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  • Tiens-toi bien à table !

    "Tiens toi bien à table !" : j'entends encore cette recommandation que ma grand-mère Blanche répétait inlassablement à la petite fille que j'étais. Savait-elle, ma chère grand-mère, que ses "ne croise pas les genoux sous la table", "ne pose pas tes coudes sur la nappe" et "ne parle pas en mangeant"... remontaient à la nuit des temps ou presque...

    Car bien se tenir à table est un sujet d'importance dès le début du XVIe siècle, c'est-à-dire dès l'époque où les penseurs vont placer l'homme au centre de l'univers. Comme l'attention se focalise sur l'individu, la façon dont il se comporte, notamment à table, va être épiée et analysée. Le "mangeur" de la Renaissance doit "se libérer de son animalité". A lui de se montrer raffiné en effaçant le rustre qui sommeille en lui.

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    Érasme de Rotterdam (1467-1536)

    Ces règles de savoir-vivre, elles ont été pour la première fois recensées par Érasme de Rotterdam (1467-1536), philosophe, humaniste et théologien des Pays-Bas bourguignons, pour qui "L'homme ne naît pas homme, il le devient". En 1530, à la fin de sa vie, il rédige à l'attention de son élève, le Prince Henri de Bourgogne, fils d’Adolphe, prince de Veere, petit-fils d’Anne de Borsalen, marquise de Nas­sau et future belle-fille de Philippe le Bon (1396-1467), un manuel de Savoir-vivre connu sous le nom de "La Civilité puérile", "De civilitate morum puerilium". Ce traité d'éducation va faire autorité en la matière. Au-delà du jeune prince, il permettra à ceux moins bien nés de "trouver les armes de la survie et de la conquête du monde". Durant trois siècles en effet, tous les enfants passant par les Écoles chrétiennes apprendront à lire dans les caractères dits de civilité, et copieront des modèles d'écriture qui furent surtout des modèles de conduite.

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    Au fil des pages, le maître prodigue ses conseils sur les atti­tudes à tenir, selon l'heure et le lieu. "Le traité de civilité n'est pas un art de feindre, mais un manuel d'intégration." Sur 7 chapitres, il parle de la décence et de l'indécence du maintien, du vêtement, de la manière de se comporter dans une église, des repas, des rencontres, du jeu et du coucher.

    « Avant de se mettre à table, il faut se laver les mains, se curer les ongles, lascher son urine à l’écart, au besoin se soulager le ventre. (...) La gaîté est de mise à table, mais non l’effronterie. (...)

    « Une fois assis, pose tes deux mains sur la table et non pas jointes sur ton assiette.. (...) Poser un coude ou les deux sur la table n’est excusable que pour un vieillard ou un malade. (...) Prends garde aussi de gêner avec ton coude celui qui est assis près de toi, ou avec tes pieds celui qui te fais face. (...) Se dandiner sur sa chaise et s’asseoir tantôt sur une fesse, tantôt sur l’autre, c’est se donner l’attitude de quelqu’un qui lâche un vent ou qui s’y efforce. (...) Tiens-toi le corps dans un équilibre stable. (...)

    Le verre à boire se place à droite ainsi que le couteau à couper la viande, bien essuyé ; le pain à gauche. (...) Commencer un repas par boire est le fait d’ivrognes qui boivent, non parce qu’ils ont soif, mais par habitude. C’est non seulement inconvenant, mais mau­vais pour la santé. Avant de boire, achève de vider ta bouche (...)

    Il y a des gens qui, à peine assis, portent la main aux plats ; c’est ressembler aux loups. (...) Il est grossier de plonger les doigts dans les sauces ; que l’en­fant prenne du plat, le morceau qu’il veut, soit avec son couteau, soit avec sa fourchette. Encore ne doit-on pas choisir par tout le plat comme le font les gourmets, mais prendre le morceau qui se présente. (...) Si c’est le fait d’un gourmand de fouiller par tout le plat, il est aussi peu convenable de le faire tourner pour choisir les bons morceaux. (...)

    Si l’on t’offre quelque morceau de gâteau ou de pâté, prends-le avec la cuillère, pose-le sur ton assiette et rends la cuillère (...) Tremper dans la sauce le pain qu’on a mordu est grossier ; de même, il est malpropre de rame­ner du fond de la gorge des aliments à demi mâchés et les remettre sur son assiette. S’il arrive qu’on ait dans la bouche un morceau que l’on ne puisse avaler, on se tourne adroitement et on le rejette. (...) « Ne jette pas sous la table les os ou tout autre reste, de peur de salir les planchers ; ne les dépose pas non plus sur la nappe ou dans le plat, mais garde-les dans un coin de ton assiette. (...) « On ne ronge pas les os avec ses dents, comme un chien ; on les dépouille à l’aide d’un couteau. (...) Après avoir coupé la viande dans son assiette par petits mor­ceaux, on la mâche avec une boulette de pain, avant de l’ava­ler. Boire ou parler la bouche pleine est incivil et dangereux... »

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    Aujourd'hui, bien sûr, les temps ont changé, ce code de bonne conduite ou de civilité d'Erasme prête à sourire... Pourtant, le respect de l'autre passe toujours par la façon de se tenir en société, que ce soit à travers son langage, son comportement, son attitude. Et la politesse, loin d'être désuète, est une des valeurs essentielles de ce "vivre ensemble" de notre époque.

  • Le plus vieux monument de Paris

    25 octobre 1836. Paris. Place de la Concorde. Aux côtés de leur roi Louis-Philippe Ier (1773-1850), un quart des Parisiens sont venus. Tous attendent avec impatience en scrutant le ciel. Tous retiennent leur souffle. Au centre de la plus grande place de la capitale, à l'endroit même où le roi Louis XVI (1754-1793) a été décapité, un homme seul face à 350 artilleurs qui manœuvrent sous ses ordres cordages et poulies. Devant lui et grâce à eux, une monumentale et ancestrale colonne de granit s'élève lentement dans le ciel de la capitale. Elle pèse 230 tonnes.

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    Élévation et plan des apparaux d'abattage et d'érection de l'obélisque original, in "L'obélisque de Louqsor", pl.10 - L'obélisque de Louqsor / par M. Lebas, ingénieur de marine - © Musée national de la Marine/A. Fux

    Depuis l’Égypte, Apollinaire Lebas (1797-1837), polytechnicien et ingénieur de la Marine, a la responsabilité de ces 3000 ans d'histoire que représente l'obélisque qui va dorénavant trôner au cœur de Paris. C'est en effet à lui qu'ont été confiées en 1831 les délicates missions de l'abattage, du transport et de l'érection à Paris de l'Obélisque de Louqsor (Égypte). Un chantier gigantesque de cinq années de travail et pour lequel il fit intervenir des techniques et utilisa des apparaux spécifiquement maritimes.

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    Apollinaire Lebas (1797-1837)

    Les Obélisques de Louqsor, c'est un cadeau d'amitié. Celui du vice-roi d'Egypte Méhémet Ali (1760-1849) à Charles X (1757-1836). Situés à l'entrée du temple d'Amon à Louqsor, antique cité située sur la rive droite du Nil, ils ont été construits sous le règne de Ramsès II au XIIIe siècle av. J.-C .Seul celui de droite, en regardant le temple, est abattu et transporté vers la France. Le second obélisque, resté sur place, sera rendu officiellement à l’Égypte par le Président Mitterand (1916-1996).

    Le 15 avril 1831, Lebas, sur le « Louxor », une barge à fond plat construite spécialement et équipée de mâts démontables pour passer sous les ponts de la Seine, quitte Toulon (Var). Trois semaines plus tard, il arrive à Alexandrie. Le travail de terrassement et de déblaiement du monolithe de granit rose enfoui dans le sable achevé, le 25 août 1832, le navire redescend le Nil et reprend la mer pour une arrivée à Toulon le 10 mai 1833. En août 1834, l'obélisque est extrait du bateau et hissé sur la rampe du pont de la Concorde.

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    Enfin, après plusieurs heures d'efforts et de suspens mais aussi beaucoup de frissons et de sueurs, le voici installé sur un piédestal de granit de Bretagne de 240 tonnes. « Le plus vieux monument de Paris » se dresse maintenant devant le roi et une foule en liesse. 

    Sur la face qui regarde l'avenue des Champs-Elysées et l'Arc de Triomphe, une inscription en lettres d'or sur laquelle on peut lire : «  En présence du roi LOUIS-PHILIPPE 1er, cet obélisque transporté de Louqsor en France a été dressé sur ce piédestal par M. LEBAS, ingénieur, aux applaudissements d'un peuple immense. » A noter que le nom de Lebas est en aussi gros caractères que celui de Louis-Philippe ! 

  • La cravate, pièce maîtresse du vestiaire masculin

    La seule utilité réelle de la cravate, c'est qu'on la retire, sitôt rentré chez soi,

    pour se donner l'impression d'être libéré de quelque chose

    , mais on ne sait pas de quoi.”

    Paulo Coelho, écrivain brésilien

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