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28/01/2012

Qui se souvient de la Paulette ?

On le sait, les « politiques » rivalisent d’idées, et ce depuis la nuit des temps, pour instaurer de nouveaux impôts et autres taxes et faire face aux dépenses de l’Etat structurellement toujours en excédent !

Au début du XVIIe siècle, Maximilien de Béthune, duc de Sully (1560-1641) est sommé de faire entrer de l’argent frais dans les caisses du royaume du bon roi Henri IV (1553-1610) qui se désespère de les voir aussi vides ! Il faut dire que Sully estime le montant de la dette de la France de cette époque à plus de 289 000 000 de livres dont environ ¼ est due aux emprunts étrangers. 

 

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Maximilien de Béthune, Marquis de Rosny, duc de Sully

 

Parmi les « pistes » de Sully, il y a cette idée de l’instauration de la vénalité des offices.

Gérés par la Recette générale des parties casuelles instituée en 1525, la plupart des offices de cette époque se transmettaient par résignation (abandon) ou par survivance (succession).

Quant un officier (fonctionnaire et magistrat) achetait une charge publique (ou office) de finance ou de justice, il était redevable à l’Etat du quart de la valeur du change à la seule condition que ce paiement ait été effectué au moins 40 jours avant le décès du précédent titulaire. Dans le cas contraire, la charge revenait à l’Etat qui la remettait en vente pour son propre compte. Comme certaines charges étaient très onéreuses, leurs propriétaires hésitaient à les transmettre trop tôt au risque de s’y prendre trop tard !

L’idée de Sully est de substituer à la taxe du « tiers denier » (le tiers de la valeur de l’office) payée une fois pour toutes depuis 1568 à l’acquisition de l’office, le paiement d’un droit annuel. 

 Frans Pourbus le Jeune, Henri IV (1553-1610) , roi de France, en costume noir.jpg

 

Le Roi Henri IV – Tableau de Frans Pourbus le Jeune

 

Par déclaration royale en date du 12 décembre 1604, le roi dispense donc ses officiers de la clause des 40 jours en échange du versement d’un droit annuel égal au soixantième de la valeur de l’office et d’un droit de résignation d’un huitième. Ainsi, si l’officier meurt sans résigner, c’est-à-dire sans transmettre sa charge de son vivant, celle-ci revient directement à ses héritiers. « L’édit des femmes », comme il est appelé puisqu’il profite essentiellement aux veuves des officiers, facilite et officialise l’hérédité des charges, le caractère patrimonial de l’office royal. 

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 Almanach royal – 1702 – Bibliothèque des Hauts-de-Seine

 

La perception de ce droit fut affermée et le premier fermier à acquérir la ferme du droit annuel pour neuf ans était un secrétaire de la chambre du roi qui s’appelait Charles Paulet. On appela donc cette nouvelle taxe « la Paulette ». Si elle consacre la dissociation de la fonction publique et de l’autorité de l’Etat, l’indépendance des officiers aura des conséquences considérables pour l’équilibre politique et la stabilité sociale de la France de l’Ancien Régime.

La paulette fut abolie en 1710 par le roi Louis XIV et rétablie en 1722 par son successeur le roi Louis XV.

Quant à Charles Paulet, à la fin de sa vie, après avoir fait fortune, il eut parait-il tant de remords d’avoir encaissé cet impôt que, par humilité, il demanda a être enterré sous l’égout de Montmartre !

 

Biblio. « Le calendrier de l’histoire » d’A. Castelot – Lib. Académique Perrin 1970.

Merci aux pages Wikipédia sur le sujet.

 

25/01/2012

Le horsain, un gars pas « d’cheu nous »

Horsain : voilà un mot du langage courant normand ! Le horsain, c’est pour un normand, celui qui ne l’est pas, qu’il soit né dans un autre pays normand que le sien ou totalement étranger à la Normandie.

Le terme n’est pas seulement masculin (au féminin, ça donne horsaine) ni seulement négatif : il est souvent utilisé de façon affectueuse voire un peu moqueuse.   

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Sur un plan étymologique, le mot « horsain » (prononcez « horzin ») se serait formé au XIIIe siècle à partir du mort « forain » (du dehors), lui-même issu vers 1155 du bas latin « foranus » (qui dépasse au dehors), du latin classique « foris » (de-hors) employé comme préposition en latin (hors).  

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Utilisé par une grande partie des locuteurs de la langue d’oïl, ceux du nord de la France, le terme s’est ensuite restreint à un usage normand.

« Nous sommes au cœur du pays de Caux… Mais voilà, je ne suis pas cauchois, je n’ai pas vu le jour sur le plateau, comme ma mère. Je monte de la grande ville que j’ai quittée ce matin. Je suis un horsain : un étranger » écrivait le plus célèbre de nos horsains, l’homme d’Eglise Bernard Alexandre (1918-1990) dans son livre « Le Horsain, vivre et survivre en pays de Caux ». 

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Merci aux pages Wikipédia sur le sujet et au site « Lexique normand, les Amateurs de Rémy de Gourmont »

 

21/01/2012

L'horoscope funeste de Madame la Dauphine !

Un savant astrologue de Turin* le lui avait prédit : elle mourrait dans sa vingt-septième année. Elle en parlait souvent, comme d’une chose inéluctable. Marie Adélaïde de Savoie était une princesse gracieuse, vive, aimable, fraîche et d’un naturel enjoué. Elle disait « Il faut bien que je me réjouisse, puisque je ne me réjouirai pas longtemps ! » Bien que de santé fragile, elle aimait la fête, la chasse et tous les plaisirs de la cour.

 

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Marie Adélaïde de Savoie (1685-1712)

 

Son mari, Louis, Duc de Bourgogne (1682-1712), petit-fils de Louis XIV, lui vouait un amour infini. Ils eurent trois fils, trois « Louis », le premier décéda avant son premier anniversaire, le second mourut moins d’un mois après ses parents, le troisième devint roi.

 

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Le mariage de Louis de France, Duc de Bourgogne et de Marie Adélaïde de Savoie, le 7 décembre 1697 – A. Dieu)

 

Approchant de l’age fatidique, elle avait dit à son mari « Voici le temps qui approche où je dois mourir. Vous ne pouvez pas rester sans femme, à cause de votre rang et de votre dévotion : dites-moi, je vous prie, qui épouserez-vous ? »

« J’espère, lui avait-il répondu, que Dieu ne me punira jamais assez pour vous voir mourir ; et si ce malheur devait arriver, je ne me remarierai jamais ; car dans les huit jours, je vous suivrais au tombeau. » Et c’est ce qui arriva !

Quand la jeune dauphine tomba malade, en février 1712, elle savait qu’elle n’allait pas en réchapper ! Cela commença par une forte fièvre, des plaques rouges et une grande faiblesse… Elle reçu l’extrême onction le 11 et mourut le lendemain, 12 février 1712. Son mari présentait déjà les mêmes plaques rouges que sa femme. Il décéda le 18 février, soit 6 jours plus tard que son épouse. 

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Extrait du registre paroissial de Versailles

 

On saura plus tard que tous deux ont été victimes d’une fièvre infectieuse, éruptive, à marche rapide, sorte sans doute de rougeole épidémique ou de scarlatine.

Les deux enfants du couple, malades également, furent livrés aux mains des médecins. Ils « soignèrent » d’abord l’aîné et le tuèrent en peu de jours. Le second fut sauvé grâce au bon sens de sa gouvernante qui s’enferma avec lui dans une pièce du château et le tint ainsi bien au chaud. L’enfant se remit. Il avait deux ans. C’était le dernier survivant de la branche aînée des Bourbons. Il sera couronné sous le nom de Louis XV !

 

* On doit la connaissance de cette histoire à la Princesse Palatine, Madame, mère du Régent, qui l'a relatée dans ses mémoires.

 

Biblio. Historia N° spécial 356 bis – 12.1997

Merci aux pages Wikipédia sur le sujet.