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06/10/2013

Faites ce que je dis, pas ce que je fais…

19 ventôse de l’an IV ou mercredi 9 mars 1796, 20 heures. En la mairie du 2ème arrondissement de la Ville de Paris, située au numéro 3 de la rue d’Antin, une jeune femme se présente au 1er étage. Depuis la loi du 20 septembre 1792,  le mariage civil est enregistré en mairie, la tenue des registres confiée à des officiers municipaux.

Sous sa redingote de drap gris, la future mariée porte une jolie robe de mousseline ornée de fleurs tricolores qui laisse deviner son léger corset à la mode que l’on appelle « le divorce ». Un nom malheureusement prémonitoire*…

Elle est accompagnée de ses deux témoins : Paul Barras (1755-1829), le Président du Directoire et Jean-Lambert Tallien (1767-1820), membre du Conseil des Cinq-Cents. Etienne Calmenet, son homme de confiance, sera quant à lui le premier témoin du marié. Ce dernier se présente, sabre au côté, avec deux heures trente de retard. Il est nerveux. Son aide de camp, le jeune Le Marois, âgé de 20 ans, est avec lui.  

 

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A peine arrivé, après avoir rapidement salué les personnes présentes, il adresse au commissaire du Directoire, seul présent, un froid « Mariez-nous vite ». Le maire, Charles Leclercq, un vieil homme fatigué par cette longue attente, est déjà parti se coucher…   

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Le fonctionnaire n’a d’autre choix que de s’exécuter. Il s’empare du registre et commence à lire un acte de mariage truffé de mensonges et d’irrégularités ! Jugez-en plutôt, n’étant pas élu, le commissaire Collin-Lacombe n’avait pas qualité pour unir légalement deux citoyens. De plus, un des témoins est encore mineur. Enfin, les futurs époux ont tous les deux triché sur leur âge : elle s’est donnée quatre ans de moins alors que lui s’est vieilli de 18 mois. Même les adresses des futurs époux sont fausses !

Le marié sera pourtant, quelques années plus tard, celui qui va donner son nom au rigoureux Code Civil, le Code Napoléon.

Car c’est bien  l’union de Napoléon Bonaparte, Général en chef de l'armée d’Italie et de Rose Tascher de La Pagerie (1763-1814), veuve d’Alexandre de Beauharnais (1760-1794),  la future impératrice Joséphine, qui vient d'être célébrée ! 

 

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Plus tard, l’Empereur tentera de se justifier : « Pour Joséphine, étant donné qu’en 1796 les Iles du Vent étaient occupées par les Anglais, on a utilisé le certificat de baptême de sa sœur cadette qui était morte. Pour moi, n’ayant pas mon acte de naissance, on a utilisé celui de mon frère aîné, Joseph, qui était alors à Paris pour affaires. »

 

* Les époux divorceront le 14 décembre 1809.

 

Biblio. « 12 corsets qui ont changé l’Histoire » de Michel De Decker – Pygmalion 2011.

Merci au site http://www.napoleon.org/

14/07/2013

La veine de l'amour

Sans doute avez-vous déjà remarqué que, sur les portraits de mariage, d’hier comme d’aujourd’hui,  les mariées se tiennent à gauche de leur époux.  

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Ce n’est pas un hasard mais une coutume qui remonte à l’époque où les hommes portaient encore l’épée ! Le marié pouvait ainsi donner son bras gauche à la femme de son coeur et avoir sa main droite libre pour le cas échéant saisir son épée et défendre sa belle contre toute personne hostile.

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De même, l’anneau nuptial, signe d’harmonie, d’éternité et de sincérité de la parole donnée, symbolisant l’union d’un couple, se porte à l’annulaire gauche. 

L’échange d’alliances, le mot provient du verbe latin « alligare », qui signifie « attacher à », remonte à la nuit des temps. On doit aux Egyptiens la tradition de « la bague au doigt », qu’ils placèrent semble t’il les premiers à l’annulaire gauche. Tout comme plus tard les grecs qui pensaient quant à eux qu’une veine partant de l’annulaire gauche rejoignait le cœur, « la veine de l’amour » !

En France, le mariage ne commence à prendre un sens qu’au début du IXe siècle quand la monogamie s’installe dans les mœurs et que l’on se marie par consentement mutuel. Dans les deux derniers siècles du Moyen-âge, l’Eglise catholique transforme le mariage en un Saint Sacrement et introduit symboliquement l’échange d’alliance pour les mariés. 

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Progressivement, le simple anneau d’or offert le jour des fiançailles en guise de promesse d’amour et de fidélité, va laisser place à une bague fédé ou bague de foi : deux ou trois anneaux distincts rattachés par une charnière, chaque anneau étant décoré d’une main. Quand on les rassemble, les mains se croisent et symbolisent l’union. La plus célèbre est celle que le roi Louis IX (1214-1270) porta pour son union en 1234 avec Marguerite de Provence dont il était follement épris. A l’intérieur, trois mots étaient gravés : « Dieu – France – Marguerite ». 

La mode passa par là. Ainsi au XVIIe siècle, seuls les messieurs portent une alliance, et quelquefois au pouce. Ce n’est qu’au cours de la seconde moitié du XIXe siècle, que les textes vont généraliser le port d’un anneau conjugal, à gauche, pour les deux sexes.

Agnès de Sorel (1422-1450), maîtresse du roi Charles VII (1403-1461), sera quant à elle la première femme à porter une bague de mariage en diamant. Cette pierre, extrêmement résistante, devient dès lors le symbole de la fidélité conjugale.

 

Biblio : « La symbolique de l’alliance » par E. Di Vincenzo – Revue Généalogique –

Et « Votre Généalogie »  n°53 – Fev-Mars 2013. 

02/05/2010

Les grandes réformes du XVIIe siècle et le Code Louis

 

Poursuivons ensemble notre balade dans l'histoire de l'état civil de notre pays. Ala fin du XVIe siècle, si les registres paroissiaux imposés par l’Ordonnance de Villers-Cotterêts (1539) sont malgré tout  plus régulièrement et plus soigneusement tenus, et ce notamment depuis l’Edit de Blois (1579), les curés, dans leur grande majorité, s’abstiennent toujours de les porter chaque année au greffe des bailliages et des sénéchaussées qui ne sont pas des institutions ecclésiastiques mais civiles. Négligents, hostiles à l’ingérence de l’Etat dans un domaine que l’Eglise se réservait ou conscients de l’imprudence qu’il y avait à remettre aux officiers des textes parsemés de considérations subversives, ils répugnent à s’en dessaisir,  les détruisent ou simplement les relèguent au grenier, quand ils ne les emportent pas avec eux en changeant de résidence. Les juges n’en peuvent aisément faire cas pour arbitrer les différents et s’en plaignent. Comme le gouvernement s’en émeut, le roi Louis XIV, constatant les vices du système et le trop grand laisser-aller dans la rédaction de ces actes, décide d’y remédier en organisant et la forme et le fond !

C'est ainsi qu'à partir de 1661, dans le cadre des grandes réformes administratives qu’il décide de mener avec Colbert nommé Contrôleur Général des Finances, est élaborée l’Ordonnance « touchant réformation de la justice civile et criminelle », ou « Code Louis » en l’honneur du Roi, véritable codification de la justice civile mettant en ordre les lois et juridictions du royaume.

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C’est dans ce cadre qu'est promulguée en avril 1667 « l’Ordonnance de Saint Germain en Laye », qui participe du Code Louis en codifiant la justice civile. Ses trente cinq articles traitent principalement de la hiérarchisation des différents tribunaux, de la discipline des magistrats et toilettent les procédures. Elle met en place également de nouvelles et importantes règles en matière d’état civil : elle impose aux prêtres trois mesures  d’importance : celle de tenir les registres paroissiaux en double exemplaire, à la suite et sans blanc, afin d’éviter les fraudes et pouvoir pallier la destruction d’un dossier, celle de déposer ces registres aux greffes et celle de faire signer les actes.

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Château de Saint-Germain-en-Laye

L’un des exemplaires dit « grosse » est conservé par la sénéchaussée ou greffe du bailliage tandis que l’autre, "la minute ", après avoir été paraphé, retourne entre les mains du curé de la paroisse.

Les actes de baptême doivent être signés par les parrains et marraines et éventuellement par le père, les actes de mariages par les conjoints et témoins, avec indication des parentés, et les actes de sépulture par deux parents ou amis présents.

L’âge, parfois la date de naissance ou les indications de majorité et minorité des conjoints, la profession et le domicile des conjoints et des parents deviennent obligatoires dans les actes de mariage ainsi que la date de décès dans les actes de sépultures.

Le papier « timbré » devient également obligatoire pour la confection des actes authentiques. C’est d’ailleurs l’imposition d’une nouvelle taxe sur celui-ci qui provoqua, en 1674, la « révolte du papier timbré », particulièrement importante en Bretagne et à Bordeaux.

Il semble que l’objectif de Louis XIV aurait été d'aller encore plus loin et de mettre en place un premier recensement de la population.

Le Code Louis mettra malgré tout  près de 70 ans à s’imposer ! La multiplication des offices, pour des raisons financières, à la fin  du règne de Louis XIV, ainsi que la querelle janséniste, conduisirent de nombreux curés et responsables de ces registres à se les accaparer et à refuser de les transmettre à la justice royale. Cependant, pour notre plus grand bonheur, beaucoup de collections communales commencent (enfin) en 1667.

Histoire à suivre...