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27/08/2017

La vigne en Normandie

Le saviez-vous ? Autrefois, il y a très longtemps, notre belle Normandie était terre de vignerons !
« Qu’il y ait eu autrefois des vignobles en Normandie, que cette province ait fourni à la consommation et au commerce des vins abondants, que ses coteaux, aujourd’hui ombragés de pommiers, aient été autrefois couverts de vignes, ce sont là des faits dont il n’est pas permis de douter. » écrivait l’éminent archéologue Abbé Cochet, en 1844.

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Au cœur du Moyen-âge, notre province produisait donc en grande quantité un vin de bonne qualité. Au XIIIe siècle, moment d’apogée du vignoble normand, les vignes sont cultivées un peu partout sur tout notre territoire mais deux régions vont notamment se distinguer par l’importance de leur vignoble : la vallée de Seine entre Vernon et les Andelys et les coteaux d’Argences à l’est et sud-est de Caen.
Si l’archéologie révèle que ce sont les Romains qui ont apporté cette culture dès l’Antiquité, ce n’est qu’à partir du XIe siècle que la viticulture normande va se développer réellement. La diffusion du christianisme n’y est pas étrangère : le vin y a en effet un rôle symbolique et il faut rappeler que jusqu’au XIIIe siècle, les fidèles communient avec le pain et le vin.

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Toutes les abbayes normandes vont donc s’attacher à cultiver la vigne au sein de leur domaine d’autant qu’on attribue au vin des qualités thérapeutiques : il faciliterait la digestion, reconstituerait les forces après l’effort et tonifierait. C’est aussi un breuvage de fête et de convivialité et, en Normandie comme ailleurs, il n’est pas question pour les seigneurs et le haut clergé d’accueillir des hôtes de marque sans garnir sa table de vin ! Parmi ces abbayes, citons celle de Jumièges (photo ci-dessus). Si l’on en croit l’Abbé Cochet, « Le vin de Jumièges et celui de Conihout, qui est voisin, conservèrent longtemps leur réputation. En 1410, une queue de vin* de Conihout se payait encore 70 sous par les châtelains de Tancarville ! » Et pourtant ! Ce vin de Conihout aurait mené au ciel avant l’heure, Jean de Saint-Denis, 55e abbé de Jumièges. Selon la chronique de l’abbaye « on croit, avec assez de vraisemblance, qu’elle (la mort de l’abbé) fut occasionnée par quelques grappes d’un raison fort doux qui lui causa de si violentes coliques que ses entrailles en furent ulcérées et qu’il en sortit une multitude de vers… » Rappelons qu’à cette époque, on ne sait pas conserver le vin (les tonneaux sont de mauvaise qualité et la bouteille pas encore inventée (elle n’apparaît qu’à la fin du XVIIe siècle). Il dure donc rarement au-delà de l’année et tourne rapidement au vinaigre. C’est pourquoi dès que le vin était tiré, il fallait le boire ! Ce que faisaient les religieux, se hâtant de boire le leur « s’il était mauvais pour en avoir vite du bon, et s’il était bon, de crainte qu’il ne devienne mauvais … »

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             Sculpture d'une grappe - Chapiteau de la Chapelle du Château de Gaillon (XVIe siècle)

Mais il faut bien l’admettre, le doux climat normand ne favorise pas vraiment la maturité du raisin ! Alors, progressivement, les abbayes normandes vont chercher des vins de meilleure qualité et se tourner pour cela vers l’Ile de France, l’Anjou ou l’Aquitaine. Progressivement, le vin normand cède la place au cidre. Entre le XIIIe et le XVIe siècle, la production de ce dernier va s’étendre considérablement. D’une part, le pommier nécessite beaucoup moins de travail et de soin que la vigne et d’autre part il est bien mieux adapté à la couleur de notre ciel.

A la veille de la Révolution, la vigne a ainsi presque totalement disparu du sol normand. Aujourd’hui cependant, des producteurs locaux s’attachent encore à cultiver quelques hectares de vignes et ce notamment dans le département du Calvados. Grâce à eux, sous l’appellation « Vin de pays de Calvados », on peut donc encore boire du vin normand !

* Queue de vin : sorte de futaille contenant un muid et 1/2
Cf. histoire-normandie.fr - Une culture oubliée : les vignobles de Normandie et julieges.free.fr- Le vin mauvais.