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29/01/2011

Faites sauter les crêpes !

                                                                                         A la Chandeleur, l’hiver s’en va ou prend vigueur

Le 2 février, on fête de  la Chandeleur.  En ce jour, les  catholiques célèbrent la présentation de l’enfant Jésus au Temple et la purification ou les relevailles de sa mère la Sainte Vierge.

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Et c’est en mémoire de cet évènement qu’à partir de l’an 492 est organisée chaque année une procession au cours de laquelle on allume des cierges bénis, symbole de purification. La fête tire d’ailleurs son nom de cette tradition, du latin « festa candelarum », « fête des chandelles », chandelles qui, une fois bénies, étaient censées éloigner le mal et protéger les foyers de nos paysans superstitieux qui les conservaient alors pieusement.

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Au Ve siècle, lors de l’une de ces procession, pour récompenser les pèlerins venus jusqu’à Rome fêter la Chandeleur, le pape Gélase 1er, leur aurait distribué des crêpes, ou plutôt des « oublies » comme on les nommait à cette époque, donnant ainsi naissance à une tradition qui, pour le plus grand bonheur de tous les gourmands aux babines alléchées que nous sommes, est toujours respectée.

Le 2 février symbolise également la sortie de l’hiver et le retour au travail agricole. Par sa forme ronde et dorée, la crêpe rappelle le soleil et le retour proche du printemps.

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Je ne vous ferai pas l’affront de vous rappeler la recette des crêpes, mais voici comment autrefois, en Normandie, on pratiquait : « Pour six douzaines de crêpes, cassez dix-huit œufs que vous mélangez avec un litre de lait, une livre de farine, un verre à bordeaux d’eau-de-vie et un peu d’eau de fleur d’oranger. »

Quant au savoir-faire, suivez les conseils avisés d’Ernest Auricoste de Lazarque*1829-1894), l’un de nos plus célèbres gastronomes :

« Sur un joli feu de petit bois, vous placez la poêle bien propre. Frottez-la d’un peu d’huile ou de graisse fine et, lorsqu’elle est bien chaude, versez-y juste ce qu’il faut de pâte pour couvrir la surface d’une très fine pellicule… La pâte se solidifie à l’instant même ; vous tournez prestement la crêpe ; vous attendez un instant qu’elle se dore et c’est fait. Graissez de nouveau la poêle et recommencez pour une autre. »

Et surtout, n’oubliez pas de faire sauter votre première crêpe de la main droite, un Louis d’Or ou une belle pièce de monnaie en argent bien serré dans votre main gauche : vous assurerez ainsi la richesse de toute votre maisonnée toute l’année !

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Bon appétit !

* "Almanach historique de la Gastronomie Française" de C. Guy - Hachette 1981.

26/01/2011

Les "Chauffeurs" à Rouen

"Et que c'est le destin des hommes vicieux

D'éprouver tôt ou tard la justice des cieux."

J. Callot

 

Le 23 janvier 1798, sur la Grand-Place de la ville de Rouen, pour la première fois, une guillotine, tout nouvel instrument de supplice, attend le célèbre « chauffeur » Duramé  et sept de ses complices.

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Les « chauffeurs » dont il est question sont des brigands qui, s’introduisant la nuit chez leurs victimes, leur brûle la plante des pieds au feu de la cheminée ou sur les braises afin de leur faire avouer où sont cachées leurs économies.

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Déjà au début XVIIe siècle, le graveur Jacques Callot (1592-1635) évoque ces criminels pillant, assassinant, violant et incendiant fermes et maisons isolées dans sa série d’eaux-fortes intitulée « Les Grandes Misères de la guerre » sur les  ravages de la Guerre de Trente ans, conflit armé qui a déchiré l'Europe de 1618 à 1648.

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Jacques Callot - "Les grandes misères de la guerre - L'Arbre aux pendus (1633)

Profitant de la désorganisation de l’Etat durant les années troubles de la Révolution française, ces criminels, car en cas de refus voire tout simplement pour ne pas laisser de traces, ils n’hésitent pas à assassiner leurs victimes, vont se multiplier et écumer les campagnes...

Durant des décennies, ces hordes de bandits vont se multiplier. Au XVIIIe, ils sévissent principalement dans le nord et l’ouest de la France. A Rouen, entre 1794 et 1801, on a exécuté le nombre impressionnant de 123 « chauffeurs » ! Au lendemain du coup d’Etat du 18 brumaire an VIII (9 novembre 1799) marquant la fin du Directoire et de la Révolution française et le début du Consulat, comme l’ordre napoléonien est encore bien loin de se faire sentir en province, ils multiplient leurs crimes.

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"Les "Chauffeurs" d'aujourd'hui. Comment procédaient les bandits de la Drôme." - Le Petit Journal - 15 novembre 1908

Au XIXe siècle, de telles bandes vont se créer ça en là en France, souvent constituées de déserteurs ayant conservé leurs armes et auxquels vont se joindre les pires crapules des  régions. A cette époque, ce n’est pas la ville et les banlieues qui sont dangereuses, mais bien les campagnes où courent ces brigands assassins. Une cour spéciale militaire est instituée dans les régions concernées. Résultat, à Rouen, 134 nouvelles exécutions de « chauffeurs » entre 1801 à 1808.

La Belle Epoque va être le théâtre sur tout le territoire d’une nette recrudescence de ces bandes de malfrats avant qu’ils ne disparaissent tout à fait après la Seconde Guerre mondiale. Leurs chefs seront tous exécutés sans pitié.

11:10 Publié dans HISTOIRE | Lien permanent | Commentaires (2)

22/01/2011

Le cadastre Napoléonien

Toujours en balade dans l’histoire de l’état civil de notre pays, nous voici en l’an 1807.

En renforçant l’œuvre du Code civil, garant des libertés et de la propriété individuelle, l’Empereur Napoléon veut maintenant faire de la propriété foncière, l’assise de notre société et de la notabilité.

C’est pourquoi, le 15 septembre 1807, il décide, à la fois pour protéger le concept de propriété individuelle malmené dans notre pays depuis la Révolution française, mais aussi pour améliorer la fiscalité, de lever un cadastre parcellaire dans chaque commune française.

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Extrait de « L’Art de lever les plans » de Dupain de Montesson

Car il faut se souvenir qu’à l’origine, les cadastres étaient avant tout des outils fiscaux : la terre et les biens fonciers ayant contribué de tout temps à l’enrichissement des hommes !

Si les premiers cadastres datent de la fin du néolithique, le plus célèbre de l’antiquité est le cadastre romain instauré sous Auguste. Il ne comportait pas de carte mais une liste des propriétés et leurs revenus « imposables ».

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                             Extrait du Plan Terrier – Chapître de Saint-Etienne vers 1780.

Chez nous, les lointains ancêtres des cadastres sont les censiers ou livres terriers, registres fonciers appartenant aux seigneurs, recensant la liste de leurs tenanciers et de leurs tenures. Ils leur permettaient de répartir l’impôt ou cens dû par chacun. Plus tard, ce sera la taille qui sera ainsi visée… Toutefois, en dépit de quelques tentatives, jusqu’en 1789, ces documents vont conserver un caractère essentiellement local.

Ce sont les valeurs libérales introduites par la Révolution française qui vont amener le pouvoir à garantir la propriété et à réformer de même le système fiscal de l’ancien régime. Une expérience est lancée en ce sens par la Constituante mais, notamment en raison de la pénurie des finances et du défaut d’instruments et de méthodes adaptées, cette tentative va échouer.

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                                                           Cadastre Napoléonien - 1833

C’est finalement à Napoléon, s’appuyant sur les valeurs nouvelles de son Code civil, à savoir une garantie de la propriété privée, que l’on doit la décision de dresser un cadastre moderne, à but fiscal. Il signe la loi du 15 septembre 1807 qui donne alors naissance au cadastre parcellaire appelé depuis « cadastre napoléonien » composé d’états de sections, de matrices de propriétés bâties et non bâties et de plans. Il permet, grâce à la détermination de l’assiette fiscale dans chaque commune cadastrée, de répartir équitablement l’impôt. Les premières opérations cadastrales sont menées en 1808. En 1814, elles ont déjà permis la levée de 9 000 plans parcellaires. Et le projet va perdurer ! Si dès 1821, toutes les communes ont obtenu un plan cadastral, les travaux vont s’achever en 1850.

Remarquablement exécuté pour l’époque, le cadastre napoléonien est cependant entaché d’une lacune fondamentale : il n’est pas prévu de mise à jour. 

La rénovation générale de ces plans cadastraux fut donc prescrite par la loi du 16 avril 1930 et n’interviendra effectivement qu’entre 1950 et 1970.

Ainsi, les plans napoléoniens seront restés une référence pendant plus d’un siècle !

Exploiter les renseignements que peuvent donner les cadastres, c’est à coup sûr faire avancer sa généalogie. Et si on n’apprend rien du point de vue des dates, des lieux ou des liens de parenté, on peut comprendre comment les propriétés sont passées des uns aux autres, se faire une idée du niveau de vie de ceux qui nous ont précédés et suivre l’évolution de leur patrimoine immobilier. Ces précieux documents sont entreposés aux Archives Départementales, série P.

Histoire à suivre…

Biblio. « Histoire et utilisation des Cadastres » par C. Tardy – Gé-Magazine n°223