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15/11/2015

"C'est pas fini, c'est pour toujours, de cette guerre infâme"

 « Aucune chanson n'a autant fait parler d'elle sans que personne ne se risque à la chanter en public ni qu'elle soit publiée en partition ou dans un recueil ! »  La « Chanson de Craonne », c'est la plus célèbre chanson de la Grande-Guerre. Poignant témoignage du désespoir des poilus durant les boucheries de cette guerre infernale, il s'agit en fait d'une parodie posée sur un grand succès de l'année 1911, « Bonsoir m'amour », composé par Charles Sablon (1871-1928). S'agissant des paroles, on ignore quels en étaient les auteurs. Apprise par cœur, elle se diffusait oralement de manière clandestine. Elles ont été recueillies et publiées en 1919 par Raymond Lefebvre (1891-1920) et Paul Vaillant-Couturier (1892-1937).

 

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Ce chant du sacrifice a d'abord été connu sous le nom de « Chanson de Lorette », du nom d'une colline d'Artois où poilus et Allemands se sont affrontés violemment en 1915. L'année suivante, il prend le nom de « Chanson de Verdun » avant de devenir « Chanson de Craonne » en 1917, lors de l'offensive du Chemin des Dames.

 

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« Adieu la vie, adieu l'amour, adieu toutes les femmes

C'est pas fini, c'est pour toujours, de cette guerre infâme.

C'est à Craonne, sur le plateau

Qu'on doit laisser sa peau

Car nous sommes tous condamnés

C'est nous les sacrifiés »

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Un dernier couplet, celui de la révolte, s'ajoutera au lendemain du 16 avril 1917, quand le général Nivelle lance ses troupes à l'assaut du plateau de Californie, tout près du village de Craonne, en ruine depuis 1914. Au soir du premier jour de l'offensive censée percer le front allemand, « les unités françaises semblent fondre sous le feu de l'ennemi », note le communiqué de l'état-major. Près de 150 000 morts en quelques jours pour des résultats à peu près nuls. Nivelle est limogé, mais, lorsqu'il s'agit de renvoyer les troupes à l'assaut, les poilus des régiments présents au Chemin des Dames mettent « la crosse en l'air. La Chanson de Craonne est alors sur toutes les lèvres avec son dernier refrain vengeur : « Ceux qu'on l'pognon, ceux-là r'viendront / Car c'est pour eux qu'on crève / Mais c'est fini, car les troufions / Vont tous se mettre en grève. »

De fait, la chanson de lassitude, de désespoir et de résignation, celle de Verdun de 1916, devient chant de fronde et de combat, celui des mutins de 1917.

 

Biblio. « Dictionnaire de la Grande Guerre » sous la Direction de J-Y. Le Naour – Ed. Larousse 2014 et « Historia » - Octobre 2013 - « La chanson de Craonne », article de B. Dicale. -  Merci au site college-mistral-lunel.fr

01/11/2015

Le chrysanthème, un symbole de vie devenu fleur des morts

Au XVIIIe siècle, les chasseurs de plantes rapportent d'Asie en Europe de nombreuses espèces qui vont complètement bouleverser la botanique et l'horticulture occidentale. Parmi elles, le chrysanthème, originaire de Corée. Depuis, les botanistes ne vont avoir de cesse que de la reproduire et de l'améliorer à tel point qu'il existe de nos jours quantité de chrysanthèmes dont certains sont d'une étrange beauté et d'une finesse rares.

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En Chine, là où sa localisation est la plus ancienne, dès le Ve siècle avant J.-C., cette « fleur d'or », qui doit son nom à sa couleur jaune (du grec« chrysos », signifiant doré et « anthos » fleur) et qui incarne la longévité et l'immortalité, est principalement utilisée à des fins médicinales.

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 "Femme avec chrysanthèmes" Edgar Degas -1865

 

Arrivée au Japon au IIIe siècle après J.-C, elle y fait l'objet d'un véritable culte. Symbole du plaisir et du bonheur, elle est alors associée au pouvoir impérial et devient même au XIIIe siècle l'emblème de l'empereur Go-Toba (1181-1239). En 1876, ultime honneur, l'empereur Meiji Tenno (1852-1912) crée le prestigieux ordre suprême du chrysanthème, la plus haute distinction de son pays.

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Comment ce symbole asiatique de la vie devient-il en France la fleur des morts ? Car, à l'instar du muguet du 1er mai, le chrysanthème est aujourd'hui la fleur incontournable de la Toussaint. C'est une conséquence de l'hécatombe humaine de la Grande Guerre. En 1919, pour commémorer le premier anniversaire de l'armistice, le Président de la république Raymond Poincaré (1860-1934) ordonne le fleurissement de tous les monuments aux morts. Les élus vont alors choisir le chrysanthème, fleur de saison qui résiste à un gel modéré. Au fil du temps, ces « marguerites des morts » ou « fleurs des veuves » destinées aux soldats tombés au combat, vont être utilisées pour fleurir toutes les tombes visitées les 1er et 2 novembre, jours de la Toussaint et de la fête des morts.

 

Biblio. « Une histoire de fleurs » de R. De Ayala et M. Aycard – Ed. Perrin, 2001.

25/10/2015

Le « Petit-Journal », un grand quotidien français

25 octobre 1914 : pour la première fois de son histoire, le « Petit Journal », quotidien français fondé à grands renforts de publicité le 1er février 1863 par Moïse Millaud (1813-1871), journaliste, banquier et entrepreneur de presse, paraît sur quatre pages avec une « une » en couleur. C'est à l'époque, l'un des quatre grands quotidiens français avec « Le Petit Parisien », « Le Matin » et « Le Journal ».

 

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 Moïse Millaud (1813-1871)

Son succès est lié à l'invention d'Hyppolyte Marinori (1823-1904) qui prendra la direction du journal en 1882. Quelques années plus tôt, en 1866, cet italien d'origine a mis au point « l'impression en rotative ». L'innovation permet d'abaisser le coût de vente du journal et de le proposer à seulement 1 sou, soit 5 centimes, alors que ses concurrents le vendent trois fois plus cher.

Dès sa parution, le « Petit-Journal » table tout sur le sensationnel et les faits-divers car, ayant choisi de ne pas s'acquitter du timbre (5 centimes par numéro), il n'est pas autorisé à traiter de politique. Vendu en soirée par des crieurs à la sortie des usines et des ateliers, il devient très vite le journal des milieux populaires, pas seulement de la capitale mais aussi des petites villes et des campagnes : 80% de son tirage est expédié en province.

Avec les années, le « Petit-Journal » évolue et son succès ne se dément pas. A partir de 1870, comme le timbre est supprimé, il va s'intéresser aux affaires publiques et diffuser des informations aussi bien nationales qu'internationales. Le 15 juin 1884 sort son « Supplément Illustré » : hebdomadaire dont la une et la dernière page sont, dès 1890, imprimées en couleurs.

 

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En 1891, son rédacteur en chef, nommé le 1er octobre 1887, le normand Pierre Giffard (1853-1922), crée l’événement avec l'organisation de la course cycliste « Paris-Brest-Paris ». Le 22 juillet 1894, il récidive en instaurant ce qui restera comme la première compétition automobile de l'histoire, « le Paris-Rouen » que remporte le comte Jules Albert de Dion sur sa De Dion-Bouton.

 

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Quatre ans plus tard, le « Petit Journal » est à son apogée. Son déclin s'amorcera au début du XXe siècle. Le 1er août 1937 paraît le dernier numéro de « l'Illustré du Petit-Journal » avant qu'il ne disparaisse complètement en 1944.

 

Biblio : « Le Petit Journal » de R. Delcourt – Votre Généalogie n°63 – 2014.