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02/02/2020

Mais qui était Rollon, le fondateur de la Normandie ?

Scandinave, certes, mais Danois ou Norvégien ? Dace ou Hrólfr le Marcheur ? Une interrogation toujours d'actualité.

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Statue de Rollon, Jardins de l'Hôtel de ville de Rouen, par Arsène Letellier

Les Danois, qui s'appuient essentiellement sur la tradition normande, le présentent dès le XIe siècle comme le fils d'un vénérable noble "dace", terme commodément traduit par "danois". A la mort de son père, Rollon et son frère Gurim, auraient été persécutés par le roi de leur pays, à tel point que, après la mort de Gurim, Rollon n'aurait eu d'autre choix que de prendre la mer. Il finira pas accoster sur les bords de la Seine en 876.

Pour les Norvégiens, Hrólfr est le fils d'un duc ou d'un "Jarl" du nom de Röngvaldr de Mre. Son histoire, telle qu'elle a été écrite au XIIIe siècle, repose sur une très ancienne tradition orale. Ayant commis des pillages dans la baie d'Oslo, l'homme aurait été chassé de son pays par le roi Haraldr à la Belle Chevelure. A la tête d'une troupe composée en majorité de Danois auxquels seraient venus s'ajouter des Anglo-Saxons, par la mer, il aurait atteint le "Valland", c'est-à-dire la Gaule pour s'y forger une principauté.

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Baptême de Rollon par l'archevêque de Rouen - Bibliothèque municipale de Toulouse

A la question de sa nationalité, s'ajoute celle de son identité, toute aussi incertaine. Bien sûr, pour les auteurs anciens du royaume des Francs, il est le "pyratorum dux" c'est-à-dire le "chef des pirates", un point c'est tout ! Pourtant, si son nom de baptème est bien Robert, Dudon de Saint-Quentin (960-1043), l'historien au service des ducs de Normandie, qui écrit en latin, le nomme "Roll" et les Anglo-Normands "Rhou" ou "Rou". Pour les Scandinaves, il est "Rolf" ou "Gӧngu-Hrólfr", c'est-à-dire "le marcheur" ou "le vagabond". Un surnom qui lui aurait été donné parce qu'aucune monture n'aurait été capable de porter son imposante stature de plus de deux mètres pour plus de cent quarante kilogrammes ? Ou simplement en référence à son extraordinaire périple ?

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A ces énigmes, s'ajoute celle de la date et des circonstances de son décès. Pour certains historiens, Rollon est mort en 925 lors du siège du château d'Eu. Pour d'autres, après avoir abdiqué en faveur de son fils, il serait mort quelques années plus tard, vers 932-933. La cathédrale de Rouen abrite le gisant de Rollon sur le socle duquel on peut lire cette épitaphe :

« IN.SINU.TEMPLI.ROLLO.QUIESCIT A.SE.VASTATAE.CONDITAE.NORMANNIAE.PATER.AC.PRIMUS.DUX

LABORE.QUI.FRACTUS.OCCUBUIT.OCTOGENARIO.MAIOR.AN.CM.XXXIII »

( Au sein de ce temple, repose Rollon,

père et premier duc de la Normandie, dévastée et relevée par lui.

À bout de force de ce labeur, il succomba en 933, âgé de plus de 80 ans.)

 

 

Biblio. "Histoires normandes - Au temps des Vikings et des Ducs de Normandie (820-1204)"de S.-W. Gondoin - Ed. Inquarto 2011.

"Histoire secrète de la Normandie" de I. Bournier - Ed. Ouest-France, 2019.

29/12/2019

Des après qui seraient bien avant...

Au VIe siècle, alors qu'il cherche à déterminer quand exactement le temps des chrétiens a commencé, Denys le Petit, un moine historien, part du postulat que l'ère chrétienne débute naturellement l'année de naissance de Jésus. Il ne reste plus qu'à fixer celle-ci... Il se met au travail, lit et relit les évangiles, sort ses règles et ses compas, réalise de savants calculs, compte et recompte et, après beaucoup d'additions et de soustractions, il conclut que Jésus est né en l'an 753 de la Fondation de Rome.

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Le moine Denys le Petit

Cette année là devient alors par convention l'an "un" de notre ère. Un "Anno Domini" qui va servir à dater les années. Un "Anno Diomini" qui est toujours utilisé de nos jours. Un "Anno Domini" qui a pour conséquence qu'il y a les siècles avant et les siècles après. A noter qu' il n'y a pas d'an zéro dans l'ère chrétienne et qu'on est passé directement de l’an un avant J.-C. à l’an un après J.-C

Mais voilà, il semble bien que notre cher moine du Moyen-âge se soit trompé dans ses opérations... A l'éclairage des astronomes d'aujourd'hui, une nouvelle estimation de la date de naissance du Christ a bousculé les travaux de Denys le Petit. Comme lui, les chercheurs sont partis de l'évangile de Saint-Matthieu. Il y est écrit que Jésus-Christ avait vu le jour sous le règne d'Hérode le Grand, roi de Judée.

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Portrait supposé d'Hérode le Grand.

Selon l'historiographe romain juif Flavius Josèphe, qui mourut en l'an 100, Hérode était décédé au moment de la Pâque, peu après une éclipse de Lune. Or, selon les astronomes, cette éclipse eut lieu le 12 ou le 13 mars de l'an 4 avant notre ère. Cette année-là, la Pâque tombait le 14 avril. Première conclusion : Jésus-Christ serait donc né au plus tard le 14 avril de l'an 4 avant notre ère.

Pour affiner encore leur estimation, les scientifiques vont alors vérifier si l'apparition de l'étoile ayant guidé les Rois mages jusqu'à Jésus correspondait à un évènement astronomique. Selon eux, un point lumineux inhabituel, dû à la conjonction de deux planètes, Jupiter et Saturne, fut visible entre la fin du mois de mars et le début du mois d'avril de l'an 7 avant notre ère. Résultat : Jésus-Christ serait donc né en l'an 7 avant notre ère, au printemps, entre la fin du mois de mars et le début du mois d'avril. Et que nous ne serions pas en 2020 mais en l'an 2026 ou 2027 !

date de naissance de jésus-christ,naissance de l'ère chrétienne,fixation de l'anno domini

Conjonction des planètes Jupiter et Saturne

Et si le clergé a fixé au 25 décembre le jour de naissance du Christ, on sait aujourd'hui que cette date a été choisie opportunément par le Clergé du VIe siècle. En plaçant l'annonciation le 25 mars, la naissance de Jésus neuf mois plus tard, soit le 25 décembre, coïncidait avec le début d'un cycle pascal. Il faut rappeler par ailleurs, qu'avant même la période chrétienne, de nombreuses fêtes populaires étaient célébrées au mois de décembre, au moment du solstice d'hiver, comme pour conjurer le froid et la nuit, et peut-être la mort de la nature. Ce jour-là, si on entre véritablement dans l'hiver, c'est aussi le moment où les jours commencent à rallonger, où le soleil renaît comme l'espoir... En célébrant ce temps, on célèbre également le retour du printemps, de la lumière et de la vie.
 

 

Biblio. "Les vérités de l'histoire" - Reader's Digest, 2007.

15/12/2019

L'étrange passagère du France

14 décembre 1962 : une passagère embarque avec un billet spécial sur le paquebot "France". Hélas pour elle, sa célébrité ne lui permettra ni de sortir de sa cabine de 1ère classe, ni d'apprécier les fastes de la traversée.

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Paquebot France au Havre

C'est une vieille dame qui a pris la route sur l'insistance du couple Kennedy, notamment celle de Jackie, avec l'accord du Président de la République Française, Charles De Gaulle, et du Ministre de la Culture de l'époque, André Malraux, lui aussi du voyage. En ce petit matin d'hiver, elle quitte la capitale française à bord d'une simple camionnette Citroën de transport. Direction la Normandie et le port du Havre.

Une escorte digne d'un chef D’État comprenant pas moins de 10 voitures, 50 CRS et 6 motocyclistes l'accompagne. Le voyage est rendu difficile par un temps exécrable avec tempête et verglas. Six motards vont en faire les frais et finir leur course dans le fossé. Tout au long de la route, les brigades de gendarmerie veillent sur le cortège.

A 11 heures, le convoi arrive sur le port du Havre. Accueillie par le sous-préfet et une cinquantaine de CRS qui se mettent au garde-à-vous lors de sa descente de la camionnette, elle est tout de suite entourée par des policiers, mitraillette à la main, chargés de la protéger.

Elle prend place dans l'appartement "Artois", au centre du navire. Mais elle n'aura pas la chance d'apprécier son confort, car elle va voyager enfermée dans un container isotherme de 1,31 mètre de hauteur et de 1,20 mètres de largueur et sous surveillance permanente de six gardiens qui se relaient jour et nuit. Ce caisson est chargé de la protéger du moindre écart de température, de degrés hydrothermique, et des vibrations du voyage.

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Mise en place du tableau dans le container

Mais quelle est donc cette passagère vous demandez-vous ? Elle s'appelle Mona Lisa, abréviation de "Ma Dona Lisa" « Madame Lisa », dite la "Gioconda" mais on la connaît sous celui que lui a donné l'auteur de son portrait, l'artiste italien Léonard de Vinci (1452-1519), un portrait sur panneau de peuplier, réalisé par entre 1502 et 1506, ni signé, ni daté, celui de "La Joconde". Pourquoi ce nom ? À cause du nom de l'époux de la belle, un riche marchand florentin qui s'appelait Francesco del Giocondo (1468-1528).

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La Joconde exposée à Washington en 1963

 

La valeur de ce chef-d’œuvre, qui doit être présenté aux Américains, en hommage aux soldats tombés en Normandie en Juin 1944, est estimée à 500 millions de nouveau francs soit 40 millions de plus que le coût du paquebot FRANCE , justifie l'attention que l'on lui porte !

Cinq jours plus tard, le 19 décembre 1962, La Joconde débarque à New-York sous la protection cette fois des services secrets présidentiels U.S, après avoir été escortée par les garde-côtes et les bateaux-pompes et saluée par les sirènes. Les photographes présents sur le quai n'ont pu en admirer qu'une représentation car l'original est toujours soigneusement protégé.

Exposée à la National Gallery de Washington où il a été reçu par le président John Fitzgerald Kennedy en personne, le tableau est ensuite transféré à New York, au Metropolitan Museum of Art. Au total, "Mona Lisa" fera l'admiration de plus de 1,7 million de visiteurs, avant de rentrer en France en mars 1963.