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30/07/2009

On n'arrête pas le progrès !

Si notre ère est incontestablement celle des nouvelles technologies de l’information et de la communication, dont l’impact s’étend sur de multiples domaines et notamment sur notre mode de vie et notre économie, les progrès techniques acquis au Moyen Age, c'est-à-dire durant la période allant de l’Antiquité à la Renaissance, soit entre l’an 500 et l’an 1500, ont été ceux d’une véritable révolution technologique. Car, « entre le primate naturel que nous étions et l’homme que nous sommes devenus, s’intercale le progrès », et ce progrès a été de toutes les époques et notamment du Moyen Age.

Tenez, un exemple parmi d’autres : l’arbre à cames, ce dispositif mécanique permettant de transformer un mouvement rotatif en mouvement longitudinal et réciproquement, est une découverte du Moyen Age. Equipant les moulins, il a permis la mécanisation d’innombrables travaux : le moulin moud le blé, presse les olives, brasse la bière. Il aiguise les lames et écrase le tan. Il foule les draps et actionne pilons, martinets et soufflets pour le travail du fer.

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Moulin à eau - Braine le Château - XIIe siècle 

L’industrie textile à bénéficier quant à elle du perfectionnement des métiers à tisser, horizontaux, actionnés à pédales et par deux ouvriers. Des aiguilles métalliques suppléent les chardons pour le cardage de la laine.

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Métier à tisser - XVème siècle

Le travail du fer, réputé pour une qualité héritée des traditions germaniques, gagne en rendement par l’utilisation de l’énergie hydraulique.

Autre invention capitale : on coule la fonte. Le premier haut fourneau date de 1380. L’industrie exige du charbon de terre : l’exploitation des mines bénéficie des appareils de levage, des scies hydrauliques pour produire les états, des systèmes de drainage et de pompage.

La boussole, le gouvernail d’étambot, avant le XIIIe siècle, les premières véritables cartes au XIVe siècle, permettent de tels progrès dans la navigation que l’on construit des caravelles au début du XVe siècle. De même, les écluses à double porte développent la navigation fluviale.

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Bartolomeu Dias franchissant le Cap de Bonne-Espérance en 1488

Les domaines des Cisterciens au XIIe siècle sont des fermes modèles où l’on améliore les races de moutons par croisements, où l’on emploie l’assolement triennal pour accroître la productivité de l’agriculture. Chaque monastère est une véritable usine où la rivière fournit l’énergie.

Et puis, en France, le plus ancien moulin à papier, celui de Richard-de-Bas, près d’Ambert, fonctionne déjà en 1326. La gravure sur bois, puis l’invention des caractères mobiles aboutissent à la découverte de l’imprimerie. Et la liste ne s'arrête pas là, loin s'en faut !...

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Premier livre imprimé en Français : Recueil des histoires de Troyes de Raoul Le Fèvre - 1490

 

Pour clore ici mon propos, je laisse la parole à Alexis Carrel* pour qui «  La civilisation a pour but non pas le progrès de la science et des machines, mais celui de l’homme. »

 

* Chirurgien-Biologiste français, Prix Nobel de médecine en 1912 (1873-1944)

Biblio. « 2000 ans de vie quotidienne en France » - Sélection du Reader’s Digest - 1981

14:13 Publié dans HISTOIRE | Lien permanent | Commentaires (1)

25/07/2009

L'âge de la majorité

Dans un acte de mariage, le prêtre indique toujours si les fiancés sont "mineurs" ou "majeurs". Cette mention est des plus utiles car elle permet de cerner l’âge des futurs époux en fonction de la date et du lieu du mariage. Mais, à quel âge exactement était-on majeur dans notre pays autrefois ?

L’âge de la majorité, c’est-à-dire la capacité d’un individu à exercer librement ses droits qu’ils soient matrimoniaux, civiques ou politiques, sans l’accord de ses parents ou de son ou ses tuteurs, a varié selon son statut, les époques et aussi les régions.

Ainsi, s’agissant de la majorité des rois de France, une ordonnance de 1374 fixe celle-ci « à sa quatorzième année ». Mais tantôt l’ordonnance n’est pas appliquée (le régent se maintenant au pouvoir), tantôt on s’interroge sur la date exacte, début ou fin de la quatorzième année ? C’est au XVIIe siècle que la réponse est confirmée : le roi est majeur le lendemain de son treizième anniversaire !

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"La majorité de Louis XIII, le 20 octobre 1614" - Rubens

Concernant l’âge du mariage dans notre pays, dès le Moyen Age, l’Eglise reconnaît comme valides les mariages contractés, même sans le consentement des parents, à partir de 13 ans pour les garçons et 11 ans ½ pour les filles. Cette position, confirmée pourtant par le Concile de Trente, ne convient pas, ni au pouvoir royal ni aux grandes familles soucieuses d’éviter des mésalliances et qui n’hésitent pas à qualifier de « mariages clandestins » ces unions passées sans l’accord des familles. C’est pourquoi, un décret royal de 1556 subordonne donc le mariage des enfants mineurs à l’autorisation des parents : "Ordonnons que les enfants de famille ayant contracté ou qui contracteront mariages clandestins contre le gré, le vouloir et le consentement de leurs pères et mères, puissent être par leurs dits pères et mères exhédérés (= exclus) de leurs successions." Et pour faire bonne figure, l’âge de la majorité matrimoniale est porté par l’Ordonnance Royale de Blois de 1579, à 30 ans pour les fils (et pour la simple raison qu’ils étaient susceptibles d’engager davantage les biens familiaux) et 25 ans pour les filles.

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"Le mariage de la Vierge" - Raphaël - 1504

Avant cette majorité, impossible pour les enfants de se marier sans le consentement de leurs parents, l’avis du père l’emportant en cas de désaccord des deux. Même après leur majorité, si les parents sont hostiles au mariage, les enfants doivent leur adresser, par trois fois et par notaire, des "actes respectueux " avant toute cérémonie. En 1639, ces dispositions sont encore renforcées avec l’obligation de publier trois bans et d’entourer le prêtre de quatre témoins au minimum. On va même jusqu’à punir de mort "ceux qui se trouveront avoir suborné fils ou fille mineurs sous prétexte de mariage sans le consentement exprès des pères, mères et tuteurs". A noter cependant que, quelque soit l’époque, la présence des parents à la célébration du mariage, qu’il soit civil ou religieux, vaut consentement. Selon les régions, des « aménagements » vont être apportés à ces règles. Ainsi, le Parlement de Rouen en Normandie décrète en 1666 que toute personne née sur son territoire est majeure dès l’âge de 20 ans. Par contre, en Bretagne voisine, le fils reste jusqu’à 60 ans sous l’autorité de son père, à moins de se marier avec son consentement, ce qui l’émancipe.

A la Révolution, le mariage devient un acte laïc puisqu’il doit être enregistré en mairie avant de pouvoir se nouer à l’église. La loi du 20 septembre 1792 autorise les mariages avec autorisation parentale à partir de 13 ans pour les filles et 15 ans pour les garçons, la majorité pour l’ensemble des droits et pour les deux sexes étant acquise à 21 ans. La loi Révolutionnaire met en avant l’égalité des membres de la famille et, en abaissant l’âge de la majorité, assure que "la voix impérieuse de la raison s’est faite entendre ; elle a dit : il n’y a plus de puissance paternelle… ".

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"L'Accordée de Village" - J-B. Greuze (1725-1805)

Avec le Code civil de 1804, Napoléon renforce l’autorité du chef de famille. Le Code civil ne permet plus les mariages qu’à partir de 15 ans pour les filles et 18 ans pour les garçons, avec autorisation parentale. La majorité matrimoniale permettant de convoler librement n’est acquise qu’à 21 ans pour les filles et 25 ans pour les garçons. Pour les droits civils, la majorité est de 21 ans pour les deux sexes.

Depuis les années 1900, la législation a à la fois abaissé l’âge de la majorité et augmenté celui à partir duquel il est possible de se marier. La loi du 21 juin 1907 modifie le Code civil en portant la majorité matrimoniale à 21 ans pour les deux sexes. Celle du 5 juillet 1974 ramène la majorité des hommes comme des femmes à 18 ans, pour les droits civiques comme pour les droits matrimoniaux. Enfin, en 2005, l’âge à partir duquel il est possible à des jeunes gens de se marier passe à 18 ans, c’est-à-dire l’âge de leur majorité, pour les deux sexes.

22/07/2009

Jean BOULANGÉ, Couvreur en chaume et en gerbées

Mon aïeul, Jean BOULANGÉ (sosa  64)*, est, en 1764, et comme avant lui son père, Couvreur en chaume et en gerbées. Il exerce son métier dans sa paroisse de Bois d’Ennebourg, petit village normand situé dans le département de la Seine-Maritime, à environ 11 kilomètres à l'ouest de Rouen.

Né près de là, à Epreville-sur-Ry (aujourd’hui Martainville-Epreville), le 19 avril 1736, il épouse à 26 ans, Catherine MONFRAY, d’un an sa cadette. Le mariage est célébré dans l’église d’Epreville, le 31 janvier 1763. De cette union, vont naître à Bois d’Ennebourg 7 enfants, 4 garçons et 3 filles dont 2 décèderont en bas âge.

 

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Acte de baptème de Jean Baptiste Jacques, fils ainé de Jean et Catherine 

Cette année là, le roi Louis XV s’apprête à signer le Traité de Paris qui va mettre fin à la guerre de Sept ans. La France abandonne le Canada à l’Angleterre mais retrouve Belle-Ile, la Martinique et la Guadeloupe.

A cette époque, comme aujourd’hui, le métier de couvreur est un métier pénible : quel que soit le temps, qu’il pleuve ou qu’il vente, été comme hiver, le couvreur doit répondre présent. Il doit être très résistant physiquement, ne pas avoir peur de travailler accroupi ou à genoux et ne pas céder au vertige.

C'est aussi un métier exigeant : l’apprentissage est long et fastidieux. Les couvreurs sont des ouvriers polyvalents capables de manier aussi bien la truelle que le marteau ou la scie pour assurer l’étanchéité des toits. Pour cela, selon les régions, ils recouvrent les charpentes d’ardoises, de tuiles, de grandes feuilles de plomb, de zinc, ou simplement de chaume (ou paille) comme en Normandie.

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 Planche de présentation des outils du couvreur

Le couvreur en chaume dispose un échafaudage sur la charpente, une sorte d’échelle liée au faîtage. Le travail s’effectue de droite à gauche. Entre chaque déplacement d’échelle, il y a environ deux brassées de chaume et une « poignée » (petite quantité de paille utilisée pour assurer le calfeutrement). Des liens à nœud coulant sont glissés sous la latte. L’artisan place une première brassée posée à plat sur la couverture. Le lien est passé par-dessus puis glissé sous la latte. Entre deux brassées, il loge une poignée. La tonte se fait ensuite aux ciseaux en partant du faîtage vers la queue de vache. Puis le couvreur en chaume procède au dressage ou tapage pour mettre en forme définitivement la paille à l’aide d’une palette.

 

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Chaumière normande

Le métier de couvreur est toujours un métier dangereux, un métier à risques : les couvreurs ne mettent pas seulement leur vie en jeu, mais aussi celle des passants.

Devenu veuf en 1788, Jean BOULANGÉ, âgé de 52 ans,  se remarie en l’église de Bois-d’Ennebourg (76), le 3 mai 1791 à Marie Geneviève LEMOINE, célibataire de 6 ans sa cadette. Il s’éteindra dans sa commune le 7 thermidor an VI (25 juillet 1798) à l’âge de 62 ans. Son décès sera déclaré par son fils aîné Jean Baptiste, lequel entre temps a repris le métier de son père, celui de couvreur en paille. 

* Tableau de descendance : Jean BOULANGÉ ( 1736-1798)  Sosa 64 →Nicolas BOULANGÉ (1769-1852)  Sosa 32 →Constant BOULANGÉ (1817-1889) Sosa 16 →Constant BOULANGÉ (1842-1918)  Sosa 8 →Paul BOULANGÉ (1877-1950)  Sosa 4 →Camille BOULANGÉ, mon père, (1922-2007) Sosa 2.

Biblio : "Métiers du bâtiment", Nos ancêtres - Vie et Métiers, n°21 - Sept-Oct. 2006