Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

16/01/2013

Une notion philosophique née d'un patronyme...

Lors de la rédaction de son chef d’œuvre en 1851, le rouennais Gustave Flaubert (1821-1880) ne se doutait sûrement pas que le mal être de son personnage principal, Emma Bovary, allait donner naissance à un substantif forgé d’après le nom de son héroïne. Il passera dans le domaine public après avoir conquis droit de cité non seulement dans le vocabulaire philosophique mais aussi dans la langage courant. 

Madame Bovary.jpg

C’est au philosophe Jules de Gaultier (1858-1942) que l’on doit cette notion  de « bovarysme » définissant un comportement semblable à celui de l’héroïne de Flaubert, c'est-à-dire celui d’une personne qui se réfugie dans l’imaginaire pour fuir la réalité,  « un état d’insatisfaction, sur les plans affectifs et sociaux, qui se rencontre en particulier chez certaines jeunes personnes névrosées, et qui se traduit par des ambitions vaines et démesurées, une fuite dans l’imaginaire et le romanesque ».   

Philosophie du Bovarysme.jpg

Pour le philosophe sociologue Georges Palante (1862-1925), auteur de « La philosphie du Bovarysme – Jules de Gaultier » paru en 1912,  « le Bovarysme est le pouvoir qu'a l'homme de se concevoir autre qu'il n'est. Ce fait très simple est aussi très général. Nul n'échappe au Bovarysme. Tout homme en subit la loi à des degrés divers et suivant des modes particuliers. Le Bovarysme est le père de l'illusion sur soi qui précède et accompagne l'illusion sur autrui et sur le monde ; il est l'évocateur de paysages psychologiques par lesquels l'homme est induit en erreur et en tentation pour sa joie et pour son malheur. » 

Gustave Flaubert.jpg

 Gustave Flaubert (1821-1880)

A noter que, « Si Rouault, le nom de jeune fille d’Emma, est un patronyme du terroir, Bovary est une invention de l’auteur. Elle permet sans doute de jouer sur le bredouillis du « nouveau », « Charles Bovary » ou «  Charbovary » fait songer à « charivari », mais surtout, la connotation « bovine » du terme (obstination un peu sotte et routinière, manque de virilité) plaît à Flaubert. Il la réutilisera dans Bouvard, l’associant à Pécuchet, dont le patronyme rappelle le mot latin pecus, animal de ferme. » Concernant Emma, « il a trouvé le prénom lors d’un voyage en Orient, avec Maxime Du Camp, en 1849. Un soir, aux confins de la Nubie, au bord du Nil, Flaubert aurait saisi le bras de son ami en disant : « J’ai trouvé ! Je l’appellerai « Emma Bovary »*

* d'après Marie-France Culfort, « Passion Lettres – lire, écrire, apprendre, transmettre… » http://www. sculfort.fr

24/04/2010

Un philosophe normand

Vous allez me dire que tous les normands sont  philosophes ! Oui et non... Réponse de normande...

Celui-ci est né en Basse-Normandie, dans le village de Mortagne-au-Perche (Orne), le 3 mars 1868.

alain.JPG

Acte de naissance d'Emile Auguste Chartier

Avant de se faire connaître sous le pseudonyme d'Alain, Emile Auguste Chartier a été élevé modestement entre un père médecin-vétérinaire qualifié par son fils de « bon » et une grand-mère aussi redoutée qu’admirée. Il eut une enfance normande heureuse « qui ne fut que bêtise » écrira t’il lui-même plus tard.

Alain.jpg

 

Emile Auguste Chartier dit Alain (1868-1951)

Après le collège catholique de Mortagne et le lycée d’Alençon, c’est à Paris qu’il poursuit ses études. Il est en classe terminale au lycée de Vanves, actuel lycée Michelet, quand il fait une rencontre qui va décider de sa vie, celle du professeur de philosophie Jules Lagneau, celui qu’il appellera « le seul Grand Homme que j’ai jamais connu » et qui laissera à tous ses élèves un souvenir inoubliable.

ALAIN 1.jpg

Jules Lagneau (1851-1894)

Agrégé de philosophie en 1892, notre philosophe normand obtient son premier poste d’enseignant en Bretagne avant d'être nommé en 1900 au Lycée Corneille de Rouen.

ALAIN 2.jpg

Engagé politiquement dans le camp des dreyfusards, il publie de 1903 à 1914 dans la "Dépêche de Rouen et de Normandie", des chroniques hebdomadaires, courts articles qu’il nomme « Propos d’un normand » inspirés par l’actualité et les événements de tous les jours,  qu’il signe du pseudonyme d’Alain, en hommage à son homonyme, le poète normand du XVe siècle, Alain Chartier, épris lui aussi de liberté politique.

ALAIN CHARTIER.jpg

Alain Chartier, Poète Normand (1385-1449)

Nommé en 1909 à Paris au lycée  Henri IV, où il aura notamment pour élèves Raymond Aron, Simone Weil ou Georges Canguilhem, il y mène des activités journalistiques et gagne une réputation de moraliste enjoué qui fait de lui un professeur très recherché et des plus appréciés.

En 1914, bien qu’antimilitariste, pacifiste et non mobilisable, il s’engage pour honorer ses devoirs de citoyen. Artilleur, il est blessé en 1916 et démobilisé l’année suivante. De cette expérience, il publiera en 1921 son célèbre pamphlet  « Mars ou la guerre jugée ».

Sur le plan politique, il s’engage aux côtés du mouvement radical en faveur d’une république libérale strictement contrôlée par le peuple.  Jusqu’à la fin des années 30, son œuvre sera guidée par la lutte pour le pacifisme et contre la montée des fascismes.

En 1936, une attaque cérébrale le condamne au fauteuil roulant. La guerre de 1939-1940 le remplit d’amertume et il se retire, loin de la légende que lui font ses disciples, sur son sol natal, là où son père, en bon normand, lui a enseigné les leçons élémentaires de la vie.

Platon, Descartes, Kant et Auguste Comte furent ses maîtres à penser. Cet homme de lettres, optimiste serein, déclarait sans détour que « la vie est bonne avant tout ».  Le but de sa philosophie, toute  empreinte de sagesse paysanne, est d’apprendre à réfléchir et à penser rationnellement en évitant les préjugés. Humaniste cartésien, il est  un  « éveilleur d’esprit », passionné de liberté, qui ne propose pas un système ou une école philosophique mais apprend à se méfier des idées toutes faites !

Il décède au Vésinet (Yvelines), le 2 juin 1951 et repose au cimetière du Père Lachaise.