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23/09/2015

Sissi en Normandie

Eté 1875 : sur les conseils du Docteur Widerhofer, médecin de la Cour Impériale, l'impératrice d'Autriche et reine de Hongrie Élisabeth Amélie Eugénie de Wittelsbach (1837-1898), universellement connue sous le nom de Sissi, accompagnée de sa fille, la jeune Archiduchesse Marie Valérie (1868-1924) et d'une suite composée de 70 serviteurs, arrive en Normandie, au Château de Sassetôt, pour un séjour de santé.

 

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 L'impératrice "en épaule" par Winterhalter (1865)

Ce château, situé à 14 km de Fécamp, sur l'une des plus belles et des plus anciennes terres de Normandie, est un vaste bâtiment en briques du début du XVIIIe siècle. Il appartient à cette époque à un très riche armateur havrais, Albert Perquer, qui le loue 30 000 francs à l'Impératrice pour la durée de son séjour, soit deux mois.

 

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 Château de Sassetôt

Dès le lendemain de son arrivée, le 1er août 1875, et durant tout son séjour, l'impératrice descend aux Petites-Dalles, la plage la plus proche du château pour y prendre un bain de mer Un jour, elle est surprise par la marée descendante. Bien qu'excellente nageuse, elle est entraînée dangereusement vers le large. Elle est heureusement sauvée à temps d'une noyade certaine par le pilote du yach à vapeur mis à sa disposition pour ses promenades en mer. Témoin de la scène, Pierre-Alexandre Poret, n'a écouté que son courage. Il a jeté prestement un canot à la mer, a rejoint l'impératrice et l'a hissée à son bord.

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 "La plage des Petites-Dalles" (1873) de Berthe Morisot

 

En remerciement, il reçoit de ses mains une montre en or. Mieux, elle lui propose de prendre en charge les études du plus prometteur de ses 12 enfants. Grâce à cette manne impériale, son fils Alexandre-Georges Poret deviendra ingénieur et c'est lui qui inventera le procédé pour fabriquer des boulets et des briquettes à partir de la poussière de charbon, utilisés jusqu'au siècle dernier dans les cuisinières et dans les poêles.

Tout est bien qui finit bien. Le 25 Septembre, Sissi quitte notre belle Normandie pour ne plus jamais y revenir.

 

13/09/2015

La destinée d'un Président...

Le nombre « 13 » est au centre de nombreuses superstitions. Pour certains, il porte bonheur. Pour d’autres, il est plutôt considéré comme maléfique. Sa réputation détestable et la malédiction qui lui est attachée remontent à l’Antiquité. La Cène,  le dernier repas du Christ,  lui sert de référence néfaste : ce soir-là, le 13ème convive, Judas, conduira  Jésus à la mort…

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Triskaidékaphobe*, Paul Doumer (1857-1932), le 13ème président de la République a être élu, l’était-il ?   Lors de son élection intervenue le 13 mai 1931 (à noter que « 31 » est un « 13 » renversé), le nouveau président aurait confié à ses collaborateurs : « Avec des chiffres pareils, je ne peux qu’être assassiné ! » Et c’est ce qui arriva, moins d’un an plus tard, le 6 mai 1932.

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D’un caractère plutôt austère, tout en étant cordial et aimant plaisanter,  le nouveau locataire de l’Elysée même une vie simple et sans faste. Il travaille chaque jour de cinq heures du matin à minuit, sans prendre de congé, s’étonnant qu’on puisse avoir besoin  de vacances ! Cet un homme de devoir, pudique et  intransigeant, père de sept enfants dont quatre garçons morts à la guerre, qui affirme sans artifice, dans un ouvrage ultra moral publié en 1905, que « la femme est une page blanche, sur laquelle l’époux écrit à son gré ».

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Le vendredi 6 mai 1932, en début d’après-midi, le Président se rend dans les salons de la fondation Salomon de Rothschild, située 11 rue Berryer à Paris, pour y inaugurer une grande exposition consacrée aux écrivains de la Grande guerre. C’est là que l’attend son destin en la personne d'un autre Paul,  Paul Gorguloff (1895-1932), une identité à 13 lettres ! C’est sous les balles de ce russe blanc, un exalté,  que Doumer tombera. Transporté à  l’hôpital Beaujon, il succombera à ses blessures le lendemain matin. Son assassin, jugé et condamné, sera guillotiné le 14 septembre de la même année.

* La triskaïdékaphobie est la phobie du nombre treize.

Biblio. « Au bonheur des mots » de C. Gagnière – Ed. R. Laffont – Paris 1989.

 

30/08/2015

Le grand coucher du Soleil

C'était il y a trois siècles  ! Le dimanche 1er septembre 1715. Au premier étage du château de Versailles, alors que la pendule de la chambre du roi qui donne sur la cour de Marbre indique huit heures vingt-trois, le Soleil s'éteint après une longue agonie, victime des assauts de la maladie. Celui qui règne depuis quelque soixante douze années sur le royaume de France aurait fêté quatre jours plus tard son 77ème anniversaire.

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Depuis plus d'un an, l'affaiblissement du vieux monarque est manifeste. Aux premiers jours d’août, le rideau se lève sur le dernier acte de sa vie. De retour à Versailles, outre de fortes douleurs au ventre, il se plaint aussi «d'élancements dans les jambes ». Lui qui abhorre les saignées, en réclame une à son premier médecin, Guy Crescent Fagon (1638-1718), un protégé de Madame de Maintenon (1635-1719). Le praticien diagnostique une simple sciatique et prescrit une purge. Le 13 août, l'effort surhumain que le souverain doit fournir pour accorder son audience de congé à l'ambassadeur de la Perse et présider le Conseil des finances est tel qu'il se fait porter dans un fauteuil. Deux jours plus tard, son état empirant, il s'alite. Fiévreux, en sueur, ses douleurs semblent devenues insupportables. Le 21 août, quatre médecins de Paris sont appelés en renfort par Fagon. Aucun d'eux ne s'inquiète outre mesure. Ils conseillent des bains à Bourbon-l'Archambault. Deux cents chevaux sont immédiatement réquisitionnés. Mais le roi souffre tant qu'il se juge lui-même intransportable. Fagon, en qui le monarque a toute confiance, lui fait alors prendre des boissons à base de quinquina et de lait de chèvre destinées à le calmer. 

Le 19, Georges Mareschal (1658-1736), premier chirurgien du roi, remarque une noirceur au pied royal et en fait part à Fagon. Ce dernier s'entête et fait frotter la jambe malade et particulièrement douloureuse avec des linges chauds. En vain. On essaie ensuite, sans plus de résultat, des bains d'herbes aromatiques, mêlées de vin de Bourgogne chaud. Le 24 août, le roi est au plus mal et réclame la confession. Le 26, il convoque dans sa chambre tous ceux à qui il tient à faire ses adieux dont le futur Louis XV, son arrière-petit-fils de 5 ans. C'est par la célèbre formule : « Je m'en vais, mais l’État demeurera toujours » qu'il conclut sa journée.

Le lendemain, les médecins constatent que de larges marques noires ont envahi toute la jambe royale jusqu'au genou. Celle-ci dégage une odeur pestilentielle. Les premières incisions superficielles effectuées à l'aide d'une lancette ne provoquant aucune réaction du malade, le diagnostic est sans appel : c'est la gangrène et le roi est perdu. L'ayant compris, le malade dit alors à son chirurgien: « Coupez sans crainte. N'avez-vous pas là des rasoirs ? Coupez et ne craignez rien. » Mais personne n'ose prendre le risque d'amputer. «  Ma plus grande peine, dira t'il, est de voir que les médecins ni les chirurgiens n'ont pu encore trouver le moyen de me soulager un seul jour ! »

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 L’Almanach royal - Exemplaire de la BnF.

 Dans la nuit du 31 août au 1er septembre, le plus grand souverain du monde prononce ses toutes dernières paroles : « Faites-moi miséricorde, ô mon Dieu, venez à mon aide, hâtez-vous de me secourir. »

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Autopsiée, embaumée, puis exposée sur un lit funèbre dans le Grand Appartement de Versailles, les grandes funérailles de la dépouille royale seront célébrées le 29 octobre 1715 à Saint-Denis. Le 17 décembre à la Sainte-Chapelle, Jean-Baptiste Massillon (1643-1742) prononcera la célèbre oraison funèbre qui commence par ces mots : « Dieu seul est grand, mes frères... » Si la mort du Roi-Soleil est saluée comme celle d'un saint et d'un héros par la cour et par l’Église, une bonne partie du peuple, écrasé d'impôts et de souffrances dues aux guerres et aux aléas climatiques de la fin du règne, s'en réjouit.

 

Biblio. « Le grand bêtisier de l'Histoire de France » d'A. Dag'Naud – Larousse 2012, « De quoi sont-ils vraiment morts » de J. Deblauwe – Pygmalion 2013, « Le grand coucher du soleil » de J-C Petitfils – Le Figaro-Histoire, 2014, « Dieu seul est grand » d'A. Maral – Histoire-Point de vue n°24 – 2015, « La mort de Louis XIV » de J. Chevé – Historia n°825 – Septembre 2015.