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16/11/2016

L'aubaine : un droit qui n'en a pas toujours été une...

Une aubaine, comme chacun le sait, c'est un avantage inespéré. Le mot est issu du francisque « aliban » signifiant le « ban d'un autre » ou « autre ban ». Le « ban » dont il s'agit là était une institution politique et territoriale des royaumes francs, le pouvoir de commandement du seigneur guerrier et protecteur sur la terre et ses sujets. Par opposition aux « régnicoles », les habitants naturels d'un lieu, ceux qui y sont nés et qui y vivent, les « aubains » désignaient les étrangers venus s'y établir.

 

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Le droit du Seigneur - Vasily Polenov (1874)

 

Si, d'après les lois de Guillaume le Conquérant, un serf qui avait passé un an et un jour dans une ville « bourgeoise » était affranchi, en Bourgogne, s'il venait résider un an et un jour sur les terres d'un autre seigneur, il devenait « aubain » pour passer sous la dépendance du nouveau seigneur, ce qui constituait pour celui-ci un profit inattendu, autrement dit une aubaine !

A partir du premier millénaire, les rois prirent l'aubain sous leur avouerie, ou protection royale. Dès qu'il avait reconnu le roi, ou lui avait fait aveu, il conservait sa franchise et était à l’abri des entreprises et des violences des seigneurs particuliers. Dès lors, le droit d’aubaine fut regardé comme appartenant uniquement au roi et même comme essentiellement inhérent à la couronne.

Aux nombreuses incapacités économiques et politiques de l’aubain comme celle de prêter de l’argent ou d’occuper une fonction politique, s’ajoutent les incapacités civiles liées à l’héritage. « Le privilège le plus remarquable du citoyen par rapport à l’étranger est sa capacité à rédiger un testament et à disposer de ses biens selon le droit coutumier, ou de les léguer à ses proches. L’étranger ne dispose ni de l’un ni de l’autre. » En vertu du droit d'aubaine, l'étranger ne peut ni transmettre de succession à ses enfants, ni en recueillir aucune comme ils ne peut ni disposer, ni recevoir par testament. A sa mort, ses biens passent entièrement au roi.

 

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 Léonard de Vinci (1452-1519)

Il existait bien évidemment des exceptions à ce droit. Dispensé de ce droit par le roi François Ier (1494-1547), Léonard de Vinci léguera par testament une grande partie de ses instruments et de ses œuvres à Francisco Melzi. De même, Louis XIV (1638-1715) déclara régnicoles les ouvriers étrangers après dix ans de labeur à la manufacture royale des Gobelins.

 

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Aboli par l'Assemblée nationale constituante sous la Révolution, le droit d'aubaine fut rétabli dans le Code civil de 1803 puis définitivement supprimé en 1819.

 

 

Merci aux sites www.cairn.info et www.france-pittoresque.com ainsi qu'aux pages Wikipédia sur le sujet.

30/10/2016

La fleur de Lys

 « La France fut faite à coups d’épée.

La fleur de lys, symbole d’unité nationale n’est que l’image d’un javelot à trois lances.»

Charles de Gaulle (1890-1970)

 

"D'or sur champ d'azur", la fleur de lys, dont l'ancienne orthographe est" fleur de lis", est l'un des symboles de la royauté française. Et c'est aussi l'un des plus anciens emblèmes au monde. Mais saviez-vous que cette fleur de lys a peu à voir avec le lys que l'on trouve dans nos jardins ?

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Il s'agit en fait d'une fleur mythique qui proviendrait pour certains de l'iris, "lis" en néerlandais, et pour d'autres du glaïeul. D'autres encore considèrent que ce symbole est "une fleur", c'est-à-dire un meuble héraldique qui n'a pas de réalité botanique.

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Pépin le Bref (715-768)

 

Présente chez le chrétiens romains et byzantins, chez les Wisigoths comme aussi chez les Lombards, la fleur de lys apparaît dans le monde franc à la fin du règne de Pépin le Bref (715-768) et au début de celui de Charlemagne (742-814). Elles vont servir notamment d'ornement aux armoiries, un cadeau que nous ont laissé les rois Capétiens avec l'évolution de l'équipement militaire. Si le premier d'entre-eux, Hugues Capet (940-996), arborait déjà sur son sceau une couronne de trois lys, c'est Suger de Saint-Denis (1080-1151), l'homme de confiance et le conseiller du roi Louis VI dit « le Gros » (1081-1137) et Bernard de Fontaine, abbé de Clairvaux (1090-1153) qui proposent pour la première fois au souverain d'arborer ce symbole biblique qu'est la fleur de lys sur ses armoiries. La pureté du lys est en effet associé à la Vierge Marie. L'emblème se veut évocateur : le roi des Francs se montre ainsi à tous comme, à l'image de la mère du Christ, l'unique intermédiaire entre Dieu et les hommes.

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Louis VI dit « le Gros » (1081-1137)

Quant à l'expression « fleur de lis », elle va naître peu après 1160, sous le règne de Louis VII dit « Louis le Jeune » (1120-1180), dans "Érec et Énid", premier roman arthurien de Chrétien de Troyes (1130-1190). Elle viendrait du latin "lilium", fleur de li ou fleur de roi. Et jusqu'à la Révolution, cette fleur de lys va représenter la France avant de symboliser l'unité nationale.




Biblio. "Histoire des provinces de France" d' Antoine Auger et Dimitri Casali - TF1  entreprises -2010.

Merci aux nombreuses pages sur ce thème et notamment à Wikipédia.

 

26/10/2016

Poussez, poussez, l'escarpolette, Poussez pour mieux me balancer !

Saviez-vous que c'est notamment par ce tableau libertin, "les hasards heureux de l'escarpolette", qu'un grand maître de la peinture du XVIIIe siècle s'est fait connaître ?

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"Les hasards heureux de l'escarpolette" de J.-H. Fragonard (1667-1669)

 

Allongé dans un buisson, un homme se rince l’œil ! Cet homme là se nomme François David Bollioud (1713- 1787). Il est Écuyer, Seigneur de Saint-Julien, Baron d'Argental et Receveur Général du Clergé de France du roi Louis XV (1710-1774). Et ce qu'il contemple avec extase, c'est sa maîtresse. Une jeune femme perchée sur une balançoire de velours rouge, couleur de l'érotisme, qui, levant la jambe avec espièglerie, lui dévoile sans pudeur ce qui aurait dû rester caché ! A l'époque, il faut savoir que les femme ne portaient nul sous-vêtement sous leurs jupons...

Fantasme de cet "un homme de cour", qui, en 1767, n'hésite pas à passer une commande coquine au peintre Gabriel-François Doyen (1709-1783). Le maître vient de triompher au salon de 1766 avec "Le miracle des ardents" pour l’Église Saint-Roch, pas vraiment le même genre ! "Je désirerais, lui dit-il, que vous peignissiez Madame, désignant sa maîtresse, sur une escarpolette qu'un évêque mettrait en branle. Vous me placerez de façon, moi, que je sois à portée de voir les jambes de cette belle enfant et mieux même, si vous voulez égayer votre tableau." Scandalisé, Doyen refuse. Beaucoup trop indécent pour lui. Le baron se tourne alors vers un jeune artiste moins frileux, Jean-Honoré Fragonard (1732-1806) qui n'hésite pas une seconde et compose cette œuvre qui contient tous les éléments d'une scène galante.

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Jean-Honoré Fragonard (1732-1806)

C'est dans l’ombre, loin de la lumière, que réside la clef du tableau. L'homme en bas à droite, vraisemblablement le mari, tient la corde de l’escarpolette et dirige les mouvements de la jeune femme, laquelle, dans son élan, perd un de ses escarpins. Sa jupe retroussée dévoile une jarretière. En bas à gauche, un homme à terre: l'amant dont le regard scrute les dessous de la jeune fille.

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Au-dessus de lui, Cupidon, d'un geste gracieux, porte son index sur la bouche, assurant par là les personnages de son silence complice...