Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

27/09/2020

Saint-Michel et la Normandie

Qu'ont donc en commun la Normandie, la ville Bruxelles, les pâtissiers, les parachutistes et les escrimeurs ?

Réponse : ils partagent tous le même saint patron, en l'occurrence, saint Michel, le premier des trois archanges, les lieutenants de Dieu. Lui est le bras armé quand Gabriel est le messager et Raphaël le réconfort.

st michel 04.jpg

E. Delacroix, Michel terrassant le Dragon, 1849-61. St-Sulpice, Paris

Très sollicité, saint Michel est aussi le saint patron des Gaules, de la France, de l'Allemagne, de la Cité du Vatican et de la ville de Kiev en Ukraine et de celle d'Arkhangelsk en Russie... Mais aussi celui de plusieurs corps de métiers dont les épiciers, les manœuvriers, les policiers, les maîtres d'armes, les soldats, les bateliers, les boulangers, les tonneliers...

saint michel 02.png

Le Mont-Saint-Michel et sa baie

En Normandie, la légende veut qu'en 708, Aubert, l'évêque d'Avranches, aurait reçut en songe une révélation de l'archange saint Michel. Le prélat partageait avec ses contemporains une solide dévotion au Saint. Aussi, conçut-il le projet de transformer le mont Tombe, ce lieu de solitude, en y bâtissant un premier oratoire dans l'abside, creusée directement dans le rocher. Il fit ensuite venir d'importantes reliques très "figuratives" de saint Michel : un fragment de la pierre sur laquelle il aurait posé le pied et un morceau de son "manteau rouge". La présence de ces objets transformèrent le Mont-Tombe en premier sanctuaire dédié à l'archange saint Michel en terre gauloise. Une communauté de douze chanoines vint servir le sanctuaire et d'y accueillir les pèlerins.

saint michel 03.jpg

De là va naître le culte de saint Michel auquel les ducs de Normandie vont être particulièrement attachés au point de faire de Michel le saint patron de leur duché.

Fêté principalement les 29 septembre, la Saint-Michel, dans les campagnes, marque la fin des récoltes et la date anniversaire des baux ruraux. "A la Saint-Michel, tout le monde déménage" car c'est en effet ce jour-là que les fermiers et métayers payaient leurs propriétaires. Le jour aussi où ils lui rendaient la terre louée oralement depuis un an. Le jour encore où, dans certaines fermes, se signifiait le terme de la "louée", c'est-à-dire la fin de l'engagement des commis et des bonnes.

Enfin, depuis quelques années, c'est à la Saint-Michel qu'à lieu la fête des Normands, à l'image de la Saint-Yves des Bretons ou la Saint-Patrick des Irlandais.

 

 

Biblio. "Histoire du Mont-Saint-Michel" de P. Sbalchiero - Ed-Perrin, 2015.

"La Normandie pour les nuls" de Ph. Simon - First-Ed., 2017.

20/09/2020

Les malheurs de Sophie

"Je ne veux pas que mon testament soit remis à un notaire ou tout homme de loi, mais que tout soit fait à l'amiable entre mes enfans et petits enfans sous le contrôle de mon fils Gaston, auquel je recommande l'avenir de mes pauvres petits Louis et Gaston de Malaret* qui n'auront pas de quoi vivre s'il ne leur vient en aide et s'il ne leur laisse après lui une partie de mon capital."

COMTESSE DE SEGUR TESTAMENT.jpg

"Je ne veux pas que mon testament soit remis à un notaire" : Méfiance ou défiance ? De toute façon, une entrée en matière qui surprend d'une femme qui a toute sa vie prouvé son goût pour l'ordre et le respect des conventions.

Dès 1869, la Comtesse de Ségur, prenant conscience à la fois de sa fragilité et du temps qui passe, décide de rédiger ses dernières volontés : neuf documents au total, soit une lettre non datée écrite à son fils aîné Gaston suivie de huit testaments ou codicilles.

Issue d'une grande famille de noblesse russe, fille d'un comte qui,en 1817, choisit de s'exiler en France, Sofia Fiodorovna Rostoptchina (1799-1874) a épousé par amour à seulement 19 ans, Eugène de Ségur (1798-1863). Le couple aura huit enfants , quatre garçons, Gaston (1820-1881), Renaud (1821-1822), Anatole (1823-1902) et Edgar (1825-1920) et quatre filles, Nathalie (1827-1910), les jumelles Henriette (1829-1908) et Sabine (1829-1869), et Olga (1835-1920).

Comtesse_de_Ségur.JPG

Portrait de la comtesse de Ségur par Orest Adamovich Kiprensky, 1823.

Délaissée par un mari volage qui, préfère le vie parisienne et ne rend visite à sa famille qu'en de très rares occasions, c'est en Normandie, au château des Nouettes, à Aube (Orne), cadeau de mariage de son père, qu'elle va passer la plus grande partie de sa vie. Là, elle consacre son temps et toute son affection à ses enfants et, plus tard, à ses petits-enfants. C'est pour ces derniers qu'elle va s'amuser à écrire des histoires moralisatrices, composées de saynètes et inspirées de la vie quotidienne des "bonnes familles".

COMTESSE DE SEGUR CHATEAU.jpg

Le château des Nouettes - Aube (Orne)

Elle publie son premier ouvrage, "La santé des enfants", un livre de pédiatrie truffé de conseils médicaux, en 1855. Vont suivre notamment une vingtaine de romans parmi lesquels "Les malheurs de Sophie", "Les petites filles modèles", "Un bon petit diable", "Le Général Dourakine",... des ouvrages qui feront d'elle l'un des plus grands écrivains de littérature enfantine française.

Décédée à Paris le 9 février 1874, inhumée à Plumeret (Morbihan), sur sa tombe ont été gravés ces quatre mots qui résument toute sa vie "Dieu et mes enfants".

 

*Louis et Gaston de Malaret sont les enfants de sa fille ainée Nathalie.

Biblio. Revue "Historia" - Mars 2013.

13/09/2020

L'inventaire après décès d'une courtisane

C'est là un document qui comble à coup sûr tout généalogiste. Une clef servant à ouvrir la porte d'un ancêtre. Grâce à elle, on pénètre dans sa maison, dans son décor, dans son quotidien. Car les inventaires après décès donnent des listes précises des biens du défunt et de leur valeur, jusqu'à sa garde-robe, les étoffes et les tissus qui la composent.

En la présence d'enfants mineurs, ce qui était fréquemment le cas eu égard de l'âge de la majorité (25 ans) et à l'espérance de vie d'alors, il appartenait au notaire de l'établir mais cette démarche pouvait n'être réalisée que plusieurs années plus tard, lorsque notamment le conjoint survivant envisageait de se remarier. D'une façon générale, l'objectif était de protéger les ayants droits du défunt, à commencer par son conjoint survivant, ses enfants et ses héritiers collatéraux mais aussi, le cas échéant, ses créanciers.

C'est pourquoi, outre le préambule destiné à exposer la situation ayant amené à cet inventaire et nommant les intervenants et témoins, on y trouve répertoriés l'ensemble des biens mobiliers et immobiliers proprement dit avec énumération et prisée de chaque objet, les déclarations d'argent liquide, la liste des biens extérieurs (prêtés ou confiés), l'état des travaux faits sur les terres, les dettes et créances et un descriptif exhaustif des papiers de famille comme les contrats de mariage, les baux, les obligations, les ventes,... La formule de clôture "clos et affirmé" atteste que les parties s'engagent à n'avoir rien omis ni caché.

du plessis-JC-Olivier-283x300.jpg

Marie Duplessis, peinte par Jean-Charles Olivier vers 1840

Le 3 février 1847, celle qui inspira Alexandre Dumas (1824-1895) fils pour son roman "La Dame aux Camélia" et Guiseppe Verdi (1813-1901) pour "La Traviata", une jeune normande de 23 ans, Rose Alphonsine Plessis dite Marie Duplessis, devenue comtesse de Perregaux (1824-1847) s'éteint dans son logement parisien situé 11 Boulevard de la Madeleine. Cette petite paysanne née pauvre en Normandie, à Nonant-le-Pin (Orne), était arrivée à Paris comme servante à l'âge de 14 ans. Sa beauté singulière, son intelligence et sa vivacité d'esprit, la conduiront, après avoir corrigé son nom en y ajoutant un "du" sonnant plus noble et abandonné son prénom d'Alphonsine pour celui de Marie, a devenir deux ans plus tard, l'une des courtisanes les plus convoitées et aussi les plus onéreuses de la capitale.

plessis inventaire 2.jpg

Extrait de l'inventaire après décès concernant Marie Duplessis - Archives Nationales - Côte ET/XXVI/1125 (RS/023)

Quelques jours après son décès, le notaire s'était rendu à son domicile pour dresser l'inventaire de ses biens*. Pour le mobilier, des meubles en bois de rose, des fauteuils et rideaux en "satin cerisé, un petit jeu de billard et même "un perroquet et son bâton" et un piano "carré en palissandre sculpté du nom d'Ignace Pleyel". Pour sa garde-robe, quelques 30 paires de bas blancs, des corsets en satin rose ou blanc, 14 paires de chaussures, des dizaines de robes, un châle cachemire à palmes et un "mantelet en soie rose garni en dentelle noire. Parmi les 212 volumes qui garnissent sa bibliothèque figurent Rabelais, Marivaux, Hugo, Walter Scott, Cervantès, Rousseau et Alexandre Dumas. Complétement ruinée à sa mort, les bijoux et l'argenterie, de manière générale, ne se trouvent plus dans l'appartement, mais sont détaillés dans 19 reconnaissances du mont-de-piété établies l'année précédant sa disparition. Parmi les notes non acquittées, on découvre celles des médecins et pharmaciens sollicités pour traiter la tuberculose qui l'a emportée.

du plessis appart.jpg

L’appartement de Marie Duplessis, au 1er étage du 11, bd de la Madeleine

 

Deux semaines plus tard, on vendait aux enchères l'ensemble de ses possessions que tout Paris s'arracha jusqu'à la moindre épingle à cheveux.

 

* Publié dans le magazine Historia - Mai 2014. Cf. article de Mélisa Locatelli, - Minutier central des notaires de Paris.