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30/03/2011

L'enfant du miracle

Dimanche 5 septembre 1638, au Château neuf de Saint-Germain en Laye, c’est l’effervescence !

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La reine Anne (portrait ci-dessus) accouche de son premier enfant. C’est un fils ! Prénommé Louis-Dieudonné, il est, jusqu’au XVIIe siècle inclus, Louis Quatorzième puis Louis XIV surnommé le « Roi Soleil » ou « Louis le Grand ».

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                     Naissance de Louis XIV -  5 septembre 1638 - Registre paroissial deSaint-Germain en Laye

La généalogie du nouveau-né est prestigieuse : son demi millier d’ascendants par remontée jusqu’à la dixième génération, se compose essentiellement de personnages français et plus généralement latins, principalement italiens et accessoirement d’aïeux germaniques. Par ses père et mère, Louis est à la fois Bourbon et Habsbourg. Ses grands-parents paternels, Henri IV et Marie de Médicis, étaient respectivement Franco-Navarais et Florentin. Ses grands-parents maternels, Philippe III et Marguerite d’Autriche-Styrie étaient espagnol et autrichien, tous deux Habsbourg et proches parents l’un de l’autre.

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                                                                           Portrait de Louis XIV enfant

Au traditionnel titre de Dauphin de Viennois est ajouté à sa naissance celui de Premier fils de France. C’est d’ailleurs ce qui lui vaut son second prénom « Dieudonné », car, après presque vingt-trois de mariage sans enfant (le couple royal s’est uni en 1615), deux fausses couches de la reine en 1622 et 1625, un roi à la sexualité mal définie, peu porté sur les femmes et l’amour à l’inverse de son père, le « Vert-Galant », et une mésentente affichée du couple royal (le roi se dit « très dégouté d’elle » et la reine « très peu satisfaite de lui », la naissance de l’héritier du trône est pour le moins inattendue, considérée comme un don du Ciel, voire un miracle !

Lors de la naissance du dauphin, le roi est à table. Il n’arrivera auprès de sa femme qu’après la délivrance. Ravi d’avoir un fils, il regarde pourtant bien tristement cet enfant… Si bien que la cour commence à jaser… L’enfant ne serait-il pas du roi ? Aujourd’hui encore le doute subsiste.

Quoi qu’il en soit, la naissance du dauphin, héritier des Bourbons, provoque une explosion de joie populaire, avec tirs au canon, feux de joie et Te Deum. Plusieurs astrologues lui prédisent un avenir glorieux.

L’enfant, ondoyé à sa naissance, reçoit le baptême peu de temps avant la mort de son père le 14 mai 1643. Sa marraine est la Princesse de Condé, et son parrain, le Cardinal Mazarin. « L’enfant du miracle » devient roi à cinq ans. Son règne sera l’un des plus longs de l’histoire de France !

Biblio. 1661, Louis XIV "par E. Le Roy Ladurie - Historia n° 539 - Nov. 1991.

 

26/03/2011

La redingote grise de Napoléon

 

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Quel est le point commun entre la redingote grise de Napoléon et la Normandie ? Reponse : l'activité drapière de la Ville de Louviers !

Cette redingote, voilà bien encore un trait de génie de l'Empéreur ! Il avait compris que gagner des batailles, fonder des royaumes et bouleverser l’Europe ne suffirait pas à sa gloire et qu’ « Il fallait qu’il imprimât dans l’esprit de ses contemporains, dans l’imagination des siècles à venir, une image de lui qui ne fut point banale, une silhouette personnelle, étrange et simple pourtant, quelque chose qu’on n’avait jamais vu et qui cependant, n’eût rien de théâtral ni de luxueux. Sur l’uniforme des grenadiers à pied de la garde qu’il portait ordinairement, habit à collet bleu foncé, parements, revers et retroussis blancs, il eut cette idée de mettre une simple redingote de bon bourgeois aisé, une redingote en drap gris. Cette bizarrerie qui, chez tout autre,  eût paru ridicule, obtint le succès que l’on sait ; l’imagination populaire ne connaît pas Napoléon dans son pompeux costume du sacre, elle a oublié l’habit de velours rouge à boutons de diamants du premier Consul ; pour elle, l’Empereur n’est vraiment l’Empereur qu’avec la redingote grise et le petit chapeau. » 

 

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Et donc, cette redingote grise, aux entournures des manches fort larges, afin qu’on pût la retirer ou la mettre sans enlever les épaulettes qui y étaient fixées, a été taillée pour l’Empereur dans une pièce de drap fin de Louviers, notre cité normande traversée par sept bras de l’Eure dont, pendant près de 1000 ans, l’activité textile a été le fer de lance !

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                                                            Ancien métier à tisser - Musée de Louviers

Si la production lovérienne de toile de lin et de drap de laine remonte au Moyen-âge, on situe le point de départ de la tradition drapière dans cette ville à 1681, date de l’instauration d’une manufacture royale consacrée à la confection de draps fins en laine. A cette époque, 1900 ouvriers travaillent dans cette infrastructure d’un type nouveau comptant pas moins de 60 métiers. Dès le début du XVIIIe siècle, les fabriques de drap se multiplient dans la ville Euroise. En 1760, elle compte 16 fabricants, 210 métiers et produit annuellement 2900 pièces de drap d’une valeur d’un million de livres. En 1776, c’est la construction de la manufacture Decrétot, rue de l’Hôtel de ville, qualifiée par A. Young de « première fabrique de drap du monde ». Après l’introduction de la mécanisation et l’énergie hydraulique dans le travail de la filature, on compte en 1792, jusqu’à 300 métiers et 5700 ouvriers !  Cette prospérité va perdurer jusqu’au milieu du XXe siècle. Après la seconde guerre mondiale, la page de la ville drapière se tourne définitivement. La dernière entreprise cesse son activité fin 2002.

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De ce riche passé de l’industrie textile de la Ville de Louviers, il ne reste aujourd’hui que bien peu de chose. Une salle spécialisée au Musée de la Ville et… à Paris, au Musée de l’Armée sur le site de l’Hôtel des Invalides, la précieuse redingote grise de Napoléon !

Biblio. « La redingote grise » de G. Lenotre – Historia n° 167 – Oct. 1960 et un merci au site de la Société d’Etudes Diverses de Louviers et de sa région.

 

09:36 Publié dans HISTOIRE | Lien permanent | Commentaires (2)

23/03/2011

Le premier journal régional normand

Le premier journal régional normand est né le 4 juin 1762 à Rouen. L'hebdomadaire intitulé « Annonces, affiches et avis divers de la Haute et Basse Normandie », dirigé et rédigé par Etienne Vincent Machuel,  se composait d’une seule feuille laquelle, pliée en deux, donnait à chaque numéro 4 pages d’un format 18 x 24 cm. Paraissant tous les vendredis matin, jour principal du marché agricole et du marché aux toiles, ce journal d’annonces payantes avant tout, était vendu uniquement par abonnement (environ un millier d’abonnés) au prix de « 7 livres 10 sols franches de port dans toutes les villes de la province et du royaume », sauf à Rouen où il était porté à domicile depuis l’imprimerie Machuel, située « rue Saint-Lô, vis-à-vis la porte du Palais » dans une bâtisse du Moyen-âge qui sera détruite en 1900 (ce qui ramenait l’abonnement à 6 livres 10 sols !)...

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C’est en 1752 qu’Etienne Vincent Machuel, né à Rouen le 23 janvier 1719 d’une famille d’imprimeurs rouennais, ouvre son atelier. Alors qu’il est à la tête de 4 presses et de 14 compagnons, il a l’idée originale de mettre à la disposition du public de toute la province un journal d’avis commun où chacun pourra, dans l’un des 16 bureaux de correspondance installés dans les principales villes, et pour la somme de 12 sols,  annoncer biens, terres, maisons, charges, immeubles ou effets à vendre, volés ou perdus…  Il vise « les Gentilshommes retirés dans leurs Châteaux, les curés des campagnes, les personnes de cabinet, les négociants et autres, dont les affaires consomment tout le temps et les empêchent de sortir, et tous ceux qui vivent éloignés des villes. »

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A côté des annonces payantes, on trouve bien d’autres rubriques de service : météorologie, cours des grains, des changes, jardinage, mouvements de bateaux des ports de Rouen et du Havre, etc… mais aussi l’actualité rouennaise. Ainsi, on y apprend qu’en 1768, la ville va remplacer l’éclairage public à la chandelle par des réverbères à huile.

Et si, à cette époque, on ne connaît pas les mots croisés, la part du récréatif et de l’insolite n’en est pas oubliée pour autant. Aux côtés d’énigmes et des charades poétiques, il est proposé des « logogriphes », sortes de devinettes dont le but est de faire découvrir un mot qui se décomposera en plusieurs autres. Comme dans cet exemple : « Des humains j’enferme le corps, si vous m’ôtez un pied, je suis unique en France. Rétablissez mon tout, tranchez ma tête, alors vous m’y voyez en abondance ? *»

On y trouve aussi de la publicité pour des remèdes soi-disant inégalés, guérissant tous les maux, des noms de commerçants ou praticiens itinérants vantant des produits miracles…

Le 17 août 1781, le journal annonce le décès d’Etienne-Vincent Machuel « doyen des Imprimeurs-Libraires de cette ville et éditeur de cette feuille » avec cette nécrologie : « Né avec un cœur droit et bon on ne le vit jamais faire le moindre mal à personne. Son plaisir était d’obliger. Il ne devait avoir que des amis mais trop de confiance accompagne ordinairement la droiture et il se trompa quelquefois et prit pour tels de ces hommes qui ne méritent pas ce titre ».

Quant à son périodique, il laissera sa place en décembre 1784 au  «Journal de Normandie ».

* Avez-vous trouvé ? C'est la « peau » dont il s’agit, qui se décompose en « Pau » et « Eau ».