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30/10/2010

Les mariages de l'an VII et de l'an VIII

Toujours en balade dans l’histoire de l’état civil de notre pays et toujours en 1798…

La loi du 22 décembre 1789, reprise par la constitution de 1791, divise le royaume de France puis, en septembre 1792, la République française, en communes, cantons, districts et départements. Simple circonscription électorale dotée d’un ressort judiciaire élémentaire, celui de la justice de paix, le canton est supprimé par la Convention en juin 1793.

En application de la constitution du 5 fructidor an III (22 août 1795), qui supprime par ailleurs les districts, le Directoire rétabli le canton et le dote d’une municipalité formée de représentants des communes le composant.

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        Les vainqueurs du 18 Fructidor an V (Barras, Reubell et La Revellière-Lépeaux)

Du 1er vendémiaire an VII (22 septembre 1798) au 7 thermidor an VIII (26 juillet 1800), en vertu de la loi du 13 fructidor an VI (30 août 1798), les mariages doivent être célébrés les jours de décadi (chaque mois est divisé en 3 décades de 10 jours, le décadi est le dernier jour de chaque décade) au chef-lieu de canton et non plus dans la commune de l’un des époux. Bien entendu, les maires des autres communes continuent à recevoir les déclarations de naissances et de décès mais ne sont plus habilités à rédiger les actes de mariage.

En vérité, cette loi poursuivait deux objectifs. D’une part, l’institution de la « décade » de 10 jours en remplacement de la semaine n’avait pas suscité un réel enthousiasme de la part du peuple français. La plupart des citoyens continuaient à suivre un rythme de 7 jours et non de dix, à observer le repos du « dimanche », et surtout, malgré l ‘interdiction, à participer aux messes dominicales. En rendant obligatoire le mariage le jour de décadi, le Directoire espérait donner à cette journée le lustre qui lui faisait défaut !

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  Une messe de mariage sous le Directoire (1797-1805) – Ecole de Pierre Paul Prud’hon

D’autre part, en vertu de la loi Jourdan (V. ma note du 19 octobre 2010), seuls les célibataires étaient soumis à la conscription. Contracter un mariage fictif pour éviter d’être enrôlé était donc très tentant et donc souvent tenté. Or, s’il était facile d’obtenir du maire de son propre village l’établissement d’un acte de complaisance, cela devenait beaucoup plus aléatoire quant l’acte était établi au chef-lieu de canton et quand son établissement était entouré d’une certaine solennité.

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                                   Abbé Sieyes en costume de Directeur

Si les craintes du Directoire étaient fondées, ses espérances furent vaines : le peuple opposa toute la force de l’inertie à l’adoption du calendrier décadaire... Et le pouvoir finit par céder. La semaine des 7 jours fut rétablie comme le mariage à la mairie de sa commune par l’arrêté du 7 thermidor an VIII (26 juillet  1800).

Histoire à suivre…

28/10/2010

L'Eau des Jacobins des Frères Gascard

Nous avons déjà évoqué ensemble la célèbre Jouvence de l’Abbé Soury (v. ma note du 24 septembre 2008), mais saviez-vous que la Normandie avait donné naissance au XVIIIe siècle à un autre élixir aux propriétés multiples, toujours en vente dans nos pharmacies actuelles ? Lequel ? Et bien, « l’Eau des Jacobins des Frères Gascard », l’eau « qui guérit tant de maux ».

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Les Jacobins, ordre religieux très ancien, appelés aussi « Frères Prêcheurs », établis à Rouen dès 1224, y  possédaient un monastère situé le long de l’actuelle rue de Fontenelle, à Proximité de la rue de la Pie (la rue où est né Pierre Corneille !) Vers 1787, un cruel besoin d’argent amène un des leurs, à la fois infirmier et fort habile, à mettre au point une « Eau antiapoplectique » mise en bouteille au couvent et vendue par la communauté pour amortir les dettes et subvenir à l’entretien des bâtiments religieux. Des plantes entrant dans sa composition, on trouve la badiane, l’anis vert d’Alicante, le girofle, le genièvre, l’angélique, le santal citra, la cannelle, l’impératoire, le macis, la réglisse et la muscade, provenant pour la plupart du sud asiatique, et le Galanga,mis à la mode en Italie dès le XVIe siècle, lequel autorise à situer l’origine de cet élixir dans ce pays dont il aurait été exporté au siècle suivant.

Chassés de leur couvent par le Révolution, les religieux se dispersèrent, emportant avec eux ce secret… lequel cependant atterrit quelques décennies plus tard dans les mains de la famille Gascard.

Louis Noël Nicolas Gascard, épicier au Neubourg (Eure), avait deux fils, tous deux pharmaciens, Henri à Evreux et Jules-Albert à Rouen, rue du Bac. C’est ce dernier qui, en 1864, décide de reprendre la fabrication de l’Eau des Jacobins dont le secret de fabrication lui a été remis par son ancien professeur de latin, le Vicaire David.

Ayant la bosse des affaires, avec son frère Henri, il s’empresse d’effectuer le dépôt de la marque « Eau des Jacobins » et lance la production accompagnée d’une publicité massive et régulière dans le « Journal de Rouen ». Très vite le succès est au rendez-vous et l'Eau est vendue et expédiée dans de nombreux pays étrangers.  En commerçant avisé, il choisit de diversifier sa production en fabriquant également une liqueur dont le goût rappelle celui de la Bénédictine, qu’il baptise bien entendu « La Jacobine »,  une pâte dentifrice, une pilule de longue vie ainsi que du thé aromatique. Pour abriter son laboratoire, il fait construire un bâtiment sur des terres acquises à Bihorel-lès-Rouen. 

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En 1881, il rachète la Salle des Fêtes de ladite commune, en décore l’entrée d’un sceau de Saint-Louis, bienfaiteur des Jacobins et y transfère son entreprise en pleine expansion. Et, soucieux d'éviter les contrefaçons, un Jacobin et l’inscription des Frères Gascard sont gravés dans le verre des longs flacons à base carrée et le bouchon recouvert d’une capsule dorée où se dessine en relief le fac-similé du sceau de Saint-Louis de 1243.

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Après la mort de Jules-Albert en 1917, l’entreprise restera dans la famille, passant de père en fils. En 1983, elle échoie ainsi à l’une de ses petites-filles qui transfert la fabrication de l’Eau des Jacobins  près d’Yvetôt.

Quant au laboratoire de Bihorel, racheté par la commune, il est devenu, après avoir été agrandi, un Centre Culturel aux multiples disciplines.

Biblio. : "Rouen aux 100 clochers" de F. Lemoine et J. Tanguy - Editions PTC 2004.

 

25/10/2010

La lampe de Monsieur Pigeon

Ma grand-mère ne jurait que par elle ! Elle ? Mais la lampe Pigeon, bien sûr.

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Mais savait-elle, ma grand-mère, que son inventeur était un normand ? Charles Joseph Pigeon est né au Mesnil-Lieubray, une petite commune situé à 30 km de Rouen en Seine-Maritime, au lieu-dit « la vente », le 29 mars 1838. Il est le fils unique de Charles Pigeon et de sa femme Sophie, qui s’étaient mariés en 1825.

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                                          Charles Pigeon (1838-1915)

La carrière professionnelle du jeune normand débute à Paris comme vendeur au nouveau magasin « Bon Marché » où il se lie d’amitié avec Ernest Cognacq, futur créateur de la « Samaritaine ».

Mais Charles Pigeon ouvre bientôt, toujours à Paris, au 33 de la rue Cherche-Midi, son propre commerce de « Vente, entretien et réparation de luminaires » où il aménage, dès 1875, un atelier de transformation de lampes à pétrole. Car s’il n’a pas été à proprement parler le créateur de la lampe à essence, il fut le premier à produire et commercialiser un appareil d’éclairage portatif à essence breveté, ininflammable et inexplosible. Son but était de fabriquer une lampe offrant toute sécurité d’utilisation pour un coût abordable. Pour cela, il va apporter à la lampe à essence existante des innovations décisives et d’importantes améliorations pratiques. Ainsi, la lampe standard, dite « Lampe Merveilleuse » pouvait brûler 15 heures au moins.  Le brevet  de la lampe Pigeon, reconnaissable au dessin d’un pigeon posé sur un globe terrestre tenant en son bec une lampe, fut déposé le 9 juin 1884 sous le numéro 162634 et la lampe Pigeon présentée officiellement à l’Exposition universelle de 1900. Son bec reste l’élément clé, avec sa mèche en contact permanent avec l’essence, qui monte par capillarité jusque dans la partie supérieure. Une mollette permet le réglage de la hauteur de la mèche, et donc de l’intensité de la lumière émise.

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Ainsi, en 1902, huit millions de ces lampes sont fabriquées dans la nouvelle usine qu’il a installée rue Montgolfier.

La gamme des produits « Pigeon » va, au fil du temps, s’enrichir d’autres modèles : lampes d’intérieur, de luxe, de jardin, etc…. et aussi la création d’un réchaud à alcool type Le Sauveur dont il déposa le brevet en 1901 et qui va rencontrer également un succès public. A la fin de sa vie,  Charles Pigeon,  riche et à la tête d’une entreprise prospère, séjournait  régulièrement dans sa propriété qu’il avait baptisée « La Pigeonnière » située à Fry, non loin de son village natal, dans la verte campagne normande.

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Il s’est éteint le 18 mars 1915 en son domicile parisien de la rue de Rennes. Dix ans plus tôt, il avait fait construire le caveau familial au cimetière Montparnasse aujourd’hui classé à l’Inventaire des Monuments Historiques.

Après sa mort, la Société des Lampes et réchauds Pigeon perdura avec succès jusqu’entre les deux guerres puis s’effondra et fut liquidée en  1960.

Biblio. « Charles-Joseph Pigeon, inventeur industriel » Rouen lecture Normandie n° 126 – Sept-Oct. 2010