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05/01/2014

Le Chasse-Marée Dieppois

A Dieppe, dès le Moyen âge, chaque jour vers 17 heures, peu avant la fermeture des portes de la ville, se bousculaient sur le « Haut-Pavé », aujourd’hui les Arcades et le Quai Duquesne, de puissants attelages de quatre chevaux boulonnais conduits par des mareyeurs ou voituriers de poisson de mer qu’on appelait des « chasse-marée ».

Montés en postillon sur l’un des chevaux attelés par pair qui tiraient une longue charrette aux ridelles d’osier légèrement incurvées, en forme de berceau montées sur deux roues hautes et de larges jante, ils « chassaient » leur équipage devant eux pour transporter « à grand trot » la pêche du jour vers les grandes villes comme Rouen ou Paris qui recevaient ainsi quotidiennement cent à deux cents livres de poisson frais pêché dans la Manche !

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C’est ainsi qu’entre le XVIe et le XIXe siècle, la route du poisson de Dieppe à Paris a battu son plein ! Pensez donc, pas moins de 5 000 charrettes entraient annuellement dans Paris, toutes chargées de poissons frais comme le hareng, le maquereau ou la morue. Ces espèces étaient alors d’abondance et pour les pêcher, on utilisait encore des moyens primitifs comme l’hameçon, le filet ou la dreigne (drague).

A son retour de mer, le pêcheur amarrait sa barque au quai de la Cal. Il appartenait alors aux caliers de débarquer le poisson qu’ils plaçaient dans des corbeilles ou « bourriches ».  Une fois pesée, les droits à l’écorage acquittés, une partie de cette pêche étaient aussitôt hissée sur les voitures des chasse-marée qui attendaient à quai. Dûment chargés, ils prenaient alors le départ en franchissant l’enceinte de la ville par la Porte de la Barre ou porte de Paris.

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Les chemins empruntés étaient non seulement peu sûrs mais déjà jalonnés d’octrois et de droits divers…

Deux trajets co-habitaient. Le premier, le plus court et le plus direct, appelé « le grand chemin du roi », de 35 lieues, passait par Ry, Beauvoir-en-Lyons, Gisors.  Le second, de 39 lieues et demi, desservait Auffay, Tôtes, Saint-Victor l’Abbaye, Rouen, Ecouis et Magny.

Les deux itinéraires permettaient de rejoindre Paris par Pontoise. Et c’est en « chantant La Marjolaine, comme l’écrira Flaubert, que, montant et descendant les côtes, traversant les villages, filant sur la grande-route à la clarté des étoiles », les chasse-marée parcouraient la distance qui les séparait de la Capitale  à une moyenne d’environ 15 km/heure. Des relais permettaient de changer les chevaux tous les 30 km.

Aux premières heures de la matinée, ils entraient enfin dans Paris et arrivaient aux Halles par le « chemin des Poissonniers » qui deviendra plus tard la « rue Poissonnière ».

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Le poisson frais, alors denrée onéreuse, hors de portée de la grande majorité de la population contrainte de consommer du poisson de conserve, séché, salé ou fumé, était vendu place de Grève. Le poisson caqué ou sauri était quant à lui vendu à la Croix des Halles.

C’est le train qui détrônera le chasse-marée dieppois ! Le 20 juillet 1848, est inaugurée la première ligne de chemin de fer et, en 1853, il ne faut plus que 4 heures pour aller de Dieppe à Paris… Adieu cheval de trait... Et bonjour cheval vapeur  !

Biblio. « Métiers des côtes de la mer » - Nos Ancêtres-Vie et Métiers – N°6 – Avril 2004