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29/09/2013

La belle histoire des oies du Château de Pirou

Chaque printemps, depuis des siècles, inlassablement, de belles oies cendrées volent au-dessus de l’austère et étrange Château Fort de Pirou, l’un des plus anciens de Normandie et de France.  

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Cette forteresse, discrète mais imposante, en partie dissimulée par de hauts platanes, est située sur les bords de la Manche, entre Coutances et Lessay, à deux kilomètres en retrait de la côte.  

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Au milieu des marécages, loin de tout promontoire, l’édifice actuel a été construit en pierre au XIIe siècle, sur les restes d’une forteresse encore plus ancienne bâtie en bois au milieu des « mielles », les dunes, en bordure d’un havre beaucoup plus profond et plus étendu que l’actuel havre de Lessay. C’était alors une véritable lagune, un mouillage naturel idéal pour les embarcations légères du Moyen-âge. Du château, l’on pouvait surveiller étroitement la côte basse et sablonneuse de tout l’ouest du Cotentin.  

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D’après la légende, sans doute la plus ancienne de ce pays, le Château du Pirou doit sa force et sa puissance aux fées qui l‘ont bâti et qui l’ont doté de hauts remparts, de douves et de pont-levis, de quoi protéger des invasions marines le Seigneur des lieux, sa famille et ses serviteurs. Car la mer est toute proche et l’on peut débarquer comme embarquer aisément du port… C’est d’ailleurs ce que remarquent les envahisseurs normands, les Vikings, lesquels, sur leurs Drakkars, arrivent sans difficulté de leur Scandinavie natale jusqu’aux pieds du château. Pour s’en emparer, les Normands appliquent une de leurs ruses, celle qui consiste à affamer les occupants. Ils encerclent la bâtisse et attendent. Quand plus aucun bruit ne filtre, que plus rien ne bouge à l’intérieur, ils escaladent les hauts murs et pénètrent sans difficulté dans les lieux… totalement vides d’occupants à l’exception toutefois d’un vieil homme malade et alité.  

 

 

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Pour avoir la vie sauve, celui-ci leur raconte que, grâce à une recette magique contenue dans un vieux livre appartenant depuis toujours à la famille du seigneur, tous les habitants du lieu se sont changés en oies sauvages et se sont envolés la nuit passée. D’ailleurs, n’ont-ils pas eux-mêmes remarqué ces oies passer au-dessus de leurs têtes ? Les Vikings décident de partir après avoir mis le feu au château.

Après leur départ, les oies de retour découvrent qu'il ne reste plus rien de la forteresse de Pirou et que  la formule magique, seule capable de leur rendre leur apparence humaine, a péri dans les flammes avec elle !

Et c’est ainsi que depuis, chaque année, en mars, un vol d’oies revient survoler le château à la recherche du fameux grimoire de la recette magique...

 

Biblio. « Pays de Normandie » n°42 – Automne 2003

25/09/2013

L’Alexandrin d’Alexandre

Ce normand là a laissé dans l’Histoire, directement ou indirectement, non pas son nom mais son prénom.

Il est né vers l’an 1150 à Bernay, cette jolie cité du département de l’Eure à la limite du pays d’Ouche et du Lieuvin, où coule la Charentonne.

A l’époque où « on faisait bien dix grandes lieues, voire quinze, sans rencontrer bourg, château ou ville où trouver un gîte !* », Alexandre de Bernay, notre poète qui sera également appelé Alexandre de Paris car il y demeurera  un temps, s’est fait connaître pour avoir repris de pair avec Thomas de Kent,  l’œuvre commencée par Lambert-Li-Cors, « Li Romans d’Alixandre ». 

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Ce « Roman d’Alexandre » est l’un des livres les plus répandus au Moyen-âge. Il s’agit d’un recueil de légendes, compilation de poèmes, narrant les exploits d’Alexandre le Grand (356 av. J-C. – 323 av. J-C.), roi de Macédoine et l’un des personnages les plus célèbres de l’Antiquité.   

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Alexandre Le Grand

 

C’est dans ce poème épique, comprenant pas moins de 17952 vers, que notre trouvère normand va introduire pour la première fois, dans ce qui est déjà la langue française, le grand vers de douze syllabes: le dodécasyllabe qu’on appellera plus tard l’alexandrin. Ce vers composé est formé le plus souvent de deux hémistiches ou sous-vers de six pieds chacun qui s’articulent à la césure.   

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Que le nom d’Alexandrin soit une référence au héros du livre ou à son auteur,  peu importe ! Tout en donnant au Roman d’Alexandre sa forme définitive, notre trouvère normand a fait cadeau à notre littérature d’un magnifique outil d’écriture qui va servir avantageusement la tragédie et que notre grand Corneille saura merveilleusement utiliser !

 

Cette obscure clarté // qui tombe des étoiles (le Cid – IV, 3)

 

 

* Moniage Guillaume, d’après une geste de la fin du XIIe siècle.

 Biblio. Merci aux pages Wikipédia sur le sujet. 

22/09/2013

La belle histoire du Petit-Suisse

Si ce fromage frais au lait de vache et à la crème est largement connu, son origine l’est moins. Ce qui est certain, c’est qu’il est à la fois bien normand, mais tout de même un peu suisse ! Il est né en Normandie, au coeur du Pays de Bray, ce pays laitier par excellence, aux pâturages de qualité et au cheptel bovin constitué en presque totalité par des animaux de la race normande, producteur de beurre et de fromages. 

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Il est né à la fin du XIXème siècle des œuvres d'une fermière normande,  Madame Hérould, propriétaire d’une ferme au hameau de Auchy-en-Bray, sur la commune de Villers-sur-Auchy, à la frontière de la Seine-Maritime et de l’Oise, à deux pas de Gournay-en-Bray, qui fabrique des fromages qu’elle vend sur les marchés alentours.

Mais voilà, vers 1850, elle emploie pour la seconder un vacher suisse originaire du Velay. Et c’est lui qui lui suggère d’ajouter, comme on le fait traditionnellement depuis le Moyen-âge dans son pays, le canton de Vaud, de la crème fraîche à la pâte avant de « touiller » le caillé. Le « fromage de la mère Hérould » va très vite rencontrer un franc succès !

 

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Mais il sera encore plus grand quand en 1852, un jeune commis d’un important mandataire des Halles de Paris, Charles Gervais, fleurant là la bonne affaire, en accord avec Madame Hérould, s’installe à la ferme du Manet à Ferrières-en-Bray pour produire ce fromage à plus grande échelle. Il utilise pour commencer le conditionnement de son concurrent Etienne Pommel, un conditionnement en forme de petit cylindre inspiré du bondon de Neufchâtel, chaque fromage emballé dans une fine bande de papier paraffiné et placé par six ou douze dans des petites caissettes de bois. La ligne de chemin de fer Beauvais-Paris à peine inaugurée, il met en place un transport particulier entre Ferrières et Beauvais en utilisant de rapides voitures tirées par quatre chevaux. Un fois arrivés à la gare Saint-Lazare, les Petits-Suisses sont chargés à bord de voitures à cheval et livrés dans tout Paris quelques heures seulement après avoir quitté le Pays de Bray.   

petit-suisse,gervais,recette aux petits-suisses 

Plus tard, il innove encore en utilisant des emballages à usage unique. Il achète la ferme Hérould,  marie son fils à la fille de la fermière et absorbe en 1038 son concurrent, la société de Pommel, faisant ainsi de son Petit-Suisse une production industrielle. 

 

Et maintenant, pour tous les gourmands aux babines alléchées, voici la recette de Petits-Suisses accompagnés de rhubarbe du pays d’Ouche*.

Pour 4 personnes, il vous faut 8 Petits-Suisses, 800 g de rhubarbe, 1 fleur d’anis étoilée, 150 g de sucre, 60 g de beurre, 150 g de framboises (ou coulis surgelé en fonction de la saison), quelques feuilles de menthe.

Couper les tiges de rhubarbe en bâtonnets, les cuire avec le sucre, l’anis étoilée et 30 g de beurre à petit feu jusqu’à ce que l’eau ait presque disparu (ajuster en sucre selon l’acidité du fruit). Laisser refroidir.

Sur une assiette creuse, poser debout 2 Petits-Suisses, les entourer de compote de rhubarbe et disposer sur le tout des framboises. Parsemer de quelques feuilles de menthe et servir frais.  

petit-suisse,gervais,recette aux petits-suisses

* Recette extraite de « Mes recettes Normandes » de C. Gilles – Ed. Vinarelle – 2012.

Biblio. « Les villes normandes et leurs spécialités » de F. et J. Tanguy – Ed. Le Pucheux – 2012.