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30/09/2015

Latréaumont, celui qui rêvait d'une république normande indépendante

Drôle de complot que celui de Latréaumont, non seulement c'est l'unique conspiration contre l'État qui eut lieu durant le règne du Roi-Soleil, mais c'est également l'un des rares visant l'instauration d'une république indépendante en France, la République Normande, un siècle avant la Révolution française  !

Enlever la reine et le dauphin, soulever Paris et la Normandie, renverser le roi et d'instaurer la première République normande, tel est en cet an de grâce 1674 le projet fou d'un gentilhomme normand, issu de la bourgeoisie rouennaise, le Sieur Gilles Du Hamel de Latréaumont (1627-1674).

 

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Louis XIV en 1670 d'après Claude Lefèbvre

Latréaumont, exilé à Amsterdam pour avoir tenté un premier soulèvement des normands en 1657, cherche une autre occasion de s'opposer au gouvernement royal. Alors que Louis XIV vient de déclarer la guerre à la Hollande, avec deux de ses amis, Louis de Rohan Guémené, dit le « Chevalier de Rohan » (1635-1674) et Franciscus Van den Enden dit Affinius, un hollandais philosophe et utopiste, il met au point un projet de débarquement en Normandie. Après avoir réussi à rallier à lui quelques nobles normands, il obtient rapidement l'appui du comte de Monterrey (1640-1716), gouverneur des Pays-Bas espagnols. Il faut dire que, si le pacte qu'il lui propose comprend plusieurs exigences, notamment en moyens humains et matériels, il prévoit en échange de livrer aux Hispano-hollandais certains ports stratégiques comme ceux de Quillebeuf, du Havre, d' Honfleur et de Dieppe.

 

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 Armes de la Maison de Rohan

Alerté par Le Duc de Saint-Aignan, lieutenant général et gouverneur du Havre qui a fait enquêté, Louvois (1641-1691) s'empresse de prévenir le roi du complot ourdi par le gentilhomme normand. Louis XIV (1638-1715) fait arrêter les conspirateurs le 11 septembre 1674. Latréaumont, blessé lors de son arrestation à Rouen dans sa chambre à l'hôtel des Uniques, meurt des suites de ses blessures le 12 octobre 1674.

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Quant aux autres conjurés, enfermés à la Bastille, ils sont tous, à l'exception de Rohan et eu égard à son rang, soumis à la question. Condamnés pour crime de lèse-majesté, ils sont exécutés le 27 novembre 1674, devant l'entrée de la prison, rue Saint-Antoine : les nobles sont décapités et les roturiers comme Van den Enden pendus.

 

Biblio. « Le grand Bêtisier de l'Histoie de France » d'A. Dag'Naud – Larousse, 2012.

19/08/2015

Delamare-Deboutteville, l'inventeur normand de la première voiture à essence

1884 : cette année-là, le monde entre dans l'ère du pétrole ! Et le croirez-vous, l'on doit cet événement à un normand, lequel, sur une petite route de campagne qui mène de Fontaine-le-Bourg à Cailly, deux villages du canton de Clères en Seine-Maritime, pétarade dans la toute première voiture actionnée par un moteur bicylindre horizontal fonctionnant au gaz de pétrole ?

 

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  La « Delamare-Deboutteville », première voiture automobile

 actionnée par un moteur  à explosion (1884)

Le carburant y est admis par un tiroir, l’évacuation se fait par des soupapes et la transmission aux roues arrière motrices s’opère par chaînes. Pourvu d'une banquette avant et d'une plate-forme arrière, le véhicule est équipé de quatre roues, d'une transmission aux roues arrières par chaîne, d'un arbre de transmission et d'un différentiel.

Ce normand se nomme Edouard Delamare-Deboutteville. Le 12 février 1884, en déposant le brevet 160.267 pour « un moteur à gaz perfectionné et ses applications » il a signé l’acte de naissance de la première voiture française mue par un moteur à pétrole à 4 temps !

 

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 Édouard Delamare-Deboutteville (1856-1901)

 

Rouennais, né Édouard, Napoléon, François Delamare le 8 février 1856 d'un père propriétaire de l'une des premières filatures de coton de la région, c'est une fois son diplôme de l’École Supérieure de Commerce et d’Industrie de Rouen en poche, qu'il entre à l'âge de 23 ans dans l'entreprise familiale dirigée par son frère François. La filature souffre alors de se trouver à l'écart du réseau des chemins de fer de la capitale normande. C'est pour cette raison que le jeune inventeur passionné de mécanique va s'intéresser à la problématique des transports sur route et se mettre à étudier avec ardeur les moteurs à gaz.

Il entreprend  ses premières expériences sur les terres du château familial de Montgrimont, situé près de Fontaine-le-Bourg. Avec son chef mécanicien Léon Malandin, un ancien de la marine nationale, ils vont construire ensemble un premier moteur quatre temps de 2,5 chevaux, fonctionnant au gaz de ville.  En 1883, ils en équipe un tricycle alimenté cette fois d’essence légère de pétrole. Et, l’année suivante, ils mettent enfin au point un moteur 2 cylindres de 4 CV qu'ils installent sur un break de chasse hippomobile à 4 roues appartenant à François, le frère d’Edouard. La "Delamare-Deboutteville" est née ! 

 

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  Le château de Montgrimont près de Fontaine-le-Bourg (Seine-Maritime)

 

L'homme est « un touche-à-tout » de génie, un passionné « multi-cartes » qui déposera plus de 80 brevets ! « Parleur charmant, penseur épris de plus beaux problèmes et lettré érudit », ses centres d'intérêt sont principalement la linguistique, la mytiliculture, l’ostréiculture et l’histoire naturelle. Mais il va aussi publier un grammaire du sanscrit en 1884 comme créer le parc à huîtres de Prat-Ar-Coum (Finistère), toujours exploité de nos jours et faire don au Muséum de Rouen de sa grande collection d’oiseaux normands et bretons...

En 1897, à l’exposition de Rouen, le Président de la République Félix Faure, impressionné par ses travaux, le fait officier de la Légion d’honneur. C'est cette année-là qu'il sera autorisé par jugement à adjoindre à son nom patronymique celui de Deboutteville, le nom de jeune fille de sa mère Lucile. Trois ans plus tard, il obtient le grand prix de l'Exposition universelle pour le développement d'un moteur de 7 000 chevaux, avec de s'éteindre prématurément le 16 février 1901 dans son château en Normandie, victime des suites d’une maladie foudroyante.

 

Biblio. : Merci aux pages Wikipédia sur le sujet.

29/07/2015

Jean Fleury, le corsaire normand

Quel grand navigateur, quel marin averti de la Baie de Seine et quel grand corsaire exceptionnel ce normand Jean Fleury ! Il est né à la fin du XVe siècle, sur les bords de Seine, à Vatteville-la-Rue. A cette époque, c'était là un port à l'activité maritime importante, notamment grâce à la pêche vers Terre Neuve et au commerce des épices avec l’Afrique.

 

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 Blason de Vatteville-la-Rue

 

En ce début du XVIe siècle, le marin travaille au service du riche armateur normand Jehan Ango (1480-1551). En qualité de capitaine major, l'homme à la belle prestance, splendidement vêtu, portant une barbe rousse soigneusement taillée, assure la défense du littoral, escorte les terre-neuviers et convoie des navires amis. Mais il écume aussi l’océan, du Cap Vert aux Antilles, enlève nefs et galions ennemis aussi bien prés des côtes des Indes occidentales que sous celles du Portugal et de l'Espagne. Il faut dire que cette dernière vient de conquérir le Mexique et que le Nouveau Monde semble devoir lui appartenir.

 

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 Jehan Ango, sculpture de Jean-Marc de Pas

 

En l'an de grâce 1522, Fleury, à bord de sa « Salamandre », sait que la prise qui s'annonce est de taille. Les trois caravelles espagnoles lourdement chargées du conquistador Cortès (1485-1547) qui vont passer devant lui et les Iles des Açores portent vers le port de Cadix et l'empereur romain germanique et roi de Castille, Charles Quint (1500-1558), l'ennemi du roi de France François Ier (1494-1547), le trésor des rois du Mexique, arraché au palais de Cuauhtémoc (1497-1525), le dernier empereur aztèque. Avec trois nefs et cinq galions de Dieppe, qui passent pour être les meilleurs du monde, aux pavillons frappés de la croix blanche des marchands de la cité normande, Fleury s'empare sans ménagement des trois caravelles fortunées parties de Veracruz. Cette première attaque réussie de piraterie contre les espagnols encouragera les corsaires français, les gueux de la mer hollandais et les chiens de mer anglais à attaquer les bateaux espagnols dans les Caraïbes.

Mais pour l'heure, le normand fait main basse sur un trésor fabuleux : des bijoux, de la vaisselle en or et en argent, un râtelier en ivoire, des idoles et sarbacanes en métaux précieux, des pierres rares, des rubis, des diamants, une émeraude pyramidale « dont la base couvrait la paume de la main » mais aussi des cartes qui lui livrent les secrets de la route de Antilles et qui vont faire sa fortune, celle aussi d'Ango et du roi de France. Le tout est rapidement chargé sur deux caravelles et un galion qui prennent aussitôt la route du retour. Le 12 décembre 1522, les trois navires de Jean Fleury s’engagent dans les eaux froides de la Manche, vers la passe du Four entre le plateau des Minquiers et les îles Chausey. Ils remontent au plus près de la côte de la presqu’île du Cotentin afin  d’éviter  les mauvaises rencontres... Mais, à cette époque de l'année, la visibilité y est déplorable et l'un des trois navires, une caravelle, heurte un banc rocheux et coule, emportant avec elle l'intégralité de sa cargaison. C'est ainsi qu'une partie du trésor des Aztèques restera à jamais prisonnier des sables...  

Malgré cette perte, l'accueil des Dieppois sera fastueux. Afin de remercier Dieu de sa bonne fortune, Jean Fleury offrira aux deux églises de Villequier et de Vatteville de magnifiques vitraux comme ex-voto.

 

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 Vitrail de l'église de Villequier

 

Mais l'aventure du pirate normand va bientôt prendre fin. Sur ordre de Charles Quint, Jean Fleury et ses hommes sont arrêtés et faits prisonnier en 1527 alors qu'ils naviguent au large du Cap Saint-Vincent. Malgré l'importante rançon de 30 000 ducats proposée par Ango, le normand sera exécuté le 13 octobre de cette année-là près de Tolède, à Colmenar de Arenas et ses marins tous condamnés aux galères.

 

Biblio. « Pirates et Corsaires » d'O. et P. Poivre d'Arvor – Menges 2004.