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24/03/2013

La chaise du Bon Dieu

Le 16 septembre 1804, le jeune chimiste et physicien Louis Joseph Gay-Lussac (1778-1850), dont les travaux de recherche portent sur les propriétés des gaz, s’envole de Paris pour un voyage scientifique en ballon au-dessus de la Normandie. Il doit vérifier, pour le compte de l’Institut de France, les observations du naturaliste géologue Horace-Bénédict de Saussure (1740-1799) sur l'affaiblissement du magnétisme dans l'atmosphère.  

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20 août 1804, voyage en ballon de Gay-Lussac et Biot

Après un premier essai infructueux effectué en compagnie de son collègue Jean-Baptiste Biot (1774-1862) le 24 août précédent, c’est en solitaire cette fois qu’il renouvelle l'expérience.  

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 Louis Joseph Gay-Lussac (1778-1850)

Parti du Conservatoire à 9h40, il veut monter très haut, au-dessus de 7 000 mètres d’altitude, un record pour l’époque. Or, arrivé au-dessus de la région de la petite ville d’Yvetôt, non seulement il s’aperçoit qu’il n’a pas encore atteint l’altitude souhaitée mais aussi qu’il n’a plus de lest. Comment faire ? Dans la nacelle, il ne reste plus rien hormis une chaise en bois, la sienne. En désespoir de cause, il la jette par-dessus bord.   

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La chaise s’écrase quelques instants plus tard  aux pieds d’une jeune bergère qui s’empare effarée de ces débris tombés du ciel et court les porter chez le curé du village. Le Saint Homme, les examinant attentivement, n’y aurait vu que les restes de l’un des sièges sur lesquels sont assis les bienheureux à la droite du père !  

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 Bergère – G. La Touche – 1882

Quant à notre scientifique,  après avoir  atteint 7 016 mètres d’altitude, il s’est posé six heures plus tard « à six lieues au nord-ouest de Rouen ». Cet exploit, qui n'a pas été égalé pendant cinquante ans, lui valut en réalité plus de renommée que les mesures effectuées. Il apporta cependant la preuve que le magnétisme terrestre ne variait pas sensiblement avec l'altitude et que la composition de l'air restait inchangée. Ce succès expérimental lui permit de devenir membre dès l’année suivante du comité consultatif des arts et manufactures.

Biblio. Le grand bêtisier de l’Histoire de France de A. Dag’Naud – Larousse 2012

 

 

18/02/2012

La moutarde de Normandie

Le saviez-vous, notre belle région a une tradition moutardière qui remonterait aux Moyen-Age ! Comme en témoigne des écrits datant de 1735, le Pays de Caux est l’un des premiers fiefs de la moutarde en Normandie. Honoré-Gabriel Riquetti comte de Mirabeau (1749-1791) a d’ailleurs, dans un écrit daté de 1783, fait la promotion de la moutarde fine de Caudebec-en-Caux. 

 

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La moutarde Bocquet de la ville d’Yvetot est née au XVIIIe siècle. Fabriquée par assemblage de trois variétés de graines de moutarde et l’utilisation de vinaigre de cidre, elle a perduré jusqu’en 1980.

 

La région d’Elbeuf a également fortement contribué à la réputation de la production moutardière régionale. La moutarde Tabuelle, aujourd’hui disparue, était fabriquée à Caudebec-lès-Elbeuf.

 

 

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Après la Seconde Guerre mondiale, il y avait en France environ 160 fabricants de moutarde. Au début du XXIe siècle, il n’en reste plus qu’une petite dizaine. En Normandie, Toutain-Barville, situé à Déville-lès-Rouen, est le dernier ambassadeur de cette tradition.

 

Et comme d’habitude, pour tous les gourmands aux babines alléchées, voici une recette normande traditionnelle, celle des Maquereaux à la moutarde*.

 

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Il vous faut : 6 maquereaux moyens, 40g de beurre, 25 cl de crème fraîche, 3 cuil. à soupe de moutarde, 1 citron, du persil, du sel et du poivre.

 

Moutarde, Yvetot, Normandie, Bocquet, Maquereaux

 

Vider (si cela n’a pas été fait par votre poissonnier), laver et essuyer les maquereaux. Dans un plat à four généreusement beurré, disposer les poissons. Mélanger la crème fraîche, la moutarde, le jus de citron, un peu de sel, du poivre et le persil haché. Verser cette préparation sur les poissons. Parsemer de noisettes de beurre. Enfourner à four moyen pour une bonne demi-heure. Servir aussitôt.

 

Bon appétit !

 

* recette extraite de « Mes recettes normandes » de A. Prével – Ed. C. Bonneton 2005.

 

 

02/03/2010

Il était un Roi en Pays de Caux...

« Au noble pays de Caux

Il y a quatre abbayes royaux

Six prieurez conventaux

Et six barons de grand arroy

Quatre comtes, trois ducs, un roy »

 

« Le touriste que la vapeur emporte à travers les riches plaines du pays de Caux, ne peut se défendre de sourire, en entendant annoncer la station d’Yvetot.

YVETOT !... comment, en effet, ne pas se rappeler alors, qu’il était un roi d’Yvetot, que par conséquent, la modeste ville que l’on aperçoit à peine, cachée qu’elle est derrière un immense bouquet d’arbres vigoureux, fut autrefois non seulement la capitale d’un royaume, mais encore et pendant longtemps à elle seule le royaume presque tout entier ?* »

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L’origine de ce petit royaume remonterait au Mérovingien Clotaire Ier, dernier fils de Clovis et de son épouse Clotilde, lequel, en 536, aurait assassiné dans l’église de Soissons, un vendredi-Saint, Gaultier, seigneur d’Yvetot. Craignant alors les représailles du Pape Agapet, il aurait pris la décision d’affranchir Yvetot et ses habitants de tout devoir envers le Roi de France.

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Le Pape Agapet 1er (536)

Ce serait ainsi qu’Yvetot serait devenu un territoire enclavé dans le Royaume de France, bénéficiant d’exemptions d’impôts et autres privilèges. Attirés par ces avantages, nombre de commerçants et artisans vinrent s’y établir transformant la cité en un lieu de foires et de marchés de grande renommée.

Si la terre d’Yvetot ne figure dans la nomenclature des fiefs normands qu’à partir de la fin du XIe siècle, le premier seigneur qui prit le titre de roi, titre que lui reconnaît l’arrêt de la cour de l’Echiquier de l’année 1392, fut Jean IV.

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Le Roi Charles VI représenté par le Maître de Boucicaut en 1412

L’un de ses successeurs, Martin Ier, vendit son royaume en 1401 à Pierre de Vilaines, dit le Bègue, chambellan de Charles VI. En 1459, Guillaume Chenu, héritier collatéral de la maison de Vilaines, monta sur le trône et fut proclamé roi sous le nom de Guillaume 1er.  La famille Chenu restera sur ce trône pendant près d’un siècle, la dernière des descendantes, Isabeau  Chenu, en 1532, l’apporta en dot à son mari Martin Dubellay, ambassadeur de François Ier, gouverneur de Normandie et oncle du poète Joachim du Bellay.

Le Parlement de Normandie, voyant depuis longtemps d’un œil jaloux les rois d’Yvetot jouir de nombreux privilèges, finirent par obtenir en 1553 du roi Henri II l’abrogation des droits spécifiques accordés à ce royaume qui devint dès lors une simple principauté.

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Le dernier prince d’Yvetot fut Camille III d’Albon qui passa sa vie à voyager et à écrire. Il dota sa principauté d’une église et d’une halle. Sur le fronton de l’église, il fit graver « Deo viventi Camillius III » et sur la façade principale de la halle « Gentium comodo Camillis III »,  inscriptions toujours et parfaitement visibles de nos jours.

Le 4 août 1789, le Corps Municipal de la ville, donna sa pleine adhésion à l’abolition des privilèges, entraînant par la même occasion la disparation de la Principauté.

 

 

* Biblio : Histoire des rois d’Yvetôt par A. Labutte (1871)