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01/03/2020

La Noble Maison d'Harcourt en Normandie

La noblesse, le plus envié des trois ordres pour son prestige, ses droits et privilèges, son assise foncière et son mode de vie, domine le monde rural, en Normandie comme ailleurs sur tout le royaume. Au XVe siècle, on comptait dans notre belle province sept comtés et 4 000 fiefs nobles. Une densité nobiliaire forte, toutefois en rapport avec l'importance du duché.

Parmi la noblesse nobiliaire normande, la Maison d'Harcourt est l'une des plus anciennes grandes familles subsistantes. D'extraction féodale, la filiation de la maison d'Harcourt est suivie depuis l'an 1094.

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Armes de la Maison d'Harcourt

Nous sommes à l'automne 911. Le roi des Francs Charles III le Simple (879-929) et le chef Viking Rollon le Marcheur (+ 928) viennent de parapher le traité de Saint-Clair-sur-Epte. En contrepartie de l'arrêt de ses pillages, Rollon reçoit du roi Charles le Simple un vaste territoire entourant Rouen, compris entre l'Andelle et la mer , qui deviendra, environ cent ans plus tard, le duché de Normandie.

De retour sur ce qui est dorénavant ses terres, Rollon va récompenser lui-même ses principaux fidèles, ceux qui étaient à ses côtés lors de ses expéditions contre les Anglais et les Neustriens, en leur distribuant des terres. Parmi elles, la seigneurie d’Harcourt, près de Brionne. Elle va échoir à Bernard le Danois.

Le personnage est connu par la chronique du chanoine Dudon de Saint-Quentin (960/970-1026/1043). Bernard le Danois serait le père de Torf et, ainsi, à l’origine de deux grandes familles anglo-normandes, les Beaumont et les Harcourt. Si l'on ne possède pas de preuve d'une filiation entre Bernard le Danois et Torf, cette filiation est cependant mentionnée par de nombreuses généalogies et a été reconnue par les rois de France, comme en attestent notamment les lettres patentes octroyées par Louis XIV pour l'érection du duché d'Harcourt en 1700.

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Philippe d'Harcourt, Evêque de Bayeux, fils de Robert Ier d'Harcourt

et petit-fils d'Anquetil d'Harcourt, seigneur d'Harcourt

Turquetil (960-1020), le fils de Torf, baron de Tourville, sera le gouverneur de Guillaume le Conquérant durant sa minorité. Son fils, Anquetil, sera le premier seigneur d'Harcourt connu sous ce nom. Après lui, son fils Errand d'Harcourt aurait participé en 1066 aux côtés de Guillaume le Conquérant à la conquête de l'Angleterre. La filiation suivie commence avec Robert Ier d'Harcourt, dit le Fort, mort avant 1118, peut-être frère ou neveu d'Errand d'Harcourt.

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Le château d'Harcourt (XIIe siècle )

Cette terre d'Harcourt se situe au centre-ouest du département de l'Eure. Appartenant à la région naturelle de la campagne du Neubourg, elle occupe un territoire compris entre la vallée de la Risle, à l'ouest, qui marque la limite avec le Lieuvin et une petite vallée sèche, à l'est, dans laquelle serpente la voie verte Évreux-Le Bec-Hellouin. Un premier château y fut construit vers le XIe siècle. Édifié en terre et en bois, et ceint d’une palissade et d’un fossé, il fut remplacé au cours de la seconde moitié du XIIe siècle par un édifice en pierre, l’œuvre de Robert II d'Harcourt (1142-1212), compagnon de croisade de Richard Cœur de Lion (1157-1199).

A suivre...

 

Biblio. "Généalogie facile - réaliser son arbre" - Hachette Collections, 2008 

"Larousse de la Généalogie" 2002 -"Revue française de Généalogie" n° 163 - Avril-Mai 2006

"Votre généalogie" n° 76, 77, 78 - 2017

"Gé-Magazine" n° 218.

05/01/2020

Un noble peut en cacher un autre...

Gentilshommes, courtisans de la Cour du Roi, châtelains de campagne,... tous se disant volontiers nobles. Mais l'étaient-ils vraiment ? Car vivre noblement ne signifie pas être noble. Comment s'y retrouver entre la noblesse d'extraction et celle des anoblis, la noblesse authentique et celle usurpée ? Comment distinguer la noblesse chevaleresque ou d'épée de celle de l'Empire, la noblesse de robe de celle de cloche ?

La noblesse, qualifiée de "second ordre" par opposition au tiers état ou au clergé, ne représente sous l'Ancien régime que 1% de la population du royaume. Elle se segmente en 2 types : la noblesse d'extraction et la noblesse d'anoblissement. A ceux-ci, s'ajoute la noblesse étrangère reconnue en France.

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Hugues Capet (939/941-996), fondateur de la dynastie capétienne

La noblesse "d'extraction", c'est celle des plus anciennes familles, celles dont la noblesse est qualifiée "d' immémoriale", c'est à dire trop ancienne pour que l'on puisse en retracer l'origine. Ces familles là ne présentent aucune trace d'anoblissement ou celui-ci se perd dans la nuit des temps. Pour l'ensemble des provinces françaises, seules 3 familles remonteraient au XIe siècle, 300 autres seraient antérieures au XIVe siècle et 1000 familles remonteraient à 1550. Étaient nobles "d'extraction", notamment les Capétiens, qui pouvaient revendiquer cette qualité depuis l'an 852 ou les Rochechouart, depuis 980.

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Françoise de Rochechouart de Mortemart, marquise de Montespan (1640-1707)

A la différence de la noblesse "d'extraction", l'acte fondateur de la noblesse "d'anoblissement" est quant à lui connu et conservé. L'anoblissement, ratifié par lettres patentes du roi, est enregistré devant les parlements. Cette noblesse d'anoblissement se compose de la "noblesse d'épée" qui compte en son sein les familles anoblies par la chevalerie ou des faits d'armes, de la "noblesse de robe" qui regroupe les familles anoblies par charge et de la "noblesse de cloche", celles anoblies par fonction. 

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Le prévôt et les échevins d'Amiens en 1689, nobles "de cloche"

Afin de distinguer le hobereau désargenté à l'ascendance chevaleresque d'un bourgeois enrichi et possesseur d'un fief, le roi Louis XIV (1638-1715) va décider, en 1666, de mener une grande enquête destinée à recenser les "vrais nobles". Ceux-ci devaient être en mesure de prouver leur noblesse depuis au moins l'an 1560. Pour justifier leur "état noble" en l'absence de titres officiels, certaines de familles, vont produire documents, attestations ou déclarations en tout genre en revendiquant haut et fort leur appartenance depuis toujours à cette classe. De nombreux bourgeois vont ainsi officialiser une noblesse que leurs aïeux avaient quelque peu usurpée. Dans ce cas, on parle "d'anoblissement par prescription" ou "usurpation" .

Si la Révolution abolit la noblesse en 1790, les souverains se succédant à la tête de la France de 1804 à 1870, vont s'employer à reconstituer une nouvelle noblesse, instituée non plus de privilèges, mais purement honorifique. Napoléon (1769-1821) crée "la noblesse d"Empire" récompensant plus de 3200 familles, en grande partie des militaires et des hauts-fonctionnaires. Ses successeurs, Louis XVIII (1755-1824) et Charles X (1757-1836) permettent à environ 200 nouvelles familles d'accéder à cette catégorie. Sous la Monarchie de Juillet, Louis-Philippe (1773-1850) n'accorde aucune noblesse mais donne des titres à 85 familles. Enfin, sous le Second-Empire, Napoléon III (1808-1873), tout en confirmant l'abolition de la noblesse, confère lui aussi environ 25 titres nouveaux.

 

A suivre...

Biblio. "Généalogie facile - réaliser son arbre" - Hachette Collections, 2008 - "Larousse de la Généalogie" 2002 -"Revue française de Généalogie" n° 163 - Avril-Mai 2006 - "Votre généalogie" n° 76, 77, 78 - 2017 - "Gé-Magazine" n° 218.

03/11/2019

Une noblesse liée à "l'être" et non "l'avoir"

Il faisait bon être noble sous l'Ancien Régime, avant la Révolution française ! Au-delà de la considération et du prestige, cette qualité permettait de jouir de considérables privilèges. A ceux purement honorifiques, comme être présenté au roi, le servir, porter l'épée au côté, arborer des armoiries timbrées, utiliser un titre ou placer une particule devant son nom de terre,... s'ajoutaient des privilèges fiscaux non négligeables comme l'exonération de certains impôts, dont le principal, la taille. Les nobles bénéficiaient en outre de carrières privilégiées. Du fait de leur statut et non de leurs compétences, les postes de commandement les plus prestigieux, notamment dans l'armée, et les plus rémunérateurs bien sûr, leur étaient réservés.

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Caricature anonyme des trois ordres en1789

Cette position sociale, issue de traditions ancestrales, était bien entendu très enviée et très convoitée. Pour autant, n'est pas noble qui veux. Dans la majorité des cas, on héritait de ce statut. Être issu légitimement d'un père noble pour l'être soi-même. Cependant, seuls les fils transmettait la noblesse : les femmes nées nobles le restaient sans avoir pour autant la possibilité de léguer celle-ci à leurs descendants.

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Disposition en « statue équestre » d'un chevalier, sa monture cabrée

On pouvait aussi acheter sa noblesse. Ainsi, un roturier, souvent un proche du roi, pouvait être anobli, moyennant finances, par lettres patentes royales enregistrées au Parlement et à la Cour des aides. Cet anoblissement valait non seulement pour son bénéficiaire, mais aussi pour sa descendance masculine légitime.

L'anoblissement pouvait également découler de l'achat d'une charge ou d'un office. Les grands officiers de la Couronne, comme le Chancelier ou le Garde des Sceaux, recevaient immédiatement la noblesse s'ils ne la possèdent déjà. Les charges de Conseiller, Notaire, Secrétaire, etc., la fameuse "savonnette à vilain", nom donné au procédé de passage de la roture à la noblesse permettant à un parvenu ou à un bourgeois de faire oublier ses origines non nobles, octroyait une noblesse qui ne devenait héréditaire qu'après vingt ans d'exercice de la fonction. L'occupation de fonctions municipales dans les grandes villes du royaume telles que maire, prévôt des marchands, échevin, etc. conférait également la noblesse, une noblesse dite "de cloche".

noblesse,privilèges de la noblesse,acquisition de la noblesse,transmission de la noblesse

Le premier anoblissement royal connu date de 1271. A partir du règne du roi Henri IV (1553-1610), les Bourbons vont en faire un véritable commerce.

Enfin, au début du Moyen-âge, la tierce-foi ou l'acquisition d'un fief noble était un moyen efficace pour de riches bourgeois ou marchands de devenir noble. Il convenait alors d'en jouir noblement et d'en rendre hommage par trois fois (d'où le nom de tierce-foi), c'est-à-dire pendant 3 générations successives. Ce mode d'accession à la noblesse va prendre fin en 1579 par l'Ordonnance de Blois promulguée par le roi Henri III (1551-1589) qui précise que "les roturiers et non nobles, achetant fiefs nobles, ne seront pour ce anoblis", la noblesse étant liée à "l'être" et non "l'avoir".

 

A suivre...

 

Biblio. "Généalogie facile - réaliser son arbre" - Hachette Collections, 2008 - "Larousse de la Généalogie" 2002 -"Revue française de Généalogie" n° 163 - Avril-Mai 2006 - "Votre généalogie" - n° 76, 77, 78 - 2017 - "Gé-Magazine" n° 218.