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ONOMASTIQUE

  • Comment naît un nom de légende ?

    Le public parisien des cafés-concerts de la fin du XIXe siècle est fan de« scies », ces refrains que l'on retient facilement et qu’on se répète sans fin dans la tête. « Qui qu'a vu Coco ? » en fait partie. Cette complainte canine qui raconte les mésaventures d'une jeune femme qui a perdu son chien dans un square a été écrite par Félix Baumaine et Charles Blondelet sur une musique Édouard Deransart .

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    Elle est au répertoire de la chanteuse de café-concert Élise Faure. Celle-ci, le poing sur la hanche, accentuant les sous-entendus grivois du texte, hurle plus que chante son texte pour le plus grand plaisir de son auditoire ! Et chaque soir, le public hilare reprend en chœur le refrain en bissant la plantureuse chanteuse qui ne demande que ça !

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    Coco Chanel a 26 ans peu après son départ de Moulins

    Au tout début du XXe siècle, Gabrielle Chasnel qui exerce à Moulin le métier de couseuse dans un atelier de couture spécialisé en trousseaux et layettes où elle s'ennuie un peu, se met à rêver de music-hall. En 1904, à vingt-quatre ans, elle est recrutée dans la très chic brasserie de style Art Nouveau de la ville, en qualité de « pauseuse », chanteuse censée meubler le silence en attendant le retour des artistes. Sur scène, la voici qui entonne à son tour « Qui qu'a vu Coco dans l'Trocadéro ? » La Rotonde est le lieu de rendez-vous des officiers du 10ème régiment de chasseurs à cheval, lesquels, sous le charme de la jeune femme, vont la surnommer « Coco ! »

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    Acte de naissance de Gabrielle Chasnel

    Coco Chanel ne changera pas seulement prénom ! Née Gabrielle Chasnel le 19 août 1883 à Saumur (Maine-et-Loire), elle simplifiera aussi son patronyme en lui ôtant le « s ».

  • Clicquot, un patronyme qui résonne et pas seulement en trinquant !

    Aujourd'hui, Clicquot rime avec Champagne ! Pourtant, cette famille bourgeoise originaire de Flandres ou d'Artois, installée depuis très longtemps dans le département de la Marne, a donné naissance à deux branches principales. Et si l'une s'est distinguée dans le négoce et le commerce du vin, l'autre a brillé dans la construction et l'entretien des orgues.

    Le plus célèbre des représentants de cette dernière branche est considéré comme le plus important facteur d'orgues français du début du XVIIIe siècle. Il se nommait Robert Clicquot (1644-1719). En 1692, c'est lui qui va officier sur l'orgue de la cathédrale Notre-Dame de Rouen, l'une des premières cathédrales d'Occident à en avoir été dotée.

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    Orgue de la cathédrale Notre-Dame de Rouen

    Robert Clicquot a été baptisé à Reims (Marne) le 28 avril 1644. Son père, Jean Nicolas Clicquot, lui-même également facteur d'orgues, est le septième et avant-dernier enfant d' Anthoine Clicquot établi à la fin du XVIe siècle Marchand-Tonnelier à Reims avec son épouse Liesse Le Fricque.

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    Robert apprend le métier avec son beau-frère, Étienne Enocq, le mari de sa demi-sœur Jacqueline. Vers 1679, avec son épouse Marie Colbert, ils vont quitter Reims à la demande d'un parent éloigné de sa femme, un des principaux ministres du roi Louis XIV (1638-1715), Jean-Baptiste Colbert (1619-1683), tout comme eux originaires de Reims. Colbert lui confie la construction du grand orgue de la Chapelle royale de Versailles. Il est nommé « facteur d'orgue royal » et reçoit le titre d'Officier commensal, lequel va lui valoir de nombreux privilèges comme ceux de porter l'épée et aussi de ne pas payer d’impôts. Après lui, son fils Louis-Alexandre Clicquot (1680-1760) et son petit-fils François Henry Clicquot (1732-1790) poursuivront son œuvre.

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    Barbe Nicole Ponsardin (1777-1866), la veuve de François Clicquot, descendant à la 5ème génération de Victor, fils aîné d'Antoine et Liesse Le Fricque et frère de Robert, deviendra célèbre sous le nom de Veuve Clicquot.

    Pour la petite histoire, le patronyme Cliquot, principalement porté dans l'Aisne et l'Oise ainsi que dans les Ardennes, est le diminutif de «Clicq » ou « Clique », surnom onomatopéique qui pourrait avoir été donné à un sonneur de cloches ou à un porteur de clochette ...

  • Martin, le patronyme français le plus populaire

    C'est de loin le nom de famille le plus porté en France, en tête du hit-parade des patronymes les plus courants. A la fin du XXe siècle, on estimait que plus de 268 000 Français (1) en étaient porteurs, avec toutefois des disparités régionales.

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    Martin célèbres (de G à D : Claude Martin (1735-1800), Thérèse Martin (1873-1897),

    Jacques Martin (1933-2007) et Roger Martin du Gard (1881-1958)

     

    Ainsi, sur les 41233 « Martin » nés en France entre 1891 et 1915 (2), le département de la Seine-Maritime, se détachant très nettement des autres départements normands, arrive en cinquième position avec 895 individus alors que le Calvados prend la 46ème place avec 364 individus, la Manche la 52ème place avec 334, l'Eure la 57ème place avec 307 et l'Orne la 68ème place avec 250. A la quatrième place, on trouve le département du Gard (983), devancé par celui de la Saône-et-Loire (1147), des Bouches-du-Rhône (1155) et de la Seine (2889).

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    La Charité de saint Martin - Vitraux d'Art de Lorraine, Nancy, 1948

    Église Saint-Martin de Kœnigsmacker - Moselle

    Bien sûr, ce patronyme est associé à saint Martin (en latin « martius » signifiant « guerrier, martial, belliqueux », l'un des principaux saints de la chrétienté, le plus célèbre des évêques de Tour et l'évangélisateur de la Gaule au IVe siècle. Aussi nommé Martin le Miséricordieux ou bien encore saint Martin des Champs, ce saint d'une grande bonté, symbole de charité pour avoir partagé son manteau avec un pauvre mendiant, est né dans l'Empire romain, plus précisément à Savaria, dans la province de Pannonie (actuelle Hongrie) en l'an 316 et est mort à Candes, en Gaule, le 8 novembre 397. Avant de devenir évêque de Tours, il crée de nombreuses paroisses dans toute la Gaule ainsi que deux monastères, l'un, le premier, près de Poitiers, à Ligugé, l'autre à Marmoutier près de Tours. Après sa mort, les deux communautés vont se disputer sa dépouille. Ce sont les Tourangeaux qui, profitant du sommeil des Poitevins, s'emparent de son corps et le transporte en barque jusqu'à chez eux. Aussitôt, en plein mois de Novembre, sur leur passage, les rives de la Loire se transforment en jardin luxuriant, les arbres reverdissent, les plantes fleurissent au milieu d'un concert de chants d'oiseaux. Depuis, chaque fois que l'été s'invite en automne, on parle d'été indien ou « d'été de la Saint-Martin».

    Aucun saint ne fut plus populaire que lui ! Longtemps protecteur des rois de France, il était considéré par les populations médiévales comme le symbole de la victoire du christianisme sur les traditions païennes. Ainsi, son manteau se retrouve dans la dynastie la plus connue du royaume de France. En effet, en 987, le comte de Paris, Hugues, est élu roi par ses pairs à Noyon. Or, il possède l'abbaye de Tours : la postérité en fait notre Hugues Capet (939-941-996) et ses descendants, des Capétiens.

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    Hugues Capet, portant une cape,

    premier roi de la dynastie des Capétiens (987-1328). Gravure de Pigeot

     

    Curieusement, Saint-Martin a été l’ultime victime de la Première guerre mondiale (3). En effet, avant 1919, il était fêté avec moult réjouissances le 11 novembre. Aujourd'hui, ce jour-là, nous célébrons l’Armistice en oubliant quelque peu le saint homme...

     

    (1) DE LAGARDE, O. Les noms de famille en Normandie. Archives et Culture, 1998 - (2) cf. Geopatronyme.com - (3) cf. rfgénéalogie.com -

    Biblio. CHIRAT, D. Surprenant Moyen âge – Quand dix siècles d'histoire éclairent la société d'aujourd'hui. Larousse, 2020.