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28/03/2012

Le château d'O en Normandie

En Normandie, entre Sées et Argentan, dans le département de l’Orne, sur la commune de Mortrée, se reflétant dans les eaux qui l’entourent, voici, né de la volonté d’un chambellan ambitieux, le Château d’O. Majestueux, à l’architecture flamboyante, on dit de lui qu’il rivalise en beauté avec les plus nobles fleurons de la Loire.

 

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Edifié sur pilotis au centre d’un étang, sa construction débute en 1484 sous l’impulsion de Jean d’O, capitaine de la garde écossaise de François Ier (1494-1547).

La famille d’O s’est illustrée au fil de l’épée. L’un de ses membres a accompagné Robert le Magnifique (1010-1035) dans son pèlerinage en Terre sainte, pèlerinage dont le Duc de Normandie n’est d’ailleurs jamais revenu. Plus tard, en 1340, Robert d’O va combattre aux côtés de Jean d’Harcourt dans la malheureuse bataille de l’Ecluse, premier conflit d’importance de la guerre de Cent Ans. 

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Mais revenons à notre château. A la fin du XVe siècle, vers 1484, Jean  d’O devient conseiller puis chambellan du roi Charles VIII (1470-1498). Cette haute fonction de gentilhomme de la chambre du roi enrichit le châtelain d’O qui décide de reconstruire la vieille forteresse médiévale de ses ancêtres. Il fait alors appel aux meilleurs architectes du moment et à l’élite des artisans qui vont bâtir sur une île située au centre d’un étang un château de charme, magnifique domaine Renaissance, de forme rectangulaire, flanqué de tours et entouré d’un parc.

Les descendants de Jean d’O vont, sur 3 générations, poursuivre son œuvre et embellir l’ouvrage. Ainsi Charles-Robert d’O, chambellan du roi Louis XII (1462-1515) et époux de la belle Louise de Gentil fait notamment bâtir le splendide châtelet d’entrée.

Mais voilà, les belles fortunes ont une fin. Leurs petit-fils, François d’O, né en 1435, Sénéchal de Normandie, est un familier du roi Henri III (1551-1589) dont il devient un des mignons. 

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                        Henri III et ses mignons - Tableau attribué à "Ulysse" - XIXe siècle - Château de Blois

 

En 1589, le roi Henri IV (1553-1610) le confirme pourtant dans ses titres et ses fonctions de surintendant des finances. Ses revenus lui permettent d’embellir son château d’O dans lequel il mène grand train. Le luxe dont il s’entoure égale celui du roi. A tel point que ses contemporains, à commencer par Sully (1559-1641) qui lui succèdera, le soupçonne de ne pas faire de différence entre les caisses de l’Etat et la sienne. ! Pourtant,  rapportera Sully, « Cet homme riche de tout l’argent du royaume dont il disposait presque absolument, plus splendide dans ses équipages, ses meubles et sa table que le roi lui-même, n’était pas encore abandonné des médecins que ses parents, ses domestiques et quelques autres à titre de créanciers, le dépouillèrent comme à l’envi et si parfaitement que longtemps avant qu’il expirât, il n’y avait plus que les murailles nues dans la chambre où il mourut », cet homme,  marquis d’O, seigneur de Fresnes et de Maillebois meurt misérable, sans descendance, le 24 octobre 1594.

Le château d’O passera ensuite aux mains de la famille Montagu, puis, après la Révolution, dans celles d’Albon avant d’être acheté en 1973 par Jacques de Lacretelle (1888-1985), membre de  l’Académie Française. Aidé de son épouse Yolande Jacobé de Naurois, ils vont se consacrer à la restauration du Château d’O qui est aujourd’hui inscrit au titre des monuments historiques.

 

Biblio : « Le château d’O, folies et ruine » de B. Dumas de Mascarel – Historia n° 37.

 

 

28/01/2012

Qui se souvient de la Paulette ?

On le sait, les « politiques » rivalisent d’idées, et ce depuis la nuit des temps, pour instaurer de nouveaux impôts et autres taxes et faire face aux dépenses de l’Etat structurellement toujours en excédent !

Au début du XVIIe siècle, Maximilien de Béthune, duc de Sully (1560-1641) est sommé de faire entrer de l’argent frais dans les caisses du royaume du bon roi Henri IV (1553-1610) qui se désespère de les voir aussi vides ! Il faut dire que Sully estime le montant de la dette de la France de cette époque à plus de 289 000 000 de livres dont environ ¼ est due aux emprunts étrangers. 

 

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Maximilien de Béthune, Marquis de Rosny, duc de Sully

 

Parmi les « pistes » de Sully, il y a cette idée de l’instauration de la vénalité des offices.

Gérés par la Recette générale des parties casuelles instituée en 1525, la plupart des offices de cette époque se transmettaient par résignation (abandon) ou par survivance (succession).

Quant un officier (fonctionnaire et magistrat) achetait une charge publique (ou office) de finance ou de justice, il était redevable à l’Etat du quart de la valeur du change à la seule condition que ce paiement ait été effectué au moins 40 jours avant le décès du précédent titulaire. Dans le cas contraire, la charge revenait à l’Etat qui la remettait en vente pour son propre compte. Comme certaines charges étaient très onéreuses, leurs propriétaires hésitaient à les transmettre trop tôt au risque de s’y prendre trop tard !

L’idée de Sully est de substituer à la taxe du « tiers denier » (le tiers de la valeur de l’office) payée une fois pour toutes depuis 1568 à l’acquisition de l’office, le paiement d’un droit annuel. 

 Frans Pourbus le Jeune, Henri IV (1553-1610) , roi de France, en costume noir.jpg

 

Le Roi Henri IV – Tableau de Frans Pourbus le Jeune

 

Par déclaration royale en date du 12 décembre 1604, le roi dispense donc ses officiers de la clause des 40 jours en échange du versement d’un droit annuel égal au soixantième de la valeur de l’office et d’un droit de résignation d’un huitième. Ainsi, si l’officier meurt sans résigner, c’est-à-dire sans transmettre sa charge de son vivant, celle-ci revient directement à ses héritiers. « L’édit des femmes », comme il est appelé puisqu’il profite essentiellement aux veuves des officiers, facilite et officialise l’hérédité des charges, le caractère patrimonial de l’office royal. 

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 Almanach royal – 1702 – Bibliothèque des Hauts-de-Seine

 

La perception de ce droit fut affermée et le premier fermier à acquérir la ferme du droit annuel pour neuf ans était un secrétaire de la chambre du roi qui s’appelait Charles Paulet. On appela donc cette nouvelle taxe « la Paulette ». Si elle consacre la dissociation de la fonction publique et de l’autorité de l’Etat, l’indépendance des officiers aura des conséquences considérables pour l’équilibre politique et la stabilité sociale de la France de l’Ancien Régime.

La paulette fut abolie en 1710 par le roi Louis XIV et rétablie en 1722 par son successeur le roi Louis XV.

Quant à Charles Paulet, à la fin de sa vie, après avoir fait fortune, il eut parait-il tant de remords d’avoir encaissé cet impôt que, par humilité, il demanda a être enterré sous l’égout de Montmartre !

 

Biblio. « Le calendrier de l’histoire » d’A. Castelot – Lib. Académique Perrin 1970.

Merci aux pages Wikipédia sur le sujet.