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17/11/2019

Gratin normand au camembert

Quand on parle "gratin", on pense immédiatement au traditionnel "gratin dauphinois". Officiellement mentionné pour la première fois à l'aube de la Révolution française, le 12 juillet 1788, à l'occasion d'un dîner offert aux officiers municipaux de la ville de Gap, fleuron du Dauphiné, par Jules Charles Henri de Clermont-Tonnerre (1720-1794), duc de Clermont-Tonnerre, alors lieutenant général de ladite province.

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Le gratin dauphinois

Quant à l'origine de ce plat, il remonterait à l'introduction en pays de Savoie du tubercule, l'ancêtre de la pomme de terre. Apparu en Italie en 1565, il s'est diffusé d'abord en Suisse à partir de 1589, puis au-delà des Alpes, dans cette province du Dauphiné, rattachée au royaume de France en 1349 et apanage du fils aîné du roi de France qui prend, dès sa naissance, le titre de Dauphin.

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La Récolte des pommes de terre, - J.-F. Millet (1855)

Aujourd'hui, amis gourmands aux babines alléchées, sans vouloir nullement déprécier ce sacro-saint gratin, je vous propose sa version "normande" au camembert.

 

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Pour ce gratin normand et pour 6 personnes, prévoyez 1,5 kg de pommes de terre à chair ferme, 200 g de lardons, 1 camembert, 20 g de beurre, 20 g de crème fraîche, 2 oignons, 1 gousse d'ail, 1 brin de persil, sel et poivre.

Préchauffez le four th. 6 (180° C). Pelez, lavez et coupez les pommes de terre en très fines tranches (au robot si possible pour avoir des tranches régulières et fines). Pelez et émincez les oignons.

Faites chauffer une poêle à blanc et faites-y rissoler les lardons, puis égouttez-les sur du papier absorbant. Coupez la gousse d'ail en deux et frottez-en l'intérieur d'un plat à gratin, puis beurrez-le.

Faites plusieurs couches de pommes de terre, d'oignons émincés, parsemez de lardons, nappez de crème fraîche, salez légèrement, poivrez, puis ajoutez le camembert au centre. Enfournez et faites cuire 1 heure environ.

Lavez, séchez, effeuillez et ciselez le persil. Vérifiez la cuisson des pommes de terre avec la lame d'un couteau, elle doit s'enfoncer facilement. Le gratin doit être bien doré. Parsemez de persil. Sevez dès la sortie du four.

 

Bon appétit !

 

* Recette issue de "Fondue savoyarde et recettes au fromage des meilleurs ouvriers de France" - Ed. Prisma, 2015.

10/11/2019

Le passé normand de l'Hôtel Matignon

Le rouennais Édouard Philippe, notre Premier ministre, devrait se sentir doublement chez lui à Matignon. Pourquoi doublement ? Parce que cet hôtel particulier est, depuis 1935, non seulement  la résidence officielle et le lieu de travail du chef du gouvernement français mais aussi parce que, à l'image du Palais de l’Élysée, construit en 1720 pour Louis-Henri de La Tour d'Auvergne (1674-1753), comte d'Évreux et de Tancarville, l'Hôtel Matignon est, à son origine, la propriété d'une famille normande.

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Hôtel de Matignon aujourd'hui

Voici l'histoire. En 1722, Christian-Louis de Montmorency-Luxembourg (1675-1746), prince de Tingry et Maréchal de France, commande la construction d'un Hôtel particulier sur un terrain qu'il avait acquis trois ans plus tôt à l'architecte Jean Courtonne (1671-1739). Mais voilà, les travaux s'avèrent si couteux que le prince de Tingry est obligé de vendre son hôtel avant son achèvement. Le 23 juillet 1723, Jacques III de Goyon, sire de Matignon et de la Roche-Goyon, comte de Torigny, en devient l'heureux propriétaire et lui donna son nom.

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L'Hôtel de Matignon vers 1737 - Plan de Turgot

L'homme est issu de la branche aînée de la famille de Goyon ou Gouyon, des nobles originaire de Bretagne et dont la filiation suivie remonte à 1209. Les Goyon de Matignon se sont implantés en Normandie en 1421 à l'occasion du mariage de Jean Goyon avec Marguerite de Mauny, héritière de plusieurs grandes terres de Normandie, et principalement de la baronnie de Thorigny, que les descendants du couple vont conserver jusqu'au XVIIIe siècle. La famille de Gouyon portera en Normandie les titres de comte de Thorigny et de Gacé, et de baron de Saint-Lô.

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Jacques Ier Prince souverain de Monaco

A la mort de Jacques III, le 14 janvier 1725, son fils Jacques (1689-1751), quatrième du nom, en hérite. Le 20 octobre 1715, il avait fait un beau mariage en épousant la princesse héritière de Monaco, Louise-Hippolyte Grimaldi (1697-1731). Celle-ci succèdera à son père après sa mort le 20 janvier 1731. Seulement, après 11 mois de règne, sa mort prématurée à l'âge de 34 ans, propulse son époux prince de Monaco sous le nom de Jacques Ier Grimaldi. Il va gouverner la principauté pendant deux années, le temps nécessaire pour que son fils Honoré III atteigne l'âge de 13 ans, majorité nécessaire pour régner, et abdiquer en sa faveur le 7 novembre 1733.

L'Hôtel de Matignon passera ensuite légitimement à ses descendants, les princes de Monaco. C'est pourquoi, l'actuel prince de Monaco, Albert II, porte parmi ses nombreux titres, celui de "sire de Matignon". Le prince souverain de Monaco est effet duc de Valentinois, marquis des Baux, comte de Carladès, baron de Calvinet et du Buis, seigneur de Saint-Rémy, sire de Matignon, comte de Torigni, baron de Saint-Lô, de la Luthumière et de Hambye, duc de Mazarin, duc de Mayenne, prince de Château-Porcien, baron de Massy, comte de Ferrette, de Belfort, de Thann et de Rosemont, baron d'Altkirch, seigneur d'Issenheim, marquis de Chilly, comte de Longjumeau et marquis de Guiscard.

 

Biblio : "Normands célèbres" de J.-P. Pichard - Edilivre, 2013.

03/11/2019

Une noblesse liée à "l'être" et non "l'avoir"

Il faisait bon être noble sous l'Ancien Régime, avant la Révolution française ! Au-delà de la considération et du prestige, cette qualité permettait de jouir de considérables privilèges. A ceux purement honorifiques, comme être présenté au roi, le servir, porter l'épée au côté, arborer des armoiries timbrées, utiliser un titre ou placer une particule devant son nom de terre,... s'ajoutaient des privilèges fiscaux non négligeables comme l'exonération de certains impôts, dont le principal, la taille. Les nobles bénéficiaient en outre de carrières privilégiées. Du fait de leur statut et non de leurs compétences, les postes de commandement les plus prestigieux, notamment dans l'armée, et les plus rémunérateurs bien sûr, leur étaient réservés.

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Caricature anonyme des trois ordres en1789

Cette position sociale, issue de traditions ancestrales, était bien entendu très enviée et très convoitée. Pour autant, n'est pas noble qui veux. Dans la majorité des cas, on héritait de ce statut. Être issu légitimement d'un père noble pour l'être soi-même. Cependant, seuls les fils transmettait la noblesse : les femmes nées nobles le restaient sans avoir pour autant la possibilité de léguer celle-ci à leurs descendants.

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Disposition en « statue équestre » d'un chevalier, sa monture cabrée

On pouvait aussi acheter sa noblesse. Ainsi, un roturier, souvent un proche du roi, pouvait être anobli, moyennant finances, par lettres patentes royales enregistrées au Parlement et à la Cour des aides. Cet anoblissement valait non seulement pour son bénéficiaire, mais aussi pour sa descendance masculine légitime.

L'anoblissement pouvait également découler de l'achat d'une charge ou d'un office. Les grands officiers de la Couronne, comme le Chancelier ou le Garde des Sceaux, recevaient immédiatement la noblesse s'ils ne la possèdent déjà. Les charges de Conseiller, Notaire, Secrétaire, etc., la fameuse "savonnette à vilain", nom donné au procédé de passage de la roture à la noblesse permettant à un parvenu ou à un bourgeois de faire oublier ses origines non nobles, octroyait une noblesse qui ne devenait héréditaire qu'après vingt ans d'exercice de la fonction. L'occupation de fonctions municipales dans les grandes villes du royaume telles que maire, prévôt des marchands, échevin, etc. conférait également la noblesse, une noblesse dite "de cloche".

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Le premier anoblissement royal connu date de 1271. A partir du règne du roi Henri IV (1553-1610), les Bourbons vont en faire un véritable commerce.

Enfin, au début du Moyen-âge, la tierce-foi ou l'acquisition d'un fief noble était un moyen efficace pour de riches bourgeois ou marchands de devenir noble. Il convenait alors d'en jouir noblement et d'en rendre hommage par trois fois (d'où le nom de tierce-foi), c'est-à-dire pendant 3 générations successives. Ce mode d'accession à la noblesse va prendre fin en 1579 par l'Ordonnance de Blois promulguée par le roi Henri III (1551-1589) qui précise que "les roturiers et non nobles, achetant fiefs nobles, ne seront pour ce anoblis", la noblesse étant liée à "l'être" et non "l'avoir".

 

A suivre...

 

Biblio. "Généalogie facile - réaliser son arbre" - Hachette Collections, 2008 - "Larousse de la Généalogie" 2002 -"Revue française de Généalogie" n° 163 - Avril-Mai 2006 - "Votre généalogie" - n° 76, 77, 78 - 2017 - "Gé-Magazine" n° 218.