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08/12/2019

Epidémie de coqueluche à Valognes au XVIIIe siècle

Hiver 1733 en Normandie. A Valognes, petite cité de la Manche, une épidémie de coqueluche sévit. Le curé de l'église Saint-Malo, réédifiée au XVe siècle après la fin de la Guerre de Cent Ans dans le style gothique flamboyant, écrit ces quelques lignes sur le registre des actes de baptême, mariage et sépultures* :

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"Cette année 1733 il s'est repandu du gros rume non seulement dans cette ville de Valognes, mais à Paris Rouen, Caen villes vilages Angleterre Hollande Irlande et généralement partout, on l'appeloit Coqueluche, mais il a degeneré en fluxion de poitrine qui nous a enlevé noz personnes agez en cinq jours six jours. Dieu nous veuille moderer ce fléau."

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Église Saint-Malo de Valognes (Manche)

Considérée longtemps par erreur comme une maladie de la petite enfance, ce texte nous rappelle que la coqueluche peut être sévère pour l’homme à tout âge voire dramatique pour les personnes âgées. De nombreuses épidémies ont été décrites en Europe au cours des XVIIIe et XIXe siècles.

D'où vient le nom de cette maladie ? Peut être de «coqueluchon», un mot du XVe siècle désignant une sorte de capuche, mais peut être aussi de la toux qu'elle provoque chez le malade et qui rappelle le chant du coq.

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Guillaume de Baillou (1538-1616)

La première description clinique authentique de la maladie, sous le nom de "Tussis quintina", a été faite par le médecin français Guillaume de Baillou (1538-1616) en 1578. L'agent principal de la coqueluche, la bactérie "Bordetella pertussis", n'a été quant à lui découvert qu'en 1900 et isolé six ans plus tard. Il a fallu attendre 1959 pour qu'un vaccin coquelucheux efficace soit introduit en France et 1966 pour que la vaccination contre ce fléau soit généralisée sur tout le territoire.

 

 

* Archives Départementales de la Manche, Registres paroissiaux de Valognes - 1728-1733 - Actes en ligne, 5MI1380, vue 331/374.

28/10/2015

« Tué sous son harnois » ou la mort d'un homme d'armes

  « Sire, ainsi ces cheveux blanchis sous le harnois,

Ce sang pour vous servir prodigué tant de fois.... » 

 (Corneille, Cid, II, 9)

Il n'y a pas de bonne ou d'agréable façon de perdre la vie. En ce 6 juillet 1733, Valognes, pompeusement qualifiée de « Versailles normand », est une riche cité, la principale du Cotentin. Prospère, « fertile en beaux esprits », on y conçoit de grands projets et parmi eux celui de la construction d'une place royale sur lequel planchent déjà les ingénieurs du Roi.

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 Vue en élévation du château de Valognes avant destruction, conservé à la 

Bibliothèque de Pont-Audemer

Mais c'est en ce jour d'été, sur la place du château, que Jacques Bourguaise, un normand de la paroisse voisine de Bricquebec est tué « sous son harnois ». Comment est-il mort ? De qui ou de quoi a t'il été victime ?

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 Acte de sépulture – Valognes

Était-ce un simple accident comme inscrit en marge par le vicaire ou un crime comme le laisse supposer le «  tué sous son harnois » indiqué dans l'acte ? A cette époque, le harnois ou harnais, (« harnois » correspond à l'ancienne prononciation de Paris et de la Picardie et « harnais » à celle de la Normandie et de l'Ouest) désignait l'armure complète d'un homme d'armes, d'un chevalier, son uniforme en quelque sorte.

 

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 État de la place du château et du logis du gouverneur vers le milieu du XVIIIe siècle

 

C'est de là qu'est née l'expression « blanchir sous le harnois » que nous traduisons aujourd'hui par «exercer longtemps le même métier et donc acquérir une expérience reconnue dans le domaine ».  Mais le sens premier de cette expression, née au XVIIe siècle, était simplement "vieillir dans le métier des armes" puisqu'elle signifiait mot à mot, "passer un long moment sous l'armure". Par extension, le métier est devenu quelconque et le vieillissement a été assimilé à l'acquisition d'expérience.

 

 

Merci au CGRSM et aux membres de l'atelier de paléographie moderne qui m'ont fait découvrir ce texte.

Merci au site closducotentin.over-blog.fr pour les images du château.