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31/05/2015

Pois gourmand, pois normand

 « Pois ramés, pois écossés !

C'est la chanson du mois de mai

et cette musique plaît plus aux oreilles gourmandes

que toutes les savantes ariettes de l'opéra-buffa »

Grimod de la Réynière.

 

Variété de pois dont on consomme la gousse, symbole de printemps, le « Pois gourmand », aussi appelé « Pois mange-tout », occupe une place de choix dans notre alimentation et ce depuis des siècles. Cultivé en Europe à partir du VIIIe siècle, c'est Jean de la Ruelle (1479-1537), médecin botaniste français, qui le mentionne pour la première fois dans son ouvrage « De Natura stirpium libri tres »  publié en 1536.

 

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Né probablement en Asie, le pois a conquis très tôt l'Occident. Des archéologues en ont trouvé trace dans le Paris préhistorique. Déjà, dans l'Athènes antique, des crieurs de rue le vendaient en purée. Chez nous, jusqu'au XVIe siècle, on le consomme sous sa forme séchée, ce que nous appelons maintenant le pois cassé, et c'est alors une denrée de base.

Sous le règne du roi Louis XIV (1638-1715), le pois triomphe à tel point que Madame de Maintenon (1635-1719) écrira : « Le chapitre des pois dure toujours, l'impatience d'en manger, le plaisir d'en avoir mangé et la joie d'en manger encore sont les trois points que nos princes traitent depuis quatre jours. Il y a des dames qui, après avoir soupé chez le roi, et bien soupé, trouvent des pois chez elles pour manger avant de se coucher, au risque d'une indigestion ; c'est une mode, une fureur. »

 

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 Louis XIV (1638-1715)

Ramant ou semi-ramant, le pois gourmand, ce légume éphémère, est l'une des premières cultures à mettre en place dès la fin de l’hiver. Parmi les 350 variétés que le catalogue Vilmorin propose en 1910, les deux plus anciennes et aussi le deux plus connues sont le « Carouby de Maussane » à fleur violette et la « Corne de Bélier » à fleur blanche.

Et comme d'habitude, pour vous tous amis gourmands aux babines alléchées, voici la recette des « Pois gourmands normands à l'huile de noisette, basilic et citronnelle* » :

 

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Préparation 10 min - cuisson : 2min.

Pour 4 personnes, il vous faut : 500 g de pois gourmands, 4 c. à soupe d'huile de noisette, le jus d'un citron, thym citronné, verveine citronnelle, basilic frais, sel

Cuire les pois gourmands 2 minutes à la vapeur puis, dans un saladier, les assaisonner à l'huile de noisette et au citron. Saler légèrement. Ajouter le thym citronné, des feuilles hachées de verveine citronnelle. Mélanger le tout. Disposer sur les assiettes et décorer avec de petits bouquets de basilic.

Bon appétit !

 

* Recette de J. Barbet extraite de « À la découverte des saveurs du potager » - Ed. Hachette 1998.

Biblio. « L'histoire à table » d'A. Castelot – Plon 1972.

27/05/2015

Michel de Montaigne et les cannibales de Rouen

Michel de Montaigne (1533-1592), l’auteur des « Essais », l'œuvre qui a influencé toute la culture occidentale, était à ce point fasciné par les mœurs indigènes, passionné par les récits des colons ou des missionnaires, qu’il va consacrer tout un chapitre du premier de ses livres  à ceux qu’on appelait « des cannibales ».  

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Michel de Montaigne

 

Et c’est dans notre bonne ville de Rouen, en 1563, à l’occasion de leur présentation au roi de France, qu’il va faire connaissance de trois d’entre eux. Devant le Parlement de Normandie, ce jour du 17 août fut proclamée la majorité du jeune roi, futur Charles IX (1550-1574), qui venait seulement de fêter ses 12 ans.  

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Les cérémonies d’accueil du roi de France Henri II à Rouen

 

Comme treize ans plus tôt, lors de la visite de son père le roi Henri II (1519-1559), les autorités de la ville offrent au jeune souverain, pour le divertir, un spectacle exotique durant lequel des indiens du Brésil sont invités à exécuter devant lui leurs danses traditionnelles.   

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L'exemplaire des Essais annoté par Montaigne, dit « exemplaire de Bordeaux »

 

C’est ainsi que Michel de Montaigne va faire connaissance de ces « sauvages » qui « avoient quitté la doulceur de leur ciel pour venir veoir le nostre ». C’est avec trois d’entre-eux, trois brésiliens, trois indigènes, trois barbares, trois chefs Tupinamba qu’il va pouvoir s’entretenir grâce à l’aide d’un interprète. Et son étonnement va être grand… Car les plus barbares ne sont pas ceux qu’on croit ! Ainsi, tous trois interrogés sur ce qui les a le plus étonnés, ils vont lui répondre trouver fort étrange « que tant de grands hommes portant barbe, forts et armés, … se soubmissent à obéir à un enfant… » ! Mais, laissons Montaigne nous narrer lui-même cette rencontre :

 

« Trois d’entre eux, ignorant combien coûtera un jour à leur repos et à leur bonheur la connaissance des corruptions de deçà, et que de ce commerce naîtra leur ruine, comme je présuppose qu’elle soit déjà avancée, bien misérables de s’être laissé piper au désir de la nouvelleté et avoir quitté la douceur de leur ciel pour venir voir le nôtre, furent à Rouen, du temps que le feu roi Charles neuvième y était. Le Roi parla à eux longtemps ; on leur fit voir notre façon, notre pompe, la forme d’unie belle ville. Après cela, quelqu’un en demanda leur avis, et voulut savoir d’eux ce qu’ils y avaient trouvé de plus admirable ; ils répondirent trois choses, d’où j’ai perdu la troisième, et en suis bien marri ; mais j’en ai encore deux en mémoire. Ils dirent qu’ils trouvaient en premier lieu fort étrange que tant de grands hommes, portant barbe, forts et armés, qui étaient autour du Roi (il est vraisemblable qu’ils parlaient des Suisses de sa garde), se soumissent à obéir à un enfant, et qu’on ne choisisse plutôt quelqu’un d’entre eux pour commander ; secondement (ils ont une façon de leur langage telle, qu’ils nomment les hommes moitié les uns des autres) qu’ils avaient aperçu qu’il y avait parmi nous des hommes pleins et gorgés de toutes sortes de commodités, et que leurs moitiés étaient mendiants à leurs portes, décharnés de faim et de pauvreté ; et trouvaient étrange comme ces moitiés ici nécessiteuses pouvaient souffrir une telle injustice, qu’ils ne prissent les autres à la gorge, ou missent le feu à leurs maisons.

Je parlai à l’un d’eux fort longtemps ; mais j’avais un truchement qui me suivait si mal et qui était si empêché à recevoir mes imaginations par sa bêtise, que je n’en pus tirer guère de plaisir.

Sur ce que je lui demandai quel fruit il recevait de la supériorité qu’il avait parmi les siens (car c’était un capitaine, et nos matelots le nommaient roi), il me dit que c’était marcher le premier à la guerre ; de combien d’hommes il était suivi, il me montra une espace de lieu, pour signifier que c’était autant qu’il en pourrait en une telle espace, ce pouvait, être quatre ou cinq mille hommes ; si, hors la guerre, toute son autorité était expirée, il dit qu’il lui en restait cela que, quand il visitait les villages qui dépendaient de lui, on lui dressait des sentiers au travers des haies de leurs bois, par où il pût passer bien à l’aise.

Tout cela ne va pas trop mal : mais quoi, ils ne portent point de hauts-de-chausses. » 

 

Biblio. "Histoire de la Normandie" de R. Jouet et C. Quétel - Orep Ed. 2009

24/05/2015

Montgomery et Rommel : deux ennemis aux racines normandes

 La généalogie peut se montrer malicieuse et révéler des surprises étonnantes. Comme celle qui « relie » deux soldats de la Seconde Guerre Mondiale, deux ennemis, qui se sont combattus loyalement mais férocement.

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 Bernard Montgomery (1887-1976)

Le premier, l'anglais Bernard Montgomery (1887-1976), le célèbre « Monty ». Le 13 août 1942, il prend le commandement de la 8ème armée de son pays en Afrique du Nord. En novembre de la même année, il livre à l'ennemi l'une des plus grandes batailles de la Seconde guerre mondiale, celle d'El-Alamein. L'offensive décisive qu'il va mener, repoussant l'Afrika Korps et les forces italiennes jusqu'en Libye, est considérée aujourd'hui par beaucoup d'historiens comme un des tournants de la Seconde Guerre mondiale.

 

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 Erwin Rommel (1891-1944)

Face à lui, le second, Erwin Rommel (1891-1944). Surnommé « « le renard du désert », il dirige l'Afrika Korps ce corps expéditionnaire allemand d'Afrique du Nord. 

Mais saviez-vous que les ancêtres de ces deux hommes sont originaires de Normandie ?

L'anglais descend d'une branche irlando-normande de Roger II de Montgomery (1030-1094) dit « Roger le grand ». Ce Sire d'Alençon (Orne) était l'un des plus puissants barons anglo-normand et l'un des proches collaborateurs de Guillaume le Conquérant (1027-1087), duc de Normandie et roi d'Angleterre. En tant que compagnon de Rollon, son père, Roger Ier de Montgommery a reçu les terres de Ste-Foy et de Germain auxquelles il donnera les noms de Ste-Foy-de-Montgommery et St-Germain de-Montgommery, deux communes situées à proximité de Vimoutiers dans le département du Calvados.

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« Montgommery » signifie « le mont de Gommery ou Gomery », un nom de personne germanique basé sur les éléments « guma » signifiant « homme » et « rik » signifiant « puissance ».

C'est grâce à la puissante famille de Montgomery que ce nom va passer en Grande-Bretagne au moment de la conquête normande.

Quant à l'allemand, l'un des rares généraux de son pays à n'avoir commis ni crime de guerre, ni crime contre l'humanité, il serait issu d'une famille ornaise protestante qui aurait émigré en Prusse après la Révocation de l’Édit de Nantes en octobre 1685. Un drame pour tout le royaume de France et pour la Normandie que cette décision d'un roi mal conseillé ! Son royaume va perdre d'un coup une large partie de ses habitants, parmi les plus instruits, les plus dynamiques et les plus industrieux.

Ironie du sort, le 17 juillet 1944, la voiture de Rommel sera mitraillée par deux avions alliés sur la route menant de Sainte-Foy-de-Montgomery à Vimoutiers. Sérieusement atteint, le blessé sera transporté dans le coma dans une pharmacie à Livarot, puis soigné à l'hôpital de campagne allemand de Bernay.

 

Biblio. « L'Almanach du Normand 2001 ».