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29/09/2009

Petit rappel sur les dispenses de mariage accordées par l'Eglise

Si, il y a très longtemps, les unions entre cousins étaient fréquentes et totalement libres, sous l’Ancien Régime, une autorisation exceptionnelle, appelée « dispense », devait être demandée et accordée pour qu’un mariage puisse avoir lieu entre parents trop proches.

Pour comprendre cette restriction de liberté, il faut se rappeler que la France de Louis XIV compte vingt millions de sujets. Villes et villages ne comportent qu’une population limitée. De surcroît, la division de la société en trois états, clergé, noblesse et tiers, fait que les princes n’épousent les bergères qu’au théâtre ! Dans la réalité, on ne marie sa fille que dans son milieu et dans un environnement local, c'est-à-dire près de chez soi. Le choix des conjoints possibles est donc des plus limités. En outre, dans le village, les notables marient leurs enfants entre eux, de génération en génération, pour éviter les partages et s’assurer la maîtrise des terres avec des dots confortables. Voilà pourquoi, au bout de quelques générations, les mariages ne se célèbrent plus qu’entre cousins ! Or, si le droit canon interdit les unions entre parents trop rapprochés, il va offrir aux futurs époux la possibilité de demander à Rome ou à l’évêché une « dispense de consanguinité »  presque toujours accordée.

Bien sûr l’union entre frère et sœur reste totalement proscrite. Mais l’interdit entre un oncle et une nièce (1er degré canonique) et entre cousins germains (2ème degré canonique) peut ainsi être levé par le Saint-Siège. Le Pape se réserve également les dispenses accordées aux familles royales, comme celle qui va permettre au Roi louis XIV d’épouser l’infante d’Espagne, Marie-Thérèse d’Autriche, alors qu’ils ont les mêmes quatre grands-parents. De fait, les élites vont continuer à solliciter leurs dispenses plutôt à Rome.

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9 juin 1660 - Mariage de Louis XIV et de Marie-Thérèse d'Autriche par Lausmonier

Concernant les cousins jusqu’au 4ème degré canonique inclus (petits-enfants de cousins germains), la dispense relève depuis 1563 de l’évêque.

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Ces dispenses étaient toujours établies en deux exemplaires. La minute restait à l’évêché. L’expédition était destinée au curé devant célébrer le mariage. Depuis la déclaration royale de février 1692, la dispense est obligatoirement mentionnée soit directement dans l’acte de mariage, soit dans le registre paroissial, quelques jours avant la date de la célébration.

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La minute ou dossier de dispense, lorsqu’il est complet, comporte, outre l’accord de l’Evêque, la « supplique des fiancés » (noms, prénoms, professions et domiciles des « supplicants », nature et degré de l’empêchement, et pour les cas d’affinité et de consanguinité, un tableau de cousinage où figurent les ascendants de la lignée menant à l’ancêtre commun,dont l’intérêt pour le généalogiste n’est pas à démontrer) ainsi que « l’enquête » menée à la paroisse (témoignages de quatre personnes avec éventuellement des précisions sur les situations familiales et des copies des actes).

La plupart des dossiers de dispenses de mariage sont aujourd’hui conservés aux Archives départementales dans la série G.

Outre la dispense de consanguinité, il ne faut pas oublier que l’Eglise validait également d’autres dispenses comme celle dite « de pauvreté », qui permettait de réduire le délai de remariage d’une veuve pourvue d’enfants (une rapidité parfois indispensable à sa survie).

La dispense « d’affinité », différente de la consanguinité, visait uniquement le remariage d’un veuf ou d’une veuve souhaitant épouser en secondes noces une cousine ou un cousin du premier conjoint. Celle de « l’honnêteté publique » suffisait lorsque le lien précédent n’avait pas été au-delà des fiançailles, comme par exemple un homme souhaitant épouser une femme après avoir été fiancé à sa sœur.

S'agissant de la dispense pour « affinité (ou cognation) spirituelle », l’Eglise considérant que père, mère, parrain, marraine d’un enfant sont des frères et sœurs spirituels, il était interdit au père devenu veuf d’épouser la marraine d’un de ses enfants, même après le décès de ce dernier.

Quant à la dispense « d’adultère » , elle était nécessaire si un veuf et sa fiancée avaient commis ledit « crime ». Auparavant, ils devaient jurer que ce « crime » n’était pas la cause de la mort de la première épouse.

Enfin, les mariages durant la période du Carême ou de l’Avent ou « temps interdits », ou ceux célébrés avant moins d’un an de résidence dans le diocèse, comme la publication de moins de trois bans, étaient également soumis à dispense.

 

23/09/2009

La Dame aux Camélias ou de la difficulté d’aimer et d’être femme

Le jeudi 16 janvier 1824, naît en Normandie, à Nonan-le-Pin (Orne), charmant village d'environ 500 âmes, une petite fille que ses parents choisissent de prénommer Alphonsine.

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Après le décès de sa  mère, elle est élevée par son père, Marin Plessis, originaire de Longé-sur-Maine, colporteur ivrogne et brutal de 35 ans.

L’enfance et la première jeunesse de la jeune Alphonsine sont marquées par une extrême pauvreté. Très tôt, elle est placée comme servante dans un hôtel à Exmes, puis ensuite à Gacé chez un marchand de parapluies.

A 14 ans, Alphonsine monte à Paris. Elle y travaille d’abord comme blanchisseuse et chapelière mais alors qu’elle crie famine, devant sa beauté juvénile,  les « protecteurs » accourent. C’est un dandy, Agénor de Guiche, qui, le premier, fait d’elle sa maîtresse et l’installe dans ses meubles.

A 16 ans, elle est une jeune femme extrêmement attirante. Sa beauté, son élégance et son style font sa célébrité. Elle se cultive, apprend à lire et à écrire, joue du piano. Très vite, elle a le « tout-Paris » à ses pieds et devient la courtisane la plus convoitée mais aussi la plus onéreuse. Femme fragile et ensorceleuse, elle souffre déjà de phtisie, ce qui lui donne un air à la mode. A l’époque, la féminité se porte chétive, la maladie est magnifiée car elle singularise et les femmes boivent du vinaigre pour se brouiller le teint.

En septembre 1844, l’année de ses 20 ans, elle rencontre Alexandre Dumas fils avec lequel elle va vivre durant onze mois une très belle et grande histoire d’amour. D’elle, il fera ce portrait : « Elle était grande, très mince, noire de cheveux, rose et blanche de visage, elle avait la tête petite, de longs yeux d’émail comme une Japonaise, mais vifs et fins, les lèvres du rouge des cerises, les plus belles dents du monde ; on eut dit une figurine de Saxe ».

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Ensuite, elle deviendra la maîtresse du musicien Franz Liszt qui lui offrira de vivre avec lui.

Discrète, intelligente, amoureuse pleine d’esprit, elle tient un salon fréquenté par les écrivains et les politiciens en vue. Elle parade dans les endroits à la mode, comme au bois de Boulogne et à l’Opéra. Elle devient « Marie Du Plessis », ajoutant un « du » qui sonne plus noble à son patronyme et sacrifiant son prénom d’Alphonsine au bénéfice de celui de « Marie ». Nul de ceux l’approchant pour la première fois ne peut penser être face à une courtisane.

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En janvier 1846, à 22 ans, traînant une vilaine toux qui ne la quitte guère, elle épouse à Londres Edouard de Perrégaux, jeune comte de 29 ans, à  la passion sincère mais au père intraitable qui exige aussitôt la rupture. Après l’échec de ce mariage, Marie revient en France où elle s’abîme dans une vie de plus en plus agitée et dissipée en dépit de la phtisie qui la consume.

Après une ultime apparition en janvier 1847 au théâtre du Palais-Royal, Marie s’éteint de la tuberculose le 3 février 1847 dans son logement parisien du 11, boulevard de la Madeleine, ruinée, criblée de dettes et abandonnée de tous, avec seulement à ses côtés le Comte de Perrégaux. Elle n’a que 23 ans.

L’année suivante, Alexandre Dumas fils publie « La Dame aux camélias », roman inspiré par son amour pour Marie. « N’ayant pas encore l’âge où l’on invente, dira-t’il, je me contente de raconter ». C’est ainsi que Marie devient Marguerite Gautier, celle qui trépasse dans les bras de son amant en lui murmurant « J’ai vécu pour l’amour, je meurs pour lui ». L’immense succès du roman conduit son auteur à en tirer une pièce de théâtre qui sera jouée en 1851.

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Emu, Verdi, après avoir vu la pièce à Paris, s’en inspire et compose pour sa part, en 1852, « La Traviata ». Marie y devient Violetta, une « traviata », c’est-à-dire une femme perdue. L’opéra est créé à la Fenice de Venise en 1853.

Au cinéma, Marguerite Gautier prendra notamment les visages de Sarah Bernhardt, Isabelle Adjani, Greta Garbo ou Isabelle Huppert.

Enfin, Margot Fonteyn sera aux côtés de Rudolf Noureev l'interprète d'un des ballets adaptés du célèbre roman.

C'est ainsi que celle qui ne fut jamais une dame et n’aimait pas particulièrement les camélias, la petite normande aux origines modestes, est entrée pour toujours dans la légende.

 

19/09/2009

La pandémie de grippe de 1918-1919

« La mémoire des choses passées est la prudence de qui est à advenir »

E. PASQUIER (1529-1615), Lett. T. III, p. 683

 

Notre gouvernement vient de publier le plan national de prévention et de lutte « Pandémie grippale ». La grippe A H1N1 menace notre pays ! C’est « LE » sujet d’actualité, à la une de la presse comme des journaux télévisés et dans toutes les conversations, qui divise, qui interroge, qui interpelle. En fait-on trop ? Ou pas assez ?

La grippe, cette maladie, vieille comme le monde ou presque (Hippocrate en a décrit les symptômes dès 412 avant J.-C. !), considérée aujourd’hui sûrement à tort par beaucoup d’entre nous comme si bénigne et si banale qu’on en oublie qu'elle peut être terriblement dangereuse et des plus mortelles ! Pour preuve, celle qui frappa notre planète au sortir de la Première Guerre Mondiale.

Elle avait déjà touché sévèrement le continent américain en 1781 et 1782, puis l’Asie et la Russie, entre 1829 et 1833, s’étendant ensuite à l’Europe et à nouveau au continent américain. Lors de l’hiver 1889-1890, une nouvelle épidémie suit le même parcours : naissance en Asie, puis propagation d’est en ouest vers la Russie puis l’Europe. C’est dire que les symptômes grippaux, tout comme l’existence d’épidémies exceptionnelles, sont donc déjà connus des médecins quand surviennent les premiers cas de la terrible « grippe espagnole »* qui restera la pandémie**  la plus mortelle de notre histoire moderne.

L’Europe et le monde sont à peine sortis du premier conflit mondial quand la première vague d’épidémie grippale, contagieuse mais peu virulente, sévit, au printemps 1918. Elle est suivie, dès le mois d’octobre par une pandémie cette fois des plus meurtrières. En 1918, les chercheurs ne sont pas en capacité d’isoler l’agent transmissible responsable de la maladie qui reste invisible, ni de connaître, donc de traiter efficacement ce fléau. L’Académie de médecine ne peut qu’estimer que « la maladie est hautement contagieuse, et que sa transmission est certainement interhumaine », sans pouvoir aller plus loin dans ses explications. Au plus fort de l’épidémie, en octobre 1918, on ferme les lieux publics, on améliore l’assainissement par l’organisation du ramassage des ordures et la vaporisation d’antiseptiques dans les supposés « foyers d’épidémie ». De son côté, le Ministère de la Défense prend en charge les malades venus du front, essentiellement en les évacuant vers les lignes arrières, ce qui ne manque pas de propager l’épidémie aux villes de garnison. La prise en charge individuelle des malades passe par l’isolement au domicile et par un renforcement de l’hygiène. Des services de désinfection se développent et interviennent à domicile pour vaporiser de l’eucalyptus ou des antiseptiques. 

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A Londres, les employés municipaux désinfectent les lieux publics

Pour se protéger, on utilise des solutions antiseptiques à base de menthol, d’eucalyptus, de phénol ou d’acide salicylique sous des formes aussi diverses que des pommades labiales et nasales, des solutions pour le lavage des mains et du visage, voire des gargarismes.

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 Manifestation en faveur du port d'un masque hygiènique à Paris en 1918

Pour soigner, on administre des traitements issus de l’expérience de la syphilis ou de la tuberculose. De l’arsenic, des solutions d’argent et d’or colloïdal administrées par voie intraveineuse, des sérums, des stimulants, de la quinine mais aussi des saignées contre la congestion, autant de soins qui, en l’absence d’identification de l’agent pathogène, demeurent symboliques, insuffisants et peu efficaces. Car ce n’est que dans les années 1930 que le virus grippal de type A, responsable de la pandémie, sera enfin isolé !

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Les hôpitaux du monde entier sont bondés

 

La « grippe espagnole » de 1918 fera 60 millions de morts. A titre d’exemple, on évalue à 13 millions le nombre de morts aux combats de la Grande Guerre.  50% de la population mondiale aurait été contaminée (soit à l’époque 1 milliard d’habitants). Et en France, on estime que 165 000 personnes y ont succombé.

L’épidémie s’est éteinte en 1919 d’elle-même et n’est jamais réapparue sous cette forme. On sait aujourd’hui qu’elle était due à une souche du virus H1N1 particulièrement virulente et contagieuse. Ce virus, responsable de la grippe A, est devenu le virus de grippe dominant dans le monde.

Le 11 juin dernier la grippe H1N1 a été déclarée première pandémie du XXIe siècle par l’Organisation Mondiale de la Santé.

"Prudence est mère de sûreté" : pour que l'histoire ne se répète pas, RESTONS VIGILANTS !

 

* Son surnom « grippe espagnole » vient du fait que seule l’Espagne, non impliquée dans la Première Guerre mondiale, a pu, en 1918, publier librement les informations relatives à cette épidémie. Les journaux français parlent dont de la « grippe espagnole » qui faisait des ravages en Espagne sans mentionner les cas français qui étaient tenus secrets pour ne pas faire savoir à l’ennemi que l’armée était affaiblie.

** c’est-à-dire maladie à diffusion mondiale.

07:17 Publié dans HISTOIRE | Lien permanent | Commentaires (1)