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30/10/2009

Le choléra en France

En matière de santé publique, il faut se souvenir que les statistiques ont leurs limites, celles dictées par la nécessaire prudence et l'humilité dans la connaissance !

Pour exemple, l'année 1823 : alors que la population française se sent rassurée par les propos d'un éminent scientifique qui proclame que  « les grandes mortalités sont devenues rares », une épidémie de cholera va terroriser le XIXème siècle !

L'effroi fut d’autant plus fort que depuis la fin du XVIIIe siècle régnait dans notre pays une sorte d’optimisme latent. La peste ne faisait plus vraiment parler d’elle, la dernière crise datant de 1720-1722. Les épidémies de dysenterie et de typhus se faisaient plus rares. Quant à la vaccination contre la variole, elle annonçait des jours meilleurs. Longtemps confinée en Inde, cette « pathologie à progression brutale » apparaît pour la première fois en Russie en 1829. Les troupes russes qui entrent en Pologne en 1831 pour mater une insurrection y apportent en même temps le germe.

En France, la diffusion en est à la fois cocasse et tragique : deux membres de l’Académie de médecine de Paris partent en 1831 pour la Pologne enquêter sur cette nouvelle maladie. Ils la contractent tous deux au cours de leur mission officielle, et s’ils en réchappent, ils contaminent leurs compagnons de voyage sur le trajet du retour (l’épidémie se répand autour de chaque gare d’arrêt du train !) comme leurs proches à l’arrivée à Paris (les premiers morts font partie de leur entourage).

Les trois premiers cas se présentent donc à Paris le 25 mars 1832. Personne n’écoute les quelques médecins qui demandent d’accroître par précaution le nombre de lits dans les hôpitaux. Une maladie du bout du monde ne peut frapper une ville moderne comme Paris ! L’eau de la Seine et les puits de la capitale facilement pollués par les caniveaux des rues, propagent rapidement l’infection.

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L'Impératrice Eugénie visitant les cholériques de l'Hôtel-Dieu de Paris

Il faut savoir que le bacille survit dans les milieux humides et alcalins (eau de mer, eau savonneuse, sueur humaine…). La transmission se fait par contact (poignée de main, poignées de porte, couverts de table mal lavés…), puis ingestion. Si presque toute la population est contaminée, seuls sont atteints ceux pour lesquels le vibrion a passé le barrage de l’estomac dans des aliments mal mâchés. L’incubation est d’une dizaine d’heures. La mort survient le 2ème jour pour un malade sur deux. Ceux qui survivent au-delà du 3ème jour guérissent et ne gardent aucune séquelle, mais restent porteurs sains pendant plusieurs semaines.

A Paris, de 100 décès le 2 avril, on atteint les 7 000 morts 12 jours plus tard. Comme les mécanismes de la contagion ne sont pas connus, le gouvernement conseille à la population de se mettre à la diète et de boire de l’eau plutôt que du vin !!!  Des hôpitaux provisoires sont montés. Tous les véhicules, fiacres, omnibus, voitures de déménageurs sont réquisitionnés pour servir de corbillards. Les enterrements se font sans discontinuer, même la nuit, et les fossoyeurs sont en nombre insuffisant si bien qu’on entasse les morts dans des fosses communes, y compris en dehors des enceintes des cimetières. La population s’affole. Cette maladie qui fait baisser la température au lieu de provoquer de la fièvre, qui touche aussi bien les riches que les pauvres, frappe les imaginations. On parle d’empoisonneurs, on soupçonne des médecins …

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Nombre de morts du choléra en France pour 100 000 habitants

L’épidémie s’étend rapidement sur tout le territoire français. En 1832, on recense en France 229 554 cas de choléra et 94 666 morts dont 18 402 à Paris. La Normandie fait alors partie des provinces les plus atteintes.  A Saint-Christophe-le-Jajolet, petit village situé entre Sées et Argentan, un monument a été érigé en l'honneur de Saint-Christophe, invoqué dans notre province pour se protéger notamment de certaines maladies et  se préserver contre "la mauvaise mort", rappelle la peur engendrée par ce fléau.

 

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Détail du monument de St-Christophe-le-Jajolet

Le choléra revient ensuite en 1849 (environ 100 000 morts) , puis en 1854-1855 (150 000 morts)

Ce n’est qu’en 1883, que le microbiologiste allemande Robert Koch parvient à isoler le bacille responsable du choléra et son mode de contagion. L’extension des réseaux d’eau potable le fait ensuite disparaître d’Europe.

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Robert Koch (1843-1910)

 

 

Biblio. : "Histoire de la population française" de J. DUPAQUIER, PUF. 

 

08:59 Publié dans HISTOIRE | Lien permanent | Commentaires (0)

24/10/2009

Micmacs à tire-larigot

Le 28 octobre prochain sort en salles le nouveau film de Jean-Pierre JEUNET « Micmacs à Tire-Larigot » avec Dany Boon dans le rôle principal.

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Belle occasion pour moi de vous parler de cette expression « à tire-larigot », peut être pas typiquement normande mais qui, en Normandie, a cependant une signification particulière.

L’expression « Tire larigot », signifiant « en grande quantité, énormément voire excessivement », est née au XVe siècle et n’était à l’époque associée qu’au verbe « boire ».

Si « Tirer » veut dire « faire sortir un liquide de son contenant » (comme le vin ou le cidre de son fût, par exemple), « à tire » correspond à « sans arrêt, d’un seul coup ».

Quant au « larigot », il s’agit en fait d’un jeu d’orgue dont les tuyaux appartiennent à la famille des flûtes. L’expression populaire imagée de « tire-larigot » représente quelqu’un qui boit sans s’arrêter avec la même posture que quelqu’un qui jouerait de la flûte. D’ailleurs, l’expression « flûter » signifie également « boire » !

Mais les normands ont une autre interprétation de cette expression. Pour eux, elle viendrait du nom d’une des cloches de la Cathédrale de Rouen, la « Rigaude », d’une grandeur et d’une grosseur telle que, pour la mouvoir, la mettre en branle, il fallait aux sonneurs une force peu commune.

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Cathédrale de Rouen - C. Monet - 1893/94

Très vite assoiffés par l’effort intense à fournir sur les cordes, ils devaient pour se donner des forces, boire beaucoup, boire "comme un sonneur", boire  "à tire la Rigaude", expression qui se serait transformée ensuite en « tire –larigot ».

20/10/2009

Quand Isigny faisait son beurre...

Isigny-sur-Mer, au cœur de la Baie des Veys, à la charnière du Cotentin et du Bessin, est, depuis des siècles, le symbole reconnu de la très haute qualité du beurre et de la crème de Normandie.

Son terroir, situé sur des plaines basses inondables irriguées par 5 rivières dont  la Douve et la Vire, est arrosé de pluies fines et régulières. Grâce à cette humidité et à la douceur de la température due à l’influence de la mer toute proche,  l’herbe y est abondante, chargée d’iode et d’oligo-éléments, idéale pour une production laitière riche en matières grasses.

Le beurre d’Isigny est réputé pour sa couleur naturelle d’un jaune bouton d’or et son bon goût de noisette.

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La motte de beurre - (1875-1885) - Antoinne Vollon

Et cette réputation est des plus anciennes. Il faut savoir que, jusqu’au XVe siècle, les graisses animales sont davantage consommées que le beurre et que ce n’est qu’à partir du XVIIIe siècle que les attitudes vont changer et que le beurre d’Isigny va être exporté vers nos grandes villes, Paris, Rouen,… mais aussi vers l’Amérique, Londres, Anvers et nos colonies ! Pour cela, le beurre est salé avec du sel blanc appelé sel de quart bouillon, puis mis dans des pots ou petites barriques appelées tinettes*.

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La laitière - (vers 1658-1661) - J. Vermeer

A Isigny, l’industrialisation de la transformation laitière ne s’est vraiment développée qu’à partir du début du XIXe siècle, conduisant à la création du plusieurs usines notamment par la dynastie des Dupont d’Isigny qui se diversifieront avec la création des fameux caramels d’Isigny.

Le beurre et la crème d’Isigny ont été reconnu AOC (Appellation d’Origine Contrôlée) en 1986.

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Femière des environs d'Isigny

En 2005, la production du beurre était de 4 207 tonnes pour 5 070 de crème.

Mais saviez-vous que la ville d’Isigny est liée à la famille de Walt Disney ? Son arrière grand-père, Arundel Elias Disney, né dans le Kilkenny en Irlande, est un descendant de Hugues et Robert d’Isigny qui s’installèrent en Angleterre avec Guillaume le Conquérant en 1066. D’ailleurs, « Disney » est l’anglicisation « d’Isigny » et en anglais, lorsque l’on prononce rapidement « Disney », on entend « D’isgny ».

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 Walt Disney - 1938

 

 

* « Tinette : tonnelet dont le fond est plus large que haut servant pour le transport du beurre salé ou fondu » - 1639 –  (Ordonnance sur les gabelles, art. 26 ds Havard t. 4)