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22/03/2020

Le décolleté : une histoire féminine

Les beaux jours reviennent et avec eux nos envies d'épaules nues et de décolletés sexy. Heureuses femmes du XXIe siècle que nous sommes Mesdames, nous qui pouvons afficher sans complexe et à notre gré ce signe extérieur de féminité.

Cela n'a pas toujours été le cas, loin s'en faut ! Au fil des époques et de la mode, tantôt prescrit, tantôt prôné, notre décolleté a connu des hauts et des bas. Un jour toléré, un jour honni, un jour valorisé, un jour ringardisé, il a joué au yo-yo au point de ne plus savoir vraiment à quel sein se vouer !

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En France, le décolleté n'est apparu qu'à partir de la Renaissance. Au Moyen-âge, c'est l'abdomen que l'habillement met en valeur plutôt que le haut du corps. Au XVe siècle donc, les premières dames à oser dénuder leur gorges sont Agnès Sorel (1422-1450), favorite du roi Charles VII (1403-1461) et Anne de Bretagne (1477-1514), épouse de Charles VIII (1470-1498) et de Louis XII (1462-1515). L'une et l'autre vont se montrer en robes moulantes "à la française" avec un large décolleté qui d'arrondi deviendra triangulaire pour finir carré.

Sous l'influence de la mode espagnole, au siècle suivant, la pudeur signe le retour de toilettes plus simples. La "guimpe", qui encadre totalement le visage et la "fraise", sorte de collerette en forme de roue qui entoure le cou, ne laissent plus rien voir de la poitrine ou si peu.

A la cour du Roi Soleil (1638-1715), les dames qui se promènent dans les jardins de Versailles sont "toute gorge déployée". Leur décolleté généreux laisse entrevoir la pointe de leurs seins. Après la Révolution, les merveilleuses vont aller encore plus loin en choisissant de se vêtir "à l'Antique". Les robes sont légères voire transparentes et très largement décolletées. La Restauration pudibonde se chargera de remettre de l'ordre dans les mœurs invitant les belles à ranger leur toilettes dévergondées au fond de leurs placards.

Changement de siècle et changement de mentalité. Avec l'arrivée des robes crinolines du XIXe siècle, le décolleté, vu comme "le privilège des jolies femmes", sera de rigueur. Mais pas pour longtemps. Car, au début du XXe siècle, les "garçonnes" aux silhouettes androgynes, pour lesquelles tout ce qui est "atout féminin" est proscrit, vont couper leurs cheveux, cacher leurs seins, gommer leurs fesses.

50 ans plus tard, revirement total : c'est l'âge d'or des pin-up pulpeuses comme  Jayne Mansfield (933-1967), ou Marilyn Monroe (1926-1962). La mode est à la taille de guêpe et aux robes bustiers avec décolletés pigeonnants.

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Mireille Darc dans le film d'Yves Robert "Le Grand Blond avec une chaussure noire"

La femme longiligne des années 70-80 portera à même la peau le tailleur-pantalon de leurs hommes avec une différence toutefois : un décolleté en V qui descend jusqu'à la taille. Ce même décolleté qui découvre le dos de leur robe à l'instar de celle que porte Mireille Darc dans le film d'Yves Robert "Le Grand Blond avec une chaussure noire".

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92e cérémonie des Oscars - Los Angeles, 2020

Ces dernières années, sans concession à une féminité revendiquée et épanouie, en matière de décolleté, tout semble permis. Pour preuve, en février dernier, lors de la 92e cérémonie des Oscars de Los Angeles, les stars ont défilé sur le tapis rouge dans des looks hyper-sexy.

15/03/2020

Une histoire de petite culotte !

Il est loin le temps ou la culotte était du genre masculin ! Car, au Moyen-âge, ce sont les hommes qui la portent ! A l'époque, les culottes ou "hauts de chausses" n'ont rien d'un dessous puisqu'elles sont destinées à couvrir le bas du corps des messieurs, de la taille au genoux, comme la chemise en toile enfilée sous leur robe dissimule l'intimité des dames.

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Les culottes ou "hauts de chausses"

Au XVIe siècle, l'italienne Catherine de Médicis (1519-1589), future épouse du roi Henri II (1533-1559), arrive en France. Elle porte sous ses jupons "une bride-à-fesses", un caleçon doublé de velours et brodé d'or, destiné à protéger sa pudeur en cas de chute de cheval. La Florentine va tenter en vain de l'imposer à ses dames de cour qui préfèrent laisser cette partie de leur corps "respirer"...

Sous le Directoire (1795-1799), la mode est à l'Antique. Les Incroyables et Merveilleuses s'habillent à la grecque ou à la romaine. Certaines d'entre-elles n'hésitent pas à se montrer en robes légères et transparentes qui nécessitent le port d'un sous-vêtement façon justaucorps s'étirant de la taille au mollets. Avec l'arrivée de la mécanisation, le coton fait son apparition dans la confection des étoffes à usage domestique. Fini le chanvre et le lin, le "linge de corps" devient lingerie.

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Parisiennes en costume d’hiver pour 1800. Caricature anglaise de Cruikshank

C'est à partir de 1860, sous le Second-Empire, que le pantalon pour dame finira par se généraliser. Composé de deux tubes froncés en bas et ornés de volants et dentelle, il est maintenu par une petite ceinture. Ces "tuyaux de modestie" ont une particularité : l'entrejambe n'est pas cousu. Au Moulin-Rouge, le célèbre cabaret parisien qui ouvre ses portes en 1889, certains s'en amusent, d'autres s'en offusquent !

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Arrive la Première Guerre mondiale : partout, les femmes sont appelées à remplacer les hommes partis au front. Pour bouger plus aisément, elles vont raccourcir leurs jupes. Et c'est un homme, Etienne Valton, qui, dans la bonneterie paternelle de Troyes (Aube), en 1918, les libèrera de leurs caleçons longs. Pour plus de commodité, il décide d'en couper les jambes et de remplacer les boutons par une ceinture élastique à la taille et aux cuisses : la petite culotte "en tricot 2 et 2 coton blanc", sans jambes et sans bouton, est née.

La gaine, destinée à mouler les formes, à la mode à partir de 1930, et le panty, plus léger, dans les années 60, ne survivront pas, dans la décennie suivante, à la libération de la femme.

En 1980, le string entre en scène. Débarrassé de son image vulgaire, il est promu au rang de pièce de lingerie fine et invisible.

 

 

Merci à C. Lacourcelle pour son article  "La culotte mise à nu" - Revue Femme-Actuelle-Histoire, n° 3 -2018.

09/02/2020

Le dernier voyage de la Damoyselle de Beaulté

C'est chez nous, en Normandie, en vallée de Seine, au Manoir de la Vigne du Mesnil-Sous-Jumièges (Seine-Maritime), que la Damoyselle de Beaulté s'est éteinte le 9 février 1450.

"La Vierge à l'Enfant" de Jean Fouquet a ses traits. Agnès Seurelle (1422-1450), "la plus belle dame du royaume de France", se permet toutes les audaces vestimentaires. Elle sera la première à montrer ses épaules nues et inaugurera l'une des armes de l'élégance féminine, le décolleté. Le roi Charles VII (1403-1461), âgé de 41 ans, en tombe amoureux au printemps 1443. 6 mois plus tard, elle est sa maîtresse, une position qui fait d'elle la première "favorite officielle" d'un roi de France.

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"La Vierge à l'Enfant", tableau de J. Fouquet entre 1452 et 1458

Pour faciliter leur liaison, le roi la nomme dame de compagnie de sa femme, la reine Marie d'Anjou (1404-1463). Fou amoureux, il couvre son aimée de cadeaux. Parmi eux, le château de Béauté-sur-Marne près de Vincennes, auquel elle devra son surnom, "le plus bel chastel et le mieux assis qui fut dans toute lisle de France", les seigneuries de Rocquecezières, d'Issoudun, de Vernon et d'Anneville, une pension annuelle de 3 000 livres, somme considérable pour l'époque, mais aussi des parures, bijoux et autres joyaux dont le tout premier diamant taillé connu à ce jour.

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Château de Beauté, demeure royale proche de Vincennes

Au printemps de 1449, la Normandie, alors aux mains des Anglais, se révolte et en appelle au roi de France. Charles VII prend donc la tête d'une campagne de reconquête triomphale. Pont-Audemer, Pont l'Evêque, Lisieux, Verneuil, Louviers,... même l'imprenable Château-Gaillard tombent sans résistance au mois d'août. A Rouen, la population ouvre les portes aux troupes françaises, forçant ainsi la capitulation de l'ennemi le 29 octobre. Le 10 novembre, le roi entre dans la capitale normande en liesse : la province est enfin libérée après 30 années d'occupation !

En janvier 1450, l'élue du cœur de Charles VII, âgée de 28 ans, attend son quatrième enfant. Elle se morfond au château de Loches en Touraine et décide de rejoindre son royal amant en Normandie. En plein hiver, enceinte d'environ 7 mois, ce long voyage de plus de 350 km est rude ! Elle arrive toutefois à bon port et le roi l'installe aussitôt dans ce manoir où il a établi ses quartiers.

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Manoir de la Vigne du Mesnil-Sous-Jumièges

Quelques jours plus tard, le 3 ou 5 février, elle met au monde une petite fille prématurée qui ne survivra pas. Mais le 9 février, la favorite est prise "d'un flux de ventre" qui va l'emporter dans la journée. Très vite, la rumeur d'un empoisonnement circule. On sait aujourd'hui qu'Agnès Sorel a été victime d'une intoxication massive au mercure, à l'époque prescrit lors des accouchements longs et difficiles. Cependant, le taux de concentration de ce produit retrouvé dans ses cheveux sont bien bien supérieures aux doses thérapeutiques habituellement utilisées à cette époque. Erreur de dosage ? Tentative de meurtre ? L'énigme reste entière.

Conformément aux usages du temps pour les personnes de l'entourage royal, le cœur de la Dame de Beauté est prélevé et inhumé dans la collégiale de Jumièges. Le reste est embaumé, mené jusqu'à Loches et inhumé dans la Collégiale Saint-Ours.

 

Biblio. "De quoi sont-ils vraiment morts ?" de J. Deblauwe - Col. Texto - Ed. Tallandier, 2019.