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  • Un parfum de femme à odeur de femme...

    Bientôt un siècle que cela dure et il est aujourd'hui encore le parfum le plus connu au monde ! Créé le 5 mai 1921, le célèbre "n° 5" de Mademoiselle Chanel peut s’enorgueillir de n'avoir pris aucune ride !

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    En 1920, cette self-made woman qui commença sa carrière en créant des chapeaux d'une simplicité révolutionnaire, Gabrielle Chanel dite Coco Chanel (1883-1971) a déjà ouvert trois boutiques, à Paris en 1910, à Deauville en 1913 et à Biarritz en 1915. Le succès est tel que son nom est déjà mondialement connu. Mais elle en veut plus. Son amant de l'époque, le Grand-Duc Dimitri Pavlovitch de Russie (1891-1942), lui suggère de lancer son propre parfum. Elle retient l'idée et confie le travail au parfumeur Ernest Beaux (1881-1961). Elle lui dicte ses exigences car elle veut un parfum épuré en accord avec sa mode, « Un parfum artificiel, je dis bien artificiel comme une robe, c'est-à-dire fabriqué. Je suis un artisan de la couture. Je ne veux pas de rose, de muguet, je veux un parfum qui soit un composé, un parfum de femme à odeur de femme".

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    Chanel à Deauville devant sa boutique

    L'homme de l'art se met au travail, mélange harmonieusement les parfums de différentes, fleurs, ajoute des composés chimiques, des aldéhydes. Il parvient à marier avec génie ces molécules synthétiques très fortes qui exhalent les senteurs et les rendent abstraites. Quand il lui présente deux séries d'échantillons numérotés de 1 à 5 et de 20 à 24, elle choisit l'échantillon no 5, un jus mystérieux, sans notes dominantes, mais d'une richesse florale étonnante, composé de 80 ingrédients dont le jasmin, la rose, et l'Ylang-Ylang.

    Accompagnée d'Ernest Beaux et de quelques amis, lors d'un dîner dans le plus grand restaurant de Cannes, Coco Chanel décide de tester son parfum. Elle place un vaporisateur au centre de la table et vaporise régulièrement l'atmosphère ambiant. « L'effet fut stupéfiant, déclarera t'elle, toutes les femmes en passant près de notre table s'arrêtaient, humant l'air».

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    Coco Chanel et Boy Capel

    "Quel nom allez-vous lui donner ? » lui demande Ernest Beaux. « Je lance ma collection le 5 mai, cinquième mois de l'année, laissons-lui le numéro qu'il porte et ce numéro 5 lui portera chance » répondit-elle. Et le parfumeur d'ajouter : Je dois reconnaître qu’elle ne s’était pas trompée... ».

    Même le design du flacon retient toute l'attention de Mademoiselle. Exit les flacons rococo de l'époque, beaucoup trop alambiqués à son goût. Pour que seul le parfum soit au centre de l'attention, et peut être aussi en hommage à son amant Boy Capel (1881-1919), financeur de sa boutique normande, qui portait toujours sur lui une flasque de whisky au design similaire, elle choisit une simple fiole de laboratoire au verre épuré sur lequel elle appose une étiquette sobre, blanche et noire, caractéristique de sa marque.

    Biblio. Un siècle de mode de C. Ormen - Ed. Larousse, 2013.

  • Ce que les rois de France doivent à un saint normand...

    Mais pourquoi donc les rois de France depuis Louis X le Hutin (1289-1316), au lendemain de leur sacre dans la cathédrale de Reims, se rendaient-ils à Corbeny, une petite cité située à quelques lieues de là, afin de s'incliner devant le tombeau de Saint-Marcoul, un saint bien normand ?

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    Saint Marcoul - Chapelle Saint-Michel de Clermont-en-Auge (Calvados)

    Saint-Marcoul ou Marcouf (490-558) naquit à Bayeux (Calvados). Après s'être dépouillé de ses biens au profit des pauvres, il vécut près de l'évêque de Coutances (Manche) qui l'ordonna prêtre. Il évangélisa toute la région du Cotentin et fonda l'abbaye de Nanteuil où il mourut en le 1er mai 558. Quelques siècles plus tard, à la fin du IXe siècle, chassée par les invasions vikings, toute la communauté monastique de Nanteuil trouva refuge auprès du roi Charles III le Simple (879-929) dans sa résidence royale de Corbeny (Aisne). Comme les religieux avaient pris soin de transporter avec eux les précieuses reliques de leur saint fondateur, le roi fit bâtir un prieuré afin de les y abriter. Une fois la menace écartée, seuls les moines rentrèrent en Normandie...

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    A l'image de tous les bienheureux, Saint-Marcoul possédait le don de soulager les malades. Comme son nom décomposé donnait "mal" (Mar) au cou (coul), on lui avait attribué la vertu de guérir d'une façon générale toutes les affections de types furonculeux localisées au niveau du cou et notamment celles des écrouelles, ces "fistules purulentes localisées sur les ganglions lymphatiques du cou". C'est en remerciement au roi de France qui avait protégé sa communauté et hébergé ses reliques qu'il lui aurait transmis ainsi qu'à ses successeurs cette grâce miraculeuse.

    Dès lors, et à partir de Philippe Ier ( 1052-1108), au lendemain de leur sacre, après s'être recueilli à Corbeny devant les reliques du saint homme, dans l'église ou la cour du palais carolingien, chaque roi de France perpétuait la pratique des pouvoirs thaumaturges. Pour accomplir le miracle à la fois royal et divin de soulager ses sujets scrofuleux, le souverain touchait directement le malade avec un signe de croix en prononçant ces paroles "le roi te touche, que Dieu te guérisse", sans omettre de lui remettre au passage quelques pièces d'argent destinées à améliorer sa condition de vie et à faciliter sa convalescence. Ainsi, les 2% ou 3% de patients qui guérissaient ou entraient en rémission le devaient à leur bon roi. À partir de Louis XIV (1638-1715), le roi ne se rendit plus en pèlerinage à Corbeny, les reliques de saint Marcoul venaient à la basilique Saint-Rémi et le toucher se faisait dans le jardin. Louis XVI (1754-1793) aurait touché plus de 2000 patients, et en 1825, Charles X (1757-1836) en toucha encore 120, dont cinq ont guéri !

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    Oratoire de St-Marcoul - Corbeny (Aisne)

     

    Pour la petite histoire, il paraît qu'il existait deux autres possibilités pour se débarrasser des écrouelles : faire prononcer une formule sacrée en latin par des vierges complètement nues ou s'adresser au septième fils d'une famille qui n’avait eu que des garçons...

     

     

    Biblio. : "Les Saint qyu guérissent en Normandie" d'H. Gancel - Ed. Ouest-France, 2006.

    "Toutes les drôles d'histoires de notre histoire" de D. Chirat - Ed. La Librairie Vuibert, 2018.

  • Le bouleversant testament d'une mère

    16 octobre 1793. 4h30 du matin. Après l'annonce de sa condamnation, accablée de fatigue et transie de froid, dans son cachot de la Conciergerie, d'une écriture rapide et serrée, sur une simple feuille de papier pliée en deux, Marie-Antoinette ( 1755-1793) rédige sa dernière lettre. Elle est destinée à la sœur du roi, Madame Élisabeth (1764-1794), enfermée à la prison du Temple avec les deux enfants royaux, le dauphin et Duc de Normandie, Louis-Charles (1785-1795) et sa sœur aînée Marie-Thérèse Charlotte de France (1778-1851).

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    Voilà plus de deux mois que "l'Autrichienne" a été séparée de ses enfants, qu'elle n'a plus aucun contact avec eux. Elle sait qu'elle ne les reverra jamais. Mais elle refuse de douter de leur avenir. Alors, sans plainte et sans haine, à l'aide de mots simples et de phrases de réconfort, elle va leur laisser ce poignant témoignage d'amour maternel que, par prudence elle évitera de signer.

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    Marie-Antoinette, reine de France, et ses enfants - Huile sur toile d'E.Vigée-Le Brun - 1787

    "Ce 16 8bre, 4heures ½ du matin C'est à vous, ma sœur, que j'écris pour la dernière fois ; je viens d'être condamnée non pas à une mort honteuse, elle ne l'est que pour les criminels, mais à aller rejoindre votre frère. Comme lui innocente, j'espère montrer la même fermeté que lui dans ces derniers moments. Je suis calme comme on l'est quand la conscience ne reproche rien ; j'ai un profond regret d'abandonner mes pauvres enfants ; vous savez que je n'existais que pour eux, et vous, ma bonne et tendre sœur, vous qui avez par votre amitié tout sacrifié pour être avec nous, dans quelle position je vous laisse ! J'ai appris par le plaidoyer même du procès que ma fille était séparée de vous. Hélas ! la pauvre enfant, je n'ose lui écrire, elle ne recevrait pas ma lettre, je ne sais même pas si celle-ci vous parviendra, recevez pour eux deux ici ma bénédiction. J'espère qu'un jour, lorsqu'ils seront grands, ils pourront se réunir avec vous et jouir en entier de vos tendres soins. Qu'ils pensent tous deux à ce que je n'ai cessé de leur inspirer : que les principes et l'exécution exacte de leurs devoirs sont la première base de la vie ; que leur amitié et leur confiance mutuelle en feront le bonheur ; que ma fille sente à l'âge qu'elle a, elle doit toujours aider son frère par les conseils que son [mot rayé dans l'original] l'expérience qu'elle aura de plus que lui et son amitié pourront lui inspirer ; que mon fils, à son tour, rende à sa sœur tous les soins, les services, que l'amitié peut inspirer ; qu'ils entent enfin tous deux que, dans quelque position où ils pourront se )trouver, ils ne seront vraiment heureux que par leur union, qu'ils prennent exemple de nous : combien, dans nos malheurs, notre amitié nous a donné de consolations, et dans le bonheur on jouit doublement quand on peut le partager avec un ami ; et où en trouver de plus tendre, de plus cher que dans sa propre famille ? Que mon fils n'oublie jamais les dernier mots de son père que je lui répète expressément : qu'il ne cherche pas à venger notre mort. J'ai à vous parler d'une chose bien pénible à mon cœur. Je sais combien cet enfant doit vous avoir fait de la peine ; pardonnez-lui, ma chère sœur ; pensez à l'âge qu'il a, et combien il et facile de faire dire à un enfant ce qu'on veut, et même ce qu'il ne comprend pas ; un jour viendra, j'espère, où il ne sentira que mieux tout le prix de vos bontés et de votre tendresse pour tous deux. Il me reste à vous confier encore mes dernières pensées. J'aurais voulu les écrire dès le commencement du procès ; mais outre qu'on ne me laissait pas écrire, la marche en a été si rapide, que je n'en aurais réellement pas eu le temps. Je meurs dans la religion catholique, apostolique et romaine, dans celle où j'ai été élevée, et que j'ai toujours professée, n'ayant aucune consolation spirituelle à attendre, ne sachant pas s'il existe encore ici des prêtres de cette religion, et même le lieu où je suis les exposerait trop s'ils y entraient une fois. Je demande sincèrement pardon à Dieu de toutes les fautes que j'ai pu commettre depuis que j'existe. J'espère que, dans sa bonté, il voudra bien recevoir mes derniers vœux, ainsi que ceux que je fais depuis longtemps pour qu'il veuille bien recevoir mon âme dans sa miséricorde et sa bonté. Je demande pardon à tout (sic) ceux que je connais et à vous, ma sœur, en particulier, de toutes les peines que, sans le vouloir, j'aurais pu vous causer. Je pardonne à tous mes ennemis le mal qu'ils m'ont fait. Je dis adieu à mes tantes et (un mot rayé] et à tous mes frères et sœurs. J'avais des amis, l'idée d'en être séparée pour jamais et leurs peines sont un des plus grands regrets que j'emporte en mourant, qu'ils sachent au moins que, jusqu'au dernier moment, j'ai pensé à eux. Adieu, ma bonne et tendre sœur ; puisse cette lettre vous arriver ! Pensez toujours à moi, je vous embrasse de tout mon cœur, ainsi que ces pauvres et chers enfants : mon Dieu ! qu'il est déchirant de les quitter pour toujours ! Adieu, adieu ! Je ne vais plus m'occuper que de mes devoirs spirituels. Comme je ne suis pas libre dans mes actions, on m'amènera peut-être un prêtre, mais je proteste ici que je ne lui dirai pas un mot, et que je le traiterai comme un être absolument étranger."

    10 heures du matin. Elle a posé sa plume. Ses bourreaux sont là. Les mains liées, elle franchit la grille de la Conciergerie et monte dans la charrette qui l'emmène sur la place de la Révolution (aujourd'hui place de la Concorde). En gravissant l'échelle de l'échafaud, elle perd l'un de se ses souliers. Il est ramassé par le Comte de Guernon-Ranville, une famille de vieille noblesse normande, et pieusement conservé par lui. Il fait aujourd'hui partie de la collection du musée des beaux-arts de Caen.

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    Le dernier soulier de Marie-Antoinette

    Jamais la lettre de Marie-Antoinette, pourtant visée et signée par les membres du Tribunal Révolutionnaire, ne parviendra à sa destinataire. Jamais ses enfants n'en auront connaissance. Elle demeurera aux mains des Jacobins jusqu'en 1816, date à laquelle le roi Louis XVIII (1755-1824) fait saisir les documents conservés par le Conventionnel Courtois (1754-1816) lequel avait été chargé de l’inventaire des papiers de Robespierre (1758-1794) après sa chute.