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29/09/2019

La Louise-Bonne d'Avranches

Cette poire là est née vers 1770 à Avranches, ville normande située sur le littoral sud du département de la Manche, du talent de Monsieur de Longueval. Lorsqu'il estima son semis réussi, il l'a fit goûter à son ami, l'abbé Louis-René Leberriays (1722-1807) lors d'un dîner que lui et son épouse offrirent à ce pomologue reconnu.

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Au dessert, l'homme de l'art fut donc invité à déguster ce fruit mur à point, modérément juteux, très parfumé avec cependant un soupçon d'âpreté. "Cette nouvelle poire est si parfaite, s'exclama t'il, la bouche encore pleine, que je vous demanderai la permission, chère Madame, de lui appliquer le surnom qu'ici chacun vous donne, de la nommer "Bonne-Louise".

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"Rondouillarde et rubiconde, teintée de rouge vif sur la partie qui regarde le soleil", la "Bonne-Louise d'Avranches" se découvre, à l'automne, sur les étals des marchés normands. On l'apprécie nature ou cuite dans un sirop léger ou un vin épicé.

Ma recette du jour, amis gourmands aux babines alléchées, est celle de crêpes caramel aux poires*.

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Épluchez et coupez en dés 2 belles poires Louise-Bonne. Les faire cuire au four à micro-ondes 4 minutes. Réchauffez des crêpes au froment dans une noix de beurre fondu. Ajoutez un filet de jus de citron et saupoudrez de paillettes de caramel d'Isigny. Une fois le caramel fondu, disposez les dés de poire au milieu et refermez la crêpe. Servir chaud !

Bon appétit !

 

 

Biblio : "Normands en cuisine" n°2 - 2013.

* Recette de Véronique Olivier

22/09/2019

Les léopards de Normandie

Bien avant l'existence de l'héraldique, la science codifiée des blasons, la Tapisserie de Bayeux prouve que l'on a très tôt pris l'habitude de peindre des motifs distinctifs sur les boucliers. Une scène montre en effet un exemple clair de ce qui a dû favoriser la création des armoiries. Guillaume le Conquérant (1027/1028-1087), en plein combat à Hasting, est annoncé comme mort. Pour éviter la panique dans les rangs normands, le duc est obligé d’enlever son casque afin de se faire reconnaître des siens. Le développement de l’équipement militaire au XIe siècle efface l'identité des combattants, avec notamment le port du haubert, masquant presque entièrement les visages. Pour y faire face, on va singulariser les drapeaux et bannières des forces en présence, prémisses des blasons qui vont décorer ensuite les boucliers et les sceaux.

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C'est ainsi qu'au milieu du XIIe siècle, on trouve plusieurs lions sur le bouclier du Duc de Normandie Geoffroy V d'Anjou (1113 – 1151). Surnommé Plantagenêt à cause du brin de genêt qu'il avait l'habitude de porter à son chapeau, son fils Henri II d'Angleterre sera le fondateur de la dynastie Plantagenêt des rois anglais.

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Effigie de Geoffroy V d'Anjou sur sa tombe, au Mans.

Il faut savoir qu'en héraldique, le lion et le léopard désignent le même animal, mais avec une position de tête différente. Si elle est de profil, c'est un lion, si elle est de face, c'est un léopard. Le « roi des animaux », avec sa réputation de force, de bravoure, de noblesse, si conforme à l'idéal médiéval, ne pouvait que séduire ceux qui voulaient se choisir des armoiries. Et de fait, le lion et son alter ego le léopard sont très nombreux  dans la zone anglo-normande.

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Certains des anciens domaines de la famille Plantagenêt ont hérité de ces léopards sur leur blason : ainsi l'Aquitaine en arbore un, la Normandie deux et l'Angleterre trois.

 

Biblio."Normandie médiévale" - Le Routard - Ed. Hachette, 2018.

15/09/2019

Art roman ou art normand ?

Saviez-vous que "l'architecture romane" est en Angleterre traditionnellement dénommée "architecture normande" ? Que ce terme désigne outre-Manche le style des constructions réalisées après l'invasion de leur pays en 1066 par le normand Guillaume le Conquérant (1027/1028-1087) et durant tout le XIIe siècle ?

Les Normands étaient des bâtisseurs exceptionnels ! Ces « Hommes du Nord », peuple de grands navigateurs originaires de Scandinavie, ont mené la dernière vague des grandes invasions qui ont façonné l’Europe médiévale avec la constitution de plusieurs « pays normands », en France mais aussi en Angleterre, en Sicile, dans l’Italie méridionale et de façon plus éphémère au Proche-Orient.

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Cathédrale de Rouen (1030-1506) - Prototype de l'architecture romane normande

L'Abbaye Notre-Dame de Jumièges, l'Abbaye aux Hommes et l'Abbaye aux Dames de Caen, la Cathédrale de Bayeux ou celle de Rouen pour ne citer qu'elles en témoignent. Et ces mêmes normands, voyageurs et conquérants, ont exporté partout où ils sont allés, leur savoir et savoir-faire architectural. L'art normand ne s’exprime pas seulement à travers le caractère monumental de leurs constructions, mais aussi par la richesse des sculptures et la préciosité des peintures dont ils les ont dotées. En Angleterre, la très belle cathédrale de Winchester, la cathédrale de Bristol ou l'église du Village de Castel Rising en sont de magnifiques exemples.

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Cathédrale de Durham (Angleterre) - (1093-1133)

En France, cet "art normand" prend le nom "d'art roman". Ce nouveau concept, forgé en Normandie, distingue, en histoire de l'art, la période qui s'étend de 1030 à la moitié du XIIe siècle, plus précisément entre l'art préroman et l'art gothique. Ce qualificatif de "roman" date de 1818 et est passé dans l'usage courant à partir de 1835. On le doit au normand Charles Duhérissier de Gerville (1769-1853), un érudit, naturaliste et archéologue, originaire de Gerville-la-Forêt, une ancienne commune du département de la Manche.

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Charles Duhérissier de Gerville (1769-1853)

Issu d’un adverbe latin "romanice" signifiant « à la manière des romains », il qualifie à l'origine la langue romane, c'est-à-dire la « langue vulgaire », celle du peuple, la langue intermédiaire entre le « bas-latin » et le français du XIIIe siècle. Le choix du mot « roman » par Gerville implique une idée particulière du phénomène historique auquel on l'applique. l'historien établit ainsi un parallèle entre le développement artistique et l'évolution linguistique. De même que les langues romanes sont issues du latin, de même l'art roman a prolongé les traditions romaines jusqu'à la naissance du gothique.

Arcisse de Caumont (1801-1873), normand et lui aussi historien et archéologue, reprendra ledit terme de "roman" dans son "Essai sur l’architecture du Moyen Âge, particulièrement en Normandie" paru en 1824.

 

Biblio. "Normands célèbres" de J.-P. Pichard - Edilivre, 2013.