Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

mariage

  • Quelle famille ! Mariage et dispense de consanguinité

    En France, dans la société d'Ancien Régime, on épousait généralement son voisin, lequel se révélait souvent être aussi son cousin. En cause, l'exiguïté de l'ère matrimoniale et le poids des mentalités. D'une part, sans possibilité de voyager autrement qu'à pied, on se mariait donc « au plus près », en choisissant son conjoint dans la même paroisse que la sienne. Par ailleurs, faire entrer une étrangère dans sa famille exposait le fautif au traditionnel charivari, sorte de bizutage le mettant à l'amende pour avoir privé tous les gars à marier de ladite paroisse d'une possible épouse. D'autre part, pour veiller à l'équilibre patrimonial, on avait soin de choisir son conjoint dans son milieu professionnel et surtout dans sa sphère sociale. Riches ou moins riches fuyaient les partages successoraux et évitaient la dispersion des biens même les plus modestes.

    quelle famille suite 03 02 (2).JPG

    Dans le but de réduire les mariages consanguins qui étaient légion, le concile de Rome en 1059 va qualifier d'incestueuse toute union en deçà du 7ème degré de parenté. Sauf dispense exceptionnelle, il est dès lors interdit à tout homme d'épouser aucune des descendantes de frères et sœurs d'un de ses 64 arrière-arrière-arrière-arrière-grands-parents ! Pour nos ancêtres, pétris de religion, ignorer ces règles et braver ces interdits mettaient en péril le salut de leur âme.

    En 1215, le Concile du Latran va desserrer l'étau qui réduisait considérablement les choix matrimoniaux en revoyant à la baisse l'étendue de l'inceste. Pour ce faire, il ramène la prohibition au 4ème degré. L'union d'époux ayant leurs arrière-arrière-grands-parents en commun redevient possible. De plus, il maintient parallèlement les voies de recours pré-existantes tout en instaurant une distinction entre empêchements mineurs (3e et 4e degrés) et majeurs (1er et 2e degrés).

    quelle famille suite 03 01.PNG

    Avant de convoler en justes noces, les futurs époux devaient donc vérifier que leur union n'était pas interdite par l’Église. Dans l'affirmative, à eux de solliciter une dispense soit auprès du Pape pour les premier et second degré canonique ainsi que pour les familles royales, soit auprès de l’Évêché représenté par le curé de la paroisse pour les dispenses au troisième et quatrième degré. Bien sûr, celle-ci n'était pas gratuite mais conditionnée au versement d'une taxe dont le montant variait selon la condition des demandeurs, leur degré de parenté, la présence ou l'absence de cause. Si le prix à payer restait toutefois accessible aux plus modestes, cela constituait néanmoins une source de revenu très appréciable pour l’Église catholique.

    Cette dispense était également nécessaire lorsque l'un des futurs époux était apparenté dans les mêmes limites avec le conjoint décédé de l'autre (dispense pour affinité ou parenté) ou s'il avait été le parrain ou la marraine des enfants issus du précédent mariage de l'autre (dispense pour affinité spirituelle).

    Il faudra attendre la Révolution française pour que le mariage entre parents et alliés dès le degré de cousins germains soit autorisé. Selon le code civil, une dispense reste cependant toujours nécessaire aujourd'hui pour l'union d'un oncle et d'une nièce et celle d'une tante et d'un neveu. Le mariage entre alliés, comme celui d'un homme avec son ex-belle sœur, est autorisé uniquement en cas de décès du précédent conjoint. Une dispense est toutefois exigée si le mariage a été dissous par divorce.

    )quelle famille suite 03 00 (2).png

    Repas de Noces à Yport - A.-A. Fourié - (1854-1937)

    Enfin, il est à noter que depuis 1918, l’Église s'est rapprochée des lois laïques et à ramené l'interdit de parenté au troisième degré canonique (enfants de cousins germains).

     

     

    Biblio. : « Les dispenses de parenté » de J.-L. Beaucarnot – RFG n°231 – Septembre 2017 et « Les dispenses de parenté » de D. Rosser – RFG n°128 – Juin/Juillet 2000.

  • Faites ce que je dis, pas ce que je fais…

    19 ventôse de l’an IV ou mercredi 9 mars 1796, 20 heures. En la mairie du 2ème arrondissement de la Ville de Paris, située au numéro 3 de la rue d’Antin, une jeune femme se présente au 1er étage. Depuis la loi du 20 septembre 1792,  le mariage civil est enregistré en mairie, la tenue des registres confiée à des officiers municipaux.

    Sous sa redingote de drap gris, la future mariée porte une jolie robe de mousseline ornée de fleurs tricolores qui laisse deviner son léger corset à la mode que l’on appelle « le divorce ». Un nom malheureusement prémonitoire*…

    Elle est accompagnée de ses deux témoins : Paul Barras (1755-1829), le Président du Directoire et Jean-Lambert Tallien (1767-1820), membre du Conseil des Cinq-Cents. Etienne Calmenet, son homme de confiance, sera quant à lui le premier témoin du marié. Ce dernier se présente, sabre au côté, avec deux heures trente de retard. Il est nerveux. Son aide de camp, le jeune Le Marois, âgé de 20 ans, est avec lui.  

     

    acte mariage napoleon.jpg

    A peine arrivé, après avoir rapidement salué les personnes présentes, il adresse au commissaire du Directoire, seul présent, un froid « Mariez-nous vite ». Le maire, Charles Leclercq, un vieil homme fatigué par cette longue attente, est déjà parti se coucher…   

    acte de mariage 2.jpg

    Le fonctionnaire n’a d’autre choix que de s’exécuter. Il s’empare du registre et commence à lire un acte de mariage truffé de mensonges et d’irrégularités ! Jugez-en plutôt, n’étant pas élu, le commissaire Collin-Lacombe n’avait pas qualité pour unir légalement deux citoyens. De plus, un des témoins est encore mineur. Enfin, les futurs époux ont tous les deux triché sur leur âge : elle s’est donnée quatre ans de moins alors que lui s’est vieilli de 18 mois. Même les adresses des futurs époux sont fausses !

    Le marié sera pourtant, quelques années plus tard, celui qui va donner son nom au rigoureux Code Civil, le Code Napoléon.

    Car c’est bien  l’union de Napoléon Bonaparte, Général en chef de l'armée d’Italie et de Rose Tascher de La Pagerie (1763-1814), veuve d’Alexandre de Beauharnais (1760-1794),  la future impératrice Joséphine, qui vient d'être célébrée ! 

     

    mariage civil de Napoleon.jpg

    Plus tard, l’Empereur tentera de se justifier : « Pour Joséphine, étant donné qu’en 1796 les Iles du Vent étaient occupées par les Anglais, on a utilisé le certificat de baptême de sa sœur cadette qui était morte. Pour moi, n’ayant pas mon acte de naissance, on a utilisé celui de mon frère aîné, Joseph, qui était alors à Paris pour affaires. »

     

    * Les époux divorceront le 14 décembre 1809.

     

    Biblio. « 12 corsets qui ont changé l’Histoire » de Michel De Decker – Pygmalion 2011.

    Merci au site http://www.napoleon.org/

  • La veine de l'amour

    Sans doute avez-vous déjà remarqué que, sur les portraits de mariage, d’hier comme d’aujourd’hui,  les mariées se tiennent à gauche de leur époux.  

    mariage,anneau nuptial,bague de foi,bague fédé,veine de l'amour

    Ce n’est pas un hasard mais une coutume qui remonte à l’époque où les hommes portaient encore l’épée ! Le marié pouvait ainsi donner son bras gauche à la femme de son coeur et avoir sa main droite libre pour le cas échéant saisir son épée et défendre sa belle contre toute personne hostile.

     mariages 4.jpg

     

    De même, l’anneau nuptial, signe d’harmonie, d’éternité et de sincérité de la parole donnée, symbolisant l’union d’un couple, se porte à l’annulaire gauche. 

    L’échange d’alliances, le mot provient du verbe latin « alligare », qui signifie « attacher à », remonte à la nuit des temps. On doit aux Egyptiens la tradition de « la bague au doigt », qu’ils placèrent semble t’il les premiers à l’annulaire gauche. Tout comme plus tard les grecs qui pensaient quant à eux qu’une veine partant de l’annulaire gauche rejoignait le cœur, « la veine de l’amour » !

    En France, le mariage ne commence à prendre un sens qu’au début du IXe siècle quand la monogamie s’installe dans les mœurs et que l’on se marie par consentement mutuel. Dans les deux derniers siècles du Moyen-âge, l’Eglise catholique transforme le mariage en un Saint Sacrement et introduit symboliquement l’échange d’alliance pour les mariés. 

    bague fede.jpg

    Progressivement, le simple anneau d’or offert le jour des fiançailles en guise de promesse d’amour et de fidélité, va laisser place à une bague fédé ou bague de foi : deux ou trois anneaux distincts rattachés par une charnière, chaque anneau étant décoré d’une main. Quand on les rassemble, les mains se croisent et symbolisent l’union. La plus célèbre est celle que le roi Louis IX (1214-1270) porta pour son union en 1234 avec Marguerite de Provence dont il était follement épris. A l’intérieur, trois mots étaient gravés : « Dieu – France – Marguerite ». 

    La mode passa par là. Ainsi au XVIIe siècle, seuls les messieurs portent une alliance, et quelquefois au pouce. Ce n’est qu’au cours de la seconde moitié du XIXe siècle, que les textes vont généraliser le port d’un anneau conjugal, à gauche, pour les deux sexes.

    Agnès de Sorel (1422-1450), maîtresse du roi Charles VII (1403-1461), sera quant à elle la première femme à porter une bague de mariage en diamant. Cette pierre, extrêmement résistante, devient dès lors le symbole de la fidélité conjugale.

     

    Biblio : « La symbolique de l’alliance » par E. Di Vincenzo – Revue Généalogique –

    Et « Votre Généalogie »  n°53 – Fev-Mars 2013.