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27/05/2018

Salade cauchoise printanière à la façon de Bel Ami

La Normandie est sous le soleil en ce dernier dimanche de mai où toutes les mamans sont à la fête ! L'occasion pour moi de vous faire découvrir, amis gourmands aux babines alléchées, cette recette de Salade Cauchoise printanière à la façon de Bel Ami*. Il s'agit là d'une entrée peu coûteuse, facile et rapide à réaliser.

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Pour ceux (et ils ne devraient pas être bien nombreux...) qui ignoreraient encore où se situe le Pays de Caux, qu'ils sachent que son territoire occupe  toute la partie occidentale du département de la Seine-Maritime, un plateau délimité au sud par la Seine, à l’ouest et au nord par les falaises de la Côte d'Albâtre, à l’est par les hauteurs dominant les vallées de la Varenne et de l’Austreberthe. Le Pays de Caux doit son nom aux Calètes, une tribu celte qui s'y est installée dès l'âge du fer.

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Guy de Maupassant (1850-1893)

 

C'est sur cette terre qu'est né l'auteur de "Bel Ami", Guy de Maupassant, le 5 août 1850, au château de Miromesnil à Tourville-sur-Arques, .

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Pour 6 personnes, prévoir 8 pommes de terre nouvelles, 4 branches de céleri bien tendres, 2 belles tranches de jambon cuit à l'os, 20 cl de crème liquide, 1 c. à soupe de vinaigre de cidre, 1 petit bouquet de cerfeuil, du sel et du poivre du moulin.

Faire cuire les pommes de terre en robe des champs pendant 2 minutes à l'eau bouillante. Les laisser tiédir, puis les éplucher et les couper en dés. Mélanger la crème liquide avec le vinaigre de cidre et assaisonner de sel et de poivre. Rincer et détailler le céleri en fines tranches. Émincer le jambon. Ciseler le cerfeuil. Mélanger soigneusement les pommes de terre avec le céleri, le jambon et la sauce à la crème. Servir sans tarder parsemé de cerfeuil haché.

Pour apporter une saveur acidulée à cette salade, on peut y ajouter des dés de pommes crue.

Bon appétit !

 

Recette : Revue "Normands en cuisine - N°1 - Juil-Août 2013.

12/08/2015

Le clos-masure du Pays de Caux

Indissociables du paysage cauchois, les clos-masure constituent une des particularités du patrimoine architectural normand. Bien malmenés par les enjeux d'une économie agricole qui voit progressivement diminuer le nombre d'exploitations, on n'en compte plus aujourd'hui qu'environ 5000 sur tout le territoire du Pays de Caux, entre Rouen, la vallée de la Seine, Le Havre et Dieppe.

Mais qu'est-ce qu'un clos-masure, ? Ce nom n'évoque pas, loin de là, une demeure misérable mais une exploitation agricole nichée dans un clos, un espace carré enherbé plus ou moins vaste, ceint de hauts talus plantés d'arbres.

 

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L'origine du clos-masure est complexe et sans doute lié à l'influence de plusieurs traditions. Certaines recherches ont démontré qu'il existait des villae gallo-romaines structurées selon le même principe et que, certaines fermes gauloises, étaient entourées des même talus fait de terre.  

Ceux-ci, d'une hauteur pouvant atteindre deux mètres de hauteur, surmontés d'une rangée simple voire double de hêtres, plus rarement de chênes, de charmes, ou d'ormes, sont curieusement appelés ici "fossés". Sans doute parce qu'il faut creuser largement de part et d'autre pour les édifier. Ils constituent une protection très efficace tant des hommes que du bétail et des cultures, contre les vents souvent violents qui soufflent de la mer.

 

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Un chemin empierré conduit à travers quelques rangs de pommiers ou de poiriers jusqu'au corps de la ferme. L'habitation du fermier, bien souvent à pan de bois et couverte de chaume, est orientée plein sud. Sa vue dégagée permet au maître de voir venir au loin l'étranger qui s'avance. A proximité de la ferme, autour d'une mare (les puits étant rares sur ce plateau de craie épaisse), isolés les uns des autres afin d'éviter les risques de propagation d'incendie, on trouve les bâtiments agricoles : l'étable, l'écurie, la bergerie, la porcherie, le pigeonnier, la grange, le pressoir et un colombier, un four à pain ou à lin et quelques citernes destinées à recueillir l'eau de pluie.

 

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Si la coutume générale de Normandie ordonnait qu'on partage les biens entre tous les enfants, celle du pays de Caux voulait que la masure avec ses bâtiments, ses plantations et son jardin, revienne en intégrité à l'aîné des enfants, ce qui explique les grandes exploitations encore nombreuses.

 

Biblio. « Secrets et trésors des maisons de Normandie » de M. Le Goaziou et L. Herzog – Ed. Ouest-France, 2013.

25/01/2015

Quand le Père Alexandre racontait le Pays de Caux...

C'était un normand, un havrais. Bernard Alexandre est né au Havre le 26 juin 1918. Il était un gars de la ville, « un enfant de la rampe », comme il aimait à dire, le quartier du Havre où il passa toute son enfance. En 1945, après des études au petit séminaire de Rouen qu'il avait intégré à 13 ans, il est ordonné prêtre et nommé à Vattetot-sous-Beaumont, au cœur du pays de Caux. Il y trouve un presbytère humide et froid, des paroissiens repliés sur leurs habitudes et leurs traditions, qui considèrent ce tout nouveau jeune prêtre comme un « horsain ». En Normandie, ce terme péjoratif désigne "celui qui vient d'ailleurs", celui qui n'est pas d'ici, qui n'est pas « cheu nous ». .

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Homme de Dieu et homme de bien, le Père Alexandre va s'employer à les conquérir. Curieux d'esprit, le curé de campagne qu'il devient va porter un regard bienveillant mais réaliste, attentif, privilégié, plein d'humour et de bonté, sur ses ouailles cauchoises qu'il sait douées de bon sens et sachant compter (un sou est un sou), sur leur terre, sur leur vie, sur leur village. Doué d'un extraordinaire talent de conteur, chaque réflexion, chaque anecdote est l'occasion d'une nouvelle histoire qu'il aime raconter lors des veillées qu'il affectionne. En 1988 , il les rassemble toutes dans un livre devenu un best-seller, « Le Horsain – Vivre et survivre en Pays de Caux ».

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Pour le plaisir, écoutons le Père Alexande nous raconter son arrivée dans sa nouvelle paroisse* : « Je commençais à m'inquiéter (de ne pas trouver mon chemin), (…) Quand tout à coup aux quatre chemins, j'ai aperçu dans la plaine, planté au milieu de son troupeau de moutons, un « berquier ». Un berquier, c'est un berger. Il était là ; je me suis avancé vers lui, il n'a pas bougé. Un cauchois ne bouge jamais ; c'est pas lui qui viendrait au-devant de vous, il vous attend : c'est vous qui le dérangez.

 

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Je me suis approché, je lui ai dit : « Pardon mon brave, Vattetot-sous-Beaumont ? » Il n'a pas bougé, il n'a pas répondu. Je me suis dit, il est peut-être dur de la feuille. Je lui ai répété plus fort « Vattetot-sous-Beaumont ? » Il n'a pas bougé non plus ! Je me suis demandé pourquoi ? Maintenant je sais. Après 40 ans on sait beaucoup de choses. C'est que le cauchois avant de répondre, il réfléchit, il calcule. Il se dit « Combien de mots je vais dire pour ne pas en dire trop, pour ne pas m'engager ; voyez-vous ! » Alors il m'a dit simplement comme un juron : « Eune chaboteille ». Une « sabotée », c'est une marche en sabots, ça signifiait que c'était pas loin. Naturellement, je le remercie. (…) j'allais partir, quand le gars se « ravise » et me dit : Tiens ! Dis-donc vous, là, seriez-t-y point l'nouveau curé d'Vat'tot ? Oui mon brave, je suis bien le nouveau prêtre de la paroisse. Oh, ben, j'vas vous dit eun'bonne chose, « métier Cué, métier d'berquier, est deux métiers foutus ! »

* « Le Père Alexandre racontait... Recueil d'Histoires Cauchoises – Ed. Bertout 1991.