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29/08/2009

Quand on se levait dès potron-jacquet...

« Il avançait pays, monté sur un criquet,

Se levait tous les jours dès potron-jacquet ».

(Grandval, « Poèmes de Cartouche », Chant VII,97)

 

Voilà une charmante expression tombée en désuétude. A l’origine, au XVIIe siècle, cela signifiait se lever tôt, dès l’aube.

Le « potron » est une déformation de « poitron », qui vient de « poistron », du latin vulgaire « posterio » dans lequel vous aurez reconnu « postérieur ».

Quant au « jacquet », dérivé du prénom Jacques, c'est le nom que porte traditionnellement en Normandie l'écureuil.

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Le « potron du jacquet », c’était donc… le derrière de l’écureuil.

« Se lever dès potron-jacquet » signifiait littéralement « dès que l’on voit poindre le derrière de l’écureuil ». En effet, ce petit animal est fort matinal et montre son derrière empanaché « dans la fraîcheur de l’aube naissante ».

A partir de 1835, lorsque les citadins ont remplacé les ruraux, les écureuils se faisant rares dans les villes, on a remplacé le « jacquet » par le « minet », plus familier mais tout aussi matinal.

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« Potron-jacquet » est donc devenu tout naturellement « potron-minet », qui avait l’avantage considérable d’avoir la même consonance.

Ainsi va notre langue …

24/08/2009

Les unités de mesure sous l’Ancien régime

Sous l’Ancien Régime, pas facile de savoir avec précision la taille exacte de son aïeul mesuré en 1760 ou sur quelle quantité de sel il était taxé ! Car, avant l’instauration du système métrique dans notre pays, si les unités de mesure sont aussi nombreuses que variées, des mesures identiques ont des appellations dissemblables et des mesures de même nom correspondent à des mesures différentes ! Bref, un vrai labyrinthe ! Pour s’en sortir, voici quelques notions de base…

S’agissant des mesures de longueur, elles sont héritées du système duodécimal romain. Pour mesurer la taille humaine, on se sert principalement de la toise (d’où l’expression « passer sous la toise », qui correspond à « l’étendue des bras », c’est-à-dire l’envergure des bras ou la distance entre les bouts des doigts, les deux bras étendus. La toise du Châtelet est l’étalon légal matérialisé, prétendument depuis Charlemagne, par une barre de fer fixée dans le mur du Grand Châtelet* et mesurant 6 pieds de roi soit environ 195 cm.

 

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Le Grand-Châtelet de Paris vers 1650

Le pied est l’unité de base des longueurs. Il se divise en 12 pouces, chaque pouce en 12 lignes et chaque ligne en 12 points. Mais, encore faut-il préciser de quel pied il s’agit ! Car si le pied de roi, ou pied de Paris, censé être celui de Charlemagne, mesure 32,483 cm, le pied du Rhin est de 33,3 cm et le pied de Londres de 31,2cm ! Quant au pied anglais, introduit par Guillaume en Normandie, il est égal à « quinze seizième du pied du Roi de France » !

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L'Empereur Charlemagne

Les grandes distances s’expriment en lieues, mais la lieue de Paris mesure 1666 toises jusqu’en 1674 et 2000 toises de 1674 à 1737 !

Les petites mesures se calculent en empan, lequel correspond à la longueur de la main, doigts écartés. Sa valeur varie également d’une région à l’autre : 20,1 cm à partir de la toise du Châtelet, 22,5 cm selon un étalon de Vallouise.

Pour mesurer les étoffes, les drapiers utilisent l’aune. Instaurée par un Edit royal de François 1er qui imposait de « n’utiliser comme unité de longueur que l’Aune du Roy ou Aune de Paris, ayant pout valeur 3 pieds, 7 pouces, 8 lignes de Pied du Roy », soit environ 118,84 cm, elle va elle aussi varier au fil des ans et des régions. Ainsi, au XVIIIe siècle, l’aune de Paris mesure 130 cm, celle de Lille, 69,3 cm et celle de Rouen, 141 cm ! A savoir, l’aune se subdivise en demies, tiers, quarts et sixièmes.

La brasse est une mesure utilisée dans la marine. Elle correspond à la longueur de corde entre les bras étendus. Elle varie de 5 à 7,6 pieds, soit environ 1,624 m. Quant au mile marin, comme sa longueur correspond à une minute d’arc de méridien, son calcul est précis, sa longueur stable et scientifique : 1 852 m.

Les surfaces s’expriment soit à partir des unités de longueur comme la toise carrée, le pied carré, le pouce carré…soit avec des valeurs plus approximatives comme le journal. C’est la surface de terre qu’une charrue peut labourer ou qu’un homme peut travailler en une journée. Le journal de Paris correspond à 32 ares 86, celui de Bordeaux à 31 ares 93, … L’arpent est une mesure agraire très utilisée. L’arpent de Paris vaut 100 perches carrées de 18 pieds de côté (31,19 ares) et l’arpent des eaux et forêts équivaut à 100 perches carrées de 22 pieds de côtés (51,04 ares). La verge vaut ¼ d’arpent, l’acre vaux 2 arpents, l’ânée est la surface de terre ensemencée avec la charge d’un âne, soit environ 7 arpents. La rasière, la quarterée, la séterée, la poignerée, l’éminée sont des surfaces ensemencées avec le grain contenu dans une rasière, une quartière, un setier, une poignère ou une émine. En Provence, l’éminée correspond à 8 ou 9 ares, mais peut avoir une tout autre valeur en Anjou ou ailleurs !

L’unité de base de mesure des liquides est la pinte. En 1742, elle est officiellement définie à 0,95 litres. Le muid vaut 2 feuillettes, 1 feuillette vaut 2 quartauts, 1 quartaut vaut 72 pintes. La pinte vaut 2 chopines, la chopine vaut 2 demi-setiers, le demi-setier vaut 2 possons et le posson 4 roquilles. Pour les plus grandes quantités, l’unité est la pièce (appelée aussi futaille ou barrique selon les régions), elle varie de  274 litres en Languedoc à 183 litres en Champagne.

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Proportion des mesures des anciens pour les longueurs et leur rapport à celles de Paris - Gravure anonyme - 1699

Enfin, concernant les matières sèches, comme le blé, l’orge, le seigle, l’unité de base est le boisseau (environ 12,7 litres). Ses multiples sont nombreux. Le muid vaut 12 setiers, le setier 2 mines, la mine 2 minots, le minot 3 boisseaux. Le boisseau vaut 16 litrons. Pour compliquer le tout, le setier correspond à un nombre différent de boisseaux selon les matières ou les lieux. Ainsi, à Paris, un setier correspond à 12 boisseaux de blé, d’orge ou de seigle mais à 24 boisseaux d’avoine. Un setier correspond à 24 boisseaux d’avoine à Paris mais à seulement 18 à Meulan !

L’unité de mesure du bois est la corde. Elle correspond à la quantité de bois que la corde, à une longueur donnée, peut entourer. La corde officielle est celle des Eaux et Forêts (environ 3,8 stères).

Pour mesurer le poids, l’unité de base est la livre (489,5 grammes). La livre vaut 2 marcs, le marc 8 onces, l’once 8 gros et le gros 8 grains. La livre se divise aussi en 4 quarterons et le quarteron en 4 onces. Pour exprimer les plus grands poids, on trouve le quintal qui vaut 100 livres, le millier qui vaut 1000 livres et le tonneau de mer qui vaut 2000 livres (979 kg). Enfin, certaines matières sont calculées avec des récipients remplis soit à refus, soit à ras, le refus constituant la marge du négociant pour un même prix d’achat et de revente.

 

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Les Unités du système métrique - Gravure de J.P. Delion (1799)

Lors de la préparation des Etats Généraux de 1789, l’unification des poids et des mesures est très largement réclamée par les trois Etats. La multiplication des droits de mesurage et l’infinité de valeurs des mesures, qui changent dans le temps et dans l’espace, les fraudes constantes, l’éloignement de l’idée de justice dans la répartition des biens entre les membres des communautés sont clairement exprimés dans les cahiers de doléances « « une seule mesure pour tout le royaume, et que les grains de toutes espèces se mesurent dans la même mesure (…) pour que le malheureux ne soit pas lésé ».

Le 8 mai 1790, sur proposition de Talleyrand, l’Assemblée Nationale décide de la création d’un système de mesures décimal aux caractéristiques stables, uniformes et simple. Le 30 mars 1791, nait la mesure du mètre et le 18 germinal an III (7 avril 1795), un décret de la Convention fit des nouvelles « mesures républicaines » les mesures légales et obligatoires en France.

* Dès le IXe siècle, les accès aux deux ponts qui reliaient l’Ile de la Cité de Paris aux berges de la Seine, furent protégés par deux châtelets, d’abord en bois puis en pierre : le Grand Châtelet au nord, destiné à protéger l’accès au Grand Pont (actuel Pont au Change) et le Petit Châtelet au sud.

20/08/2009

J'irai revoir ma Normandie !

« J’irai revoir ma Normandie !

C’est le pays qui m’a donné le jour ! 

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 Ce refrain, c’est le chant populaire normand par excellence, notre « cocorico », celui que l’on « entonne » dans toutes les circonstances pour rappeler notre province. Et si l’on ne pas connaît pas entièrement les paroles des trois couplets de la chanson, l’air en est très populaire !

 "Quand tout renaît à l’espérance,

Et que l’hiver fuit loin de nous ;

Sous le beau ciel de notre France,

Quand le soleil revient plus doux ;

Quand la nature est reverdie,

Quand l’hirondelle est de retour,

J’aime à revoir ma Normandie"

 

On la doit à un normand, Frédéric Berat, poète et musicien, né au domicile de ses parents, à Rouen, 23/24, rue Saint-Etienne des Tonneliers,  le 11 mars 1801 ou plutôt le 20 ventôse an IX de la République.

 

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Acte de naissance de Frédéric Berat, à Rouen, le 20 ventôse an IX (11 mars 1801)

Sixième d’une fratrie de sept enfants, son père Charles, négociant, le place, comme nombre d’enfants de cette époque, en nourrice à La Rue Saint-Pierre, une petite commune située à 18 kilomètres de là.

En âge de travailler, il entre à la Compagnie du Gaz à Paris avant de se livrer  totalement à ses talents de poète* et de compositeur. Il embrasse tout d’abord la carrière de chansonnier et se lie d’amitié avec le plus célèbre de l’époque, Pierre-jean de Béranger (1780-1857) qui le prend sous sa protection.

"J’ai vu les champs de l’Helvétie,

Et ses chalets, et ses glaciers ;

J’ai vu le ciel de l’Italie,

Et Venise, et ses gondoliers !

En saluant chaque patrie

Je me disais : aucun séjour

N’est plus beau que ma Normandie !

C’est le pays qui m’a donné le jour !"

 

D’un caractère heureux, Frédéric Berat écrit et chante sa joie de vivre. Ses vers sont sans prétention, d’une facture souvent facile et sa mélodie musicale s’y accorde. C’est ainsi qu’il compose nombre de ritournelles à succès dont Mimi Pinson, La Montagnarde, Le retour du petit savoyard et bien d’autres encore, mettant des larmes dans les yeux de nos grands-mères, d’autres romances simples ou empreintes d’une certaine philosophie, autant de tableautins que nos aïeux appréciaient.

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Frédéric Berat

Mais c’est surtout pour « Ma Normandie », la chanson aujourd’hui utilisée comme hymne national du bailliage de Jersey,  qu’il composa en 1836, sur le bateau qui le menait de sa ville natale à Sainte-Adresse, pour la chanteuse Loïsa Pujet (1810-1889), qu’il est passé à la postérité et qu’il fit fortune.

Pierre Larousse, dans son Grand Dictionnaire universel du XIXe siècle, dit, en parlant de cette chanson « Elle n’offre rien de bien relevé comme mélodie ; les paroles n’ont point grande envergure poétique ; mais le tout est net, franc et senti. Que fallait-il de plus pour en assurer le succès ? »

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"Par ses douces chansons que partout ont fredonne, si Berat a toujours le succès le plus grand, c'est qu'en qualité de normand, c'était à lui de droit que revenait la pomme !"

 

Décédé le 2 décembre 1855 à Paris, Frédéric Berat est enterré au cimetière du Père-Lachaise.

 

"Il est un âge dans la vie

Où chaque rêve doit finir,

Un âge où l’âme recueillie

A besoin de se souvenir ;

Lorsque ma muse refroidie

Aura fini ses champs d’amour,

J’irai revoir ma Normandie !

C’est le pays qui m’a donné le jour !"

 

* Il a publié  "Contes et nouvelles du pays normand" .