervenue le 13 mai 1931 (à noter que « 31 » est un « 13 » renversé), le nouveau président aurait confié à ses collaborateurs : « Avec des chiffres pareils, je ne peux qu’être assassiné ! » Et c’est ce qui arriva, moins d’un an plus tard, le 6 mai 1932.

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D’un caractère plutôt austère, tout en étant cordial et aimant plaisanter,  le nouveau locataire de l’Elysée même une vie simple et sans faste. Il travaille chaque jour de cinq heures du matin à minuit, sans prendre de congé, s’étonnant qu’on puisse avoir besoin  de vacances ! Cet un homme de devoir, pudique et  intransigeant, père de sept enfants dont quatre garçons morts à la guerre, qui affirme sans artifice, dans un ouvrage ultra moral publié en 1905, que « la femme est une page blanche, sur laquelle l’époux écrit à son gré ».

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Le vendredi 6 mai 1932, en début d’après-midi, le Président se rend dans les salons de la fondation Salomon de Rothschild, située 11 rue Berryer à Paris, pour y inaugurer une grande exposition consacrée aux écrivains de la Grande guerre. C’est là que l’attend son destin en la personne d'un autre Paul,  Paul Gorguloff (1895-1932), une identité à 13 lettres ! C’est sous les balles de ce russe blanc, un exalté,  que Doumer tombera. Transporté à  l’hôpital Beaujon, il succombera à ses blessures le lendemain matin. Son assassin, jugé et condamné, sera guillotiné le 14 septembre de la même année.

* La triskaïdékaphobie est la phobie du nombre treize.

Biblio. « Au bonheur des mots » de C. Gagnière – Ed. R. Laffont – Paris 1989.