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31/12/2014

"Gars normand, fille champenoise, dans la maison toujours noise !"

Antoine Le Roux de Lincy (1806-1869) cite, dans l'un de ses ouvrages publié en 1859, ce vieux proverbe en rimes du XVIIe siècle : « Gars normand, fille champenoise, dans la maison toujours noise ». D'où vient cet adage ? Trouve-t'il son origine dans l'histoire de nos deux régions ? Les origines champenoises de Jeanne d'Arc, brûlée à Rouen, le 30 mai 1431 ? Ou bien plutôt dans le caractère bien trempé des autochtones ?

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La Normandie, qui se compose aujourd'hui de deux régions, la Haute-Normandie et la Basse-Normandie (deux régions qui devraient d'ailleurs prochainement être à nouveau réunies) fait partie, à l'époque de l'invasion de la Gaule par les Romains, de la IIe Lyonnaise. Conquise par Clovis (466-511), elle est intégrée au royaume franc, la Neustrie, jusqu'à la signature du traité de Saint-Clair-sur-Epte, en 911, date à la quelle les pirates Normands, les Vikings, s'y installent. Ce n'est qu'en 1204 qu'elle rejoindra le domaine royal sous le règne du roi Philippe Auguste (1165-1223). De son côté, la Champagne, qui s'étend de l'Aisne à la Seine, entre la falaise d’Île-de-France et le fossé de Champagne humide, n'entre que plus tard, en 1284, dans le royaume de France par le mariage de Jeanne de Navarre, fille unique et héritière d'Henri Ier, roi consort de Navarre et comte de Champagne avec le futur Philippe le Bel (1268-1314).

Si les Normands, à l'image de Guillaume, qui allait devenir Le Conquérant et qui naquit en 1027, ont la réputation d'être fiers, braves, mais aussi méfiants et volontiers chicaniers, les champenois ne sont pas en reste, jugés plutôt fidèles mais volontiers obstinés.

 

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Quoi qu'il en soit, et pas seulement qu'en cuisine, le cidre normand et le champagne ne semble pas faire bon ménage, loin de là ! En effet, toutes les alliances connues semblent bien s'être révélées pour le moins explosives ! A l’exception toutefois d'une seule, celle qui confirme la règle, celle des parents de notre écrivain normand, Gustave Flaubert (1821-1880). Cinquième enfant né « d'un gas champenois et d'une fille normande », il disait volontiers que « Malgré le sang de mes ancêtres (que j’ignore complètement et qui sans doute étaient de fort honnêtes gens ?), je crois qu’il y a en moi du Tartare, et du Scythe, du Bédouin, de la Peau-Rouge. Ce qu’il y a de sûr, c’est qu’il y a du moine... »

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Biblio.: « Livre des proverbes français » de Antoine Le Roux de Lincy – 1859 et « Dictionnaire des expressions nées de l'histoire » de G. HENRY - Ed. Tallandier, 1992.

16/01/2013

Une notion philosophique née d'un patronyme...

Lors de la rédaction de son chef d’œuvre en 1851, le rouennais Gustave Flaubert (1821-1880) ne se doutait sûrement pas que le mal être de son personnage principal, Emma Bovary, allait donner naissance à un substantif forgé d’après le nom de son héroïne. Il passera dans le domaine public après avoir conquis droit de cité non seulement dans le vocabulaire philosophique mais aussi dans la langage courant. 

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C’est au philosophe Jules de Gaultier (1858-1942) que l’on doit cette notion  de « bovarysme » définissant un comportement semblable à celui de l’héroïne de Flaubert, c'est-à-dire celui d’une personne qui se réfugie dans l’imaginaire pour fuir la réalité,  « un état d’insatisfaction, sur les plans affectifs et sociaux, qui se rencontre en particulier chez certaines jeunes personnes névrosées, et qui se traduit par des ambitions vaines et démesurées, une fuite dans l’imaginaire et le romanesque ».   

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Pour le philosophe sociologue Georges Palante (1862-1925), auteur de « La philosphie du Bovarysme – Jules de Gaultier » paru en 1912,  « le Bovarysme est le pouvoir qu'a l'homme de se concevoir autre qu'il n'est. Ce fait très simple est aussi très général. Nul n'échappe au Bovarysme. Tout homme en subit la loi à des degrés divers et suivant des modes particuliers. Le Bovarysme est le père de l'illusion sur soi qui précède et accompagne l'illusion sur autrui et sur le monde ; il est l'évocateur de paysages psychologiques par lesquels l'homme est induit en erreur et en tentation pour sa joie et pour son malheur. » 

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 Gustave Flaubert (1821-1880)

A noter que, « Si Rouault, le nom de jeune fille d’Emma, est un patronyme du terroir, Bovary est une invention de l’auteur. Elle permet sans doute de jouer sur le bredouillis du « nouveau », « Charles Bovary » ou «  Charbovary » fait songer à « charivari », mais surtout, la connotation « bovine » du terme (obstination un peu sotte et routinière, manque de virilité) plaît à Flaubert. Il la réutilisera dans Bouvard, l’associant à Pécuchet, dont le patronyme rappelle le mot latin pecus, animal de ferme. » Concernant Emma, « il a trouvé le prénom lors d’un voyage en Orient, avec Maxime Du Camp, en 1849. Un soir, aux confins de la Nubie, au bord du Nil, Flaubert aurait saisi le bras de son ami en disant : « J’ai trouvé ! Je l’appellerai « Emma Bovary »*

* d'après Marie-France Culfort, « Passion Lettres – lire, écrire, apprendre, transmettre… » http://www. sculfort.fr